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 et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi

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Saul Weiss
kill of the night


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MessageSujet: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Jeu 28 Jan - 21:52

Un moment qui dure plusieurs minutes, Saul piétine le seuil de la chambre. La porte est entrouverte et la lumière jaunâtre du palier fend le sol jusqu'au lit d'un rayon impudique. Il n'essaie plus d'entrer sans y être invité. Il s'imagine pourtant pousser sur la poignée et faire craquer le parquet en approchant de la table de chevet, et de la silhouette endormie de Sam. Les dents enfoncées dans la lèvre, Saul ravale ses sombres besoins égoïstes et tire sur le loquet, rendant la chambre à sa tranquille obscurité. A bas de la porte, il dépose, l'expression d'un vaincu plaqué sur le visage, moins d'une dizaine de fleurs. Il n'en connait pas l'espèce et ne sait d'ailleurs pas qu'on parle, en cette matière, de variétés ; il les a volées, et la coupe irrégulière de leur tige accuse son cran d'arrêt ; avec son désir de bien faire, il est satisfait des perles de rosée qui roulent encore sur les pétales. Entre les feuilles, il dépose le morceau de papier salement déchiré. Tout en haut est écrit : TU PRÉFÈRES QUELQUE CHOSE COMME ÇA ? En fouillant ses poches, il extirpe une petite boîte à l'état misérable. Son apparence dénigre l'objet qu'elle contient. Ce collier non plus n'est pas tout à fait honnête ; il vient d'un prêteur-sur-gages à quatre blocs de là ; c'est tout ce que Saul pouvait s'offrir dans les circonstances actuelles. Les phalanges ridiculement tremblantes, il le dépose à côté des fleurs, avec la vague conscience que ça lui demande beaucoup de courage, et d'imagination. Plus bas, sur le papier, il y a : NE ME DÉTESTE PAS. Chaque fois qu'il pense à cette horrible soirée, son cœur le démange à vouloir se tailler un chemin entre ses côtes et hors de sa poitrine. C'est signé SAUL.

Il s'est pointé au bar aux alentours de neuf heures. S'il a déserté la maison peu de temps avant l'aube, Saul a longuement traîné, les mains plaquées sur son volant et son esprit volant au-delà des horizons. Une légère crispation lui a bien murmuré de s'engager sur la voie rapide et de s'offrir un grand tour de la Louisiane, voir tout ce qu'il n'a jamais vu et découvrir ce qu'il n'a même jamais envisagé. Après une accélération déterminée, il a seulement suivi Alvar Street, s'est engagé sur France Road, avant de remonter le canal et de virer ers Gentilly par la route habituelle.

Il est un peu plus de neufs heures du matin lorsque Saul arrête la voiture devant le bouge qu'on appelle Harcourt Hall – la devanture n'affiche plus rien. C'est un repère à ivrognes et les têtes qui s'y noient dans l'alcool sont toujours les mêmes. Ils ont des prénoms, des métiers, et le barman connait aussi le prénom de leur femme et de leurs enfants. Ils prennent systématiquement la même chose et, la plupart du temps, ils sont trop ivres pour se battre. Ce commerce misérable existe depuis une éternité et, du temps de la Prohibition, il était quasiment huppé, veut la légende. En vérité, c'est un cloaque infesté de vermines, des rongeurs de l'arrière-cuisine aux soulards du comptoir. Avec son titre, Sham Weiss a hérité de ça. C'est un fardeau quand il faut y foutre les pieds, mais son sous-sol vaut bien qu'on s'y attarde. C'est en-dessous de cette taverne piteuse qu'il a organisés nombre de combats, et qu'il en a gagnés plusieurs. C'est aussi là qu'il s'est déjà fait latter la gueule, mais la maison gagne toujours. Les paris remboursent bien la dignité, et les frais de l'existence. Et voilà la raison de sa présence pour tout l'après-midi encore. Saul martèle la porte pour ne pas brusquer le réveil des fidèles de son établissement, puis il descend, les salutations expédiées, les escaliers sur la droite. Le béton nu pue encore le sang, la sueur, l'alcool et l'urine. Le fond de l'air est un vomitif. Il fait sauter le bouchon du bidon et arrose le tout de javel. Lorsqu'il tourne le robinet du jet d'eau, il est anesthésié par les vapeurs jusque dans sa mélancolie.
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Samira Foxx
kill of the night


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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Mar 9 Fév - 23:14

Sans lui demander, Samira a volé des cachets dans la pharmacie d'Ester. Elle en avait marre d'être constamment confrontée à ses pensées, ses questionnements et sa paranoïa, alors elle les a avalé en même temps qu'un grand verre d'eau. Avant de s'endormir, elle a un peu pleuré. C'est tout. Faut dire qu'en ce moment, sa vie est particulièrement triste. Samira passe ses journées à se cacher par peur de croiser le regard de Saul. Elle vole des biscuits dans la cuisine, remonte vite à l'étage pour les grignoter dans sa chambre. Avant d'en sortir pour rejoindre la salle de bain, elle écoute les bruits dans le couloir. C'est absolument ridicule et, en plus, son amoureux lui manque. Il manque aussi dans son lit, dans sa chambre, dans ses bras, juste à côté d'elle et Samira n'est même pas capable de lui avouer. Saul lui fait perdre ses moyens ; il a l'air des garçons sauvages qu'on a du mal à retenir, ça l'intimide. C'est marrant, enfin... C'est juste que ce n'était pas le cas, avant.

La voleuse se réveille longtemps après son passage. Elle a l'esprit tout engourdi et le corps avec. Alors elle flâne encore un peu au lit, profite de la chaleur sous les draps, se laisse aveugler par les rayons de soleil qui parviennent à se faufiler entre les rideaux épais. Tous les matins, Samira a toujours moins envie d'émerger. Ce moment où le cerveau n'est pas encore capable de fonctionner correctement, mais que le corps, lui, sait profiter de chaque sensation agréable, est sacré. Cependant, il y a mieux. Il y a ce moment où elle s'empêche, de justesse, d'écraser des fleurs. De jolies fleurs posées à côté d'une boîte. Ça l'intrigue, fait battre son cœur et chauffer ses joues. Samira se penche pour les attraper de la manière la plus délicate qu'il soit et, dans les feuilles, elle trouve le bout de papier déchiré. La porte se referme, la femme s'assoit directement sur le sol. Elle observe les fleurs, longtemps, avant de relire le mot. Peut-être une dizaine de fois. Peut-être beaucoup plus. Le doigt retrace chaque lettre, traîne longtemps sur le prénom. Elle passe le papier sous son nez, il n'a pas d'odeur, elle s'imagine quand même que Saul y a collé la sienne. Et puis, elle découvre le collier. Lui aussi, elle le trouve magnifique. Samira a du mal avec le fermoir, mais le bijou finit par tenir autour de son cou. Elle n'aurait jamais pensé qu'un cadeau lui ferait autant plaisir et mal à la fois. Saul lui donne beaucoup et elle se comporte comme une ingrate. Elle fume, elle boit et profite de cet état pour se moquer de ses décisions, de ses efforts. Samira culpabilise. Elle veut le voir pour lui demander pardon, pour lui dire merci. Pas juste pour les fleurs, pas juste pour le collier. Pour tout, depuis le début.

Lowell, parce-qu'il devait le rejoindre, a bien voulu la ramener jusqu'ici. Ça lui a demandé des efforts surhumain pour réussir à descendre les marches du perron, puis d'avancer dans la rue pour rejoindre la voiture, monter dedans et accepter qu'elle s'éloigne du quartier. Samira a repoussé ce moment en prenant du temps pour se préparer, en prétextant qu'elle voulait être jolie. Et à chaque fois qu'il fallait partir, elle arrivait à trouver une nouvelle excuse pour retarder le départ. Lowell l'a regardé faire en haussant des épaules et en fumant ses cigarettes. Il ne s'est même pas réjouit quand il a enfin pu démarrer sa voiture. Il n'a rien dit. Pendant tout le trajet. Pour se donner du courage, Samira n'a jamais arrêté de caresser son nouveau collier. Je veux voir Saul, qu'elle s'est répétée. Elle s'est imaginée mille choses différentes à lui dire. « Salut. » est le premier mot qui est sortie d'entre ses lèvres. Déjà, dans la voiture, l'amoureuse avait trouvé ça nul comme approche. « J'suis venue. » C'est pire, je sais, mais regarde, je suis là. J'ai l'impression d'avoir parcouru le monde entier pour toi, juste pour te voir. A l'intérieur, elle a l'impression de mourir. Ici, dans ce sous-sol qui pue la pisse, la sueur et la javel, ce n'est plus l'extérieur qui la fait autant paniquer. Non. Seulement ses yeux. Son attention à lui qui se pose sur elle. « C'est quoi cet endroit ? » Entre chaque phonème, l'éprise voudrait crier à son prince qu'elle l'aime et qu'elle ne pourra jamais le détester. Rien ne sort sauf : « Merci. » Les mots ont peur de sortir alors l'intonation de sa voix se charge de transmettre des messages subliminaux.

Merci mille fois.

Merci pour les fleurs.
Merci pour le collier.
Merci pour le mot.
Merci de m'accepter.
Merci de m'aimer.

Merci de me garder.
Merci de faire les premiers pas.
Merci de m'obliger à faire des choses folles comme quitter la maison.
Merci d'être patient.
Merci d'être compréhensif.

Merci. Merci. Merci.


Grâce à lui, elle pourra admirer la beauté de ses fleurs tout le temps puisqu'elles sont posées sur sa table de chevet. Puis elle les regardera faner. Elle collectera chaque pétale pour les ranger entre les pages d'un cahier. Elle pourra faire glisser le pouce sur la tranche de son carnet et se pencher un peu pour sentir, autant de fois qu'elle le voudra, l'odeur du premier bouquet qu'elle a reçu. Celui de Saul. L'homme qu'elle aime.
Et si elle meurt, il faudra qu'on l'enterre avec ce collier.

Aussi, il faut qu'elle lui dise : elle ne le déteste pas et les fleurs qu'il choisit ont plus de valeur à ses yeux que toutes les armes qu'il cache dans sa maison et dans sa voiture.

« Je t'aime, Saul Weiss. Tu dois déjà le savoir, non ? »
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Saul Weiss
kill of the night


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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Mer 10 Fév - 1:09

Dans ce caveau, les heures défilent sans témoigner de l'avance du jour. A frotter comme un con, les genoux dans la flotte crasse et le nez dans les effluves acides, les mains s'esquintent. Mal diluée, la javel lui brûle les paumes, la jonction des phalanges, et les poignets. Puis ça le démange au coin des yeux parce qu'il s'éponge régulièrement le front. La plupart des flaques ne font pas de résistance. Et d'autres... Saul n'essaie pas de deviner le contenu exact de ce qu'il nettoie, ça le ferait gerber et il sait qu'il entame plus la dalle de béton, rivée aux fondations, qu'il n'efface de la déjection humaine. C'est le boulot des larges grilles d'évacuation, au creux desquelles il pousse tout ce qui peut être déplacé dans ce sous-sol. Quand il en finit avec le jet d'eau et qu'il s'y rince les mains pour la quatrième fois, Saul contemple le vide absolu. Six pylônes qui soutiennent la structure. Pas la moindre ouverture, en dehors de la porte et, lorsqu'on s'en éloigne de quelques pas, on ne distingue plus tout à fait le pan du reste. A une époque, on fabriquait de l'alcool ici et il s'agissait de pouvoir se débarrasser de tout ce qui roule, coule et se brise en moins d'une demi heure. C'est bien plus tard qu'un Sham a réaffecté tout l'espace : depuis, c'est une arène moderne.

Saul aime tous ses souvenirs d'ici. Avant qu'il n'arrive à la tête d'Harcourt Drive, il s'explosait les arcades, se vrillait les jointures et se fêlait les côtes avec des types - des gamins - dans son genre. C'était le jeu. Le rituel. Les plus vieux (qui n'étaient pas toujours des hommes eux-mêmes), éparpillés en cercle tout autour d'eux, encourageaient, gueulaient, pariaient. Il sait qu'ils ne valaient pas mieux que des chiens de combat mais, d'une certaine façon, ça leur canalisait l'horreur, ça purgeait leur violence et ça tournait le meilleur de leurs instincts au profit du quartier. Les grands devaient avoir compris ça, pensait-il. Par la suite, et les années aidant, Saul a su à son tour : c'était simplement bon. Aussi stupide que ce soit à admettre, c'est ce plaisir diffus, malsain, que Saul aime dans tous ses souvenirs d'ici. Et c'est difficile à admettre. Sinon, pourquoi n'en a-t-il jamais parlé à Samira ?

Ester non plus n'en sait rien. Pourtant, ça lui fout un coup au moral de devoir s'avouer à Sam en premier. Saul est un peu surpris, et il cherche le chauffeur qui a pu l'amener ici. Peut-être qu'il le voulait. Peut-être qu'il était prêt. Peut-être que ces fleurs, ce collier et ce mot, ce n'était qu'une invitation. Malgré tout, et selon le sens commun qui sied même aux idiots, l'étage aurait été plus adapté. A présent qu'elle est là, et que les mots s'échappent d'entre ses lèvres pour le captiver, Saul n'a plus le choix de chercher Lowell et de le frapper avec assez de violence pour lui faire regretter le jour de sa naissance ou craindre pour son avenir. Il se plante connement devant elle, le tuyau à la main, et les cinq autres doigts qui ne savent plus bien s'ils veulent s'essorer au t-shirt ou disparaître dans sa poche. « T'es venue, sourit-il tout doucement. » Il est brûlé par un feu intérieur qui dissipe l'essentiel de l'univers. Le collier orne merveilleusement la gorge, ou la gorge le collier. Allez savoir, il est trop primitif pour en juger. Et, après un effort de concentration pour se combattre le ravissement, Saul n'y affecte qu'une brève attention. Le sourire se prononce, puis il s'installe franchement. Il mesure le courage qu'il faut à Samira pour se pencher à une fenêtre ou se tenir devant la porte. Aussi loin qu'il regarde, il ne décompte pas le courage qu'il a fallu à la jeune femme pour venir jusqu'à lui. En revanche, il savoure cette offrande avec un puissant appétit. Il ne néglige pas de s'y attarder, d'en frôler la constance, la substance, et d'en admirer les effets sur lui. Au surplus de tout le reste, Saul se sent libéré d'un poids, qui l'acculait à chaque jour de silence. Alors il ne ferait rien pour lézarder cette sensation et il balaie les lieux avec un revers de main : « C'est rien, il ment sans y songer. » Saul a le regard fiché à celui de Samira. Il se retient de parler. Il se retient de dire merci lorsqu'elle le dit. Il va s'excuser si les fleurs ne sont pas ses préférées. Il va promettre que le collier peut être changé. A quelques secondes mentales près, Saul jurerait presque de se rendre l'écriture plus lisible. Heureusement, certain de tout faire foirer s'il débite une syllabe, il presse les lèvres et se mange le sourire.  

« Je t'aime, Saul Weiss, Sam dit après un moment qui aurait paru excessif à une patience extérieure. Tu dois déjà le savoir, non ? » « J'en savais rien, il badine tandis que le rictus mue d'une joie prudente à une malice canaille. Je me le répétais peut-être... des fois que ça t'aurait obligée. Ça a marché, alors ? » Savoir qu'elle est là, qu'elle le regarde et, surtout, qu'elle ne le déteste pas lui réchauffe la poitrine et le ventre. Le pire est que l'impromptu de la situation ne le frappe toujours pas. Ce qu'il dévore de ses prunelles dilatées, et séduites, c'est Samira et seulement elle. Elle est piquée devant lui, dans ce sous-sol immonde, et ils s'affrontent d'un amour indécent pour la distance ridiculement géante qui les sépare encore. Ce n'est qu'à l'insoutenable de son besoin de mordre à cette bouche que Saul secoue ses cheveux en sueur et son esprit épris. Le malaise lui capte l'âme. « Je suis dégueulasse, excuse-moi. » Rien qu'un petit laps de temps, il s'attarde. Est-ce qu'on peut déserter un tel moment ? Est-ce qu'il a le droit de l'abandonner, même pour quelques secondes, sans tout gâcher ? Les livres, les films et l'internet ont cette réponse. Mais pas Saul Weiss, qui se traine, une vague d'angoisse nouvelle dans les entrailles, jusqu'au robinet. Il se frotte mieux les mains. Elles sont rouges et sèches. Elles lui sont douloureuses, mais moins que de s'éterniser si loin de Samira. Alors il s'arrose rapidement le visage, frictionne encore ses paumes et se remonte les manches à la moitié des avants-bras. S'il se sent toujours si misérable et si crasseux, il rapplique pourtant dans le coin qu'elle occupe. A l'index, il flatte le collier et son sourire se ranime. « Tu dois déjà le savoir, souffle-t-il maintenant qu'ils sont si proches, mais je t'aime aussi. Et j'ai pas les mots pour dire comme je suis désolé. » Là, il se penche sur elle et dépose un baiser d'égoïste. Les billes rivées à celles de Samira, à présent, il l'embrasse. Ça dure aussi longtemps qu'on cherche à graver un souvenir profondément, et justement, dans une mémoire. Saul ne s'évade que lorsqu'il sait qu'il peut réciter les nuances, les odeurs et les sons. Il ne l'accepte qu'à la condition de découvrir, encore, toujours, Samira sous le feu d'un regard réciproque. A même les lèvres, il inspire. « On devrait monter. Et je dois me changer. » A l'idée de quitter ses vêtements, et en dépits de la répugnance qu'il éprouve pour lui-même, ça suffit à ce qu'il lui pille un autre baiser.
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Samira Foxx
kill of the night


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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Dim 14 Fév - 21:20

Les papillons s'agitent dans son ventre et l'empêchent de parler. Samira est incapable de réfléchir, aussi, ça lui demande un temps considérable pour se souvenir de l'ordre dans lequel se rangent les mots.
Elle se mettait dans le même état à chaque fois qu'elle traversait le salon ou entrait dans la cuisine en étant persuadée de ne pas l'y trouver. Ses lèvres restaient soudées pour s'empêcher de bégayer, elle rougissait, faisait demi-tour, se pressait pour se réfugier dans une autre pièce. Sam a passé du temps à réfléchir à tout ce qu'elle devait lui dire, les choses pour lesquelles elle devait lui demander pardon, les efforts qu'elle aurait à fournir. Elle a préféré se murer dans sa peur, ne rien faire pour éviter d'être confrontée à l'échec. Heureusement, Saul est plus courageux. Heureusement qu'il sourit pour lui permettre de l'imiter, sinon l'angoisse et la gêne resteraient figées éternellement sur son visage.

