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 nothing more than human

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Samira Foxx
kill of the night


○ messages : 64

MessageSujet: nothing more than human   Jeu 3 Aoû - 22:54

Avachie dans son siège, les pieds posés sur l’accoudoir d’une autre chaise, Samira réalise l’exploit de parvenir à somnoler sous le soleil écrasant de la Nouvelle-Orléans. Elle supporte les rayons qui lui brûlent la peau, la font briller et la rendent moite. Bien que ça ne soit pas sans souffrance, elle apprécie la chaleur qui lui abruti le corps tout entier. Exposées à des températures aussi élevées, les inquiétudes et les peurs ne rivalisent pas. Les moments de paisibilité et d’insouciance, non plus. La fournaise louisianaise, c’est encore le meilleur moyen de s’oublier, juste pour un moment, pour ne penser qu’aux sensations de chaud et aux sentiments d’inconfort et de bien-être.
Pendant ce temps, on entend plus le crissement des meubles qu’on déplace et qu’on replace ; personne ne s’en plaint ni n’en fait la remarque. Il semblerait qu’après cette nuit, Samira ait mystérieusement oublié les ombres qui se cachaient derrière les armoires et les monstres sous son lit. Elle n’a pensé qu’à lui, et à eux. Tous les matins en se réveillant, tous les soirs en se forçant à dormir, et tout le reste de la journée en passant du lit à la douche, de la douche au canapé, du canapé à la cuisine et de la cuisine à ce petit lopin de terre desséchée qui leur sert de jardin. Jusqu’à ne plus être tout à fait sûre de ce qui s’était réellement passé. Quand ils ne sont pas traumatisants, on imagine rarement à quel point certains moments peuvent devenir obsédants. Mais c’est vrai, a-t-elle pensé, ils ne pouvaient pas se dire les choses puis les oublier. Du moins, Samira ne le pouvait pas. Elle a eu besoin de disséquer chaque moment pour reprendre tous les mots, et de s’imaginer les baisers, sans oublier les hésitations et les silences.

Sa vie, désormais, ne se résume qu’à ça : ne plus rien faire, se souvenir et s’imaginer des réalités alternatives où elle aurait tenu des propos différents et où elle n’aurait pas agi de la même manière. Peut-être qu’elle aurait gardé certains secrets, peut-être qu’elle lui en aurait révélé d’autres. Sam se rappelle les promesses : l’aimer plus, pour la vie et jusqu’à la mort. Elle se souvient aussi de toutes ses mises en garde, de sa colère et de sa violence. Mais il suffit seulement de le voir apparaître dans son champ de vision pour que Samira en soit certaine ; aussi dangereux soit-il, elle n’a jamais aimé aussi intensément.
Elle y retournerait dans cette usine, elle donnerait ses indications plus vite pour qu’aucune arme n’ait le temps de se frayer un chemin entre les côtes de son amant. Si ses divagations de femme amoureuse et dévouée tentent de l’en persuader, Dieu merci, ils n’auront jamais à subir la contrainte de vérifier si ce qu’elle prétend est véridique. De toute façon, Samira ne supporterait même pas de retrouver cette cage beaucoup plus étroite que celle qu’elle s’est construite à Harcourt. Il n’y a qu’à voir sa manière de regarder au travers du grillage qui délimite le terrain du dernier Weiss. Sam peut plisser les yeux autant qu’elle le veut, elle ne percevra que la rue et ses maisons négligées. Elle a tout oublié de la ville et des gens qui y grouillent, des autres quartiers, de sa musique et de ses couleurs. Et c’est étrange comme sentiment, de ressentir le manque d’un acte qui nous terrifie. C’est peut-être d’avoir quitté la maison pour seulement voir des hommes boire, se battre et s’insulter. C’est peut-être d’avoir été capable de retrouver Saul sans que rien ne lui arrive. C’est peut-être d’avoir découvert un pan de sa vie, de son histoire.
S’ils se retrouvaient ailleurs, que pourrait-elle apprendre sur lui ?

