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 et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi

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Samira Foxx
kill of the night


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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Mar 7 Juin - 0:07

Tout ce que Samira désirait éviter à tout prix s'impose face à elle. Ça lui fait l'effet d'une gifle en pleine gueule ; le souffle coupé, la gorge nouée, les larmes au bord des cils. C'est douloureux. C'est terrible de le voir dans cet état, de voir cette bouche qui tremble, qui veut parler mais qui demeure silencieuse. De voir ses doigts se cacher à l'intérieur du poing, de voir ce poing se cacher là où elle ne pourra plus le voir. Puis il se lève, sort de la voiture, claque la portière derrière lui. Sam n'en rate rien ; elle le voit aller et venir à côté de la voiture avec ce poids à l’intérieur de la poitrine qui la tire vers le bas, c'est le regret qui pèse lourd. Il écrase ses épaules alors elle se penche en avant, se tient le visage dans les mains et s'avachit un peu plus. Tout ce qu'elle veut, Samira, c'est le voir retourner dans son bar, le revoir assis sur son tabouret et l'entendre répondre aux questions de Pete. Ça va, malgré la douleur, malgré les côtes abîmées et les éraflures aux visages. A ce moment, elle ne saisissait pas très bien ce qui pouvait lui faire autant plaisir. C'est juste que Sham Weiss est un garçon qui traîne avec d'autres garçons. Pour se faire du bien, pour se faire de l'argent, pour le quartier, ils se bagarrent.
Elle n'aurait jamais dû se focaliser sur le pourquoi, elle aurait seulement dû en profiter.
Son Saul heureux, certainement plus qu'après l'amour.

Il est cet amant dévoué par devoir ou par amour. Une nuit, elle lui a permis d'éviter la mort. Depuis, Saul s'applique à régler cette dette. Peut-être qu'il l'aime seulement pour ça et ce doit être pénible au quotidien. Forcément, il lui en veut.
Ses gestes sont brusques, il s'impatiente et ordonne. Elle s'exécute. Debout entre lui et sa voiture, Samira s'inquiète de ce qu'il pourrait bien lui arriver. Quand elle croit qu'il va s'énerver et lui en vouloir, Saul la retient contre la voiture pour l'embrasser. Sa langue a cette manière de venir chercher la sienne qui fait naître un brasier dans son ventre. Pourvu que ses mains l'obligent à rester là et que ce corps se rapproche encore du sien, pourvu que ces baisers deviennent plus obscènes, pourvu qu'il lui demande d'ôter ses vêtements. Elle le ferait, là, tout de suite, dans cette rue et sur cette voiture. Samira se moque du reste parce-qu'elle sait qu'il n'y a que lorsqu'il saccage l'intérieur de son ventre et qu'il lui dévore l'intérieur des cuisses qu'ils s'entendent.
Puis il recule et Sam n'y comprend plus rien. Elle devine que les réactions de son corps et de son esprit sont inappropriées. Ses joues chauffent, il ne voit rien ; elle a encore honte.
Saul provoque la naissance de trop d'émotions et de trop de sensations. Pour qu'elle puisse y mettre de l'ordre, il faudrait qu'il s'éloigne un peu et que cette bouche délicieuse cesse d'errer si près de la sienne.

Les mots qui acceptent de franchir la barrière de ses lèvres demeurent énigmatiques, alors ses pupilles sondent les siennes à la recherche de réponses.

Ses phalanges caressent les lèvres qui ne cessent de le répéter. Qu'il la choisisse, oui, et elle s'appliquera chaque jour de sa misérable existence pour lui prouver qu'elle le mérite. Elle fera tout pour ne plus que cette passion si particulière l'épuise. Mon Saul, mon amour. Ses doigts sont attirés par le brillant de ses yeux. Pleure, tu as le droit. Il pourra venir se réfugier dans ses bras de la même manière qu'on aime se réfugier dans son chez-soi. Elle lui apportera tout le réconfort qu'il veut, elle l'embrassera, le caressera, l'écoutera... A condition qu'il veuille bien parler et qu'il lui fasse confiance. Samira le protégera, elle en est capable ; il est précieux, il le mérite. Il donne un coup dans la carrosserie. Ce n'était pas pour le quartier, il n'a pas gagné d'argent et elle y mettrait sa main à couper que ça ne lui a pas fait plus de bien. « Viens. » Mais c'est elle qui va à lui. Samira lui attrape d'abord le bout des doigts avant de lever les bras pour entourer ses épaules. Elle est plus petite, il peut se reposer sur elle. Sam le tient, elle ne le lâchera jamais. Elle ne l'abandonnera pas et aucune arme ne peut le remplacer. Du reste, la fille n'y comprend plus rien, alors elle ne dit rien de plus. Elle choisit de rester là, au milieu de la rue, à le garder dans ses bras, écrasé contre sa poitrine, contre tout son être.

« Je veux pas que tu sois malheureux. » Souffle Samira après un long moment. « Je veux pas te rendre malheureux » Les mots qu'il dit le mettent en colère, alors ça ne peut pas être vrai. Elle voudrait qu'il la choisisse réellement, qu'il n'y ait qu'elle, qu'il n'ait pas besoin d'aller se battre, ni de tuer, ni de la défendre. Elle voudrait qu'ils s'aiment tout le temps et qu'il n'y ait plus de discorde dans leur histoire. « Pense à toi, Saul (elle se recule pour mieux le contempler). Fais ce que tu veux, choisis ce qui te fait du bien. » Tout ce que Samira tente de lui apporter ne sera jamais suffisant, ou trop maladroit, ou mal pensé. Et on ne se voue pas totalement à des gens qu'on ne connaît pas totalement. « Je t'abandonnerai jamais, je pourrai pas. » Ses paumes viennent se poser sur sa poitrine ; à l'intérieur, le cœur s'agite. Pour une femme qui l'aime, c'est dur de le réaliser, encore plus de l'avouer : « J'essaie, mais je m'y prends mal. Je voulais juste continuer de te voir sourire et... » Elle les désigne eux, elle désigne la rue. Elle parle des dernières heures et de celles qui vont arriver. « Regarde où on en est. » Sa tête retombe et, derrière les cheveux tressés, ce qui semblait être des yeux, un nez, des joues et une bouche, devient la continuité de l'obscurité qui les entoure. « Explique-moi. » Qu'elle tente encore une fois. « Parle-moi. » Qu'il lui dise en criant ou en pleurant. « Raconte-moi. » Qu'il lui dise à travers des gestes ou avec des mots. Pourvu qu'il lui dise. « Je suis trop nulle pour deviner. »
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Saul Weiss
kill of the night


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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Jeu 7 Juil - 19:12

Saul ne va pas pleurer. Il ne va pas crier. Et il n'expliquera rien.

Sur son ordre, le nipper pèse contre elle. Ses bras ne veulent ou ne peuvent plus l'étreindre, alors il se tient droit entre les mains et sur les lèvres. Saul est furieux mais il gît au milieu de l'indicible. Tout ce qu'il aurait à confier, confesser, raconter, si seulement il osait et si seulement on lui avait appris. Elle l'enferme à mesure qu'elle le presse. A certains instants, il la contemple. A d'autres, il l'évite. En fin de compte, il est incapable de lutter et taillade un sourire sur sa face. C'est vague, et mal ciselée, mais la tentative de Sam est si admirable de désespoir qu'il lui abandonne lentement sa colère. Comme elle a l'instinct de le faire depuis des années, elle se tapit à des endroits qui échappent à la vue de Saul et elle grossit les nids pré existants. Plus tard, elle surgira encore pour l'étrangler. Un jour, il ne pourra plus l'empêcher. « Tu me fais du bien, il grésille au milieu du vacarme qu'elle fait sur Harcourt Drive. » La fatigue combat la rage. Il se procure de nouvelles secondes, pour tempérer sa bile, organiser sa haine, calfeutrer sa détresse. Les minutes œuvrent. Ce n'est qu'un autre abandon et un nouveau deuil. Saul est forcé de se répéter qu'il l'a déjà vécu, déjà enduré, déjà vu. La nuit qui prend sur eux lui rappelle qu'il sait faire, que ce n'est rien qu'il n'ait déjà vaincu. À chaque étape de son anesthésie intérieure, il compte méthodiquement. Geste après mot, il fixe ses billes pluvieuses sur Samira et il débusque toutes les traces de ce qu'il aime. Ce qu'il déteste est converti et ajouté à son inclination.

Ce soir, elle a pulvérisé un autre de ses endroits de tranquillité. De ses zones-refuges. Peut-être le dernier. Et il ne peut pas le lui refuser.