Samira ne cesse jamais de l'observer ; cligner des yeux est devenu trop douloureux. Son sourire s'élargit quand il s'agite ; elle doit avoir l'air bête. « Je suis dégueulasse, excuse-moi. » De le voir dans cet état (dégueulasse, comme il dit), fait naître dans son esprit tout un tas de pensées indécentes. S'il avait le pouvoir de deviner tout ce qui traîne là-dedans, c'est elle qui devrait s'excuser. « Ah bon ? (qu'elle commence en se donnant l'air d'une innocente) J'avais même pas remarqué. » Pour retourner au robinet, il lui tourne le dos, lui donne l'occasion d'admirer les épaules, de deviner les omoplates à travers le tissu, d'imaginer la chute de reins. Et le t-shirt est bloqué entre la peau et le pantalon, remonté un peu au-dessus des fesses, alors... Elle se mange l'intérieur de la lèvre. Et ça continue parce-qu'il remonte ses manches ; les tatouages sur ses avant-bras lui donne envie de partir à la recherche des autres. Ces désirs se devinent peut-être, parce-qu'elle a cette manière de le regarder quand il revient pour s'approcher plus près d'elle, cette fois. « Tu dois déjà le savoir (qu'il commence en même temps que la phalange humide passe sur le collier), mais je t'aime aussi. » Ses iris ne le quittent plus et, désormais, elle a cet air complètement comblé. Samira hésite à lui piquer un baiser, là, juste maintenant, avant qu'il ne reprenne. Mais elle est encore incapable de prendre des initiatives. « Et j'ai pas les mots pour dire comme je suis désolé. » Saul l'embrasse. Elle brûle, Sam. Les tempes, les joues, la poitrine, le ventre, tout est en feu. « T'en as déjà assez fait, tu penses pas ? » Susurre l'amoureuse en gardant les lèvres près des siennes. « Et puis, c'est moi qui doit te demander pardon. »

Elle fait un pas en arrière pour monter la première marche. « Pardon d'avoir tout le temps peur. » De l'avoir forcé à revenir alors qu'il avait ses raisons de quitter la maison. Son pied cherche la deuxième marche. C'est compliqué quand le centre de notre monde est un aussi bel homme. « Pardon de m'être mise dans cet état. » De leur en avoir autant voulu, d'avoir préféré la drogue et l'alcool plutôt que d'affronter ce moment sans l'aide d'artifices. « Pardon d'avoir dit ces mots. » Qu'elle ne voulait pas être là pour eux, puis d'avoir été autant insolente. Ce qu'elle craint le plus, c'est qu'ils s'en souviennent, qu'ils se le répètent à chaque fois qu'elle essayera de leur prouver le contraire. « Pardon de m'être autant appliquée à t'éviter dans ta propre maison. » Ils montent encore. « Pardon de pas avoir eu le courage de te présenter mes excuses plus tôt. » S'entendre énumérer toutes les choses qui ne vont pas chez elle et qu'elle ne parvient jamais arranger seule semble l'attrister. Ça s'entend dans la voix, et ça se remarque dans l'éclat du regard. « Pardon de pas répondre à tes attentes, de pas vouloir... (elle hésite un moment, regarde plus bas, comme si le béton pouvait l'aider à trouver ses mots)... De pas être forte. De pas être comme Ester. » Ils arrivent à la dernière marche. Samira bloque la seule issue qui leur permet de sortir du sous-sol. Elle porte toujours les mains de Saul ; elle n'ose pas les tenir, elle a bien vu qu'il les avait fait souffrir. « Pardon de me comporter comme si j'avais dix ans de moins. » Sa main gauche abandonne la sienne pour se poser sur la hanche et glisser jusqu'aux reins. Elle appuie un peu pour le forcer à se rapprocher. L'humidité a relevé l'odeur de sueur qui lui colle à la peau, et de ces autres trucs qu'il a tenté de nettoyer. Le pouce de la main droite caresse le coin irrité de son œil, la pommette, puis la lèvre inférieure. « Pardon de te trouver aussi excitant quand tu dis que t'es dégueulasse. » Qu'elle souffle tout bas, en approchant la bouche de la sienne. « Pardon de t'imaginer nu avant même de savoir si tu acceptes de m'excuser. » Le baiser qui suit est long, et doux, et appliqué. Les lèvres débordent sur le reste du visage encore mouillé. Ça goûte Saul et tous les efforts qu'il a fourni dans cette cave. Elle l'embrasse plus fort, sa poitrine écrase la sienne et à force de le tenir avec autant de force, elle finira par l'étouffer, s'imagine-t-elle.

« Aussi, pardon de ne pas t'avoir expliqué comment utiliser de l'eau de Javel. » Qu'elle ajoute, sans sourire. Avant de revenir sur cette réponse qu'il lui a donné, Samira pourrait attendre un peu, c'est vrai, mais... « Pardon de te déranger quand tu t'acharnes autant pour... Rien, c'est ça ? » Son visage part se cacher entre l'épaule et la mâchoire. Et avant qu'il ne lui fasse la remarque, la femme le devance. « Oui, je vais te laisser aller te changer. » Pourtant, elle reste longtemps dans cette position. Les bras noués autour de son cou, le corps tout en entier contre le sien. Samira est désireuse de rattraper tout ce temps qu'elle n'a pas passé à le toucher, à l'embrasser, à lui parler, à entendre sa voix et son rire. « Tu m'as tellement manqué. »
Que ça sente un mélange de pisse, de merde, de vomi séché et de javel, ne la fera pas quitter cet endroit plus vite.
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Saul Weiss
kill of the night


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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Mar 23 Fév - 15:18

Ils s'occupent à demander pardon. Les fleurs, le collier et la lettre font les préliminaires des mots, et les mots des baisers. Manipulant une chose très fragile, et en cela très précieuse, elle les arrête sur le seuil. Il ne dit rien pour ne rien brusquer, aussi parce qu'elle raconte des choses qu'il veut entendre. Saul, il les écoute toutes, il goûte chacune, malade du silence qu'il a dû endurer, et il les rend avec religion et reconnaissance. Sagement, il obéit à l'éloquence inhabituelle de Sam, à son immobilisme et finalement à son étreinte. S'il prend tout, docile comme le sont les chiens, c'est qu'il assiste à un spectacle glorieux ; elle ne lui en veut plus ; il ne lui en veut de rien. Ils ont le corps serré, pressé, et la chaleur qui émane d'elle, de ses mains, l'investit doucement dans la gorge, et le ventre, et les reins. Derrière la prudence des caresses, il y a la frénésie des êtres et la proximité qu'elle leur fabrique expire quelque chose de dangereux, et surtout d'imminent. Samira fait tout cela. Pendant que sa bouche s'invente un âge, ses mains en disent un autre. Alors, soudain, des termes comme excitant, dégueulasse et nu font l'effet d'une déflagration. Saul n'est plus un adolescent, mais il découvre très récemment la puissance que certains mots, dans certaines bouches, font à certains. Quand Sam les soupire contre lui, quand Sam l'embrasse, quand Sam l'enlace avec tellement de force que c'est d'envie qu'elle l'étrangle, Saul se redécouvre, lui et l'instinct qui niche, implose et se répand. Il n'a pas l'âme à la conversation, il se fiche des excuses et, surtout, il veut plus fort des battements de son cœur, qui pulse le sang jusqu'aux extrémités de son corps. « J'allais dire, fait-il après qu'elle ait épuisé les syllabes, dit-il comme on attend qu'un enfant finisse son caprice, que tu devrais enlever tes vêtements. » Le rictus qu'on voudrait imaginer, malicieux et fendu sur la lèvre, n'éclôt pas. Enfoncé dans une tension si appliquée, si sérieuse, il étudie Samira sous des angles qui n'exigent pas qu'il se déplace : il devine la veine saillante, la clavicule qui disparaît sous le tissu et l'indécence que tous les carrés de peau nue esquissent. Négligemment, il cherche, il cavale mentalement après l'instant, la seconde d'inattention, où tout va exploser et les mettre à genoux, les paumes en sang, à s'accuser l'un l'autre. Si ça ne se produit pas, cela va se produire. Saul Weiss guette le signe, l'inflexion de voix, ses propres gestes. Puis il dit : « Pas ici. » Harcourt Hall n'abrite aucun endroit correct, mais ce sous-sol est le pire. Alors il attrape la main de Samira dans la sienne, et il l'entraîne derrière la porte. Les ivrognes les saluent comme s'ils ne les avaient pas déjà croisé ; le juif n'a presque aucune considération pour ce cérémonial soûlard, à l'exception notable d'une allure accentuée lorsque les pupilles glissent sur Samira. Cliché de lui-même, il passe d'un côté de la jeune femme à l'autre, simulant une escorte inutile. Pas le moindre de ces types n'a quitté son comptoir, et ils font les yeux doux au fond de leur verre qu'ils voient assez nettement pour jurer qu'il est vide. Ils sont aussitôt hors de la salle principale, dans un couloir flanqué de trois portes : en face, une sortie donne sur la cour et le terrain de livraison, tandis que les deux autres mènent successivement au stockage et à un bureau. C'est là que Saul entraîne Samira, sachant que le petit réduit ne sert plus guère que d'infirmerie misérable. Une table fait office de lit et, à cet effet, elle est couverte d'un matelas défoncé, élimé, et maculé de tant et tant d'auréoles que le sous-sol reluit. Par-dessus, un petit paquet de couvertures s'accumule au milieu de bandages, pilules sans boite et flasques sans étiquette. Comme s'il était vraiment question d'y recevoir quelqu'un, Saul ramasse une partie du bordel, qu'il fourre dans les armoires métalliques à sa gauche. Du pied, il pousse d'autres déchets et foulent d'autres tissus. La plupart finit sous la table, sous une chaise ou un tabouret, quand ça n'est pas simplement rabattu contre un pan de mur ou un autre afin de dégager assez de parquet pour y marcher. Quand il finit ce qui ne refait définitivement pas le portrait de la pièce, il se tourne vers Sam, un mouvement dans les épaules qui dit son abattement soudain. Résolu à ne plus se disperser en excuses (encore qu'il ait été moins prolixe qu'elle), il ébauche un sourire timide. « Ce n'est pas exactement un endroit fait pour les filles. » Même quand c'est lui qui le dit, ça ne veut pas dire grand-chose. Qu'elle mérite mieux, peut-être. Qu'il n'a que ça à proposer, aussi piteux que ce soit. Reste qu'il abandonne un soupir chargé de confusion, une aigreur inconnue dans le fond de la gorge. Les iris fixes sur Samira, il accuse une modération qui ne lui ressemble pas. Il ne sait pas bien ce qu'il espère.  Il ne sait pas bien ce qu'il veut. Ou alors il le sait, et il le sait très bien. Ses mains le savent, sa bouche le sait, et son cœur ne l'ignore pas. Le sang lui grogne dans les tempes, étouffées de nervosité et d'impatience mêlées, et il sent d'abord le baiser que ses lèvres prennent à celles de Samira avant de le voir. Et lorsque la découverte lui avive la vue, il recommence avec un peu plus de fureur, cherchant dans le revers des vêtements où introduire ses mains. « Enlève tes vêtements, maintenant... » Le souffle ne suffit pas, les doigts aident.
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Samira Foxx
kill of the night


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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Mer 24 Fév - 14:38

Elles sont rares, ces personnes qui parviennent à capter la totalité d'une attention. Et il est fort, Saul,  parce-qu'il réussit à le faire avec Samira. Il a vidé tout son esprit, il a enlevé l'anxiété et toutes les peurs, pour le remplir avec cette autre chose qui lui procure du bien. Pour lui reparler, elle a quitter leur maison. Pour le voir, elle a oublié qu'il fallait regarder derrière tous les meubles et derrière toutes les portes pour s'assurer que personne ne s'y cache. Pour l'entendre, elle a fait abstraction de tous ces bruits qui, d'ordinaire, stimulent son imagination. Saul est partout : le goût sur ses lèvres, et les mains sur sa peau, et la voix dans ses oreilles, et l'odeur dans ses narines. Les battements de son cœur, c'est lui, tout comme sa respiration irrégulière. Être autant obsédée et possédée par un seul homme ne la dérange pas. A Saul, elle veut bien tout donner. Le corps et le cœur tout entier. Et même qu'elle lui donnerait d'avantage si elle le pouvait.

Pas ici, décrète le nipper. Samira acquiesce à peine, se laisse guider par le propriétaire des lieux dans poser de question. Elle trouve ça presque excitant de franchir une porte sans vérifier ce qu'il se cache derrière, d'ignorer les milles dangers et les inconnus avachis au dessus de leurs verres. Comme une gosse, elle est pressée de découvrir une nouvelle pièce de cet endroit dont elle ignorait encore l’existence il y a quelques heures. Comme une admiratrice, elle est impatiente de s'y enfermer avec lui pour lui prouver ô combien elle l'estime. Comme une femme qui veut se réconcilier avec son homme, elle sait qu'en plus des langues qui se délient et des âmes qui se dévoilent, il faut passer par les corps et les mettre à nu. Une fois que le bois claque derrière eux, Samira oublie de visiter la pièce du regard, elle regarde seulement Saul qui se presse pour déplacer du bordel ou le cacher. Ils auraient pu rester juste là, à l'entrée, ou se retrouver dans un endroit encore plus étroit, ça ne l'aurait pas dérangé. Elle aurait adoré, même. Quand Saul termine, Sam continue de le fixer en restant plantée au même droit. Comme s'il lui montrait sa chambre pour la première fois et qu'elle attendait qu'il lui dise où aller en attendant de trouver ses propres repères. Quand la femme semble se satisfaire d'un rien, l'homme semble désolé de ne pas pouvoir en faire plus. Son sourire, qui montre toutes les dents, contraste avec le sien. Elle semble ravie d'entendre de pareilles bêtises ; ça sonne comme s'il voulait bien faire et en même temps :  « Ça ressemble à quoi un endroit fait pour les filles ? » Quand il soupire, elle se sent obligée d'ajouter, toujours l'air amusée : « Un endroit avec des photos de femmes presque nues c'est plutôt un endroit fait pour les garçons, c'est ça ? (qu'elle demande en désignant la photo placardée sur l'une des armoires métalliques) Si c'est que ça, tu sais que ça me dérange pas. J'aime b-... » Quand il revient pour l'embrasser, il faut bien qu'elle s'arrête de parler pour pouvoir apprécier le baiser qu'il lui donne. Elle sent aussi les mains insister sur les courbes. Sa langue va plus loin pour provoquer le désir et ses doigts tirent sur les tissus humides sans savoir comment s'y prendre pour s'en débarrasser. « A vos ordres, Sham. » Qu'elle souffle contre la bouche pour répondre à la directive. Samira jette le pull aux pieds et le soutien-gorge plus loin. Avec la sienne, elle guide sa main sur son ventre, la remonte jusqu'à la poitrine, entre les seins, puis à la bouche pour embrasser les phalanges abîmées. Et puis, il y a l'autre, plus libidineuse qui s'est glissée ailleurs. Ses pupilles ne quittent pas le visage. Elles adorent deviner la fièvre dans son regard, le désir et l'impatience. En même temps que ses doigts vont masser plus bas, elle goûte la gorge et mord la mâchoire. Ses derniers baisers ne cherchent plus à prouver combien Samira l'aime, non, ils veulent réveiller ses instincts les plus primaires. Comme le déhanché qu'elle presse contre le bas de son ventre quand elle lui tourne le dos. L'aguicheuse ondule toujours et s'approche encore. Elle aime le sentir dans son dos, là, juste en bas. Oui, elle adore l'énerver, mais seulement de cette manière. « Fais pas comme si on était dans un endroit fait pour les filles. » Les mots réutilisés, comme l'intonation de sa voix, sont lourds de sous-entendus ; il faudrait être sourd pour ne pas le remarquer. Sam se tourne de nouveau vers lui, sa langue passe sous sa lèvre du dessus pendant que les mains tirent sur le pantalon. « En plus, j'suis pas les filles, hein ? » Les doigts reviennent chercher la chaleur sous la ceinture. Le pouce caresse le sommet de sa virilité lorsqu'elle ajoute, tout bas, soufflé comme une confidence : « J'ai juste envie (elle lui pique un baiser), terriblement envie (les doigts se déplacent, reculent puis reviennent), de sentir à quel point tu m'aimes fort. » Il ne reste plus rien de sa timidité et de sa gêne du début. Il a tout pris, Saul, et les a remplacé par du bonheur, du désir et de l'audace. D'ailleurs, la bouche va chercher la clavicule et continue de l'embrasser ici et là. « Et le reste, le bordel... » Pour une fois, et c'est plutôt extraordinaire, elle s'en moque. Mais Sam ne prend pas la peine de le préciser, elle est déjà partie. Quand elle s'agenouille devant lui, le pantalon glisse jusqu'aux chevilles, et les lèvres qui ont toujours envie de le toucher, de le caresser et de lui dire je t'aime ne se privent pas.
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Saul Weiss
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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Jeu 25 Fév - 14:51

Les mains de Saul sont trop pressées. S'il n'y prenait pas garde, elles feraient mal à fouiller le vêtement sans dévoiler la peau. La retenue s'effrite quand elle se débarrasse la gorge, la poitrine et les flancs, et il déploie de son imagination pour écarter ses propres gestes et atténuer sa volonté. Parce qu'il doit départager la brutalité de ses désirs des besoins de Samira, il va contre ce qu'il est. On n'a pas habitué Saul Weiss à promener ses phalanges, à visiter un corps du ventre jusqu'à la bouche, pour qu'on, finalement, les embrasse. Patient au point que ça fasse une qualité, il la regarde faire avec curiosité, un tremblement qui court du poignet à l'épaule, de l'épaule jusqu'au cœur. Ce n'est pas la première fois et, cependant, il n'a pas l'habitude. Faut-il qu'il la protège ? Ou faut-il qu'il l'assaille ? Il n'a pas le courage de décider, et surtout de se tromper, alors il enveloppe la nuque de sa paume et il rend à la tempe ce que la bouche donne à son cou. Les doigts de Sam le parcourent, il n'a qu'à leur obéir. Ça n'exige pas qu'il réfléchisse, qu'il panique, qu'il regrette, et toutes ces considérations qu'on a injectées dans son être quand il en a le moins besoin. Ça n'est pas le moment de se découvrir une conscience et encore moins une âme. Il ne veut plus s'excuser, ni discuter. Saul ne sait pas faire ça. Le reste, il le réapprend de la main de Samira qui lui exaspère la braguette.