Depuis le jardin, Samira l’interpelle en agitant le bras, mais c’est elle qui se lève pour le rejoindre dans la maison. Et comme il n’y a pas d’autres Nippers dans les alentours, elle l’entraîne dans la cuisine. Elle pousse un paquet de cigarettes vers lui pour que l’instant dure au moins le temps d’en terminer une.

Longtemps après avoir échangé des banalités sur sa nuit, son début de journée, la chaleur, Ester et le reste de sa bande, Sam se lance. « Tu te souviens, commence-t-elle, de la dernière fois que je t’en ai voulu ? » Samira est un peu hésitante, comme à chaque fois qu’elle tente de prendre un risque. Elle se tient les mains, puis les hanches. Finalement, elle préfère s’asseoir à la table au lieu de rester appuyée contre l’évier. « Tu disais que tu m’avais acheté une arme et je t’ai répondu que ça m’intéressait pas d’apprendre à m’en servir. » C’était dans sa chambre, près de la fenêtre. Plus tard, elle lui avait dit qu’elle le ferait. Il avait rétorqué que ça ne servait à rien puisqu’il était là pour la défendre. Mais Samira a continué d’y réfléchir et elle en a conclu que, plutôt que d’être comme elle, elle préférait être comme eux. Une enragée qui cherche et qui n’arrête jamais. Qui se bat pour (sur)vivre et ne pas mourir de peur enfermée dans sa chambre. « Tu l’as toujours ? » Peut-être qu’une partie d’elle espère secrètement qu’il lui dira non. Cependant, ses prunelles le fixent comme si elles ne l’autorisaient pas à lui donner une autre réponse que oui. « J’ai envie de savoir m’en servir. » Et de ne plus avoir peur ni du bruit ni de la puissance de l’objet. Elle veut pouvoir tenir un revolver comme les Nippers et Ester tiennent les leurs, comme s’il s’agissait du prolongement naturel de leurs mains. « Il faut que je puisse impressionner Ester, rajoute Samira dans un rire qui se veut naturel. » En faisant glisser sa chaise sur le carrelage, elle cherche à se rapprocher de Saul. Elle se penche vers lui comme pour lui faire une confidence que personne d’autre ne doit entendre : « Tu voudrais bien m’apprendre ? » Elle demande, à peine un peu plus bas. « Quand tu auras du temps, si tu en as ? » Elle supplie. « J’ai envie d’apprendre avec toi. »

« Et dehors. »

Peut-être que, désespérément, elle ne cherche que des moyens de passer du temps seule avec lui. Loin du reste des Nippers. Loin de ces quatre murs entre lesquels elle s’est gardée prisonnière.
Ou peut-être qu’elle veut tout de Saul : les fleurs, les bijoux, les armes, sa maison, son amour, tout son temps et toute son âme.

« Dehors, un peu plus loin qu’ici. »
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Saul Weiss
kill of the night


○ messages : 59

MessageSujet: Re: nothing more than human   Dim 6 Aoû - 19:21

La chaleur qui baigne la Nouvelle-Orléans est aussi sèche qu’elle est constante. Elle rend Saul nerveux, nerveux et taciturne. Depuis le matin, il expédie toutes les conversations qui voudraient excéder les deux minutes. Les affaires courantes d’Harcourt ne font exception qu’à hauteur d’une trentaine de secondes, puis il s’enferme encore dans un silence buté. Cigarette sur cigarette, il tue le temps avec une oisiveté coupable. Ce n’est pas qu’il s’applique à errer ou qu’il préfère un déni opiniâtre à son ouvrage de protecteur du bloc. C’est qu’il est sur ses gardes. Jusqu’à la maladie. À fleur de paranoïa, il a le pressentiment croissant qu’une chose va mal tourner, un évènement se précipiter ou un drame se produire. Les trois ensemble, si un dieu capricieux l’escompte. Sans même réaliser que son attitude pourrait tout aussi bien les provoquer, Saul lorgne jusqu’aux coins de portes et aux interstices de fenêtre avec l’éclat pugnace et insensé d’un clébard dressé pour la guerre.