« Viens. » Dans ce qu'il a de plus personnel, Saul veut plonger dans la nuit et disparaître pour trouver chaque éclat de lui que Samira a semé depuis le soir. Il loge plutôt la paume de la jeune femme dans la sienne et il l'attire vers la maison. Ne pas penser à ce qu'il ressent de pire exige une discipline d'autant plus rigoureuse qu'il est exténué. Pleurer est incroyablement tentant. Hurler est séduisant. Se battre est impossible. Tuer... il est inutile d'y penser. Il n'a pour lui que les choses qu'il sait mal et qui, du reste, l'entaillent profond. En traçant des démarcations mentales comme il arpente la demeure de ses parents, Saul oblige sa nature à le préserver. Il n'a qu'à faire comme il a toujours fait : ça ne fait pas mal, ça n'est pas grave, ce sera pire. Il serre plus fort les doigts et ses salutations pour les nippers présents frôlent le mépris. Les phrases échangées sont plates, et froides. Pressé d'en finir, il ne se fabrique pas même l'amorce d'une excuse. Il s'esquive. Ça n'est que le milieu de la nuit, mais il n'est pas à eux et il ne leur doit rien. Ses responsabilités sont accablantes et doivent, de fait, être arrangées selon leur importance. Son office le plus impérieux part de sa main et poursuit son sillage. A Sam non plus, il ne laisse aucun choix. Elle est avec et contre lui. Le sort lié, elle ne peut pas l'abandonner maintenant.

Jusqu'au dernier moment, il hésite. Saul ne veut pas de Samira dans sa chambre – où fuirait-il, sinon ? Alors il escalade les marches et pousse la porte qu'il n'a pas osée franchir le matin. C'est là qu'émerge une autre urgence. « Suis-moi. » Il l'entraîne de toute sa carcasse endolorie. « Dehors. » Le type qui s'inspecte au miroir de la salle de bain ne se le fait pas répéter. Battant poussé, verrou tiré, fenêtre rivée, Saul plaque sa bouche contre celle de Sam. Il n'a aucune raison de faire ça, si ce n'est pour répéter que c'est elle qu'il choisit. « Aide-moi, s'il te plait. » A s'enlever le haut sans s'esquinter plus loin les côtes. Il défait seul son pantalon. Il quitte le reste de ses vêtements. Il fixe Samira. Comment lui dire ? Et comment expliquer ? Elle doit le savoir ou, contrairement à ce qu'elle affirme, elle doit le deviner. Saul est si contrasté, de fureur, de dépit, de lassitude et de douleur, qu'il est certain qu'une tentative se solderait par des émotions plus difficiles encore à peindre, plus impossibles à contrôler. A chaque inspiration, il croit qu'il va parler. C'est seulement sa poitrine qui se creuse, la moiteur de la nuit qui ruisselle sur sa nuque, ses bras, ses jambes. Encore, il démissionne et ouvre le robinet de la douche. Rien que le premier jet jette du repos dans le corps de Saul. C'est plus facile s'il ne dit rien. C'est plus facile s'il attire Sam contre lui, qu'il l'embrasse et la débarrasse des vêtements. C'est un langage qu'il connait mieux. C'est une conversation qu'il aime avoir. Peau contre peau, il lui dira comme il a mal.
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Samira Foxx
kill of the night


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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Sam 30 Juil - 1:36

Ils abandonnent plus facilement leurs vêtements qu'ils ne dévoilent leurs pensées. Elle lui montre sa poitrine mais ne révèle rien des choses qui continuent d'alourdir son cœur. Les gens qui ne se parlent pas ne se connaissent pas. Ou alors, d'une manière bien différente. Saul et Sam vivent ensemble, prennent des douches à deux, partagent des repas, des bières, des cigarettes et parfois le même lit pour y dormir ou y faire l'amour. Ils sont habitués à la présence de l'autre et, pourtant, il demeure toujours des mystères. Il y a cinq ans, dix ans, vingt ans, où était-il ? Que faisait-il ? Qui était-il ? Qui lui a volé sa langue ? La rue la lui a échangé contre des poings ? Et cette fille, pourquoi parle-t-elle autant, soudainement ? Croit-elle pouvoir duper les gens aussi facilement ? Qu'ils n'auront qu'à choisir, selon le besoin, tout ce qui peut lui permettre d'être comprise, pardonnée ou aimée ? Sur le chemin qui mène à la salle de bain, Samira a hésité. Et s'il ne l'avait pas fixé de cette manière, Samira aurait tout dit. Elle aurait parlé d'elle, de lui et d'eux. Elle aurait parlé d'avant, de maintenant et même d'après. Intriguée par ce regard, la bavarde s'est tue. Les mots ne serviraient qu'à cristalliser leurs ressentiments, ils rendraient la situation moins supportable.

Elle se déplace dans la cabine pour que les milliers de petites gouttes caressent d'abord son dos, puis sa poitrine. L'eau qui s'abat sur son crâne a un pouvoir apaisant. Elle imagine que la chaleur facilite l'extraction des pensées les moins rassurantes et qu'elles glissent sur sa peau pour disparaître dans le siphon avec les eaux usagées.

L'odeur du gel douche qu'elle frotte entre ses paumes est réconfortante, beaucoup moins angoissante que celles de la sueur et du sang. Samira lui masse d'abord la nuque et les épaules. Les mains se déplacent lentement, elles lavent en même temps qu'elles caressent. Le torse, les bras, le ventre, il faut éviter les côtes pour ne pas lui faire mal, se rapprocher pour atteindre le dos. Elle s'agenouille pour frotter les cuisses, les mollets. Pour soulever un pied, elle tient le talon et, lentement, les doigts passent dessous, dessus et remontent la cheville. Appliquée, Samira répète l'action une deuxième fois avant de se relever. Les paumes s'attardent plus longtemps sur les fesses. Elles adorent retracer leur courbe. Et ses pupilles retrouvent les siennes. Les détails de ses iris sont des messages qu'il doit déchiffrer : des excuses, souvent, et beaucoup de déclarations d'amour. Elle l'aime et l'adore tellement que ça en devient parfois douloureux. Son visage se rapproche encore de celui de Saul. D'abord son nez contre sa joue ensuite ses lèvres, sans y déposer de baiser. Elles glissent sur la peau humide comme ses doigts autour de son sexe. « Je te fais du bien ? » Samira souffle sa question directement dans le creux de son oreille. Elle a cette voix, navrée et amoureuse, qui lui demande pardon de tout essayer pour ne pas être détestée. A force de presser un peu plus son corps contre le sien, elle le fait certainement souffrir là où la couleur de sa peau dégrade entre le bleu et le rouge. Derrière, les doigts glissent encore sur les fesses, entre les fesses. Elle le caresse là où les hommes qui tiennent fort à leur virilité n'aiment pas être approchés. Samira ne le fait pas pour le déranger, ni pour l'énerver, elle veut juste qu'il continue de se sentir bien. « Je t'aime, Saul. » Sa bouche est si près de la sienne et elle voudrait qu'il l'embrasse, mais certainement pas pour lui céder un de ces baisers détachés qu'on donne par habitude. « Fort. » Sam rêve d'un long baiser, et doux, puis fougueux. Un baiser qui lui couperait le souffle au point de réveiller les papillons qui dorment dans son ventre. « J'aime aussi l'autre Saul, du bout du nez, elle le provoque. Je vous aime. » Lui et son goût pour toute cette violence qui semble lui faire du bien. Elle va aimer le bagarreur. Et l'assassin. « Dis-moi encore que je te fais du bien. » Ses paupières s'abaissent. Au milieu des gouttes d'eau qui perlent sur son visage, Samira cache ses larmes. Oh oui, elle va le faire. Elle va aimer ce qui lui fait peur.
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Saul Weiss
kill of the night


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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Mar 2 Aoû - 11:44

Aspergée de pluie chaude, son épaule gronde. Saul presse l'os entre ses doigts. La grimace qu'il s'arrache le dissuade d'insister. Demain, il ira mieux. Et, si ce n'est pas le cas, Pete lui administrera une dose raisonnable d'un analgésique de sa confection. Pour l'heure, il puise son sédatif à l'attention de Sam, qu'il esquive farouchement, du regard, de l'être, de l'âme, alors qu'elle est si près de lui qu'il sent son souffle à travers les torrents que l'eau fait sur leur peau. Sa main est remplacée par les siennes. Il inspire. Sans avoir aucune idée du bien, du mal et de toutes les autres choses que ça lui fait, Saul efface le sang séché qui lui barre les yeux, il effleure l'arrête couturée de son nez. Toute sa poitrine est douloureuse, comme si elle avait rétrécie sous les impacts et qu'il fallait maintenant que ses poumons se contentent de moins d'air, et son cœur de moins de battements. Le pire, ce sont ses côtes. D'un côté, elles sont sensibles. De l'autres, elles sont toujours aussi humiliantes. Saul a envie de lorgner après sa cicatrice, s'assurer qu'elle est là, aussi cuisante qu'à l'époque où on la lui a infligée. Il n'ose pas, pour que Sam n'ait pas non plus à la regarder. A présent, il ne voit que le sommet de son crâne, ses cheveux ruisselants. L'odeur de savon chasse celle de sang. Il fait épais. Humide. Brûlant. Longtemps, il ne dit rien et il ne pense pas plus. Saul est immense et il est creux.

C'est plus facile s'il ne ressent strictement rien.