Il râle après elle et, répliquant, Samira lui tourne le dos. L'index qui compte les vertèbres découvertes, Saul pousse sur la colonne quand il presse son bassin contre les fesses. Les tissus frottent et froissent leur impatience. Pourvu qu'elle continue, qu'elle courbe et qu'elle appuie, et il oubliera tout. Il s'oubliera, lui. Le désir aussi insoutenable qu'un hoquet prend la gorge, il retire son t-shirt, le roule en boule et le jette sans savoir où. Du pouce, il fait sauter la boucle de sa ceinture et il rattrape Samira pour que sa poitrine pèse sur son torse. De sentir la pointe de ses seins, l'imprudence de ses doigts, la vanité de ses mots, Saul mord ces lèvres qui parlent trop. Il voudrait qu'elle se taise, et qu'elle n'ait rien à la bouche que la sienne. Saul, il l'embrasse pour le bonheur du silence, des corps qui se heurtent, des mains qui se cherchent, qui se trouvent, et des muscles qui se tendent. Il aime entendre le frottement de son jean sur ses cuisses, l'air frais qui s'insinue et lui lèche l'épiderme, la main qui l'emprisonne et les lippes qui l'enveloppent. Le souffle contenu, il a d'abord un regard furtif pour le spectacle de Sam agenouillée. Il n'a pas de pudeur déplacée, il finit par la dévorer des yeux, les pupilles dilatées par la fureur qu'elle souffle en lui. Au plaisir d'être aimé à la langue s'ajoute la vue de son sexe avalé par la bouche. Avec une application qui ferait plier un être insensible, Samira le soulage de son angoisse, de son hésitation et de ses scrupules. Ça n'est pas une baise d'arrière-salle. Sam, ça n'est pas la fille que l'on prend contre un mur pour la relâcher sur un trottoir. Sam, s'il l'attrape, s'il l'embrasse avec ardeur et s'ils se défont de leurs derniers vêtements dans ce bureau misérable d'un bar tout aussi pathétique, c'est que l'amour n'empêche pas le désir. Ce désir est égoïste, un peu brutal ; surtout, il est avide ; pourtant, il naît au moins autant des sentiments qu'ils se vouent que du bonheur qu'elle lui fait à la bouche, des yeux qu'elles rivent aux siens, d'une tension inexplicable qu'un instinct mutuel se promet. Le galbe et le poids de ses seins le valent bien. La courbe de sa gorge. Les ombres de ses cuisses. Le chemin d'ambre qui va du nombril jusqu'à l'aine. Il ne connait que des raisons de se précipiter. Alors Saul la soulève et lui pousse le dos contre la porte. Il mord le coin des lèvres, il embrasse le cou, il grignote la clavicule puis l'épaule et, tout ce temps, ses doigts frayent entre les cuisses et la caressent. Non, ils provoquent. Ils agacent, exaspèrent. Ils se font le passage humide du premier sursaut de ses reins. Pendant qu'il grogne un baiser, ses mains enserrent mieux les fesses, puis il abdique. Entré avec prudence, il en veut davantage. Plus vite. Plus fort. Et plus profond. Sam est une fille que l'on prend contre une porte, avec l'espoir secret que ça ne s'arrête jamais.
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Samira Foxx
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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Ven 26 Fév - 10:15

Chez Saul, tout est magnifique : son visage, ses cheveux, son cou, ses épaules, son torse, ses bras, son ventre, ses fesses, ses cuisses, ses mollets, son sexe. Forcément, avant de s’intéresser au dernier, il faut qu'elle aille chercher derrière, pour mordre une fesse, et qu'elle revienne en face pour grignoter la hanche. La gourmandise est certainement l'un de ses plus grands défauts et, pendant des jours, on l'a laissé s'affamer. Maintenant, elle veut tout goûter, puis tout dévorer ; se souvenir des saveurs oubliées. La mise en bouche est copieuse et délicieuse. Les papilles exaltent et l'insatiable continue de saliver. Elle prend le temps de déguster et, surtout, elle n'oublie rien. Il y en a pour lui et aussi pour elle, oui, elle remplit toutes les lèvres. Parfois, quand l'entendre ne suffit plus, la curiosité l'oblige à lever les yeux pour le voir, pour apprécier l'expression sur son visage et dans son regard. D'autres fois, Sam oublie de le faire. Elle presse sa joue contre le bas du ventre, souffle fort contre la peau en même temps que ses doigts continuent d'aller et de venir autour du membre, d'aller et de venir entre ses propres cuisses. Samira l'étreint une dernière fois avant de remonter. Elle revient se presser contre lui, il faut qu'elle l'embrasse et qu'elle l'enlace. Et en même temps, elle a cette manière absolument ridicule d'essayer de se débarrasser de son jean. A genoux, elle l'avait déjà ouvert, il avait un peu glissé. Désormais, à l'aide d'une main, elle tente de le faire tomber d'un côté, puis d'un autre. Le vêtement libère difficilement les genoux et c'est au niveau des chevilles que tout se complique. Lui ne fait rien pour l'aider, alors elle s'en plaint en grognant contre sa peau, sans jamais trouver le courage de s'en écarter. Plutôt que d'être utilisée pour parler, la langue préfère aller chercher plus loin dans la bouche de son partenaire. Trop souvent, elle en oublie de respirer et de le laisser reprendre son souffle.

Saul l'arrache au sol, alors elle s'agrippe, elle noue les jambes autour de la taille et les bras par dessus les épaules. Et de sentir ses doigts la caresser, et de sentir ses dents s'accrocher, elle n'en peut plus et, à la fois, elle en veut encore. La bouche baise le front, elle sent la sienne dans son cou, puis le nez va se perdre dans les cheveux encore mouillés. Quand il s'aventure sur la pente, qu'il y glisse tout doucement, c'est tout le corps qui s'arrête de fonctionner pour ne profiter que de cette sensation. Oui, la respiration se bloque et le cœur manque un battement avant de s'affoler de nouveau dans la poitrine. L'air bloqué dans sa gorge se transforme en un long gémissement aigu que la femme ne parvient pas à totalement étouffer dans la masse brune de cheveux. Saul repart pour revenir plus fort, et plus vite, et plus loin. Dans cette position, le corps tente de se mouvoir comme il peut. Samira ne le contrôle pas, c'est le bassin qui veut, c'est lui décide de s'éloigner pour revenir plus fort contre celui de l'amoureux. Cette sensation est compliquée à décrire ou à expliquer, mais elle la sent. Ce n'est pas l'orgasme, c'est juste avant, quand elle commence à sentir que ça part d'entre les cuisses pour se répandre tout doucement. C'est ce moment où elle désire aller plus vite pour exploser et, en même temps, ralentir pour que ce bien dure toute la vie. Non, plus : toute l'éternité. Samira desserre son emprise autour des épaules et un peu autour de la ceinture. En revenant contre le mur, l'arrière du crâne s'y cogne. Elle entend le bruit, mais ne sent pas la douleur. Puis la main se déplace sur le muscle pectoral, elle insiste, elle veut qu'il la relâche. Elle est comme ça, Sam, un peu capricieuse et beaucoup trop cruelle. Et Saul n'est pas un homme méchant, il lui faut peut-être un peu de temps pour le réaliser, mais il s'exécute. Ça ne dure même pas une seconde, ce moment de flottement où ils se fixent, où elle le défie du regard. Et puis, il y a ce petit sourire qui se dessine sur ses lèvres et qu'elle tente de dissimuler en le mordant. Alors elle lui tourne le dos ; elle a les paumes sur le mur et la pointe des seins qui le caresse. Le dos se cambre et la femme se penche encore un peu. Samira veut le sentir derrière elle et aussi qu'il la caresse devant, elle veut qu'il morde dans sa nuque et qu'il tienne fort son cou, qu'il n'oublie pas ses seins, elle veut que ses fesses rougissent et chauffent autant que ses joues. Elle veut tout et elle le veut tout de suite. Elle veut l'entendre dire je t'aime quand il lui fera mal. Ça lui fera du bien.
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Saul Weiss
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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Ven 26 Fév - 15:34

Pendant un long moment de chaleur moite, on n’entend plus que les assauts furieux du battant de la porte contre son cadre. En canon, les expirations plaintives remplissent les restes de silence tandis que les peaux claquent et les humidités s’échangent. Les yeux, teintés d’une lueur sombre et fascinée, ne sont plus que des billes plantées dans celles de Samira, et Saul y débusque le plaisir, ses nuances, sa moquerie, et tous les reliquats de lui qui s’enfonce et elle qui serre. Les tempes pleines de ce regard amant, il s’esquinte l’énergie, s’use la musculature et s’épuise la patience à chaque poussée dans le ventre ; tout est plaisant, et conspire à lui plaire ; rien n’est satisfaisant, toujours trop peu, trop court, trop tiède. Sam presse encore et encore le bassin contre lui, la sueur perle à son nombril et rince sa peau jusqu’à eux. Les allers et venues, le passage frénétique, libèrent des bruits exquis au tympan parce qu’ils sont obscènes. Ce tapage indécent et cette débauche de puissance et de fièvre font la moitié des sensations qui fondent dans les entrailles de Saul ; ça force ou ça apaise la violence de ses reins, ça cherche l’eau à la bouche de Sam ou ça décide sans partage pour eux deux. Il règne dans cette antre qui l’accueille, il convoite la jouissance insane de son sexe, dur, vif, douloureux, qui pénètre inlassablement en elle pour s’en extraire à regret. Attisé, troublé, suintant, Saul a l’esprit libre, vivace et conquérant, l’idée folle qu’il peut tout, qu’il est entier et qu’il transpire sa chance, qu’il est au service du plaisir qui le commande et le dirige et qu’il soupire, gronde et grogne à la bouche, à la gorge et à l’oreille de sa maitresse. Elle est belle, Samira, sous tous les angles où il la voit, l’inspire, l’écoute et l’entreprend. Le corps tout entier est ravi, se cabre et exige davantage. Alors il lutte, il ignore la main qui l’écarte. Pourquoi ? Non ! Non sans combattre, Saul, il s’exécute avec la réticence de celui qu’on torture dans l’attente. Les secondes, mortes dans l’absence de l’être, sont perdues pour toujours et modèrent une nécessité. Il lui en voudrait, une ombre en bandeau sur les yeux, si Samira ne se tournait pas, le dos courbe, les reins creusés et la galbe de ses fesses pour provoquer ce qu’il reste de retenue. C’est perfide, merveilleux, pornographique et, en même temps, extrêmement érotique ; c’est l’invitation qu’on imagine, qu’on fantasme, qui fait aller et venir la main sur la verge déjà bandée, par goût de l’excès, par appétit pour le comble et pour tout bras d’honneur aux dernières forces de ses inhibitions. Alors il mord dans l’épaule, quand ses mains attrapent les hanches. Il refuse d’obéir, il refuse de lui offrir la victoire, et il flotte, il frotte, à l’entrée. Les dents dans le cou, les lèvres sur la nuque, les phalanges guident la raideur de son sexe, et ils coulent tous ensemble entre les cuisses, écartent les chairs, les fouillent et les tracassent sans les forcer. A l’oreille, Saul ronronne. C’est lui le tenté, le supplicié de l’insoutenable, celui qui se consume que son ventre brûle contre le cul jusqu’à ce qu’une douleur naisse. Un point de souffrance, une crispation, qu’il ignore en prenant, dans la chaleur des reins, la satisfaction sale, animale et aimante. Le froissement mouillé de Sam autour de lui arrache un râle à sa gorge suffoquée. Il n’inspire presque pas, il n’essaie pas ; les doigts qui palpent, massent et étreignent toutes les peaux rendent impossibles de tenter autre chose. Quand le dos plie et que les fesses remontent, parce que Saul y creuse de la paume, il gémit l’angle qui fait sa décharge de plaisir. Ce que le corps obtient, il l’exige encore : le nipper, la sale bête, s’agrippe au cou et à l’épaule et il assomme le ventre, le fond des reins, et l’intérieur fragile des cuisses de ses coups de butoir. Il n’a de mots que sa paume qui enferme le sein, le délaisse pour les côtes, le bas du ventre, ou la naissance des fesses. S’il disperse ses doigts, c’est pour se tromper la folie. Sam est là, elle existe, elle vit en lui aussi bien qu’il se gorge en elle ; un instinct effrayé à l’idée d’être négligent, Saul incline le bout des doigts et l’index cherche devant. Il ne sait pas ce qu’il fait. Il devine ce qu’il fait. Avec maladresse, il oblique et ses pressions, brutales, lui excitent l’impatience. Saul voudrait jouir du corps, emprunter sa candeur et sa délicatesse sans l’abîmer. L’air aspiré avec humeur, il se fabrique des réflexes, va et vient avec une violence égale et affecte ses mains à se faire pardonner. Il n’en a pas conscience, il a l’âme d’un pilleur et ses précautions amoureuses sont encore immatures. Saul va dire quelque chose. Il s’oblige à se taire. Ce qu’il gâcherait s’il vouait sa bouche à autre chose qu’à l’embrasser… Il marque un temps, il l’attire contre lui. Ses mains de gosse de rue ne peuvent pas s’empêcher d’aller partout. « Viens là. » Saul, il hisse Sam sur la table. Il lui écarte les genoux, sans un sourire pour éclater sur sa figure. Sa joie est obscure, rentrée. Pour l’instant, elle se terre. Il ne sait pas ce qu’il fait. Il devine ce qu’il fait. Il ne le fait pas très bien, mais il essaie. Lorsqu’il se penche, Saul hésite à s’agenouiller. Avant que le doute n’avale son courage, il plie encore et, là, il boit à l’intérieur des cuisses et explore de sa langue. Comme l’ultime manifestation de sa bonne volonté, il enroule ses bras autour des jambes et pose les genoux au sol.
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Samira Foxx
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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Sam 27 Fév - 0:04

Elle est là, la bête, prête à attaquer par derrière. Ses crocs dévorent l'épaule et les griffes s'agrippent aux hanches. Le vicieux la fait languir en traînant dans son dos, il la torture en lui faisait sentir la rigidité de son membre sans lui permettre d'en profiter. Alors le corps se soumet, il demande grâce et clémence et, de la gorge, s'évadent des sons qui se veulent suppliants. Mais il n'en fait qu'à sa tête, Saul. Il la punit pour l'avoir freiné dans sa course, il se venge ; il est mauvais. Et en même temps, un soupir de soulagement s'évade d'entre ses lèvres quand il se décide enfin à la pénétrer ; il est si bon, terriblement bon. Au début, Samira se fait glisser sur lui et, rapidement, elle se laisse manipuler. Saul a supporté un bon nombre de ses caprices alors elle accepte de subir toutes ses envies. Dans les mains qui s'accrochent au corps jusqu'à la brutalité de ses coups de reins ; même si elle sert les poings, que ses sourcils se froncent toujours plus et qu'elle se bouffe les lèvres jusqu'au sang pour ne pas s'entendre crier ; la femme y trouve de la satisfaction. C'est vrai qu'il lui fait mal, mais c'est une forme de douleur qui n'engendre rien d'autre que du ravissement. La preuve en est qu'elle cherche à l'embrasser quand elle entend son souffle près de son oreille ; elle touche la pommette ou l'arête du nez, elle ne sait pas trop bien. Et quand il pose la paume pour faire courber un peu plus le dos et que son bas du ventre cogne plus vite contre ses fesses, et bien, son bassin suit de nouveau la même cadence. Son visage tombe entre les épaules et les pupilles, bien qu'à moitié dissimulées derrière les paupières, perçoivent la main qui glisse sur le ventre pour tomber plus bas. Encore une fois, elle se sent gâtée par son amoureux. Quand il s'applique à la flatter à tous les endroits, elle sait qu'il l'aime. Il n'a pas besoin de le dire, elle le sent. Elle devine toute sa passion.

Samira voudrait qu'ils s'épuisent ici, contre le mur, qu'ils s'effondrent là, par terre, où il y a de la place, et qu'il la tienne encore dans ses bras s'il en a la force. Le nipper n'est pas du même avis ; il a encore des déclarations à lui faire et pour ça, le roi doit se mettre à genoux devant sa reine. Assise sur la table, les jambes écartées, elle se mord l'intérieur de la lèvre. Son attention reste focalisée sur lui qui se penche et qui s'avance pour caresser sa vulve avec la bouche et qui sépare les lèvres pour goûter aux chairs plus sensibles. Et là... Là, elle oublie qu'elle l'aime, elle oublie qu'il est beau, elle oublie tout son corps. Ses muscles se détendent presque totalement. Samira se tient encore sur les coudes, parce-qu'elle veut le voir, et puis, finalement, elle a du mal à résister. Il faut qu'elle s'allonge complètement et qu'elle tienne ses tempes brûlantes et humides entre ses paumes. Il faut... Non, ça elle n'a jamais pu le faire. Elle peut essayer, elle peut tenir quelques secondes, quelques minutes à la rigueur, mais on ne contrôle pas un corps qui se laisse bercer par l'excitation. Parfois, c'est elle qui vient contre la langue, sans le décider, alors Saul doit renforcer son emprise autour des cuisses... Ou la laisser faire. Sham Weiss est le chef ; il est à genoux, mais c'est toujours lui qui la gouverne. C'est lui qui parvient à lui vider l'esprit, et encore lui qui la fait sourire comme une niaise. C'est lui qui l'oblige à se tenir le front, qui lui fait perdre son souffle, qui lui assèche la gorge et la fait gémir. La poitrine qui se soulève de plus en plus vite, puis qui se bloque pour repartir, le cœur qui imite la même cadence, c'est aussi lui. Samira veut ça tous les jours. Elle le veut tous les matins pour se réveiller et toutes les nuits pour s'endormir. Les battements de son palpitant résonnent dans tout son être ; elle espère que Saul peut les entendre, elle espère qu'il devine combien elle tient à lui et combien elle aime le sentir entre ses cuisses, parce-qu'à cet instant, elle est totalement incapable ne serait-ce que de le soupirer. Les mains cherchent les siennes, leurs doigts s’emmêlent. Samira serre les phalanges plus fort et lui aussi doit la tenir avec plus de force. La chaleur et le bien-être se propagent, ça prend tous les muscles et tous les organes. Et ça dure un moment. Pas toute l'éternité, contrairement à ce qu'elle espérait. A la fin, Samira n'ose plus bouger. Elle garde les paupières closes et ses pouces caressent les mains tenues. Elle profite encore de la sensation qui s'échappe par les pores en même temps que la sueur. Cette fois, elle refuse d'affronter la réalité après l'orgasme.
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Saul Weiss
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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Sam 5 Mar - 13:06

Le cœur s’affole et les rotules rougissent ; un doute l'attrape. Envahi par sa volonté de bien faire, conduit, mené, par cet instinct de servir, Saul s'applique. Le bout des doigts en délicatesse pour la langue en caresse, il repousse les ombres qui lui lèchent la conscience et voudraient le faire abandonner. Ce manque de naturel s'éclipse entre les cuisses d'ambre et de bronze et l'ivresse de ce corps, offert, tendu, étiole l'amateurisme et la candeur de sa tentative. Ce qu'il ignore, Saul s'en instruit dans la réplique de Sam. Elle est toute en silences confus, en plaintes étouffées et en ondulations surprises. Elle s'agite, muscles bandés puis relâchés, poitrine soulevée, sous les sévices qu'il lui inflige et les services qu'il fait, suivant qu'il s'intimide ou s'enhardit. Le nez dans le stupre et dans l’ouvrage, il retient ses battements à s’en cogner le cœur contre les côtes. Et plusieurs fois, Saul est saisi d'une décharge exquise, qui lui balaie le front, cavale contre sa nuque et dégingole le long de son échine. Le plaisir, nébuleux, est tant à l’esprit qui lui surprend tout le corps. Chaque fois, il doit quitter son trouble et, galvanisé par les joies qu’on acquiert à mordre aux genoux des femmes, il écarte un peu plus les cuisses, se redresse ingénument et là, s’amuse des vallées roses, du mont plus sombre, et des secousses dont elle le récompense. Sentir qu’elle peut plier sous des assauts si subtiles, ça lui provoque une découverte naïve et éblouie. Cette façon qu’il a de s’encourager et de chercher prétextes, explications et félicitations sont doucement absorbés par les gémissements de Samira. Elle lui attrape les mains ; elle lui dit d’arrêter et, tout à la fois, de poursuivre. Qu’il cesse d’élaborer des stratégies absurdes, de démonter des raisonnements insanes et qu’il se livre aux jeux de plaisir comme il le fait toujours. Saul doit beaucoup se convaincre. Intérieurement, il argumente longuement. Plaise à Dieu que Samira ne le voit pas… Il entend, les mots dans la respiration qu’on retient, l’inconséquence dans le bassin qui tend, qu’elle se fiche totalement de ces considérations et qu’il n’y a que ces quelques secondes qui comptent. Elles sont si courtes, fragiles, sensibles. Elles exigent qu’il n’y ait qu’elles. Il faut que Saul finisse de s’en convaincre pour boire au plaisir qui explose. Les tempes brûlantes, le bout de la langue exaspérée, il cueille l’essence et grogne ; il s’entend le faire, presque surpris de la chimie obtenue. Il garde sa fierté pour lui. Il s’attarde. Délivrés ensemble de tensions divergentes, ils restent là. Et Saul, plein de ses audaces, plein de Samira, promène ses doigts, reprend son souffle. Il traine comme on refait mentalement son chemin.