Pour punir ses apprêts, des augures sarcastiques lui jettent l’image de Sam en travers du regard et, quand Saul croit qu’elle va se contenter d’un signe indolent de la main et s’en retourner à ce qu’elle fait, elle le rejoint en quelques enjambées. Les lèvres bouffent son soupir, et s’articulent autour d’un simili sourire avant qu’elle ne soit devant lui.

Chaque entrevue conjure une marée de stress. Il n’est jamais tranquille.
Il craint de trébucher, se ramasser, autant qu’il craint de se tenir debout.
S’il le fait devant elle, Saul craint à peu près tout.

Une fois qu’ils sont entrés dans la cuisine, il s’assoit à la table et remue l’un des cendriers laissés là pour pourrir. « Est-ce que ça va ? » Saul le demande toujours, sans qu’on devine s’il attend une banalité ou un sentiment plus profond. Samira n’est pas non plus comme Ester : elle peut venir à lui et ne rien souhaiter du tout. C’est aussi pour le préoccuper : quelle sorte de compagnie il peut bien faire, en particulier à une femme ? La principale concernée ne paraît pourtant pas lui remarquer de défaillance intolérable.

Alors, et au fur et à mesure de ses succès à la conversation, Saul se détend. Il le regrette très vite.

D’abord, il serre les dents. Son air s’assombrit. Oh, Saul se souvient trop bien de ses reproches, de ses regards qui se détournent ou de ses éclats qui se ternissent. Il y a les fois où Sam lui en voulait vraiment et d’autres, où c’est ce qu’il croyait. Il s’affecte si diligemment de son opinion, réelle ou supposée, qu’il est parfois réduit à l’état misérable de locataire de son être. C’est elle qui le possède. « Même si j’avais encore ce flingue… » Il parle avec un égal dosage de lenteur et de prudence, comme si le fait de mentionner son existence pouvait le matérialiser sur la table. « Qu’est-ce que tu veux en faire ? » Saul n’est pas aussi stupide. Il ne peut pas l’ignorer. En vérité, il ne comprend pas.

Plutôt que d’impressionner Ester, Samira pourrait la solliciter. La serbe s’est toujours montrée définitive à ce sujet, et Saul sait que les deux femmes s’y sont déjà entraînées ensemble. De son côté, il a fait celui qui ne savait pas et qui ne voyait rien, ce qui ne voulait plus jamais en parler. L’arme, pourtant, est demeurée dans la boîte à gants.

« Si t’es sûre de toi… On fera ça ce soir. »

Saul, il se lève. Il ne discute pas. En fait, il ne la regarde même pas. On entend sa colère plutôt que ses mots et, lorsqu’il disparaît, les deux minutes ont expiré il y a foutrement longtemps.

◈ ◈ ◈

18H20, à la périphérie de la Nouvelle-Orléans.

Sur la rive gauche du canal Harvey, la Sibling fait office de mémorial à toute la zone industrielle au nord de Woodmere. Planté là à la fin des années 90, le bâtiment, d’un hectare et demi, devait accueillir le carénage de tous les bateaux de plaisance de la région. En 2005, l’ouragan Katrina a enterré ce chantier parmi d’autres. Depuis dix ans, ses cales et ses armatures métalliques ne servent plus que de squats, de planques à crack et autres récréations réprouvées.

Le soleil décline déjà. Sous les arcades inaccessibles de l’usine, la lumière entre mal. Au bout de quelques minutes, la lumière a déjà viré du ocre au orange.

Saul n’arrange rien quand il entraîne Samira avec lui. À deux, ils descendent la première des sept cales sèches creusées dans les temps. Si le revêtement est un peu sale, même usé par endroit, on voit qu’il n’a jamais connu la moindre goutte de flotte. « C’est assez en dehors ? » À l’exception de quelques phrases laconiques et d’indications tout à fait pratiques, c’est la première fois que Saul s’adresse à elle depuis qu’il l’a faite monter en voiture. Un pan de son t-shirt écarté, il tire tout aussi brutalement un pistolet de sa ceinture. Le canon tourné vers lui, la crosse vers elle, il lui livre le flingue réclamé en même temps que son regard le plus inexpressif.
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