Je te fais du bien ? Le crâne de Saul hésite. Il n'y avait plus réfléchi depuis plusieurs minutes, et il avait quitté cette salle de bain et cette étreinte. Son corps, plus sensible, plus avide, est, lui, autrement plus définitif. Sa nuque frémit. Ses sens soupirent. Il s'en veut presque de bander. Et comment ? Et pourquoi ? On sait mieux que lui ce qui est bon, et bien, pour lui. Le reste de son corps n'a que faire des craintes, des colères et des introspections. C'est si simple que c'en est ridicule de résister. A moins qu'elle ne provoque des sentiments contradictoires et qu'elle ne rebatte sans cesse les cartes. Le regard de Saul va plus franchement à celui de Sam. Soudain surpris, troublé, de la trouver où on ne l'a jamais cherché, il se tend avec une confusion ramassée, sidérée, offusquée et perplexe. Est-ce qu'elle lui fait du bien ? « Je crois, il rit doucement, comme l'on s'excuse. » La nervosité préside. Un amusement lointain, ténu, fugace, témoigne. Il ne sait pas ce qu'il éprouve, sinon que faire barrage rendra la chose plus difficile. Et, comme en toutes choses, si Samira le veut, Saul Weiss accepte. Avec un malaise diffus dans le ventre, il se demande parfois s'il ne respire, ne vit et ne va mourir que pour répondre à ses attentes. C'est possible. Qu'importe, de toute façon, puisque Saul est d'accord. Elle n'a qu'à faire ce qu'elle veut de lui, l'aimer ou le haïr, et tous les traitements de son imagination. Cette fille est d'une exceptionnelle violence. Elle lui a bousillé l'entièreté de sa vie.  

Comme elle le prend sur un terrain qu'il sait encore moins bien que de parler de l'état misérable de son esprit, Saul sent la vérité qui lui monte à la bouche. Aux yeux qui se ferment, il soulève le menton. L'autre main ferme le robinet. Puisque c'est si pénible à prononcer, il veut être certain qu'il n'aura pas à répéter. « J'ai eu une vie, avant. J'ai fait des choses. Que ni toi ni Ester vous savez. » Il ne distingue pas les larmes des gouttes d'eau, et il les renverse toutes du pouce. Ses paumes attrapent le visage de Sam et c'est moins pour l'obliger elle que pour se contraindre lui. Il suffirait d'un soubresaut d'angoisse pour détourner le regard et le faire abandonner. « Je crois que si tu le savais, tu ne m'aimerais pas. En fait, dit-il avec un ton qui avoue la douleur que ça lui coûte, j'en suis sûr. » Comment pourrait-il en être autrement ? Samira n'est pas faite comme lui. Pour elle, on a pris son temps. On y a mis des soins. On lui a procuré une conscience, et on l'a doté d'une âme joliment façonnée. On n'a pas embarrassé Saul Weiss avec toutes ces choses. « Tu n'as pas du tout idée de qui je suis. » Il a tué tellement d'hommes, des femmes, et quelques mômes. Il ne s'est pas cherché d'excuse et n'a pas davantage demandé pardon. Et être un meurtrier, c'est encore le plus supportable de ses crimes et ses tares. Est-ce qu'il arrêterait de tuer pour Samira ? Peut-être pas. Et, en même temps, probablement. « Je ne suis pas quelqu'un de bien. Pas même un peu. Et le type qui se bat dans un sous-sol, c'est que le début. » Il y a de l'alarme dans son timbre. On dirait qu'il la prévient. Après se l'être attaché autant et si longtemps, c'est hypocrite et un peu tard. Saul pourra raconter qu'il a essayé. « Mais je veux pas que tu me laisses, tremblent les mots qui s'accrochent les uns aux autres. » Sam mériterait d'autres empires. Meilleur que Saul, meilleur qu'Ester. Même Ester, dont les péchés sont nombreux et les forfaits peu avouables, fait un ancrage plus souhaitable pour Samira. Il les laisserait volontiers l'une à l'autre. L'ennui, c'est qu'il ne sait pas comment faire. Le pire, c'est qu'il en crèverait forcément. « Je sais plus rien faire sans que tu me regardes, caresse la bouche. Et, quand je vois ce qu'il y a dans tes yeux, quand on sait tous les deux quelle sorte d'homme, de bête, je suis, j'ai... peur. Et mal. Et peur. Parce que, tu vois, je sais pas du tout comment être quelqu'un d'autre. »
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Samira Foxx
kill of the night


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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Lun 29 Aoû - 23:24

Il y a quelques instants, il le lui affirmait. Désormais, il croit seulement. Samira ne sait pas exactement ce qu'elle discerne dans sa voix, mais ça la persuade que ses doigts n'ont pas à se trouver là où ils se sont glissés. Comme près du feu, elle les éloigne. Elle frotte les paumes sous l'eau chaude et les bras retombent le long du corps. La bouche ne dit rien, mais le corps s'excuse. Regarde, Saul, cette manière qu'elle a de tordre ses lèvres, de baisser les yeux et de pencher la tête ; elle s'en veut. Le nœud dans sa gorge et le poids dans sa poitrine doivent l'empêcher de demander pardon. Mais elle voudrait – encore - le lui répéter. Indéfiniment.

Heureusement, Saul est indulgent, il est patient et conciliant.
Heureusement, Saul dit qu'il l'aime et, à chaque moment, Samira mesure sa chance.

Il dit aussi que si elle connaissait sa vie d'avant et les actes qu'il a commis, elle ne l'aimerait pas. Samira l'a cherché. Au lieu de supporter son silence, elle a insisté pour qu'il parle. Néanmoins, elle ne regrette pas qu'il ait commencé, c'est seulement... C'est douloureux cette impression d'avoir la cage thoracique complètement écrasée. Les mots tombent dans ses oreilles et glissent dans son être pour tout y saccager. Sam refuse d'imaginer cette éventualité, celle où parler et mieux se connaître provoquerait un profond sentiment de dégoût qui la pousserait à ne plus l'aimer. Mais s'il lui avouait qu'il avait ôté la vie à des femmes et des enfants, peut-être qu'elle en aurait la nausée, qu'elle en vomirait. Mais tant qu'ils n'auront pas envie de les révéler, leurs secrets en resteront.
Elle arrangera sa nature pour lui correspondre.
Et tout ira pour le mieux.
On a bouleversé tout ce qui constituait Samira Foxx le jour où on lui a demandé d'aider à tuer. Des aspects de sa personnalités, des convictions,... Elle a tenté de tout remettre en ordre, mais plus rien ne s'emboîtait de la même manière. Parfois, elle sent que ça pousse contre son crâne et que ça lui prend le reste du corps. Alors elle organise ses idées d'une autre manière et cache ce qu'elle souhaite oublier pour que les choses soient moins compliquées. Tout ce qui est normal ou supportable pour Saul le deviendra pour Samira. « C'est pas grave si tu te bats, tes blessures finiront par cicatriser, ou si t'es souvent en colère, on essayera de faire ce qu'il faut pour que tu n'aies plus de raisons de l'être. » Ses doigts emprisonnent les poignets ; l'amoureuse s'accroche à son amant. Depuis longtemps, elle a accepté la plupart de ses vices, de ses imperfections et de ses crimes. « Et quand tu rajoutes des balles à ton chargeur, c'est pas grave non plus. Tu fais ce qu'il faut pour pouvoir rentrer à la maison. » Ses yeux ont rougi, mais Samira ne pleure pas plus fort, elle sourit contre les lèvres. Il peut goûter ses larmes.  

Enfermée dans cette maison, Samira n'aura jamais l'occasion de constater le carnage qu'il commet à l'extérieur. A vrai dire, elle se moque du reste du monde et de son état. Qu'il décide de tous les tuer ou de seulement permettre à certains d'entre eux de survivre. Son égoïsme rend les horreurs plus supportables. Forcément, quand il parle, Samira ne le comprend pas. Elle voudrait poser ses mains contre sa bouche pour l'empêcher de continuer, pour ne plus l'entendre se qualifier d'animal ou d'homme mauvais.          C'est de sa faute.          Elle se rappelle toutes les fois où elle a failli, toutes les fois où elle le pensait mais qu'elle a oublié de lui susurrer à l'oreille. « Saul, je t'aime. » Toujours avec la même ardeur, Sam s'acharne. Elle le répétera aussi souvent qu'il le faut pour qu'il cesse de croire l'inverse. « Pas seulement parce-que tu m'as aidé à sortir de cet endroit, pas seulement parce-que tu es beau et fort, c'est... » Elle suspend sa phrase, incapable de savoir par où elle pourrait commencer. Samira ne peut pas seulement se contenter de le fixer de cette manière. S'il voit des choses dans ses yeux, c'est malheureux qu'il ne puisse pas tout y voir. « C'est plus que ça : tu me maintiens en vie. » Sans lui, elle en est persuadée, elle serait déjà morte. Elle n'aurait même pas essayé de survivre. « T'as mis un toit au dessus de ma tête. » Il a posé ses affaires dans une chambre et l'a laissé se servir dans le frigo et les placards. Il supporte le moindre de ses délires, tous ces meubles qu'elle déplace et ces babioles qu'il retrouve à des endroits différents. Elle a perturbé ses habitudes, tout son environnement. « Je sais pas comment tu fais, mais quand je sors de cette maison, c'est que pour toi. Si c'est pour te retrouver, j'ai un peu moins peur, j'ai pas besoin de regarder partout. » Son obsession du danger et de la mort est remplacée par son obsession de Saul. Quand il part seul sans dire où il va, quand ils s'évitent, quand il dépose des cadeaux devant sa porte et qu'elle est incapable d'attendre qu'il rentre. Quand il est là, juste devant, à côté, ou derrière elle. C'est seulement lui, partout dans sa tête, devant ses yeux, dans ses oreilles, dans sa poitrine et son ventre. « Tu m'as offert les plus belles fleurs et le plus beau collier. Et tu m'as acheté une arme. » Ce soir là, elle avait oublié d'apprécier le simple fait que Saul puisse penser à elle. Maintenant, elle le réalise.