Saul n’est pas libre et, cependant, il se régale un appétit obscur. Il explore le ventre à la bouche, parsème des baisers, prodigue quelques morsures, et Saul ne se relève que pour pencher sur Samira. Ces sensations, singulières sinon inédites, ne sont que pour elle ou pour Ester. D’ordinaire, il pourrait les confondre. Pour le moment, Saul n’en a qu’après Sam. Il se hisse et pèse contre elle, sur elle, pour loger ses lèvres dans le cou. La peau frissonne, et ça le fait sourire avec une prudence sarcastique. C’est le moment de commenter les dépravations de son amante, et il entrouvre la bouche. Au dernier moment, ça le rattrape : de dessiner des yeux le collier qui gît dans la gorge, Saul sait qu’il n’a qu’à regarder, contempler, s’inscrire durablement dans la rétine tout le superbe qui le lie à elle. Il ne dit rien. Longtemps, il baise la peau, caresse les os saillants des lèvres ou de l’index. Longtemps, il aime Samira en silence.

La ceinture franchit le dernier passant, et Saul tire sur la boucle. Il passe le t-shirt le plus propre qu’il dégote dans ce bordel. Alors il s’ébouriffe les cheveux et s’arrange l’allure dans le reflet d’un miroir crasseux. Quand Samira finit de se rhabiller, il l’attire contre lui. Les paumes pressent fermement les fesses, et Saul est incapable de se lasser de la rencontre heurtée des corps. Il déborde d’une frustration douce et amère, un désir invaincu pour toujours inspecter le revers des vêtements, la peau, les galbes. Il pourrait la débarrasser de tout ce tissu dans la seconde et, pour une raison absurde et affreusement plaisante, il se contente de son souvenir brûlant. Alors il embrasse, avec les gestes et l’empressement de ceux qui ne peuvent rien à ce qui leur manque. « Tu rentres ? » Ce ton-là dit qu’il ne veut pas. Néanmoins, d’autres sentiments l’emportent. Et, d’ailleurs, une gêne manifeste vient lui voiler les billes. Elle ne peut pas non plus rester, sans qu’il se sente capable de le dire. « Je te rejoins plus tard ? » Si ça prend la tournure d’une question, ça n’en est pas exactement une. Le fait est que se disputent la réalité et l’intensité de cette enclave. Il faudrait que cela dure. Il faudrait qu’ils restent de ce côté de la porte, à cet étage. Il faudrait que Saul soit uniquement celui qui aime Samira. Or, il est bien d’autres choses, de vilaines choses qu’ils ne se racontent pas. Il attrape le menton et pose un autre baiser sur les lèvres. « Lowell peut te raccompagner. » Il hésite. « Je peux te raccompagner, dit-il comme s’il s’agissait d’un arrangement plus honorable. »
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Samira Foxx
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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Dim 6 Mar - 20:28

Des heures entières, peut-être même des jours, c'est le temps qu'elle pourrait passer dans cette pièce exiguë, sur cette table et ce matelas défoncé qui servent de lit de fortune aux malheureux qui fréquentent l'endroit. A condition qu'elle y soit avec celui qui lui fait l'amour en même temps qu'il la baise et qui continue de l'aimer après l'avoir fait jouir. Ils pourraient rester nus pour ne pas perdre de temps à retirer tous ces vêtements quand ils voudront recommencer. Saul pourrait l'embrasser indéfiniment à mille endroits différents, la faire sourire stupidement à chaque fois qu'il parvient à chatouiller un morceau de peau plus sensible qu'un autre avec ses baisers, le bout de ses doigts ou seulement son souffle. Mais ils ne peuvent pas rester là. Samira tente tout de même de le retenir encore un peu quand il est le premier à réunir assez de force et de courage pour se redresser et trouver ses vêtements. Oui, elle essaye. Et sa tentative est un échec. Alors, au lieu de prendre exemple sur lui, elle traîne, elle l'observe. A chaque fois qu'il se penche pour récupérer un habit, la femme voudrait ordonner à son homme de revenir, lui proposer de vérifier si la table est assez solide, si elle peut supporter la force de ses coups de reins et le poids de leur amour. Comme une adolescente qu'on force à sortir du lit pour assister à un cours ennuyeux, Samira souffle quand elle descend de la table. Ramasser les vêtements dispersés lui semble être une tâche encore plus fatigante et les enfiler lui demande un effort incommensurable.  Sorties du col, les tresses retombent sur ses épaules ou devant ses yeux. Saul ne lui laisse même pas le temps de les arranger, il l'attire contre lui. Les mains et les lèvres s'emparent de nouveau des territoires déjà conquis. Dans son ventre, la flamme devient un immense feu. « Tu rentres ? » Saul vient de balancer un sceau d'eau froide sur ses braises. « Je te rejoins plus tard ? » La fumée qui s'en échappe devient étouffante. Peut-être pense-t-il pouvoir la convaincre de retourner chez eux avec ses baisers. « Lowell peut te raccompagner. » Elle râle et souffle dans une petite voix : « J'ai pas envie. » Alors il essaye encore en proposant qu'il la raccompagne lui plutôt que Lowell. Sam abat doucement ses poings contre les épaules avant de l'enlacer. « J'ai (elle lui donne un baiser) pas (puis un deuxième) envie (et un troisième), j'ai dit. »

Saul lui a terriblement manqué. Elle n'a pas quitté la maison juste pour lui demander pardon, lui montrer combien son collier est joli autour de sa gorge et pour coucher avec lui. Elle n'est pas venue que pour le rassurer et lui dire merci. Sam est là, dans cet endroit qu'elle ne connaît pas, pour lui. Lui, Saul Weiss, cet homme qu'elle a placé sur un piédestal le jour où il lui a sauvé la vie, le jour où il a juré de la protéger. Ce même Saul qu'elle croit parfois détester, mais qu'elle aime passionnément et qu'elle admire sans jamais s'en lasser. Après l'avoir trop longtemps évité, elle veut continuer de le savoir dans les parages. Alors rester ici ne la dérange pas. Apprendre à connaître l'établissement et ceux qui le fréquentent, non plus. S'il lui a permis de rester aussi longtemps entre ces murs, c'est qu'il ne doit pas y avoir de raison particulière de s’inquiéter, préfère-t-elle se dire  pour éviter de paniquer. Ici, contrairement à leur maison, elle ne sait pas ce qui se cache derrière chaque porte fermée, elle n'osera jamais les ouvrir pour apaiser sa conscience. En descendant le perron pour monter en voiture, Samira a fait le choix de placer toute sa confiance en Lowell, puis en Saul. Le temps du trajet, pour se donner du courage, elle est restée focalisée sur cet unique besoin. Et maintenant qu'ils se sont réconciliés, ce besoin reste le même : « Je veux rester avec toi. » Qu'elle avoue sans jamais lâcher ses prunelles. Son regard n'est pas très intimidant et son pouvoir persuasif devient extrêmement faible selon les contextes, Sam le sait. Pour le convaincre, elle joue plutôt sur la tristesse et la déception dans le regard et la voix. Elle s'accroche à son cou, à son corps tout entier pour lui faire comprendre. « Je peux t'aider à faire des trucs, peut-être. » Il faudrait un miracle pour que Saul lui donne la permission de mettre le nez dans ses affaires. « On peut boire un verre. Ou deux. Ou trois... (Elle rit, se mord la lèvre et le ton de sa voix change encore) On peut recommencer... » Son bas du ventre se presse contre le sien, comme s'il n'était pas capable de comprendre le sous-entendu. C'est certainement l'idée qui la ravit le plus. « Sinon, j'peux faire connaissance avec les autres (elle fait allusion aux types alignés devant le comptoir du bar), ils ont l'air sympas. » A vrai dire, elle n'a même pas fait attention à eux. « Allez, Saul, j'ai envie d'être avec toi. »
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Saul Weiss
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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Lun 7 Mar - 15:56

C'est sa seconde d'inattention. Lorsqu'elle refuse de se plier à l'exigence en lettres de silence, Saul sait qu'ils mettent le doigt sur le moment où tout explose. Gentiment, il referme les phalanges autour des poignets qui l'attaquent, puis il accompagne le mouvement qui aime mieux le ceinturer. Il ne manque rien qu'une étincelle ; une intonation abrupte, l'ordre réitéré ou la vérité toute nue suffirait. Aussi tous les baisers qu'elle pique à ses lèvres lui font-ils mal au cœur – ils sentent le point de rupture, quand on ne peut rien faire que se péter les dents contre le bitume. S'il l'oblige à partir, c'est foutu. La chaleur de Sam contre la sienne, et dans la sienne, Saul ne veut pas qu'elle parte. Néanmoins, si elle reste... La perspective d'échanger une catastrophe contre un cataclysme lui donne envie d'abandonner. Quoi que plus lâche, ce serait plus aussi plus simple de tout avouer et de la laisser juge de combien elle le hait pour tout ce qu'elle pense aimer. Pourtant, ça semble déjà trop courageux, et le mirage du sous-sol lui fait l'effet d'un sale cauchemar cinglant. Alors il puise au regard qui l'accroche le stratagème le plus sensé : « D'accord. » Samira est une enfant à laquelle on cède. En vérité, elle tient son besoin et son envie dans le creux de sa paume. Elle peut presser son âme entre l'index et le pouce. Elle peut le briser si elle se mettait à le détester tout de suite. Sur le malheur, il gagne du temps. Encore fébrile, le cœur vibrant, et ce bassin qu'elle ne cesse pousser du sien, Saul décide de rejeter l'inévitable. Il fait semblant, et il s'écarte comme on tente d'établir une distance solennelle alors qu'une bosse lui déforme toujours le jean : « Mais tu dois promettre de faire ce que je dis. Et... » Il y a un millier de recommandations qu'il aimerait faire avant de déserter l'infirmerie-bureau. Incapable d'en dresser une liste exhaustive, il plisse le regard, cherche les détours qu'elle pourrait déjà emprunter, puis il décrète intérieurement que tout tient volontiers dans : « Fais ce que je dis. » L'air décidé, Saul embrasse le coin de la bouche et il se sépare franchement de Samira. A Harcourt Hall, il n'est pas Saul. Samira n'est personne. Et, d'ailleurs, tout le monde se fiche de comment son voisin s'appelle pourvu qu'on ait le droit de lui éclater le nez pour une brassée de dollars. Avant d'ouvrir la porte, il ramasse les couvertures étalées et les jette ailleurs, comme si des types n'avaient pas d'abord saigné là où ils ont ensuite baisé.

« C'est Clive. » La main qui hésite encore entre les fesses et les reins, Saul pousse Samira derrière le comptoir. A la façon dont il bascule la planche qui ferme l'enclave de bois, c'est comme s'il dressait toute une forteresse autour d'elle – pour la protéger ou pour la retenir. Là, il pose les coudes en se frottant la tempe. « Il... gère cet endroit la plupart du temps. » « Tout le temps, rectifie l'intéressé. » Alors qu'il surplombe Sam d'une tête et qu'il est taillé dans le muscle, Clive a le ton égal et il ne donne jamais le sentiment de s'adresser à eux. De toute façon, Saul ne lui accorde aucune attention non plus, d'autant que le barman s'occupe à remplir compulsivement les verres qu'on ne cesse de vider. Ce type a une histoire intéressante. Et, d'un âge comparable, tous les deux ont beaucoup de souvenirs communs, ici. Ils agissent néanmoins comme s'ils se connaissaient à peine. Comme s'ils se haïssaient assez. « Sers-lui un verre. » Sans s'assurer qu'il a été entendu, Saul poursuit pour Sam : « Je vais chercher Lowell et je reviens. Sois sage, il dit lentement. Sam. » Quand Saul attrape la main de la jeune femme, Clive raye un verre sur le comptoir jusqu'à elle. Il les abandonne sans un mot. « Tu as promis de faire ce que je dis, lui rappelle-t-il d'un timbre paternel. C'est pas un endroit pour les filles, alors sois sage. » Une seconde, il se tend comme pour déposer un baiser sur son front. Une oeillade sur le côté le fait renoncer. Sa main presse celle de Sam une dernière fois avant qu'il ne prenne la porte du sous-sol.

« Elle peut pas être là ce soir ! » Les semelles croisées sur la table, Lowell glisse la liasse de billets dans un élastique avant de la balancer dans une boite en carton. Sous l'oeil agacé, et cependant trop froid de Saul, il finit par se rasseoir et se sonde rapidement la montre. « Ça nous laisse deux heures, il remarque. » « Pourquoi tu l'as amenée ici ? lâche le protecteur d'Harcourt comme s'il attendait que n'importe quel son sorte de cette bouche pour pouvoir asséner la question. » « Elle voulait venir, dit l'autre sur la défensive. » « Je m'en fous ! » « Sham... » Il est appelé et il frappe aussitôt dans le pied branlant de la table. Tout le métal sommaire vibre et proteste, menace de s'effondrer. « Tu n'as qu'à pas combattre ce soir, objecte Lowell qui s'est redressé. » C'est la solution la plus raisonnable, et Saul l'a évidemment envisagée. Néanmoins, ça attaque le monstre qui s'est lentement éveillé toute la journée durant. Il se sent libre, ou plutôt sur le point d'être libéré. Ses jointures le démangent rien que d'imaginer, et il a le ventre plein d'un fourmillement qui confine au plaisir. « On a assez de gars pour ce soir. Ce con de Clive fait la compta. Je ramasse en fin de soirée. » Lowell hausse les épaules comme s'il s'agissait d'une idée jetée en l'air. Il voudrait que Sham Weiss adhère à cette option et la reprenne pour lui. Il sait aussi que ça ne sera pas le cas. « Il faudra bien qu'elles le sachent un jour, soupire le nipper après un moment de silence buté de son leader. Si elles restent, elles finiront par le savoir. »

Clive observe dix minutes de service zélé, pendant lequel il ne regarde jamais Samira. Il sait qui elle est, ou plutôt ce qu'elle est. Comme la plupart des habitants d'Harcourt Drive, il n'aime pas ça, mais ce que le Sham veut, Dieu veut. « Te panique pas, il dit avec une pointe de sarcasme. Il va remonter. » La jeune femme ne montre aucun signe de nervosité et, en vérité, il est un peu surpris de cette aisance avec laquelle elle demeure là, au beau milieu d'un tas d'ivrognes immondes, dans un cloaque tout aussi crade. Clive a entendu ce que Saul lui a dit et ce n'est pas seulement un endroit qui n'est pas pour les filles : c'est un endroit interdit à ce qui est beau, et bon, et bien. « T'es seulement venue pour la baise d'encouragement pré-combat ou tu sais remplir des verres aussi ? » Sans dénoter de moquerie ou d'amusement particulier, Clive fait claquer deux culs de bouteille sur le comptoir et il désigne le type en face de Sam avant de se détourner d'eux.
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Samira Foxx
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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Mar 8 Mar - 0:02

Clive est un homme aux épaules, au torse et aux bras larges. Comme la majorité de ceux qui se trouvent derrière le comptoir d'un bar, il a cette capacité à écouter sans en avoir l'air et, surtout, à ne rien oublier. Il sait calmer l'impatience des soûlards persuadés de ne pas avoir été entendus. Il connaît les envies des types qui se contentent seulement de taper leurs verres vides contre le bois ou qui essaient de crier plus fort que les autres pour se faire remarquer. Forcément, le service va vite. Très vite. Hypnotisée par sa cadence, Samira le regarde faire en se permettant, quelques fois, de dévier son attention jusqu'à la porte qui donne sur le sous-sol. Et ça, comme le reste, Clive le remarque aussi. Pourtant, entre le moment où il récupérait des pintes vides et celui où il se tournait pour prendre une bouteille d'un alcool plus fort, il lui semble qu'il n'a jamais trouvé le temps de lever les yeux vers elle pour la surprendre. « Je panique pas. » Qu'elle répond comme une gosse qui aurait des choses à prouver à son aîné. La seconde d'après, Sam regrette sa réponse. Ce n'est pas qu'elle ne le pense pas, c'est seulement qu'elle croit que sa manière de l'avoir fait pourrait lui donner d'autres raisons de se moquer d'elle et de sa présence dans cet endroit. « T'es seulement venue pour la baise d'encouragement pré-combat ou tu sais remplir des verres aussi ? » Samira ne ressent même pas un peu de gêne, pourtant, elle lutte pour dissimuler sa surprise. Qu'il fasse allusion à ce moment où il a dû être obligé de s’accommoder du bruit des corps qui s'affairent contre la porte ne la dérange pas - peut-être même qu'il serait plus courtois de s'excuser pour le dérangement, elle ne le fait pas. Après tout, il ne lui reproche rien. Cependant, un terme résonne encore dans ses oreilles : pré-combat. Elle ne demande rien à Clive ; elle prend le risque d'établir des connexions plus ou moins logiques (entre cette information, le sous-sol et tout le mal que Saul s'est donné pour essayer de le nettoyer), sans être certaine d'avoir tout juste. Dans tous les cas, il ne lui en a pas parlé. Et quand elle lui a posé la question, il a prétendu que ce n'était rien, elle s'en souvient. Samira pourrait se vexer, elle ne le fait pas. Elle a certainement son lot d'anecdotes et de passions secrètes, elle aussi, et Saul en ignore une partie.

D'une traite, la fille vide son verre ; même si ça lui brûle la langue et le gosier, elle ne grimace pas. Ça leur donnerait encore une raison de lui rappeler que ce n'est vraiment pas un endroit pour les filles. « Je sais faire ça. » Répond Sam en même temps qu'elle demande au type, en levant son menton vers lui, ce qu'il désire. Il commande et la nouvelle serveuse s'exécute avant de passer au prochain. Contrairement à d'autres, la plupart se foutent qu'elle soit une femme, ils veulent seulement boire et ne remercient que la main qui les sert rapidement. Il lui faut beaucoup de temps pour prendre ses marques et ne pas constamment avoir l'impression de gêner celui qui gère l'endroit. Trop de fois, elle s'excuse et demande pardon dans le vide. Mais elle persévère et c'est probablement le plus important ; elle devient utile. Comme Saul, il y a des époques de sa vie qu'elle ne lui a jamais raconté. Il y a cette fois où elle a travaillé dans un bar après avoir été caissière et avant de faire le ménage dans les baraques immenses de riches particuliers. Elle a nettoyé des flaques de vomis, débouché des chiottes en y mettant les mains et ramassé des bouteilles brisées qu'on venait d'éclater sur la tête d'un voisin pas d'accord. Ça n'a pas duré très longtemps, quelques mois tout au plus, comme la plupart de ses emplois. Et puis, il y a eu cette période, après le passage de l'ouragan, avant de croiser la route d'Ester et de Saul. Elle n'a jamais eu le luxe de fréquenter des endroits faits pour les filles et elle croit qu'elle aimerait que Saul lui explique de quoi il s'agit exactement. La maison en est un ? Sa chambre, forcément, puisque c'est la sienne et que c'en est une, de fille. Et pour le reste ? Cet endroit, pour ce qu'elle en a vu, c'est déjà très bien. Clive, même s'il n'est pas exactement le genre de personne qu'on pourrait qualifier d'agréable, n'est pas désagréable. Il la laisse faire sans rien lui reprocher ; elle a le souci du travail bien fait. Parfois, il la devance ; ça ne la dérange pas, elle va ailleurs. L'esprit trop occupé, Sam n'a pas le temps de s’inquiéter des regards qui se posent parfois sur elle, ni de toutes les personnes qui entrent et qui sortent du bar. Ici, c'est le fief de Sham Weiss, alors elle s'y sent en sécurité. C'est aussi le lieu de leur réconciliation, ça le rend presque sacré à ses yeux. Forcément, ça l'encourage à s'appliquer. Dans ses bras, elle porte des bouteilles vides et des verres qui parviennent à ne pas glisser Dieu sait par quel miracle. Et plus important encore, Sam réussit à ne rien faire tomber lorsqu'elle lui rentre dedans. « Excuse-moi » Elle l'a d'abord dit sans voir à qui elle s'adressait. Quand elle reconnaît Saul, elle répète. « Oh, excuse-moi, je... » Je rien. La serveuse improvisée vient seulement de réaliser qu'elle a peut-être bafouée une des règles implicites de Saul, alors elle se presse pour partir se réfugier à l'intérieur de son enclos. Elle s'y cache, même, et se sert de sa nouvelle activité pour l'éviter. Samira s'invente un client à l'autre bout du comptoir et lorsqu'elle revient vers lui, elle ose enfin lui poser sa question : « T'organises des combats dans ton sous-sol (c'est dit tout bas, les autres ne doivent pas entendre) ? Tu comptes te battre ? » La voix ne reproche rien, sa détentrice est seulement très curieuse. Puis dans un murmure qu'il parviendra difficilement à comprendre à cause des bruits autour d'eux, elle ajoute : « Pourquoi t'as pas voulu me le dire quand je t'ai posé la question ? » Là, elle voudrait saisir son visage entre ses paumes et profiter encore du goût de ses lèvres, mais, inconsciemment, elle pense avoir compris qu'il n'était pas seulement son Saul. Ici, il est encore quelqu'un d'autre et il lui semble qu'elle ignore trop de choses sur celui que les gens du quartier prénomment respectueusement Sham Weiss.
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Saul Weiss
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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Mar 8 Mar - 1:57

« Et à Ester ? Tu l'as même pas dit à Ester ? » A la craie, Lowell trace sur le béton. Tous les mètres, il s'arrête, se masse les reins comme s'il n'avait pas vingt ans et jette un œil à son primo, qui ne dit plus rien. Avec ses sales humeurs rentrées, il est impénétrable, et donc imprévisible. Lowell n'aime pas ça. « Ester aimerait cet endroit, commente le nipper. » S'il estime que la provocation est honorable, et qu'elle mérite bien qu'on réplique, l'autre ne lâche toujours rien, le cul sur sa chaise, les avant-bras sur le dossier. De ce coin du sous-sol, Sham Weiss a l'air de parcourir le petit cahier du regard. Là-dedans figurent les noms de vingt types. La moitié provient d'Harcourt Drive. Le reste est un ramassis de fous furieux en provenance exclusive de Gentilly. On ne se bat pas avec ceux qui ne respectent pas la loi sacrée de l'anti-flics. Et on ne peut pas se battre non plus avec ceux qu'on veut vraiment tuer. La vérité, c'est que ces vingt types se connaissent, qu'ils ont sûrement grandi ensemble ou fréquenté la même école. Lowell s'est déjà battu avec Saul, quand ce n'était que Saul. « Personne n'a jamais dit que les filles pouvaient pas se battre au Hall... » « Finis ce putain de cercle ! » Saul n'a rien bougé que ses lèvres et il maitrise prodigieusement les traits de colère dans sa voix. C'est à peu près pire que s'il exprimait franchement sa colère. Alors le cercle de craie finit de prendre forme dans un silence stérile. Avec cinq mètres de rayon, il n'y aura jamais plus de trois combattants à la fois. Ce sera calme. De la routine. Sans compter qu'une vingtaine de nippers arriveront bientôt, pour cerner le périmètre, juguler les allers et venues et prévenir des sirènes ou des autres menaces. C'est l'équivalent d'un vendredi soir perdu devant sa télévision. C'est facile. Lowell jette le morceau de craie dans le carton et lit par-dessus l'épaule de Saul l'agencement de lettres et de symboles qui forment le code rudimentaire à l'épreuve des non-inités. « T'as qu'à mettre le nom de Sam là, plaque-t-il le doigt sur le dernier interligne. » « Tu me fais chier. » Saul claque le cahier et le fourre dans la poche de son jean. Il est déjà à l'escalier. « Propose à Sam de descendre ce soir ! lance Lowell en riant. Tu serais un avant-gardiste ! Sham Weiss fait descendre les gonzesses dans l'Arène, dit-il comme on présente un titre, en grand, au bas d'une affiche totalement fictive. Soit tu révolutionnes l'affaire... soit tu tiens un concept de porno. »

Un léger rictus flotte sur les lèvres de Saul lorsqu'il émerge du sous-sol. La balafre disparaît sitôt qu'il rencontre l'attention oblique de Clive. Le barman affiche une expression légèrement différente ; sans qu'il ait exactement changé d'humeur, on aurait dit qu'il le cherchait. S'il a raison de suspecter quelque chose, Saul n'a pas l'occasion de pousser l'inspection plus avant. Sous le choc, il encadre Samira de ses mains, sans toutefois la toucher. Elle disparaît comme s'il avait tenté de la frapper, physiquement ou moralement, et lui reste planté là une seconde trop longue pour ne pas être remarquée. Les sourcils creusés, il prend le temps d'approcher. Il y a encore une minute, il venait se confesser. Contrairement aux espoirs de Lowell, il ne laisserait jamais des femmes se battre, fussent-elles de la trempe d'Ester. Néanmoins, Sam mérite de savoir. Elles méritent toutes les deux de savoir. Et puis il n'a pas le choix. C'est douloureux, souvent, d'apprendre ce qu'ils sont vraiment. Mais elle est là, et il ignore comment la faire partir. « Quoi ? » Le premier réflexe de Saul, c'est de trouver le regard appuyé de Clive. « Qu'est-ce qu'il t'a dit ? » Il ne murmure pas. En tous les cas, son ton est au-dessus de celui de Sam. Moins furieux que surpris, il ravale les autres syllabes qui se pressent à ses lèvres. Comment le sait-elle ? Sans être stupide, Samira ne sait simplement rien d'Harcourt Hall. Ni de lui. Et, finalement, il préfère cette idée. Alors, d'abord, il va dire que non, et tout nier devant l'évidence. Puis ça semble futile de mentir.  Parce que Samira ne sous-entend rien, elle le confronte. Et parce que Clive lui concède trop d'attention pour que ça ne soit pas un conseil. « Je... » Dans les mots de Sam, Saul ne sait pas ce qu'elle sent. Est-ce qu'elle est en colère après lui ? Parce qu'il fait ce qu'il fait ? Parce qu'il n'en a rien dit ? Est-ce qu'elle lui en veut ? Est-ce qu'elle est déçue ? Ou bien est-ce qu'elle le hait ? Selon la réponse, il voudrait changer ses options. Sa stratégie n'y peut plus rien, et la voix de Lowell lui revient en ressac : « C'était pas le bon moment, avoue-t-il sans s'avouer. » Bien qu'il y réfléchisse avec l'adrénaline de sa crainte, Saul ne se trouve pas d'instant propice à expliquer les pans les plus obscurs de son existence. Son attitude voudrait dire de la honte et, pourtant, il assume. Ce qu'il redoute, c'est la réaction de Samira, ce qu'il perdra quand elle réalisera exactement ce qu'il fout dans ce sous-sol. Peut-être que ça ne lui fait rien. A force de s'esquinter contre les billes qui lui font l'espace nécessaire à sa confession, il ne saurait dire quel sentiment la domine. Il est tout aussi incapable de sa propre introspection, sinon que les effluves de la hargne gagnent sur lui. « J'allais te le dire. » Saul gagne quelques secondes. C'est inutile parce qu'il est surtout dérangé par les oreilles qui trainent, et les yeux qui s'attardent. Ce genre de conversation n'a pas sa place ici. D'une façon générale, Saul n'a pas ce genre de conversation. « Viens. » Il extrait Samira au moment où la porte grince dans son cadre. Peu importe qui entre, ils sortent par la porte de derrière. « Ça fait partie de ce que je dois faire pour Harcourt, il lâche dès que le battant claque derrière eux. » Au débit de mots, ça sent le désespoir, les excuses et rien qu'une nuance de rage. « Avec cet argent, on fait vivre le bloc. On a reconstruit des maisons, après Katrina. C'est comme ça que ça marche, depuis toujours. Ça fait vivre le bloc, il répète. Et ça me fait du bien. Je suis désolé, d'accord ? Mais ça me fait du bien. »
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Samira Foxx
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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Mer 9 Mar - 22:04

Autour d'eux, le bruit est devenu silence et le monde s'est éclipsé. Elle a ce nœud dans le ventre parce-qu'elle s'imagine qu'il peut encore se défiler, lui mentir ou lui reprocher son besoin de se mêler d'affaires qui ne la regardent pas. L'angoisse se propage dans son abdomen ; dans ses rêves, elle voudrait que tout demeure encore comme il y a quelques heures, lorsqu'ils étaient incapables d'user le temps autrement qu'en s'aimant de la manière la plus primitive qu'il soit, sans penser, sans avoir peur, sans avoir à parler. Samira ne distingue plus que la bouche qui remue et les mots qui en sortent. Parfois, les iris remontent aux yeux ; on dit qu'ils sont le miroir de l'âme et, quand il va lui dire, quand il va lui expliquer, elle aura besoin d'en saisir toutes les nuances. « Ça fait partie de ce que je dois faire pour Harcourt. » Son devoir envers son bloc, toutes les obligations qui découlent de son titre, Samira ne les comprend pas toujours. Ce sont des notions qui lui échappent. Peut-être parce-qu'on ne lui a jamais donné l'importance qu'on confère à ceux qui ont des responsabilités. Peut-être parce-qu'elle n'a pas eu de véritable famille, ni de véritable amis et n'a jamais appartenu à aucune communauté. Peut-être bien que c'est ça ; personne ne lui a jamais inculqué ces valeurs : la solidarité, le partage d'intérêt commun, pas même la fierté. Il est tout ça, lui. Il est Saul, il est Sham, il est nipper. Il gagne de l'argent et, avec cet argent, il aide son quartier. Il reconstruit des maisons pour abriter les siens et achète des armes pour les protéger. Peu importe les moyens, c'est la fin qui compte. La cause est noble, l'homme respectable. Il s'est fixé un but et, qu'importe si la loi tente d'entraver sa route, il y parviendra toujours. Même s'il s'agit de quadriller la ville et d'y imposer ses propres règles pour retrouver l'introuvable. Samira est tout l'inverse. Elle n'a pas de véritable utilité, aucune raison de quitter son lit le matin. Elle vit et aime sans limite, sans trouver de véritable importance au reste. Alors, les gens comme Sam sont forcément attirés par des gens comme Saul. Ils se complètent. Ou du moins, il la complète. « Et ça me fait du bien. » Samira ne répond rien, elle écoute seulement. Ses yeux fixent les dalles qui composent le sol pendant que l'esprit constate qu'elle n'est ni heureuse ni malheureuse qu'il confirme ses suspicions. « Je suis désolé, d'accord ? Mais ça me fait du bien. » A vrai dire, Sam se pose seulement des questions. « Pourquoi tu es désolé ? » Pour le lui avoir caché ou pour être ce genre de personne ? Quoi qu'il en soit : « Tu n'as pas à l'être. » Estime-t-elle. Et peut-être que le fond du problème n'est pas là où il croit qu'il réside. Il peut bien exorciser sa rage de la manière qu'il lui plaît. Il peut s'amuser à défoncer des visages et des corps, prendre plaisir à se faire défoncer le visage et le corps. Dans les cours de recréation, les gosses s'amusaient déjà à se bagarrer ; ils y gagnaient la fierté de pouvoir se relever après un coup plus violent qu'un autre. Elle se demande si c'est pareil pour les hommes : sont-ils seulement des grands enfants avec des bras plus épais et plus de puissance dans le poing ou est-ce qu'il y a autre chose ?

« T'as le droit de te battre avec qui tu veux et même de pas vouloir me le dire. » Ils ne se connaissent pas par cœur, tous les deux le savent. C'est le plaisir des amoureux de se découvrir un peu plus chaque jour, peu importe qu'il s'agisse de facettes cruelles et violentes de leurs personnalités. Après tout, ils ont tué pour survivre ; ils sont tous les deux des montres. « Je t'en veux pas, Saul, c'est juste que... » Elle marque un temps, hausse les épaules et s'adosse à un mur. Trouver le courage de dire certaines choses lui prend parfois plus de temps. A chaque fois, c'est endosser le risque de déclencher un nouveau conflit et Dieu seul sait qu'elle craint les réactions de Saul autant que celles d'Ester. « Tout le monde le savait et pas moi. » Ça peut bien la faire passer pour une idiote aux yeux des autres, Samira s'en fiche. Ce qui la dérange, c'est d'avoir été dans le même endroit que tout ces gens, c'est d'avoir surpris Saul pendant qu'il préparait le sous-sol et qu'il ait continué de préparer le reste de la soirée sans jamais rien lui avouer. A-t-il vraiment cru qu'elle ne remarquerait rien alors que c'était juste devant ses yeux ? « Je sais que tu les connais depuis très longtemps, mais moi, je les connais pas. Alors je comprends pas pourquoi c'est sorti aussi naturellement de la bouche de Clive et pas de la tienne. » Jusque-là, elle n'osait pas soutenir le regard de Saul, elle fixait toujours la même dalle. Maintenant, son attention revient sur le visage de l'aimé, ou de l'inconnu, qu'elle observe comme si c'était la toute première fois. Après un moment à tenter de décrypter les émotions qui veulent bien transparaître sur sa face, Samira termine par hausser les épaules. Elle se dit qu'elle ne devrait pas le brusquer autant et, surtout, qu'elle n'a pas envie de faire ça, ni ici, ni maintenant. Ni jamais. Alors elle lui dit : « T'es pas obligé de m'expliquer. On est pas obligé d'avoir cette discussion. » Sam revient vers Saul. Elle pose d'abord ses mains sur ses épaules avant de les remonter pour tenir ses joues. « C'est pas grave. C'est ton monde, t'as le droit de vouloir le garder pour toi, alors si tu me le redemandes, cette fois, j'insisterais pas pour rester. Si tu veux que je rentre à la maison, je rentre à la maison. »
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Saul Weiss
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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Jeu 10 Mar - 0:46