« J'ai l'impression d'avoir raté tellement de choses, toute ma vie, et que c'est toi qui me les montre. » L'amour. La passion. Le droit de refuser. Le droit d'avoir des envies différentes. Le droit de croire en tout ce qu'elle croit et faire tout ce qui lui permet de se rassurer sans être jugée ou moquée. Samira a complètement débloqué et ses maladies de l'esprit sont un handicap, ils le pensent tous. Mais c'est quand même dans cette maison que Samira est devenue un peu moins soumise, un peu moins objet. Saul ignore quel genre de femme misérable elle était avant de le connaître, alors il ne peut pas voir la femme qu'elle est devenue à ses côtés. « Tu m'as tout donné, elle conclut. Alors je vais rester et je vais t'aimer, jusqu'à la fin. » Saul peut lui affirmer qu'il n'est pas quelqu'un de bien. Samira reste persuadée qu'il n'est pas quelqu'un de mauvais. Saul Weiss est quelqu'un dont Samira Foxx est follement amoureuse. Au point de ne plus vouloir faire la différence entre des actions fondamentalement mauvaises et des bonnes. « Je vais nettoyer le sang sur tes vêtements et je changerai tes pansements. S'il le faut, je garderais tes secrets comme s'ils s'agissaient des miens. » Maintenant que la vapeur s'est dissipée, Samira le perçoit mieux. « Je t'ai déjà aidé à tuer. » C'est de sa faute. Elle a oublié que les efforts à fournir ne se limitaient pas seulement à cet épisode de sa vie. Samira fera ce qu'il faut pour qu'il n'ait plus mal, pour qu'il n'ait plus peur, pour qu'il reste qui il est, pour ne plus l'entendre se dévaluer. Saul le mérite puisqu'à ses yeux il est parfait.
Plus que cette maison, il est son véritable foyer.
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Saul Weiss
kill of the night


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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Dim 4 Sep - 16:28

Est-ce qu'ils peuvent se quitter ? Les mains qu'elle ne pose plus sur lui pour dissiper sa crainte, la question le tourmente. Est-ce qu'ils le peuvent ? Ils ne sont même pas... quoi, un couple ? Quand l'idée le démange aussi furieusement que ce soir, il voudrait qu'on lui dise ce qu'ils sont, que Samira le fasse pour eux, ou qu'elle invente un mot. Ce serait plus facile de savoir ce qu'il sent, ce qu'il pense, ce qu'il fait ; ce qu'il devrait sentir, ce qu'il devrait penser et ce qu'il devrait faire. On offre des fleurs et des bijoux. Et si on avait dit à Saul qu'il aimerait une fille (qu'il en aimerait deux) au point de la faire entrer chez lui et de la faire rester, il aurait ricané en rallumant une cigarette, vautré sur une chaise grinçante, son flingue posé au centre de la table. Des mois qu'il n'y a plus d'armes nulle part à moins qu'on ne les cherche. Des mois que les Nippers apprennent à vivre une présence féminine, une présence exigeante – qui les commande comme s'il s'agissait de Sham Weiss. Parce que Saul est leur chien et qu'il a peur, foutrement peur, qu'on l'abandonne. Ester, elle ne le laissera pas. Leurs sentiments sont plus confus et plus pudiques mais ils s'entendent parce qu'ils partagent la même colère, la même détestation, le même appétit pour le sang. Ils savent l'essentiel l'un de l'autre et leurs instincts ne se contrarient pas. Samira... Les beaux, les sombres, yeux de Samira le foutent en l'air. Tous les jours, il apprend ce qu'elle aime et, plus amèrement, ce qu'elle hait.

Et, souvent, il semble que ce soit lui.
Ce qu'il sent. Ce qu'il pense. Ce qu'il fait. Ce qu'il est.

Sam peut délier leurs êtres, elle peut le quitter. Elle peut le détruire. Il suffit de quelques mots. Il suffit d'un silence. Et c'est plus fort que Saul, ça le prend à la gorge : est-ce qu'elle va se rhabiller, sans même se sécher ? est-ce qu'elle va ramasser ses affaires, claquer la porte ? est-ce qu'elle va le quitter ? Elle resterait pour Ester. Pour Ester, elle resterait. Il n'est même pas assez mesquin pour songer qu'elle n'a nulle part où aller. Elle peut simplement le quitter.

« Ne me quitte pas. » Des profondeurs de sa détresse, ça s'extirpe d'un seul trait, terriblement plaintif. Et il a honte. Mais la bouche entrouverte de Samira l'a effrayé alors que, au contraire de son délire, elle le console dans les secondes qui suivent, de longues secondes qui filent et crèvent tout le silence opaque de la vieille salle de bain. Les doigts l'étreignent. Les lèvres le frôlent. Elle n'a pas fini de tout dire qu'il l'embrasse à pleine bouche, un soulagement nouveau à chaque bouffée qu'il prend pour l'embrasser encore. « Je t'aime aussi, lui échappe la poignée de syllabes. » Et, soudain, des milliers de mots sont admissibles. Il ne croyait pas que s'avouer le libèrerait autant. Or, à l'inverse de ce dont on l'a toujours instruit, il n'y a aucune faiblesse mortelle à se dévoiler ; ses parents étaient de sombres connards pour une bonne centaine de raisons, et celle-là parmi d'autres. Car, à ses confessions, Samira rétorque sans le fuir. Elle n'esquisse pas même l'intention de le faire, quand même elle ne réalise pas (ou ne veut pas réaliser) toutes les horreurs qu'il a commises et toutes celles qu'il voudrait commettre. Elle presse un sourire contre lui et, quoi qu'il n'ait rien projeté, elle prononce tout ce qu'il voulait entendre. Ça n'est pas réellement souhaitable et, peu à peu, Saul prend pleinement conscience des choses affreuses qu'elle déblatère avec tendresse mais, d'abord, c'est apaisant de ne retenir que l'essentiel : elle ne le quitte pas. Il s'abreuve longtemps à cette promesse. Il revit.

Saul enlace Sam avec le bras le moins douloureux pour les côtes. Il la serre contre lui, pour qu'elle ne dise plus rien et pour qu'il ait du temps. Un timbre discret – proche du souvenir – lui murmure qu'il a le droit de pleurer. Les paupières fermées comme s'il essayait de toute sa franchise, il n'y parvient pas. Elle l'a déjà aidé à tuer, résonnent ses tempes abruties par une journée et une nuit parfaitement épuisantes. « T'as plus à le faire... » La bouche parle directement à l'oreille et, un moment, Saul tord mentalement toutes les autres choses qu'il veut dire. Même si une mécanique nouvelle s'est mise en branle, il ignore comment s'en servir. De toute façon, Sam n'a pas besoin de tout savoir. En fait, il vaut mieux qu'il ne dise rien d'autre pour l'instant. Alors il tourne le robinet et l'eau gicle de nouveau. Elle est encore tiède, l'air se réchauffe doucement. Un long moment, il refuse obstinément de défaire son étreinte. Sentir la peau de Sam contre la sienne, c'est oublier qu'ils ont d'autres conversations à avoir et qu'il faut prolonger celle-là. Du moins, il le faudrait. « Je crois... » Saul est soudain percé par une évidence qu'il semblait jusque-là soupçonner sans disposer d'une intelligence suffisante pour l'appréhender entièrement. « Je crois que tu dois m'aider à faire l'inverse. » Il ne peut pas racheter les vies qu'il a prises, et toutes les autres qu'il a pillées en les privant d'un père, d'un frère, d'un fils. En revanche, ils peuvent, ensemble, le débarrasser d'un peu de sa haine et de cette fièvre maladive et pousse-au-crime qui lui grignote l'estomac et la bile. Est-ce que ça fonctionnerait ? Saul se souvient, bien que vaguement, qu'il n'était pas toujours si débordant de colère et qu'Harcourt Drive n'a jamais exigé de lui qu'il soit un assassin. « Comme je t'aide, il dit et il s'écarte doucement d'elle, à ne pas avoir peur ?... même si je sais pas du tout comment je fais ça. » Tout le temps où il délivre sa pensée, Saul se sent ridicule. Il combat brutalement cette sensation, avec une exigence orgueilleuse et fébrile. Il n'aime pas ce qu'il entend. Il se trouve idiot. Pourtant, si candide que ce soit, il a l'impression de devoir le prononcer distinctement pour que cela s'accomplisse. Comme l'on prend conscience de soi, il tâtonné l'idée, déjà présente et néanmoins dissimulée, qu'ils n'ont de dessein l'un pour l'autre que de se reconstruire et, pour bien des aspects de leur personnalité et de leur être, de se construire. « Oublie ça, il rosit en s'extirpant de la douche et en se secouant le crâne. » C'est encore plus humiliant de s'enfuir et il se mord la lèvre en même temps qu'il esquive son regard perdu dans la glace. Il s'enroule la taille dans une serviette dont chaque pan lui abîme la peau et ne sait plus quoi inventer pour disperser son attention. Quand il n'y tient plus, Saul se retourne et, l'air d'un gamin qui sait d'avance qu'on le lui refusera, il demande prudemment : « Est-ce que... je peux dormir avec toi ? »
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Samira Foxx
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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Dim 11 Sep - 23:04