Aussi longtemps qu'il monologue, et même si le souffle manque, elle ne peut rien lui dire. Aussi longtemps qu'il débite sa tirade, Sam est forcée de l'écouter en se vissant les lèvres dans une moue qu'il s'abstient de découvrir. Saul s'accroche férocement à cette pensée quand les syllabes s'enchainent sans qu'il parvienne à les articuler. Il voudrait déglutir mille choses, toutes en même temps, et voir ce qu'elle ferait de ce foutoir une fois libéré dans le silence de la cour. Saul se cramponne à sa manœuvre, presse les mâchoires, espérant sincèrement que s'il l'inonde assez d'idées confuses, de protestations véhémentes et de justifications doucereusement hargneuses, elle ne trouvera jamais quoi lui répondre. Et il s'esquinte si vite, et il échoue si lamentablement, qu'il se fige, sidéré, par son propre abandon. Au bout d'une diatribe qui court moins d'une minute, il s'interrompt parce que le réservoir de ses explications sonne creux. Il n'y a rien, ou alors rien qu'il sache, qui puisse justifier... quoi, exactement ? C'est peut-être ça, en vérité : de quoi devrait-il s'excuser ? Et pourquoi se sentir coupable ? Et pendant que l'indignation crépite, s'éveille, la bonne question, qui lui flotte au-dessus de la conscience, est de savoir pourquoi c'est le cas. Oui, il se sent coupable et, sans mettre de nom sur son crime, il ne veut pas voir l'éclat de déception, ou de Dieu sait quoi d'autre, qui va lui prendre Sam. Saul, il n'a jamais eu personne à décevoir et, tout à coup, il lui semble que son essence toute entière lui fait honte et que, surtout, ce qu'il est pourrait lui coûter ce qu'il a. Alors il tremble, les poings serrés, ou dans le dos ou contre la cuisse, avec cette ferveur dans le fond de l'âme qui lui assure que c'est foutu. Même lorsqu'elle lui assure qu'il n'a pas besoin d'être désolé, il l'est résolument. Même davantage. Si elle est incapable de le blâmer, alors elle vaut encore mieux que ce qu'il croit. De facto, ça fait décroitre sa propre valeur et, à son estime pitoyable, s'ajoute une dépréciation malvenue. Il piétine le sol, rangeant son malaise dans les endroits fictifs qu'il trouve. Enfin, quand la colère ne l'emporte plus, il assiste aux instants qu'il déteste le plus : avoir cette conversation. Clive ricane dans son tympan gauche. Lowell murmure un je te l'avais bien dit dans le droit. Et Saul est tout près de leur céder mentalement des insultes pendant que, ses billes obstinément fixées sur Samira, il est blessé de constater qu'elle ne le regarde toujours pas. « Je voulais te le dire, il objecte faiblement. » Cet essai-là non plus n'est pas très convaincant. Elle embrasse toujours le dallage des yeux, et il reste planté devant elle comme le dernier des cons. L'option la plus tentante, c'est encore d'avoir un coup de sang, et de déguerpir, noyé dans sa rage. C'est aussi la plus radicale. Et elle est lâche, en plus. Il l'écarte aussitôt. L'alternative consiste à plaider coupable, à lui raconter, par le menu ou dans le détail, les affectations peu communes d'Harcourt Hall et espérer que cet exposé pédagogique puisse effacer son mutisme. Ça paraît trop facile et, d'ailleurs, Samira ne témoigne aucun intérêt aux combats en eux-mêmes. A cette perspective, Saul retrouve des inspirations plus fluides. C'est aussi fugace que le coup de lame qu'il reçoit dans le thorax quand elle lève les pupilles vers lui. Contrairement à ce qu'elle croit, ce qu'a dit Clive est loin d'être anodin. Tout le monde sait que Sam ne sait rien. Et ça n'est pas pour la protéger elle. Brièvement, il aimerait voir combattre, ce soir, ce sale type derrière son comptoir... Et elle revient à lui, ses paumes contre sa peau, et elle frotte l'amour complexe qu'il lui porte. Les billes rivées les unes aux autres, et les corps retournés l'un contre l'autre, elle ne veut finalement peut-être pas l'entendre. Si elle brise aussi aisément le mécanisme qui consiste à le faire avouer, à lui déverrouiller les sentiments et les mots savants pour bien les décrire, c'est qu'elle ne tient pas à savoir. Alors, et même si ça n'a rien à voir avec son monde, avec ce qu'il voudrait garder pour lui, Saul hoche doucement du crâne. Il ne va pas lui expliquer, que ce n'est pas ça, que c'est tellement plus simple et tellement plus vital. « Je ne veux pas que tu rentres, il dit en l'enlaçant, un baiser posé à son front. » Il n'a rien dit, d'Harcourt Hall, de ce soir ; il a repoussé l'échéance, et aboli le moment ; il s'est conduit comme un lâche, a nié l'évidence alors que la révélation se précipitait sur eux ; Saul n'a rien dit, et ne dit rien, pour ne pas avoir à démontrer ce qui le rend moins digne d'être aimé par cette fille qu'il embrasse à pleine bouche. « Reste avec moi. » Il ne l'entraine pas tout de suite à l'intérieur du bar. Alors que le jour décline rapidement, Saul la garde contre lui, se berçant plus qu'il ne l'apaise.

« Les gars se battent à un contre un, sauf s'ils décident de faire une mêlée à trois, quatre, cinq... mais c'est pas le cas ce soir. » En tirant le téléphone de sa poche, Saul scrute l'heure en même temps qu'il marche au côté de Samira et qu'il lui abandonne les clés de compréhension d'usage. « On tue pas. On va pas à l'hosto. Et s'il arrive un truc, tout le fric de la soirée va à la famille. » Ils sont bientôt revenus dans la salle principale, qui grouille d'un bruit compact et de silhouettes mal dessinées. Avant de quitter le couloir, il se fiche devant elle. « On peut parier sur soi – c'est même recommandé. Sauf moi, et Clive, à cause de la commission qu'on prend sur les paris. Mais Clive se bat jamais. » Comme s'il attrapait une pensée primordiale au vol, il reprend : « Tu peux rester avec Clive, au bar. Ou descendre avec moi. » La stratégie du monologue reprend le dessus, et il consulte encore l'écran de son portable. « Il n'y a pas de femme, ici. Jamais, ajoute-t-il pensivement pour lui-même. Si un mec te... Reste avec Clive, Lowell ou moi, il décrète en tournant les talons. » Saul ne veut pas entendre ce qu'elle décide. Il ne veut pas non plus le voir, ou l'envisager pendant qu'elle proteste. Il s'enfonce dans l'amas d'hommes plus ou moins jeunes, rieurs, déterminés, excités, nerveux, impatients, défoncés. Entre ceux qui s'imbibent d'alcool, les rustres qui s'apostrophent et se frappent aux épaules, au ventre ou à la nuque, et ceux qui font négligemment dépasser leurs dollars de leurs poches, Saul se souvient de ce qui compte, maintenant et pour les trois prochaines heures. Pendant qu'il échange quelques poignées et passes de main en progressant vers le sous-sol, il sait que laisser Sam arpenter librement Harcourt Hall, ce soir, alors qu'il va probablement s'éclater les phalanges ou s'entrouvrir le crâne, est l'idée la plus stupide qu'il ait eue et la tentative la plus honnête qu'il ait entreprise depuis longtemps. Rien qu'un regard par-dessus son épaule, et il ouvre la porte sur la vérité.
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Samira Foxx
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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Mar 15 Mar - 0:04

Saul voulait le lui dire ; c'est certainement ce que Samira devrait retenir. Oui, c'est ce qu'elle va faire, parce-qu'avant les actes, les intentions comptent aussi. Et elle sait surtout que, malgré l'envie, le courage manque parfois. Combien de fois a-t-elle eu envie de retenir Saul pour lui demander pardon ? Combien de fois s'en est-elle voulue de n'avoir jamais réussi à faire ce premier pas ? Peut-être un millier de fois, peut-être un milliard. De ne pas trouver de réponses à toutes les questions qu'elle se pose et auxquelles Saul pourrait aisément répondre ne la frustre pas. A vrai dire, ça n'a pas de véritable importance. Quand il la prend dans ses bras et qu'il embrasse son front, Sam se sent encore à sa place et c'est ce qui importe : les comportements plus que les mots. Et quand il l'embrasse, il ne lui reste pas de goût amer dans la bouche ; ça lui réchauffe la poitrine et le ventre, ça lui donne envie d'en piquer encore. « Reste avec moi. » Pour toute la vie, qu'elle soit trop courte ou terriblement longue. S'ils ont déjà échappé à la mort, Samira rêve d'être à ses côtés lorsqu'ils n'auront plus d'autres choix que d'y succomber. Voilà les principales ambitions de cette fille tombée amoureuse de ce garçon ; elle acceptera tous ses mystères et toute sa violence, pourvu qu'il l'aime jusqu'à la fin.

Pendant qu'ils traversent le couloir qui mène à la grande salle, Saul en profite pour lui expliquer l'essentiel concernant ce type - très particulier - de soirée. Elle accueille les informations sans forcément avoir le temps de les comprendre ; elle en profite pour les assembler quand Saul reprend son souffle, hésite ou que toute son attention est accaparée par un élément que Sam ne perçoit pas. Il ne lui laisse pas le temps d'être plus curieuse, ni même de poser des questions pour éclaircir certains points ; il déblatère. Et plutôt que de rester concentrée sur le contenu, Samira se laisse hypnotiser par la voix et le mouvement des lèvres. Quelques fois, elle hoche la tête pour lui faire croire qu'elle a tout retenu. Elle va continuer de le suivre et tout ira très bien, se dit-elle. Alors, c'est ce qu'elle fait. Comme une ombre, Samira reste derrière le chef. Si la grande majorité cherche à le saluer, la femme derrière lui est persuadée que personne ne la remarque. Sa tête ne dépasse pas la plupart des épaules ; ça lui plaît bien d'être invisible, d'être seulement une masse qui dérange un peu le temps de se faire assez de place pour passer. Et ils y arrivent enfin, devant cette porte que Samira à ouvert plus tôt pour le découvrir lui. D'abord, elle distingue beaucoup de bruits. Toutes sortes de bruits : des encouragements, des insultes, de la satisfaction, des plaintes. Et énormément d'hommes ; depuis le haut de l'escalier, on remarque à peine la délimitation des cercles qui constituent les aires de combat. Contrairement à la foule, Sam n'est pas très amusée par le spectacle. Elle n'est pas non plus terrifiée. Il y a des hommes qui se battent sur des rings en respectant certaines règles et d'autres qui ne voient pas l'intérêt d'en suivre. Samira ne relève pas de différence majeure ; il s'agit toujours de poings qui s'abattent contre des corps et d'individus qui s'apitoient ou se réjouissent plus que d'autres.

A force d'observer partout autour d'elle, Sam finit par perdre son seul et unique repère. Hissée sur la pointe des pieds, elle tend le cou à droite puis à gauche pour le trouver lui ou un autre nipper. L'air intrigué par cette tête qui dépasse difficilement du reste, un homme la fixe. A sa manière de le faire, peut-être qu'il se demande si cette femme est réellement là, dans le sous-sol de ce bar, peut-être qu'il se demande s'il est le seul à s’inquiéter de la présence d'une intruse. Samira, quant à elle, se demande pourquoi se type l'observe, puis pourquoi il la regarde aussi longtemps. Il ne faut pas grand choses pour entretenir des idées paranoïaques. Quelques secondes pour la perturber, moins d'une minute pour se persuader de quelque chose d'improbable. Le cœur s'affole. « Saul ! » Mais d'autres clament déjà son nom, ou son surnom, ailleurs. Il ne l'entendra jamais. Et ici, elle n'arrivera pas à trouver Lowell. Clive, lui, est forcément derrière son bar. Alors elle joue des coudes et des épaules pour se faire une place entre les hommes. Au milieu d'eux, Sam étouffe. Le chaud lui monte aux joues, ses palpitations n'aident pas beaucoup, et ses genoux tremblent. Remonter l'escalier lui demande un effort considérable, mais une fois qu'elle y arrive, Samira se précipite pour traverser la grande salle. Elle se réfugie.

Derrière le bar, c'est bien. Sous le bar, c'est mieux. Entre le fût de bière et l'évier, il y a assez de place pour elle, alors ça lui convient. Que Clive continue de faire comme s'il n'avait rien vu, c'est  parfait. Mais surtout, qu'il reste là, qu'il se dépêche encore et encore pour servir ses clients assoiffés. Samira fixe ses pieds qui vont et viennent à une allure totalement folle ; elle lui invente des talents de danseur. C'est puéril, donc plus agréable que de s'imaginer son amoureux un étage plus bas.
Elle peut l'attendre ici, même si son cul baigne dans un reste d'alcool collant.
Elle peut l'attendre toute la nuit, jusqu'au petit matin, dans cet espace étroit.
Qu'il prenne le temps qu'il lui faut, Samira sera heureuse de le retrouver.
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Saul Weiss
kill of the night


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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Mer 16 Mar - 23:39

Une fois au sous-sol, tout rentre dans l'ordre. Épaules contre épaules, il sent la sueur des sales gamins qui, comme lui, sont venus se rompre le corps. Les visages lui évoquent toujours quelque chose et, à l'instinct, il lorgne après les poings, fermés, fourrés dans les poches, serrés contre les cuisses, croisés sous les bras. La plupart, ils ont les os abîmés. Comme lui, ça n'a pas le temps de guérir. Ils cognent toujours après quelque chose, ils cognent toujours sur quelqu'un ; ils s'amusent de la seule façon qu'ils connaissent, un verre porté aux lèvres avec ce camarade que, dans quelques secondes, ils vont rosser jusqu'au sang. Pendant qu'il déambule parmi eux, parmi ses frères (même ceux d'au-delà d'Harcourt), Saul se rappelle que ça n'est jamais pour se faire mourir. C'est arrivé, naturellement, ainsi qu'il l'a honnêtement suggéré à Sam. C'est rare. On met plusieurs mois à totalement récupérer d'une défaite encaissée en ce bas-lieu mais on n'en est jamais infirme et, d'ailleurs, ils iront travailler dès le lendemain. Dans quelques heures, tout sera fini et cette urgence rappelle à Sham Weiss qu'il commande à ces instants et à ces hommes. Ce n'est pas un spectateur. Ce n'est pas une victime. Il veut tout ça, il aime tout ça, et il joue sèchement des coudes pour se rapprocher du cercle. Il veut tout voir, gueuler et boire, et, surtout, il veut son tour.

Saul oublie Samira. Il est plein, et bruyant, d'être lui et chez lui, d'être parmi les siens.

Une fois, Saul accroche les billes de Lowell. Tout se passe bien. L'argent rentre. Les combats sont favorables à Harcourt Hall, et il y aura de quoi dresser des murs entre la misère et les gens. C'est mieux, parce qu'il peut être libre de son titre maintenant. Savoir que Lowell veille à tout, aussi fidèle que s'il était le protecteur de leur saleté de bloc, ça le libère pleinement. Il veut son tour, maintenant. Il pourrait bouleverser l'ordre, rien que pour précipiter son sort. Ses mains le démangent, et ils se creusent les paumes du bout des doigts. C'est tout juste s'il le voit, les billes accaparées par le spectacle impressionnant des nez qui craquent, des pommettes qui explosent et des lèvres qui se fendent. Le sang versé n'est pas ignoré par le public ; ils le récompensent de hurlements joyeux, obscènes. Saul participe à ce concert de rugissements, le cœur toujours plus altéré par l'imminence. C'est le grand-oral. C'est le festin auquel il n'a pas su renoncer. Les cris des combattants excitent son impatience, et ça se bouscule en foule compacte pour admonester son favori. Il ne peut pas parier. Il aimerait bien. Pour le plaisir de perdre. Celui de gagner. Pour ressentir viscéralement sans s'excuser de ses tréfonds.

Vient son tour. Suffoqué par l'excitation malsaine, Saul oublie d'avancer. Il darde sur la fureur des autres un regard complaisant, à la limite d'être obséquieux. Sham Weiss n'est pas spécial lorsqu'il se bat. On ne l'attend pas lui plus qu'un autre. Du reste, le ratio du pari ne joue pas en sa faveur. Ça n'a pas de véritable importance, parce qu'il prendrait autant de plaisir à massacrer qu'à se faire massacrer. Il quitte sa place dans le cercle. L'autre a déjà franchi le trait. Jared a trente ans. Il vit sur St Bernard Avenue, avec sa femme et trois enfants. Et c'est un brave type. Ça ne compte absolument pas, d'être un brave type ou le dernier des connards, quand ils relèvent les poings en garde. Une pensée, fugace, saisit Saul avant d'engager : où est-elle ? est-ce qu'elle le voit ? Jusque-là, il était persuadé de la vouloir ou absente ou aveugle. Ivre de l'arène, ivre de ce soir, il veut plus que tout qu'elle le voit. Qu'elle l'encourage ? Qu'elle l'acclame ? Il ne sait pas quelle vague fierté on peut forger dans ces moments bassement humains. De toute façon, il n'a ni la réponse ni l'attention de Samira. Elle n'est pas là ou, en tous les cas, il ne la voit pas. Sa distraction de mâle crâne lui coûte à l'instantané. Résultat : il ramasse.

« Qu'est-ce que tu fous ? » Lowell s'était préparé une autre intonation. Néanmoins, sidéré par la cachette de la jeune femme (qu'il n'aurait certainement jamais fouillée sans le regard complice de Clive), il échoue à retenir les nuances abasourdie, méprisante, brusque et amusée, de sa voix. Aussitôt, il décide qu'il s'en fiche et lui attrape la main afin de l'extraire. « Viens. » Elle se redresse entièrement, et il est forcé de se demander, encore, pourquoi et comment elle s'est recroquevillée ainsi. Lowell ne pose plus aucune question depuis longtemps et, lorsqu'il le fait, c'est comme cela vient de se passer : sous le coup de l'émotion, aussi vif et sans conséquence qu'un bon juron. « Il a dérouillé, explique-t-il en entraînant Samira avec lui, mais, finalement, il m'a fait perdre trente dollars. » La plaisanterie vient avec le sourire, aussi naturel qu'à son habitude. C'est une tentative dont il cherche le succès dans les yeux, illisibles, de la jeune femme. Elle semble toujours si tendue, angoissée. Malgré le malaise qu'elle distille constamment en lui (elle comme Ester), Lowell sait qu'elle a de bonnes raisons à ça. En faisant preuve de compréhension, il imagine qu'elle le rendra. Juste un sourire. Une esquisse suffirait. Savoir que, sous ce vernis traumatique, survit un être humain. « Si tu ne lui dis pas que j'ai parié contre lui, je lui dis pas que t'es contorsionniste, ajoute-t-il précipitamment. » Un feulement dans sa gorge avoue sa gêne et, finalement, il pousse Samira dans le bureau. Il entre avec elle. « T'as une sale gueule, déserte-t-il l'escorte qu'il faisait à la jeune femme. » Sous les doigts de Pete, Sham Weiss siffle entre ses dents. Il a le visage épargné, sauf plusieurs éraflures à hauteur du regard. Et, bien sûr, il pisse le sang par le nez. Son adversaire a été assez compatissant pour lui laisser ce qu'il a de mieux à montrer. Et il objecte un bref regard vers Samira en ce sens. « Mais j'ai vu Jared, ricane doucement Lowell en se perchant sur le dossier d'une chaise. » Avec Saul, Pete, Lowell et Sam, il y a deux autres types – des nippers. La pièce est vraiment étroite maintenant. « T'as mal ? interroge le médecin de fortune. » Plus qu'il n'est nécessaire (comme pour faire entrer une leçon), Pete presse les côtes. Saul dit que oui, mais que ça va. Il doit faire deux mouvements avec les bras pour prouver qu'il dit la vérité. En dehors de son épaule, rouge et brûlante, et des multiples traces de coups portés au thorax, on dirait qu'il a fait n'importe quel sport qui ne demande pas de se battre. « Samira ? » Pete prend des précautions jusque dans son timbre. Il s'est rapproché de telle sorte qu'ils sont seuls à entendre. « Qu'est-ce que tu fais là ? » Il le demande comme de la trouver trop intelligence pour ces choses-là. « Ça va ? » Il avait la main sur la poignée de la porte. Il l'enlève. Il veut vraiment savoir.
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Samira Foxx
kill of the night


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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Ven 18 Mar - 1:30

L'étroitesse de l'espace lui convient parfaitement. Ici, elle sait qu'aucun danger n'arrivera ni par la gauche, ni par la droite, ni par derrière. Personne ne la verra, personne ne l'entendra. D'ailleurs, Samira n'est pas vraiment là, elle est autre part. Mentalement, elle bâtit des mondes fictifs pour s'aider à vaincre ses angoisses. Quand ses oreilles captent des bribes de conversations, l'imaginaire s'amuse à les sortir de leur contexte pour les replacer dans un nouveau, plus beau, et les voix l'aident à façonner des corps et des visages. Bientôt, le cœur ne bat plus aussi vite et la respiration n'est plus autant agitée. Sam oublie le regard de ce type qu'elle a aperçu au sous-sol, elle ne se demande plus qui il est ; ça lui évite d'avoir à s'inventer des scénarios morbides où il représente la mort venue les arracher à leur vie. Puis le regard s'accroche aux lattes du plancher, elle étudie méthodiquement toutes les nuances du bois, là où la poussière s'est accrochée, les endroits qui sont les plus ternes. C'est vrai que la lumière n'est pas assez bonne et qu'elle n'y voit pratiquement rien, mais ça ne la dérange pas. A partir d'un simple caillou, elle pourrait construire un château et y faire vivre des princes en compagnie de leurs reines. Elle serait capable de les marier et de faire mourir leurs enfants. C'est mieux que de se sentir constamment en danger, mais Samira n'y parvient pas lorsque les gens se pressent autour d'elle. Un étage plus bas, ça n'aurait jamais marché.
Cependant, l'esprit se lasse rapidement des tentatives de distraction et se laisse plus facilement tenter par ce qui le tracasse. Elle se souvient du bar, des gens du bloc et des combats. Elle se souvient que les hommes peuvent gagner et que certains perdent, parfois de la manière la plus tragique. Elle se souvient que Saul fait partie de ces hommes qui jouent avec leurs poings et s'amusent du sang qui coule, qu'il s'agisse du leur ou de celui d'autres types. Parce-qu'il est son amoureux, Samira souhaite qu'il soit le plus fort ; elle préfère qu'il démolisse des visages plutôt qu'on abîme le sien. Il faut que Saul tape assez fort pour les forcer à s'agenouiller devant lui ; il ne mérite pas de se tordre de douleur à leurs pieds. C'est ce qu'elle espère pour lui parce-que c'est comme ça qu'elle l'imagine ; plus grand, plus fort, au-dessus de tout le reste et de tous les autres. Pourtant, en bas, personne ne fait de différence, il n'y a pas de titre, pas de chef, pas d'amis ; ils ne sont plus que des os à briser et de la chair à saigner. Mais Samira ne le sait pas. A ses yeux, ils ne sont pas tous les mêmes.
Il y a Saul.
Puis ceux qu'elle connaît.
Ceux qu'elle a déjà vu.
Et les autres.

Si elle ne répond pas à Lowell, c'est d'abord parce-qu'il n'y a rien à répondre et, ensuite, parce-qu'elle préfère ignorer ce qu'elle a deviné dans l'intonation de sa voix. La femme ne se vexe pas, elle sait qu'il oubliera rapidement. Et surtout, elle ne peut pas lui en vouloir ; il ne le sait pas, mais sa présence la rassure. Il n'a pas cette expression greffée à la face qui veut dire que la soirée ne s'est pas déroulée comme convenu, que quelque chose de tragique est arrivé ou que Saul est dans un état grave. Cependant, Samira ne se réjouit pas. Il lui arrive parfois de se soucier de l'image qu'elle renvoie à ceux qui doivent la supporter et Lowell a déjà eu à venir la chercher ici, alors... Elle se contente seulement d'appliquer l'ordre qu'il vient de lui donner.
De sa cachette, Sam en sort plus difficilement qu'elle n'y est entrée. Elle le suit et l'écoute avec attention. A ses yeux, la raillerie n'en est pas une. Comme une enfant qui ne saisit pas les blagues des plus grands, elle hésite un court instant avant d'imiter l'expression qu'elle voit sur le visage de Lowell. Trente dollars, se répète-t-elle, c'est donc la valeur qu'il donne à Saul. Trente dollars. C'est vrai qu'on peut en faire, des choses, avec cette somme et, en même temps, il lui semble que c'est trop peu. Combien vaut le meilleur d'entre-eux ?
Ensemble, ils longent le couloir et « promis » est le seul mot que Samira parvient à lui accorder avant d'entrer avec lui dans la petite pièce. Elle est désolée de ne pas savoir être autrement. Elle l'est encore plus lorsqu'elle perçoit l'état du bagarreur. Du sang coule de son nez, il a des éraflures sur le haut du visage, l'épaule écarlate et … Ses prunelles ne descendent pas plus bas, elles remontent au visage, à la bouche qui parle et aux yeux encore capables de cligner.
Quand Pete lui demande s'il a mal, Saul confirme. Mais ça va, qu'il ajoute. Un moment, Samira se demande s'il ment par fierté. Et, finalement, elle se persuade qu'il n'a aucun intérêt à le faire. Il a mal, mais ça va. C'est donc l'effet que tout ça procure.

Cachée derrière tous les autres, juste à côté de la porte, la seule fille évite de se faire remarquer. Elle le fait mal ; Pete, quand il va sortir, s'arrête tout près. Les questions posées sont simples et pourtant, Samira les trouve déstabilisantes. « Je suis venue (commence-t-elle sans être vraiment sûre de ce qu'elle peut et doit lui dire). Pour voir Saul. » Pete n'a pas besoin de connaître le détail des raisons qui l'ont encouragé à sortir de la maison. « Ça va. » Contrairement à l'autre, même si elle se persuade du contrairement, la jeune femme ment. Elle ne va plus si bien et ce n'est pas de la faute de Saul, ce n'est pas la faute de cet endroit ni de ce qui s'y passe. C'est de sa faute à elle et à ses mauvaises interprétations. Ça ira certainement mieux quand elle trouvera enfin le courage de s'approcher de Saul. Pour le moment, avec sa manière de l'observer – comme s'il essayait de sonder son esprit -, Pete parvient à la mettre profondément mal à l'aise. « Ça va (Elle met plus d'assurance dans sa voix, cette fois). Et toi, Pete, comment tu vas ? » Pourvu qu'il repose sa main sur cette poignée et qu'il s'en aille.

Les choses continuent de se passer sans que Samira n'ose les déranger. Elle reste dans son coin en attendant son tour, en attendant l'intimité. Les hommes terminent par disparaître au compte-goutte et bientôt, il ne reste qu'eux. Elle est a un bout de la pièce et lui à un autre ; concrètement, ils ne sont pas très loin l'un de l'autre. « T'as besoin d'une infirmière ? » Essaye-t-elle en guise de première tentative. Même si elle paraît soudainement plus détendue, beaucoup moins timide et effacée, il reste quelque chose dans son attitude qui la trahie. Sam fait les pas qui la rapproche de son amant. Maintenant qu'elle est plus près, elle voit mieux les marques sur la peau et les restes de sang séchés. Les doigts hésitent avant de retourner se cacher à l'intérieur du poing. « J'ose pas te toucher, avoue la fille. J'ai peur de te faire mal. » Ce n'est pas qu'elle se croit soudainement dotée d'une force surhumaine, mais plutôt qu'elle imagine son corps tellement douloureux et sensible. Combien de temps va-t-il falloir qu'il se repose avant de pouvoir supporter ses baisers ? Et le corps, quand pourra-t-elle le caresser de nouveau ? Elles sont importantes, ces questions, il faut qu'il lui dise. « Je suis pas restée en bas, tout à l'heure, je suis remontée. » Finit par avouer Samira après un long moment passé à le contempler en silence. Elle hausse les épaules, baisse les yeux, les remonte lentement ; elle appréhende la réprimande. « Tu m'en veux pas, j'espère. » Sam, elle a cette manie de constamment redevenir une gosse dès qu'elle craint quelque chose ou quelqu'un. Surtout, elle se demande si ça vaut vraiment le coup de tout lui dire. Peut-être qu'il se moque bien de savoir ce qu'elle a cru, puis ce qu'il s'est passé.
« Alors ? »
Alors, ça t'a fait du bien ?
Alors, tu m'en veux ?
Alors, je peux t'embrasser ?
Cette question ne veut pas dire grand chose, mais, au moins, elle laisse la possibilité à Saul de parler, de raconter tout ce qu'il veut ou, même, de ne rien dire.
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Saul Weiss
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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Ven 25 Mar - 9:37

Les autres lui sont agréables. Ils sont nombreux, brûlants, énergiques, et ils tiennent tous ensemble dans cette poignée de mètres carrés encombrés par les meubles, la poussière, le bordel. Cet endroit, ces murs crasses, fourmille de vie brute. Réceptif, comme drogué, car drogué, Saul les regarde faire, il les regarde être. Il grimpe à sa propre conscience : les formes, d'abord, puis les couleurs, les détails et les sons. Son tympan bourdonne – il ne le réalise pas – et le temps est légèrement ralenti. C'est faux, c'est lui : c'est l'adrénaline qui lui cavale encore dans le sang. Le temps est lent parce qu'il appréhende mieux. Il anticipe. Seulement, son attention est dispersée, à la recherche d'un danger, en quête de ce danger. Ce qui le frôle, il le comprend moins, moins bien, moins vite. Pete est patient et, au lieu de se fatiguer à seriner les choses, il lui concède quelques secondes supplémentaires pour répondre et pour protester. Ainsi, Saul s'acquitte gentiment de l'auscultation, les sens échauffés par les gestes de ses camarades, l'ivresse du combat et l'âme, vaguement hagarde, qui n'attrape pas toute la substance des évènements flottants autour de lui. Lowell a l'air ravi. Saul est immédiatement envahi par une joie primitive, et simple, qui ne prend sa source qu'à ce sourire éclatant. Le médecin est plus maussade : Pete se détend rarement, parce qu'il prendrait sur lui si quelque chose tournait mal. Il ne lui gâchera pas son bonheur, de toute façon éphémère. Alors les dernières inspections sont évacuées, une impatience infantile pour chasser les précautions excessives. Saul sait qu'il n'a rien. Il va bien, très bien. Pourquoi Pete ne voit-il pas qu'il est plein de courage, de puissance, de plaisir ? Quelles douleurs peuvent vaincre ça ? Dans sa bestialité, Saul est stupide. Il est heureux aussi. Pour la première fois depuis des semaines, des mois, il est libre de toute colère, de tout ressentiment, de toute sa haine.

Son apaisement passe de brûlant à tiède. Il savoure mieux sa liberté, et parcourt mentalement ses éléments, sa profondeur. A ses dépens, on s'agite tout autour. Les combats. L'argent. L'alcool qui va arroser cette victoire à tout point de vue. Ces considérations, matérielles et triviales, le survolent. Il goûte le bien-être diffusé dans son ventre, son thorax, ses membres, pieds et mains, le sang et l'oxygène, et tous les autres endroits qui lui font des sensations. On lui demande s'il veut être seul. Saul n'en sait rien. Il s'en fiche. Il est bien, là, et si ça perturbait son nouvel équilibre, cette euphorie inédite ? On lui demande s'il veut être seuls, qu'ils soient seuls. Ah, peut-être. Oui, c'est une bonne idée. Samira est là depuis tout à l'heure, il le savait et l'avait remarqué sitôt qu'elle était entrée, mais il lui semble qu'enfin il est un peu plus apte à échanger, à donner autant qu'il reçoit. On obéit sans qu'il ordonne.

Sam est froissée. D'une façon qu'il ne peut pas décrire, elle est abîmée et, à mesure qu'elle s'approche, il discerne toutes ses anfractuosités. « Qu'est-ce qu'il y a ? il assume son fond de naïveté. » Sa voix se brise sur le terme – il a trop hurlé son mal de vivre quand il s'érodait les jointures sur le visage d'un ami du passé. Elle a le regard trouble. Et elle parle, et elle parle. Depuis plusieurs minutes, Saul se souvient qu'il est possible de ressentir autant, avec intensité, avec fureur. Mais tous ces mots... Elle n'en finit pas d'éclater le portrait de ses humeurs, si bien qu'il en reste con, et longtemps silencieux. « Je n'ai pas mal, ici. » Il glisse de son tabouret et il enroule son bras le moins endolori autour de ses épaules : il capture les lèvres et les embrasse jusqu'à plus de souffle. Le picotement à sa bouche est délicieux. Il sent toutes les nuances de son plaisir, il peut pratiquement les nommer. Plein d'autres endroits ne le font pas souffrir : Saul ne dit rien. Ses doigts plongent dans les cheveux, effleurent les pommettes, le nez, et caressent la mâchoire. Il cherche pourquoi. « Pourquoi est-ce que je dois t'en vouloir ? » Sur le moment et ne la voyant pas, il avait été piqué par la déception puis il n'avait plus eu le temps pour ça. Maintenant, il voudrait simplement comprendre ce que ce crâne, adorable et secret, renferme et cache de lui. « Qu'est-ce que tu faisais ? » Une pointe de curiosité, une autre de perplexité et une dernière de jalousie. Saul réalise qu'il ignore où elle était. Dans Harcourt Hall. En sécurité, c'est certain. Quand a-t-il commencé à être si négligent, et égoïste ? Mordu par une amorce de culpabilité, il se ronge la lèvre et dépose des baisers au coin de la bouche, de l'oeil, du nez. Il tâche d'éteindre plus fort, mais ses côtes brûlent. Refusant d'abandonner son devoir sacré à la douleur futile, il presse Samira contre lui et ravale la peine qu'elle lui fait. C'est si difficile, aujourd'hui, si pénible, et bon. Il veut l'entendre, encore.
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Samira Foxx
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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Ven 6 Mai - 21:51

Qu'est-ce qu'il y a ?
Mais tu le sais, Saul, c'est toujours la même chose. C'est... Comme si on lui passait une ceinture autour de la taille et qu'on la serrait pour la rendre plus fine. Beaucoup plus fine. C'est gênant et ça l'empêche de respirer convenablement, c'est douloureux et ça l'oblige à se tenir d'une certaine manière pour ne pas que ça lui fasse encore plus mal. J'arrivais pas à me faire de la place, c'était... Oppressant. Tous ces gens autour, qui crient, qui encouragent, qui prennent du plaisir là où elle croit qu'il n'y en a pas. J'étais pas à ma place, j'étais... Là où ce n'est pas pour les filles ? Non, ce n'est pas ce qu'elle a entre les jambes (ou plutôt ce qu'elle n'a pas) le problème, c'est tout le reste. La violence la met profondément mal à l'aise, et de voir le sang, et d'entendre le craquement des phalanges contre des mâchoires, ou des côtes, ou des ventres. Je t'ai cherché et je t'ai plus trouvé et … Elle a entendu des types scander son nom. Samira ne sait pas si elle a vraiment essayé de se rapprocher pour le voir, ni même si elle a eu envie de l'encourager. Devrait-elle se sentir honteuse pour avoir prétendu l'aimer puis ne pas avoir fait l'effort de rester ? J'me sentais pas bien, je crois. J'me suis demandée si... S'il arrive un truc ? S'il lui arrive un truc ? Si on le frappe trop fort et que le poing s'abat au plus mauvais endroit ? S'il saigne trop ? S'il tombe et qu'il ne se réveille plus ou plus tard et qu'il n'est plus Saul ? C'est possible ? C'est déjà arrivé ! Il arrive des trucs, c'est Saul qui le lui a dit ! Y'avait ce type, aussi, qui me fixait. Je sais, c'est... Absolument ridicule. Les gens, ici, se connaissent tous. Et si ce n'est pas le cas de tout le monde, quelqu'un connaît toujours quelqu'un qui connaît quelqu'un.

Toutes ces choses, peut-être que Saul en devine la plupart parce-qu'il sait observer. Du reste, il persistera encore des mystères et des phases soudaines de mutisme.