Quand son bras l'entoure et qu'il la serre contre lui, Samira adore. C'est comme une barrière qu'il met entre eux et le reste du monde. Au-delà des parois de cette douche, il n'y a rien. Sauf deux amoureux, la moiteur de leurs peaux et la chaleur ambiante. Elle se tait et ne bouge que pour déplacer sa main juste sous sa gorge, là où elle peut sentir les battements de son cœur. Un moment, il lui semble que ce corps a été bâtit pour l'accueillir ou, alors, c'est Saul, et seulement lui, qui a su lui trouver la meilleure place. Et parce-qu'il lui dit maintenant, Sam accepte de le croire : ils n'ont pas d'ennemis, il n'y a plus de danger et personne ne les obligera à le revivre. Tout va pour le mieux.
Samira aime Saul et Saul aime Samira.
Saul ne veut pas qu'elle s'en aille et Samira n'a, de toute façon, jamais prévu de s'en aller.

Il croit et il le dit. Ce n'est pas exactement de cette manière que les mots sortent d'entre ses lèvres, mais c'est ce qu'ils signifient : il croit que Samira doit l'aider à ne plus tuer.

Il sait mieux, il fait mieux. Il faut entendre tout ce qu'il a à dire et bien l'écouter. Ce n'est pas exactement à cause de sa position dans tout le quartier, c'est beaucoup plus fort. Sam le fétichise tout entier ; c'est l'amour fou. S'éloigner la rend malade et le retrouver lui fait le plus grand bien. Les mésententes et la détresse quasi-omniprésente n'y change rien. Quand elle rêve, Samira se demande s'il n'y a pas de la magie dans le bout de ses doigts et dans les vibrations de sa voix. C'est fou toutes les sensations et les émotions qu'il fait naître. C'est fou tout ce qu'elle serait capable de faire pour lui sans qu'il n'ait à le demander.
Elle oublie trop souvent qu'il n'est qu'un homme fait de chair et d'os. Comme tous les hommes, Saul a des faiblesses qu'il dissimule en s'octroyant tous les pouvoirs. Et les femmes doivent s'en méfier, elles ne doivent pas leur être totalement dévouées. Pourtant, Sam continuera de l'être. Saul mérite que ses souhaits soient exaucés, peu importe tous les efforts qu'ils demandent. Il sort de la douche quand elle va lui dire. Il s'échappe, il lui tourne le dos, mais elle voit encore son visage dans le miroir. Samira doit oublier, mais tous les deux savent qu'elle finira par en reparler. « Oui, tu peux, elle sourit au reflet. Tu as beaucoup manqué à mon lit. »

Le doigt enclenche l'interrupteur et la lumière jaunâtre s'étale sans atteindre tous les angles de la pièce. Depuis que Saul l'a quitté, la chambre n'a pas vraiment changé ; l'armoire a bougé de quelques centimètres sur la droite, le bazar sur les étagères est trié selon un nouveau code et les fleurs qu'il a choisi sont sur la table de chevet. Sans qu'il le remarque et sans véritablement en avoir conscience, Samira avance jusqu'au lit en jetant un coup d’œil à tous les recoins. Elle n'a pas le temps de s'inquiéter des ombres qui se dessinent sur le mur et sur le sol, elle doit arranger les oreillers pour lui faire une place plus confortable dans son lit. Elle tire les draps et tape sur le matelas pour l'inviter à la rejoindre. « Je peux laisser la lampe allumée ? » Sinon l'obscurité laisse trop de place à son imagination et elle ne s'endort jamais. Samira lui demande encore s'il veut manger ou boire ou quelque chose pour s'endormir plus vite, pour moins sentir la douleur qui le lance dans l'abdomen. Elle lui donne tout et, de toute manière, tout dans cette maison lui appartient.

Allongée, toute nue, Samira n'a gardé qu'une serviette autour de ses cheveux humides. Elle écrase son mégot et souffle la dernière volute de fumée vers la fenêtre à peine entrouverte. « Saul, elle murmure en tournant la tête vers lui. Tu veux vraiment que j'oublie ? » Ses pupilles le quittent pour retourner fixer le plafond, puis les fleurs sur sa table de chevet. Elle tend le bras pour caresser les pétales du bout des doigts ; ils sont doux et les couleurs sont belles. Comme il ne répond pas, Sam parle encore, tout bas. Elle partage ses secrets. Elle aussi a un peu honte, mais c'est plus fort qu'elle. Les mots remontent dans sa gorge, ils veulent sortir et elle ne peut rien contre ça. « Avant, ma vie... » Comment définir autant d'années, d'expériences et de rencontres ? « C'était pas trop ça. » Samira se penche pour sentir les fleurs. Si elle n'avait pas fumé, peut-être qu'elle arriverait plus facilement à distinguer les odeurs. « Maintenant, je suis avec toi. Et avec Ester. » Son index repasse sur la chaîne, caresse son nouveau pendentif. Personne ne la regarde – Saul ne peut voir que son dos -, mais elle retient un sourire. « Je me dis que j'ai eu de la chance que ça arrive. » Elle rallume une autre cigarette et, pendant un moment, Samira se contente seulement de la porter à ses lèvres et de recracher toute la fumée qui lui bousille les poumons et la gorge. Elle y repense, à cette nuit. Et à toutes celles depuis qu'ils s'en sont sortis. Ça n'a pas toujours été parfaits entre eux, mais il y a eu l'amour, l'attachement, la tendresse et l'attention. Saul et Ester ressemblent à tout ce qu'elle a toujours désiré : une famille. Et la famille, elle croit, c'est la seule chose qu'on ne peut pas perdre. Dans le dortoir de son orphelinat, Samira rêvait déjà d'eux.

« Quand t'étais gamin, tu t'imaginais quoi pour ta vie de grand ? » Elle veut parler de ces rêves d'enfant qu'on n'ose dire à personne parce-qu'on est déjà trop âgé, mais pas assez désillusionné pour y croire encore. Un peu comme un homme adulte qui croit encore pouvoir changer alors que tout laisse penser le contraire.
A condition d'y croire, tout peut se réaliser. Et Saul croit.
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Saul Weiss
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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Lun 12 Sep - 10:50

Il est soulagé qu'on lui pardonne. Il est soulagé de n'avoir pas à dormir seul. Le cœur malhabile et l'esprit fruste, Saul s'épuise d'éprouver si intensément des choses si différentes. Où qu'il regarde, il ne voit plus les confins de son être : il se trouve distendu, tordu et emmêlé, comme si on avait tout exigé de lui et qu'il s'était contorsionné afin d'obéir. Une épaisse fatigue partout dans le crâne, il suit diligemment Samira sans s'attarder sur ce qu'elle a d'indécent. C'est quand la lumière de la chambre se répand autour d'eux qu'il dresse le front, et ses yeux roulent dans leur orbite. Saul ne dit absolument rien. Bien sûr, elle aura tous les éclairages qu'elle veut. C'est sa chambre, et elle y règne sans partage. De plus, il n'a besoin de rien. En silence, il la regarde faire, il la regarde vivre. Elle se comporte, un temps, comme s'il ne s'était rien passé, comme s'ils n'avaient rien dit. Cet encart, il l'utilise pour dissoudre son malaise. Ils ne se sont rien racontés de fatal. Ils ne se sont rien dits de mortel. Au contraire, c'est un baume à appliquer sur les plaies gigantesques de son âme. Tout ce qu'il ressent d'autre ne résiste jamais à l'amour intraitable que Samira renverse sur lui.