Pourtant, Samira pourrait être honnête avec lui et, par la même occasion, en profiter pour l'être avec elle-même. Mais elle ne s'avouera pas ; elle connaît le pouvoir des mots, elle sait qu'ils peuvent réduire à l'état de poussière des moments quasi parfaits, changer les attitudes et modifier l'expression des visages. Et quand Samira le regarde, et qu'elle sent ses lèvres sur les siennes, partout ailleurs, et que ses doigts se perdent dans ses cheveux, sur ses pommettes, sa mâchoire, près du nez, d'abord elle retient un soupir et, ensuite, elle réalise l'état de Saul. Ses baisers ont un goût délicieux ; ils ont l'arôme du ravissement. Ces attentions suffisent à combler les scissures dans son crâne, celles au fond desquelles ses angoisses parviennent à s'établir pour infecter le reste de son esprit. Elle voudrait se nicher tout contre lui et sentir ses bras l'entourer, elle voudrait chercher l'air dans le creux de son cou, elle voudrait sentir sa main passer dans ses cheveux et sur sa nuque. Elle voudrait tout ça pendant un moment, juste ce qu'il faut de temps pour oublier qu'il y a un monde, une vie et les secondes qui défilent. Au lieu de tout ça, Samira hausse les épaules et tire les lèvres pour lui montrer ses dents. « Je t'ai perdu et quand j'ai voulu me rapprocher, j'ai pas réussi à me faire de la place. » Éhontément, elle lui ment. « Comme je trouvais pas Lowell, j'ai fait comme tu m'as dit : j'ai rejoint Clive. » Et elle le fait avec application. L'adrénaline et les endorphines grouillent encore dans son sang. Ce doit être comme la défonce, ce doit être agréable. Samira espère que les baisers qu'elle ose lui voler le sont tout autant et que ses phalanges, couvertes de sa sueur, qui partent de la nuque jusqu'aux cheveux, ne le dérange pas. Finalement, c'était mieux quand la pièce était pleine de tous ces hommes qui parlaient à leurs places. Elle pouvait l'observer de loin, se poser tout un tas de questions et les oublier la seconde d'après. « C'est pas l'heure d'aller fêter ta victoire ? » La comédienne se cache toujours derrière son sourire et l'intonation est enthousiaste. Pourtant, tout ce qu'elle désire, c'est retrouver leur maison et Ester.
Ou fumer.
Ou boire avec lui.
Tout ça en même temps ?
Peu importe, Sam se pliera à la volonté de Saul. Cette soirée est la sienne.
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Saul Weiss
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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Jeu 2 Juin - 22:39

Il faudrait être idiot, ou carrément aveugle, pour ne pas voir qu'elle s'apprête à mentir. Au travers de son épuisement, Saul observe la façon que Samira a de se détendre (de feindre de le faire) et cet air qu'elle emprunte alors qu'il ne figure jamais au registre de ce qu'elle est. Il ne la connait pas si bien. Il se trompe plus souvent qu'à son tour. On le dirait certainement imbécile si, quelques fois, il ne se retenait pas d'avouer qu'il ne comprend rien, ni aux filles ni à Sam. Ni à bien d'autres choses, du monde, de son siècle. Néanmoins, il capte le tranchant de ses mensonges avec une acuité grimpante. Et, alors qu'il l'enlace et se plait à sentir la chaleur de Samira qui rencontre la sienne, elle se prépare à lui inventer une histoire, une version de l'histoire, qui ne sera jamais convaincante. Du reste, elle doit le savoir. Ce qui renvoie Saul à : doit-il, à son tour, faire semblant de la croire ? Ce n'est rien dont il ait l'habitude de décider et, avec elle, il apprend seulement. Il aimerait mieux résoudre une guerre de territoires, où n'importe quoi qui exige de tenir une arme et de s'en servir contre quelqu'un, plutôt que de s'esquinter contre Samira. Il lui semble, en outre, qu'il a beaucoup fait – et beaucoup commis – en un seul jour. Si c'était peut-être trop pour elle, c'était certainement trop pour lui. Accaparé par ses hypothèses amoureuses, Saul ne réalise pas encore qu'elle a pénétré loin en lui et que ça n'a rien de plaisant. Lorsque l'adrénaline sera redescendue aussi salement que les vapeurs d'alcool s'évanouissent du sang, il aura toutes les facultés pour se sentir violer dans quelque chose d'intime. Il le soupçonne depuis qu'il a rejeté Samira de son esprit. Tout le temps où il n'a pas pensé à elle, tout le temps où il n'avait qu'à abattre ses poings sur le visage de Jared, il s'était senti libre. Et c'est elle qui fait affluer son angoisse. Encore maintenant, alors qu'il réintègre l'amertume de son existence, Saul se soucie bien trop de Samira pour se soucier de lui.

« D'accord, il esquive à son tour. » D'une certaine façon, il se préserve le bonheur. Ça ne durera que quelques secondes, mais il choisit de les piller au nom de tout ce qu'il a sacrifié avant, et de tout ce qu'il s'en va sacrifier, plus tard. Il attrape ses baisers et fait semblant de la croire. Ça lui fait mal dans les côtes comme dans le cœur mais, tant que c'est supportable, il tient. A chaque détail qui s'imprègne douloureusement en lui, à chaque aspect qui l'intègre péniblement dans ce monde, il ment de moins en moins, ou de moins en moins bien. Au sourire éclatant de Samira, le sien décline. Saul n'est pas triste. Il est las. Au moins n'est-il plus en colère. En vérité, tous les états sont préférables à celui-là : c'est le choix du moindre mal qu'il fait. « J'ai envie de rentrer. » C'est plus complexe que ça : Saul aimerait être seul. Vraiment seul. Comme il ne l'est plus depuis longtemps. Comme il ne l'a jamais été, peut-être. Ça ne figure pas au menu de ses besoins. Il aime le monde, le bruit, la vie. Le silence lui est insupportable tandis que la solitude lui pèse. Mais, pour l'instant, il voudrait l'espace le plus vaste du monde et être sourd à défaut d'être seul. Ça n'arrive pas – comment ce serait possible ? Saul ne peut pas s'éloigner d'Harcourt Drive. Alors il doit rentrer. D'une célébration alcoolisée ou de son tour de garde, là encore, il choisit ce qui l'usera le moins. Et il pourra se couler sous la douche. Doucement, il se répugne. La sueur, et le reste. Le reste pire encore que l'effort. Aussi le plaisir le déserte et l'enthousiasme se meurt. Il ne peut rien reprocher à Samira, quand même il sait qu'en son absence les abysses qui l'étreignent ne l'auraient pas aussi bien rattrapé. Et Sam qui le maintient sous le feu de son regard. « Oui, j'ai envie qu'on rentre, dit-il pour finir de se convaincre. » Ce n'est pas de sa faute. Ce qu'il se passe dans le sous-sol d'Harcourt Hall n'a rien à voir avec Samira Foxx, c'est tout. Il ne fallait pas gâcher ces deux sphères magnifiques en les réunissant. D'avoir erré, Saul revient prudemment sur ses pas et remonte le chemin qu'il a été stupide de dévaler. « Tu viens ? » Question mensongère. Bien sûr, elle vient.

Les soubresauts de la voiture lui brûlent les flancs. Il ne dit rien.
La vitre entrouverte, il hume la fraîcheur de l'air. Il ne dit rien.

Lorsque Saul arrête la voiture sur le trottoir qui devance sa maison, il pose la paume sur le genou de Samira. Ce n'est qu'après une poignée de secondes qu'il bascule le regard vers elle, et : « Je suis désolé. » Ce jour s'achève comme il a commencé.
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Samira Foxx
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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Sam 4 Juin - 22:22

Tout le trajet, ses lèvres sont restées soudées et ses doigts ont agressé le collier qui orne désormais son cou. Au travers de la vitre, elle a regardé le paysage défiler. Ce qu'elle a surtout admiré, c'est le reflet, plus ou moins déformé selon l'éclairage extérieur, de Saul et son air concentré. Tout le trajet, ils n'ont pas décroché un seul mot. Samira aurait pu se décrisper, lui adresser un sourire sincère, lancer une futilité ou tenter une blague, le laisser se moquer de sa tentative puis en rire avec lui. Piégée entre sa honte et sa gêne, la fille est restée muette, incapable de briser le silence pesant qui régnait dans l'habitacle. Puis elle a fixé ses genoux et la main qui a investi son champs de vision. « Je suis désolé. » Se décide-t-il enfin à lâcher, sans rien ajouter, comme s'ils devaient se quitter sur ces paroles.
Pourquoi est-il désolé, cette fois ? Ce n'est pas à lui de l'être. Saul n'est pas un menteur, Samira l'est. « Pourquoi tu dis ça ? » Soutenir son regard lui semble être l'effort le plus éprouvant. Tout s'agite entre ses tempes. A force d'y penser et d'y repenser, elle voudra lui avouer certaines choses et se justifier.
Elle s'égarera.
Ils perdront tout.

Son anxiété la pousse à se refaire le film de sa journée.
Ce matin, il y avait des fleurs, un papier au milieu des feuilles et une boîte avec un bijou à l'intérieur. Tout ça posé juste devant la porte de sa chambre. Forcément, c'était pour elle. La conquise a passé la matinée à fixer cette écriture, à s'imaginer sa voix prononcer chaque mot, à contempler son bijou dans le miroir, à caresser les pétales de fleurs pour y retirer la rosée qui n'avait pas encore séchée. Réaliser que Saul avait pensé à elle et qu'il avait perdu de son temps pour choisir des fleurs, un collier et les lettres qu'il assemblerait sur une feuille lui faisait intensément plaisir. Les joues brûlantes et le cœur hyperactif, la chaleur s'était propagée jusque dans le ventre. Ce matin, Samira était absolument ravie. Ces attentions l'avaient fait sourire, et rêver, et tomber un peu plus amoureuse de lui. Elle avait déjà oublié toutes les raisons qui l'avaient poussée à l'éviter.
Pour ne rien gâcher et au lieu de demander à Lowell de l'emmener voir Saul, peut-être aurait-elle mieux fait d'avoir peur de sortir de la maison. Sam serait restée dans son lit, cachée sous ses draps, pour ne pas être dérangée à chaque fois qu'elle penserait à lui. Elle aurait attendu avec impatience qu'il revienne en surveillant toutes les allées et venues depuis la fenêtre de sa chambre. Et quand il aurait été enfin là, en face d'elle, elle l'aurait retenu autant de temps qu'il faut pour le remercier, lui dire je t'aime un milliard de fois et l'embrasser autant de fois. Peut-être même qu'elle lui aurait murmuré des histoires dans le creux de l'oreille. Toutes celles qui la rendent humide entre les cuisses et qui l'obligent à étouffer ses soupirs contre son matelas dès que Saul commence à lui manquer.

Pour autant, Samira ne regrette pas tout ce qu'ils se sont dit ou ce qu'ils ont fait. Dans son sous-sol, il était magnifique. Et dans cette infirmerie improvisée, elle le désirait avec tellement d'ardeur. Il lui a fait confiance en se dévoilant. Sam ne sait pas exactement comment il aurait voulu qu'elle réagisse en la perdant au milieu de tout ces gens. Elle sait seulement que ses réactions n'ont pas été les bonnes. Rapidement, son sourire et son enthousiasme ont disparu et elle l'a suivi en silence en laissant ce foutu rongeur imaginaire lui bouffer l'intérieur du ventre. « Je t'ai pas dit la vérité. » Avoue Samira en tournant la tête pour observer l'autre côté de la rue. « Je sais que tu le sais. » Ses pupilles reviennent vers lui et le fixent comme pour le supplier de lui pardonner cette maudite erreur. Ses phalanges passent sur le dos de sa main, retiennent le poignet et remontent pour s'accrocher à l'avant-bras.
Qu'il entende sa voix et il saura combien elle est désolée.
Qu'il la regarde et il verra combien elle a honte.

« J'ai pensé que c'était une bonne idée, de te mentir, mais ça ne l'est jamais. Je sais pas pourquoi... » Mentalement épuisée, Samira ne sait pas vraiment où ses paroles la mènent. Elle réfléchit au fur et à mesure que le flot s'échappe d'entre ses lèvres. La maladroite le regrettera certainement plus tard. « Enfin si, je sais. » Ses doigts quittent la peau douce et chaude de l'homme pour rejoindre le tissu qui recouvre son siège. « T'avais l'air tranquille et satisfait, je voulais juste que ça dure. » La bouche s'entrouvre, mais les mots ne sortent pas du premier coup. « J'ai fini par avoir peur, encore. De pleins de choses. Je pensais que ça irait, j'te le jure. Je pensais que ça irait parce-que t'étais là et qu'il y avait Lowell, et Clive et la plupart des Nippers. Mais j'ai eu peur qu'il t'arrive quelque chose. Et d'être au milieu de gens que je connais pas, de trop de gens. » Elle s'arrête un moment, le temps de le regarder, d'essayer de deviner ce qu'il doit être entrain de penser. Comme il ne dit rien, Samira comprend qu'elle doit continuer de se repentir. « Je suis allée me cacher... Sous le bar. » Pourtant, avant que Saul ne doive la quitter pour assumer ses responsabilités, tout semblait bien se passer. « Je suis désolée. » Mais il ne pourra pas toujours lui tenir la main. « C'est moi qui doit l'être. » Il ne pourra pas toujours la protéger. « T'es parfait, toi. » Il ne pourra pas toujours la rassurer non plus. Cependant, Sam insiste encore pour qu'il le fasse : « S'il te plaît, dis-moi ce que je dois faire, je le ferai. » Un instant, elle semble hésitante. Il dure longtemps, ce moment, parce-qu'elle s'apprête à ressasser certains de leurs mauvais souvenirs. « Tu m'as dit que tu m'avais acheté une arme, tu te souviens ? T'avais peut-être raison... T'avais certainement raison, même, et j'ai été trop bête pour m'en rendre compte. Si je savais m'en servir et que je savais me défendre... J'sais pas... »

« Dis-moi, Saul. »

« Dis quelque chose. »
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Saul Weiss
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MessageSujet: Re: et si nous deux c'est mort, alors c'est mort pour moi   Dim 5 Juin - 20:01

Pitié. Pitié, ne demande pas. S'il te plait, Sam. Ne me force pas à... Sa prière inachevée, la question de la douce brûle son tympan. Comme il savait qu'elle mentirait, elle sait pourquoi. Si elle l'ignore, elle le devine. Si elle ne devine pas, alors que font-il tous les deux ? Ce soir, Saul ne sait plus très bien et il baisse mentalement les bras. Samira et lui ne se sont pas trouvés comme tous les autres le font et, d'ailleurs, c'est ce qui rend leurs relations si difficiles et si intenses. Ce soir, il est suffoqué par ce qu'il voit. Son cœur, passionnément accroché aux genoux de cette fille, bat sa poitrine comme de vouloir la rompre mais il contemple un être qu'il se contente de soupçonner et qui, en retour, le connait mal. Dans ce cas, à quoi bon cette conversation ? Et à quoi bon la provoquer ? Puisqu'il savait que ses mots feraient cet instant, et qu'il le haïrait. Alors il est là, il est con, et il ne sait pas l'expliquer. Aussi profond qu'il cherche, il est désolé. Machinalement, il est désolé. Sincèrement, il est désolé. Puis, quoi ? Incapable de le dire, d'en formuler une amorce, d'en ébaucher un trait, Saul laisse sa main où il l'a déposée et il scrute Samira avec l'espoir qu'elle les délivre. Au prix d'un silence increvable, le malaise s'installe. En lui. En elle. Et dans tout l'habitacle. Une seconde. Dix. Vingt. Cent. Parfois, ses lèvres tremblent mais aucun son n'en sort. Comme il savait qu'elle mentirait, elle sait pourquoi. Pitié, Sam. Ne fais pas ça.

A je, un nouveau souffle va profond dans son être et lui vide la cage thoracique de la pression. Les doigts de Sam lui remontent la peau et il frissonne moins de ce qu'elle fait que de ce qu'elle dit. C'est plus facile, si elle arrête de faire semblant. C'est plus facile, s'il n'est pas forcé d'inventer ce qu'il se passe ensuite, pour tous les autres, en temps normal, alors qu'il n'en sait rien. Bien qu'elle pulvérise l'évidence en l'étalant entre eux, Saul est tremblant mais soulagé. Elle sait mieux faire que lui. Il s'en remet à elle. Pour les prochaines minutes, il voudrait qu'elle débite ce qu'ils savent tous les deux, tout ce qu'il sait qu'elle sait qu'il sait... Bien que ce soit ridicule, il se replie tout entier derrière sa petite lâcheté et il attend. Les billes rivées à Sam, il reste silencieux, attentif, mais stoïque. Et, sagement, il écoute.

Elle est belle, Samira. Les mots qu'elle dit sont douloureux, affreux, pénibles, mais ses yeux sont sublimes. Saul ne le découvre pas : il ne se lasse jamais de le relever. Ça n'est pas sa beauté à proprement parler, ça, c'est à la portée de toutes les billes qui glissent sur elle ; c'est l'éclat qu'elle possède quand elle lui parle. Suivant qu'elle le regarde ou suivant qu'elle l'esquive, suivant qu'elle hésite ou suivant qu'elle s'affirme, il perçoit toutes les variations. Elle se bat constamment. Elle n'abandonne jamais. Comme si ce n'était pas assez d'affronter ce monde (qui, pour eux, est un peu plus cruel qu'il ne l'est de toute façon), elle lutte contre ses ombres et s'esquinte contre elle-même. Et elle s'abîme pour lui. Ça cogne à l'arrière de son crâne. Parce qu'à chaque syllabe, c'est pour lui, c'est vers lui, qu'elle progresse. Saul est blessé de ce qu'elle fait sans qu'il l'exige ni le mérite. Il a envie de l'interrompre. Il essaie. Hoquet après sursaut, souffle retenu après battement manqué, foutrement, il essaie. Mais rien, rien du tout, n'échappe à ses lèvres vissées. Atterré, pétrifié, son crâne cherche les mots, ses tympans paniquent à l'idée de perdre un son, et sa gorge s'assèche. Parce que sa main s'agite, il la reprend et la serre en un poing qu'il fourre quelque part entre sa poche et sa poitrine. Comment serait-il capable d'en dire autant ? Même plus ? Il est pauvre, désarmé, et il n'a pas du tout envie d'être là.

Dans leur tentative, ils sont magnifiques. Magnifiquement vains.

La portière claque. Rien que d'aller et venir le long de la voiture, il creuse un sillon. Une boule de rage pour lui étrangler le cœur, Saul ne fait plus le tri entre sa colère et sa crainte. Est-ce qu'il a seulement le choix ? Est-ce qu'il peut réellement abandonner ? Est-ce qu'on l'a jamais vu abandonner ? Brusquement, il fait le tour et tire sur la poignée qui découpe Samira, encore clouée sur son siège. « Descends. » Moins d'une seconde après : « Descends. » Le timbre cassant, il piétine et son impatience crève le silence et fend l'obscurité. A chaque mouvement qu'elle fait pour obéir, il avale une bouffée d'air plus courte que la précédente. Puis quand ça y est, qu'elle se tient droite malgré toutes les raisons qu'elle aurait de plier, se cacher, pleurer, le frapper, Saul la plaque contre la voiture et lui pille un baiser. Au flanc et à la gorge, il la tient et la retient. Il mord dans sa lèvre et plonge la langue dans sa bouche. Indécemment, il veut la prendre, maintenant. Pour de mauvaises raisons. Parce qu'il ne sait pas comment faire, autre chose et autrement. En s'accrochant l'index au collier à sa gorge, Saul se sépare de Samira mais ça n'est qu'à si peu de distance que son souffle entre en lui, et le sien en elle. Contre elle, il vibre et se raidit. Les yeux de Sam sont beaux, mais putain qu'ils sont difficiles à soutenir. « C'est moi. » Ses yeux vont à ceux de Samira, d'une pupille à l'autre. Frénétique et impénétrable, Saul mesure ce qu'il aime à ce regard avant de se prononcer. « Je te défends, je te protège, c'est moi. » Par la nuque, il l'étreint et il la serre si fort que c'est lui qu'il console. « Je te protègerai toujours. Je te choisis. » D'elle et de lui : « Je te choisis. » Saul lève un regard humide vers Sam.

Au dernier moment, il frappe sur la tôle et il recule. Saul plante les dents dans sa lèvre et ça saigne en même temps que : « M'abandonne pas. T'as pas besoin d'une arme. Tu m'as, moi. Garde-moi. » La supplique fissure la rage. « Je le ferai plus. Je ferai que ça. » Il n'arrive pas à dire ce qu'il voudrait, et ce qu'il crache n'a pas tellement de sens. C'est impossible pour lui. Peut-être. Mais c'est tout ce qu'il a. Il ne se choisira plus. Il ne fera que la choisir, elle.
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