Saul ne s'allonge pas tout de suite. Il réalise, dans le coin de son esprit réservé aux choses ordinaires, qu'il n'a aucun vêtement à passer. Intérieurement, ça soupire : est-ce que c'est important ?. Bien sûr que oui. Bien sûr que non. Bien sûr qu'il voudrait qu'elle oublie. Et, en même temps, bien sûr que non.  Il pince les lèvres quand elle est aussi incapable de le voir qu'il ne peut la voir, lui. Planté au milieu de la chambre, un regard compulsif pour la fenêtre entrouverte, il l'écoute dire des choses qu'il n'entend pas immédiatement. Parfois, il se demande ce qu'était la vie de Samira, avant. Il en conçoit souvent de l'amertume, sinon de la jalousie. Après quelques semaines, et plusieurs de ses pensées, il a convenu qu'il aime mieux ne pas savoir. Si c'est très égoïste, c'est le choix qu'il renouvèle à mesure qu'elle parle (est-ce pour lui ou est-ce pour elle ?). C'est idiot, parce qu'il est soudain déçu de se contenter du très énigmatique et un peu court c'était pas trop ça. Un sursaut le prend tout entier, mais Sam ne voit rien et il n'intervient pas, un souffle confiné dans la gorge pour le contraindre, pour le faire taire. Contrairement à elle, Saul ne croit pas que ce soit une chance (leur rencontre, leur survie, le coup de lame dans ses côtes) et il s'indigne qu'elle le pense. Ça n'est pas qu'il regrette qu'elles soient là. C'est qu'il voudrait les épargner. Quand il sent la colère qui pousse et qu'il pourrait bientôt cracher, Saul se débarrasse de la serviette et se glisse sous les draps. Par-dessus Samira, il glane une cigarette et lui vole le briquet. Il apporte ses propres volutes au nuage qui domine. Aérer davantage est tentant. Elle n'aimerait pas. Il ne s'en sent pas le courage. Au bout d'un moment, il oublie jusqu'à son intention de le faire. Il oublie ce qu'elle a dit. Il dévore lentement le silence.

« Tu vas te moquer... il soupire après un moment. » D'abord, il pense répondre qu'il ne sait pas, qu'il n'y a jamais vraiment réfléchi ou qu'il a oublié, tout simplement. Mais ils sont tombés d'accord pour se dire certaines choses. Alors il fouille son souvenir, ses espoirs et ses déceptions. Quelques uns appartiennent à l'adulte. D'autres reviennent à l'adolescent. Certaines survivent avec le gamin qu'il est demeuré. Le pauvre môme n'a plus beaucoup de place dans la vie de Saul Weiss, mais il existe. « J'ai pensé partir. » Après la fumée, c'est les premières syllabes qu'il parvient à formuler. Il les soupèse les uns après les autres, admet qu'elles conviennent. Puis il reprend : « Je détestais Harcourt, et je voulais partir. » Il écrase sa cigarette et il en prend une autre. « Je me disais que j'allais me marier, et avoir des enfants. » Un souffle se prend pour un rire, et Saul se moque de l'idée ridicule qu'il nourrissait jadis.  « Tu peux te moquer, il se ramasse sur lui-même, à demi redressé, mais je me disais que je me marierais et que j'aurais des gosses, pour faire exactement tout le contraire de mes parents. » De les évoquer, Saul serre les dents autour de sa lèvre. Il ne saigne pas tout à fait quand il arrête et prend le tube dans la bouche. Il inspire lentement, beaucoup. Il étrangle l'acide derrière les mots. « Le forfait classique. La maison, la femme, le chien, les mômes. » Ce n'est pas très éloigné de son existence, mais ça n'a pas le lustre de son enfance et de sa naïveté. Il se fichait alors du boulot qu'il aurait. Il aurait fait n'importe quoi pourvu que ça le fasse rentrer, chez lui, chaque soir. Vingt ans plus tard, il n'a toujours appris aucun métier. Cette demeure n'est pas vraiment à lui. Au contraire, elle est pleine de ses parents, qu'ils soient morts ou vivants. Il est complètement prisonnier d'Harcourt. « J'étais même pas assez con pour vouloir être astronaute, ou flic. » Elle n'est pas consumée pour moitié quand Saul écrase sa cigarette. Il s'enroule dans le drap et se renverse sur le côté. Gentiment, il scrute Samira. « Tu veux m'épouser ? »
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Samira Foxx
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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Dim 18 Sep - 14:19

Tu vas te moquer... Il le souffle et Samira, sans le rassurer, se contente seulement de se tourner vers lui pour mieux l'écouter. Saul continue et, en même temps qu'il parle, elle s'imagine l'enfant avant l'homme. A force de chercher quelque chose qui n'existe pas dans chaque recoin de cette maison, Sam est tombée sur de vieilles photographies abîmées par le temps. Elle se souvient de ce garçon, de ses grimaces et de ses dents en moins. Sans en être sûre – elle ne lui a jamais parlé de ses découvertes -, elle en a conclu qu'il s'agissait de lui, de ses yeux, de son nez, de ses cheveux. Toutes ces fois, Sam l'a estimé chanceux de pouvoir retrouver des images de son enfance. Elle a aussi essayé de deviner qui étaient ses parents, ses grands-parents, ses amis. Et puis, elle a pensé à ses propres parents, ses propres grands-parents et ses propres amis. Ses repères sont scolaires. Samira se rappelle vaguement de ses premières années à l'école primaire. Elle sait approximativement à quoi elle ressemblait à cette époque, mais ses amis, si elle en a eu, et ses professeurs, n'ont plus de visages, ni de noms. De ses toutes premières années de vie, Samira ne se souvient de rien. Pour ça, et sans les reconnaître sur les photos, elle se souvient avoir pensé que ses parents étaient certainement de bonnes personnes. Maintenant qu'elle l'entend, elle regrette de s'en être persuadée.
Elle crève d'envie de savoir, mais pour ne pas le couper et surtout pour ne pas le contrarier plus, elle porte le filtre à ses lèvres, elle recrache la fumée et elle se tait. Longtemps, Samira l'observe. Elle pense beaucoup à lui, mais jamais à s'en moquer.
Avant d'être Sham Weiss, son père l'était avant lui ?
Et son grand-père encore avant ?
C'est eux qui lui ont appris ?
A ne vivre que pour le bloc ?
A détester ses voisins ?
Finalement, c'est ça l'inverse ?
C'est faire le contraire de ses parents ?

En relevant les yeux, elle continue d'écraser frénétiquement toutes les cendres avec son mégot. Ses pupilles étudient celles de Saul et toutes les expressions de son visage. Sans savoir pourquoi, Samira n'est pas sûre qu'il soit sérieux, elle n'est même pas sûre qu'il lui ait vraiment posé cette question. A-t-il seulement bougé les lèvres ? A le regarder, comme ça, elle ne sait pas vraiment ce qu'elle attend. Peut-être qu'il lui dise que c'était une blague, ou alors qu'il le répète.
Tu veux m'épouser ?
Ça ne ressemble pas aux films qu'elle a vu à la télévision. Saul ne s'est pas mis à genoux, il n'a sorti aucune bague de sa poche et Samira ne s'est pas mise à pleurer en répétant que oui, elle le voulait. Saul s'est enroulé dans le drap et Samira a continué de déplacer la poudre grise au fond du cendrier.
Tu veux m'épouser ?
Oui. Elle se mange les lèvres pour s'empêcher de sourire. Bien sûr que oui ! Elle baisse les yeux, un peu gênée, comme après un compliment qui lui aurait profondément fait plaisir. Ce qu'elle répond en premier n'est pas très approprié : « Merci. » Sans chercher de réponse plus convenable, elle se rallonge sur le lit sans jamais le quitter des yeux. Samira n'imagine pas de belle robe blanche ni de joli costume pour Saul. Aucune cérémonie, aucune fête. C'est juste que... « Le forfait classique, c'est très bien. » On lui disait qu'elle n'était pas le genre de fille qu'on épouse. Et ils avaient raison, croyait-elle. Comment une enfant qui n'avait jamais eu de famille pouvait s'en construire une, une fois adulte ?
Grâce à Saul Weiss.

La main remonte son bras pour se loger dans le creux entre le visage et l'épaule. « Si tu veux partir, je viens avec toi, elle se hisse pour déposer un baiser sur la pommette, si tu veux tout détruire, je t'aiderais à reconstruire comme ça te plaît. » Samira se rapproche encore et pendant un moment, elle ne lui parle qu'en caresses et en baisers. C'est plus facile, encore plus doux et agréable. « Sois l'homme que tu veux être, elle embrasse le bout du nez, je serai ta femme. » Pour le meilleur et pour le pire, jusqu'à la mort ; c'est ce qu'ils disent toujours et c'est comme ça qu'elle veut le vivre.

« Mais imagine, Saul. » Sa tête retombe sur l'oreiller et elle tire le drap jusque sur sa poitrine. A force d'y penser encore, le sourire niais qui lui barrait la face finit par s'estomper. Elle voudrait être capable de le garder, de le cacher assez profond dans son être pour ne pas avoir à le partager : « Imagine que la lumière t'empêche de dormir cette nuit. Tu te diras que non, elle prend une voix plus grave, comme pour l'imiter, non, je ne veux pas épouser une femme qui ne peut pas rester dans le noir. » Toutes ces choses qui font qu'elle n'est pas conforme à l'idée qu'on se fait de la normalité, il les connaît presque toutes, Saul. Et ça ne l'a pas empêché de lui répéter qu'il l'aime et qu'il refuse qu'elle l'abandonne. Pourtant, elle ose le réclamer : « Tu pourras me le redemander demain, quand tu auras dormi et qu'il fera jour ? » Samira tente de s'en convaincre, ça ne se dit pas. Et on ne se demande pas si c'est vraiment elle, la femme qu'il s'imaginait plus jeune. On dit oui ou non, on est heureux ou malheureux. On ne doute pas, on le croit.
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Saul Weiss
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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Dim 9 Oct - 1:25

Il n'espère aucun mot plutôt qu'un autre. Il aime, en revanche, le dédale qu'elle remonte. À travers ses pupilles, on voit que Sam reprend toutes les lettres, qu'elle les rassemble en mots, qu'elle répète la question. Saul est très calme, incroyablement patient. Il a un boulot, une maison. Il a même un enfant. Il ne s'est jamais marié. Il n'y a même jamais pensé depuis qu'il a douze ou treize ans. Il se demande seulement si Samira aimerait ça, si c'est ce qu'elle veut. Probablement que ça ne l'intéresse pas non plus. Ils n'ont pas l'air d'avoir été fabriqués pour le mariage. Ils n'y seraient pas bons. Et, néanmoins, son regard insiste. Tu veux m'épouser, Sam ? Et prendre le peu que tu m'avais pas encore pillé, tu le veux ? Il cligne plusieurs fois des yeux et il sourit doucement. Tout ce temps, il ne dit plus rien et il la laisse parler, caresser, embrasser, et faire le tour de la question. Saul fait le parcours de leur vie ensemble, et il sait bien qu'on n'épouse pas plus Samira Foxx que Saul Weiss. Il se dit aussi que ce qu'on fait ne l'atteint pas vraiment. Des yeux, il suit Sam et ses mains. Elle se rallonge à côté de lui et il baisse presque immédiatement les paupières. D'abord, il va répondre qu'il le lui demandera autant de fois qu'elle voudra. Demain matin. La semaine prochaine. Dans un an. Dans dix. Puis : « Tu as peur que je change d'avis ou t'as peur de changer d'avis ? » Il rouvre les yeux sans que ses pupilles la trouvent tout de suite. Saul bascule davantage le crâne pour la voir. Ses billes sont aussi neutres que sa voix, et il n'y a que la douleur dans ses côtes pour lui faucher des sensations palpables.

« Imagine si t'avais dit oui. » Il ne le lui reproche pas réellement. Sa réponse avait, en fin de compte, assez peu d'importance. Saul aurait fait ce qu'elle voulait, ou il n'aurait rien fait du tout. « Imagine si t'avais plus peur, si on n'avait plus peur... si on n'était plus jamais, jamais, en colère. » Il ne se trouve pas si idiot de le projeter, n'est-ce que pour une seconde et n'est-ce que dans cette chambre. Fané, épuisé, fatigué, éreinté, abîmé, Saul n'éprouve pas beaucoup d'orgueil à s'imaginer différent, et meilleur. Ils auraient une vie totalement différente. Ils ne seraient sûrement pas ensemble non plus. Peut-être que dépouillés de l'angoisse et débarrassée de la haine, ils ne seraient que des êtres imparfaits, incapables de s'entendre, et sans rien pour les raccrocher l'un aux deux autres. Désespérément accrochés. Rivés comme à la vie elle-même. L'oeil au coin des paupières, Saul pèse la possibilité au regard de Samira. La quasi certitude. Il n'avait plus pensé au mariage depuis ses douze ou ses treize ans et, même à cette époque, ça devait être déjà ridicule parce qu'il cognait déjà les arcades et brisait les pommettes à la fougue de ses poings. Il n'y a aucune réalité, alternative, hypothétique, même idéale, où une fille comme Samira épouse un type comme Saul. À l'exception de cet instant qui les traverse et qui s'éteint. « Imagine si t'avais dit oui, il souffle doucement. »

Il doit s'assoupir, car le temps s'étire. Ses yeux le brûlent, pourtant, et tout son corps est infiniment douloureux. Il ne doit pas se passer plus d'une minute ou sept. Étendu sur le dos, les paupières closes, Saul murmure finalement : « Ça y est ? » Un très léger rictus émerge à la commissure de ses lèvres. « C'est demain ? » Au manque de sommeil qui lui taraude la conscience, il sait fort bien que non, qu'ils en sont encore loin, et ça malgré qu'ils aient déjà brûlé une bonne partie de la nuit. Mais ça le démange, de lui parler, de ne pas s'endormir là-dessus, et puis, c'est vrai, la lumière en travers du voile l'empêche de se noyer dans le sommeil. « J'ai hâte d'être demain... » Le sourire tranche plus franchement dans la chair de la bouche. Toutes ces histoires, ce n'est pas sérieux et, néanmoins, Saul s'y attarde avec la conviction intime que ça les attache, ensemble. D'une autre façon que le mariage. D'une bien meilleure façon. Comme des enfants qui ont des rêves. Comme des adultes qui les recouvrent. Les billes de Saul tombent dans celles de Samira, et ça lui fait toute une marée dans le ventre. « J'ai hâte d'être quand on n'aura plus peur. » Ses doigts se promènent dans les draps, puis ils effleurent le bras de Sam. Ils galopent jusqu'à l'épaule, le revers de la main jusque dans la gorge. « Demain ? »
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Samira Foxx
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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Dim 6 Nov - 0:57

Ce doit être la nuit ; l'obscurité qu'elle amène et la fatigue qu'elle fait peser sur ses paupières. Elle rend les choses incertaines. Peut-être bien que la chaleur sous les draps et le moelleux de son oreiller n'arrangent rien. Peut-être que Sam se voile seulement la face. Pourtant, elle fouille, Samira, elle creuse profond entre ses tempes, mais tout y est embrouillé. Elle oublie de se vexer pour uniquement se concentrer sur cette étrange impression qui lui contamine le corps. Saul lance les mots avec une telle facilité, sans se douter de l'effet qu'ils peuvent avoir.  
Pourquoi aurait-elle peur de changer d'avis si elle est convaincue de l'aimer ?
Toutes les raisons qui pourraient la persuader de fuir cet homme et cette maison, son esprit les a dissimulés. C'est rangé, là, quelque part dans sa tête, mais Samira n'y pense plus. Dans quelques semaines, dans quelques mois ou dans quelques années, tout reviendra. Elle lui aura dit oui, le temps sera passé et rien n'aura changé. Peut-être qu'elle le suspectera de ne plus l'aimer, qu'elle s'inventera des excuses pour ne pas avoir d'enfant avec lui ou qu'elle regrettera d'en avoir eu. Peut-être qu'elle passera plus de temps à regarder par la fenêtre plutôt qu'à les fermer avant de s'en éloigner. Mais Sam préfère s'imaginer une réalité qui se rapproche le plus possible de sa conception de la perfection. Forcément, Samira n'est pas vraiment Samira et Saul n'est pas vraiment Saul. Ils s'aiment beaucoup, ils sont toujours heureux, ils vivent longtemps et meurent ensemble. Sauf que rien n'est jamais aussi facile. Pas ici. Pas avec eux. Pas en étant elle.

Samira ne pense plus à rien. Rivées vers le plafond, ses pupilles suivent les craquelures et s'arrêtent là où la peinture est tombée. Elle se tourne. Elle se retourne encore. Un moment, elle observe Saul et ça l'apaise de le voir aussi calme qu'elle sursaute quand il se met à exprimer son impatience. « Si tu dors pas, on y arrivera jamais. » Dans sa voix, il y a de l'amusement et de l'exaspération. Elle approche son oreiller plus près, mais c'est sur le sien qu'elle repose sa tête. Si elle réduit l'espace entre leurs deux corps, ses lèvres peuvent plus rapidement toucher sa peau. Alors, forcément, c'est une meilleure place. « Si c'est pas demain qu'on arrête d'avoir peur, c'est pas grave. On sera toujours ensemble, elle dit tout bas. Ferme les yeux, maintenant. » Ses gestes accompagnent les mots. Son index et son majeur font tomber les paupières.  

Samira a des pouvoirs. Elle ne les connaît pas mais ses ancêtres pratiquaient le vaudou, elle le sait. Ce soir, elle invoque les anciens dieux pour faire venir le jour plus vite. Comme une gosse, elle s'invente des pouvoirs ; elle romance son immaturité. Elle sort du lit pour enclencher tous les interrupteurs et allumer toutes les ampoules. La pièce entière baigne désormais dans une lumière trop intense pour que ses yeux puissent le supporter à cette heure de la nuit. Il lui faut du temps avant de pouvoir les rouvrir complètement. Dans le tiroir, Samira va chercher un drap qu'elle déplie et qu'elle enroule autour de sa poitrine ; ça lui fait une jolie robe. De retour sur le lit, la magicienne sort les fleurs de leur vase. Samira n'est pas à l'église, Saul ne l'attend pas devant l'autel, mais ça ne l'empêche pas de faire tout comme les mariées. Doucement, Samira se penche et, en caressant le front chaud, elle souffle contre l'oreille : « Réveille-toi. » La lumière le gênera comme quand on essaye d'ouvrir les yeux le matin alors qu'on a oublié de tirer les rideaux la veille. Mais il est là, le jour. Elle a tiré le soleil de son lit pour le faire entrer dans sa chambre. Et ils y sont enfin. Elle lui a ramené demain. « Saul... » Samira fait semblant d'hésiter avant de poursuivre. « J'ai très envie de dire oui à tout ce que tu demanderas. »
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Saul Weiss
kill of the night


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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Ven 30 Déc - 19:17

Demain, ils seront toujours ensemble, alors Saul ferme les yeux.
Demain, ils seront toujours ensemble, alors Saul joue à fermer les yeux.

Au travers de son épuisement, il discerne la lumière s’accentuer. Samira a déserté son flanc – ça lui fait froid dans les côtes et jusqu’à l’intérieur. Elle s’agite, quelque part dans la chambre, sans qu’il comprenne ce qu’elle fait. Il lui suffirait de soulever une paupière, mais la lumière augmente crument. L’intensité lui bousillerait certainement la rétine avant qu’il ait une chance de surprendre Sam dans ses manigances. Et puis il ne peut pas s’empêcher de croire qu’elle fabrique une superstition ou qu’elle accomplit un rituel, une coutume qu’il n’avait pas encore surprise et qu’il ajoutera à la liste qui fait leur quotidien. Mais pas tout de suite, parce qu’il a mal, parce qu’il est las et parce qu’il veut seulement la sentir revenir, s’allonger contre lui et disperser le sale éveil qui le tient. Il se languit tellement du retour de Samira qu’il exhale un souffle surpris à la sentir vraiment.

« Qu’est-ce que t’as fait ? » Il ouvre un œil. Bat des paupières. Puis l’autre. Son premier réflexe est de se ramasser en position assise, ou ce dont il est capable de plus proche. Par instinct mortel, il inspecte d’abord les abords du lit. Ensuite seulement, il caresse le drap autour de Sam du bout de sa vue vacillante, et il plisse le regard pour discerner les autres détails. Les fleurs sont encore jolies. Moins que sa fiancée, penchée sur lui à lui faire sourire le coeur.

Avec des gestes prudents, pour se ménager lui et ne pas la brusquer elle, Saul fait reculer Samira. Il est très sérieux, tout à coup. Même concentré. Il n’a pas besoin de réfléchir à ce qu’il va dire et, cependant, il veut choisir ses mots. Pas tous, juste quelques uns. Saul veut que ça sonne d’une certaine façon – joliment, si possible. Aussi éduqué qu’un chien sauvage, il n’arrivera pas à grand-chose mais il veut essayer : « Est-ce que tu m’aimeras toujours ? » Elle a promis de dire oui à tout ce qu’il demandera. En filigrane, elle l’a promis. Et il entend lui faire tenir sa promesse. « J’ai pas fini, il dit quand Sam entrouvre la bouche. Est-ce que tu m’aimeras toujours… même quand tu vas me détester – à cause de ma rage débile, de mes sauts d’humeur, de ma vie merdique et pas prête pour toi ? Est-ce que tu vas toujours me regarder avec ces yeux qui croient que je suis meilleur que je suis vraiment ? Est-ce que ça me fera toujours me sentir comme ça, bien, mieux, libre, et meilleur pour de vrai ? Et, est-ce que tes yeux vont toujours me regarder comme si c’était important que j’existe ? Est-ce que je vais le mériter un jour ? Est-ce que je vais te mériter, toi, un jour ? Est-ce que tu vas me raconter toute ta vie pour que je sois plus jamais jaloux de tout ce que je sais pas ? Ça arrêtera de me foutre en l’air quand je comprends pas ce que tu penses et que je suis pas capable de le demander ? Tu me buteras si je te fais le mal ? Et est-ce que tu m’aimeras toujours quand je serai le pire des connards et le dernier des types qui devraient pouvoir poser les yeux sur toi, parce que t’es simplement beaucoup trop bien pour eux, et puis surtout pour moi ? Est-ce que tu me croiras quand je te dirai que je suis désolé, et que j’essaie de changer ? Et, quand j’aurai changé, est-ce que tu m’aimeras toujours ? » Sans doute pas. Mais, Saul, il ne veut pas, il refuse d’entendre ça. Au comble de cette nuit infernale, il veut l’entendre dire oui. « Et si c’est pas toujours, est-ce que ça peut être longtemps ? »
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Samira Foxx
kill of the night


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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Dim 26 Fév - 18:44

« J'ai utilisé mes pouvoirs pour qu'on soit déjà demain. » Qu'elle répond avec une once de fierté non dissimulée dans la voix. Puis elle rit. Samira rit parce-qu'elle pense que ce sont des choses qui ne se font plus à son âge. Comme avoir peur du noir et des ombres, des monstres cachés sous son lit et dans les placards. A son âge, on doit respecter la temporalité et les lois de la nature; on préfère éviter de raconter des mensonges destinés aux enfants.
Sam continue d'afficher son sourire et ne le fait disparaître que lorsque l'expression sur le visage de Saul devient trop sérieuse. Au début, elle veut se précipiter pour lui dire oui, mais Saul l'oblige a être plus attentive. Alors elle reste suspendue à ses lèvres ; son attention capture tous les mots, toutes les jolies phrases. Elle sent ses joues brûlantes et ses paumes humides, son cœur qui panique et tous les papillons piégés qui s'agitent dans son ventre.
D'abord, elle voudrait lui répondre oui.
Oui, Samira aimera Saul longtemps.
Oui, Samira aimera Saul pour toujours.
Mais elle se tait.

Sur le drap qui lui sert de robe, Sam s'essuie l'intérieur des mains. « Je peux pas prédire le futur. » Un moment, elle fixe les pétales de son beau bouquet. Et elle se bouffe l'intérieur des lèvres parce-qu'elle voudrait parler, elle voudrait tout lui dire et, en même temps, elle préfère oublier. Elle préférerait vraiment se contenter d'un oui. « J'ai connu d'autres hommes, avant toi. Et avant toi, j'ai aussi aimé beaucoup d'autres hommes. » Visiblement gênée de ne pas être le genre de fille qui réserve son amour au seul et unique élu de son cœur, Samira semble porter de plus en plus d'importance aux détails du bouquet qu'elle tient dans ses mains. « J'ai toujours cru qu'aimer les garçons, c'était se forcer même quand on a vraiment pas envie, faire semblant pour faire plaisir et toujours faire attention à ce qu'on fait ou à ce qu'on dit. » Rapidement, Sam relève la tête pour sonder Saul du regard. « Je sais pas si tu comprends... Peut-être qu'il faut connaître les hommes comme les femmes les connaissent, conclut-elle. »

« Et toi... »
Lui aussi se bagarre.
Lui aussi parle fort.
Et lui aussi donne des ordres.
Mais lui...

« Toi, tu me donnes tout, tu me laisses tout faire même si ça t'énerve. » Qu'elle déplace les meubles, la vaisselle, tous les vêtements et tous les livres, juste pour être sûre, juste pour pouvoir se rassurer. « J'ai le droit de pas être du même avis que toi, j'ai le droit de t'en vouloir et tu fais rien pour me faire encore plus culpabiliser de pas t'avoir parlé pendant tout ce temps. J'ai le droit d'aimer Ester et j'ai le droit le l'aimer aussi fort que je t'aime toi. Je peux l'embrasser même quand t'es là et sans avoir peur. J'ai même le droit de garder la lumière alors que ça t'empêche de t'endormir. J'ai le droit.» Samira s'est sortie le cœur de la poitrine pour le découper en petits morceaux qu'ils peuvent analyser tous les deux et qui montrent à Saul pourquoi il mérite de prendre autant de place à l'intérieur, pourquoi elle ne se lassera jamais de le regarder comme s'il était le meilleur puisque, à ses yeux, il est le meilleur. « Et si ça t'arrive de l'être, alors t'es le seul connard que j'ai envie d'épouser et le seul qui a sa place dans mon lit. »

Après avoir abandonné les fleurs sur son oreiller, Samira soulève sa robe, juste assez haut pour pouvoir passer par-dessus Saul. « Je peux pas prédire le futur, mais je préfère miser sur toujours plutôt que longtemps. » Elle part baisser les lumières et se précipite pour retourner dans le lit avant que les ombres ne l'avalent. Sam retrouve sa place sur le matelas et ses billes foncées roulent sur Saul jusqu'aux siennes. Son index glisse sous son œil comme s'il pouvait faire disparaître les marques de fatigue. « Je sais très bien que ça s'ra pas tous les jours facile, mais tu veux bien me croire, cette fois, quand je dis que je vais t'aimer pour toujours ? »
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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   

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