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 these walls. (saul)

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Samira Foxx
kill of the night


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MessageSujet: these walls. (saul)   Jeu 24 Sep - 0:40

Ça commence par des bibelots qu'elle déplace en fonction de la lumière, parce-qu'elle n'apprécie pas les ombres qu'ils projettent, par des volets qu'elle ferme et des rideaux qu'elle tire pour empêcher l'extérieur d'envahir son intérieur. Et bientôt, c'est les meubles qu'elle cherche à changer de place. Si elle ne le fait pas, elle fixe le bois comme si quelque chose de monstrueux pouvait en sortir. Ça la dérange. Ça l'empêche de rester concentrer sur autre chose. Et tant qu'elle ne le fait pas, Samira reste là, à se bouffer les ongles, et même la peau autour, jusqu'à sentir le picotement de sa salive sur sa chair. Cette maison ne lui appartient pas, encore moins ces meubles, alors elle ne peut pas se permettre de les déplacer à sa guise.
Pas encore une fois.
Cette organisation devrait lui convenir et pourtant, quelque chose continue de la chiffonner. Les mains s'occupent déjà de vider les étagères pendant que Samira se reproche ses propres actes. Un problème existe, elle ne peut pas le nier. Il l'oblige à faire des choses dont elle se foutait complètement, avant. Le détruire nécessiterait de se replonger dans des souvenirs que la survivante préfère oublier. Tout comme elle ignore les discussions d'Ester et de Saul. Elle ignore leur nouvelle lubie qui consiste à fouiller la ville à la recherche d'indices. Elle ignore même la cicatrice qu'il a sur le ventre. Mais ignorer ne permet pas d'oublier et les maux s'expriment par des actes détournés plutôt que par des paroles. Samira ne dit pas qu'elle a peur, ni qu'elle est triste, encore moins blessée ou énervée. Elle se ferme, devient muette, presque inexpressive et s’intéresse à la poussière plutôt qu'aux personnes qui vivent autour d'elle. La poussière qui s’immisce dans tous les recoins, la poussière qu'il faut absolument faire disparaître.

Les muscles chauffent. Quand Samira n'arrive plus à tirer, elle contourne le meuble pour le pousser. Le bruit des pieds qui crissent contre le sol est agaçant. Pourtant, Sam ne se décourage pas, elle sait que ce meuble sera mieux à un autre endroit ; moins rapproché des coins, positionné selon un angle qu'elle considère plus rassurant. « Qu'est-ce que tu fous, encore ? T'as besoin d'aide ? » La voix la perturbe dans son rituel. C'est un des garçons, qui se tient là, dans l'encadrement de la porte, et qui la fixe d'un air perplexe. Avec cette folle, ici, il faut sans arrêt s'habituer à une nouvelle organisation. Ça n'a jamais été aussi propre et pourtant, tout se perd ; leurs repères, en premier. « Non, c'est bon. J 'peux le faire toute seule. » Qu'elle répond rapidement, en essayant de reprendre son souffle. L'homme hausse les épaules en marmonnant quelque chose que Sam n'entend pas. Et aussitôt qu'il disparaît, les crissements se font de nouveau entendre. Mais plus pour longtemps ; elle arrive bientôt à le ranger à l'endroit où elle souhaitait le mettre.

De toute façon, doivent-ils se dire, ce n'est pas que de sa faute. C'est aussi celle de Saul. Elle n'avait plus rien et il lui a tout donné ; quatre murs entre lesquels vivre et une compagnie quotidienne. Et puis, des pièces à ranger et un peu de son attention. Une maison et son affection. Il a su lui apporter tout ce qui lui manquait sans jamais avoir l'envie de s'en plaindre, ou du moins, en ayant la décence de ne pas le faire devant elle. Samira l'a toujours interprété comme un accord tacite, une autre liberté qu'il acceptait de lui offrir, encore un de ses cadeaux inestimables. Elle s'est piégée dans cette maison. D'abord parce-qu'elle accepte rarement d'en sortir et ensuite parce-qu'elle est devenue le reflet de son âme, de son épanouissement jusqu'à son plus profond mal-être. Il n'y a qu'à voir l'état de ses doigts, puis celui de la pièce. Quand ils cicatriseront, c'est que tout ira un peu mieux, que rien ne l’inquiétera, entre ces murs. Jusqu'au moment où elle se remettra à les ronger de nouveau. Alors, elle changera l'organisation d'une autre pièce, juste pour se sentir mieux, même si cela consiste principalement à perturber la tranquillité de ses colocataires.
Elle peut aller contre leurs volontés, pas contre la sienne.

Le chiffon passe et repasse dans les recoins, sur la couverture des livres et sur les babioles qu'elle a retiré des étagères. Autour d'elle, c'est le bordel.
Un bordel qu'elle trouve rassurant, tant qu'il fait encore jour.
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Saul Weiss
kill of the night


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MessageSujet: Re: these walls. (saul)   Mar 6 Oct - 10:25

La bouche livre un soupir exaspéré. Deux fois, la tranche de la porte rebondit sur la console – ces espèces de tables qui n'en sont pas, qui encombrent, et qu'on déplace pour peu d'efforts, peu importe sa carrure. C'est ce qui contrarie Saul, ça et la douleur qui le lance dans le bout des doigts depuis que le bois lui est revenu un peu trop sèchement dans la paume. « C'est pas sa... » Il va dire que ce n'est pas sa place, que ça n'a rien à foutre là, mais il n'y a qu'une personne alentours qui s'amuse du déplacement des choses, et de la perturbation que cela entraîne. Ce n'est pas aussi vicieux, c'est vrai ; c'est, en tous les cas, moins pervers que la petite douleur, pareille à une aiguille chauffée, qui se répand dans ses phalanges. Machinalement, il touche, index contre le pouce, majeur contre le pouce, annulaire, etc. Ses ongles rongés ne font pas rempart, ils ne conduisent que mieux l'odieuse brûlure vers l'intérieur de la main. Ce n'est pas une souffrance à proprement parler. C'est plutôt un choc, crispant, pointu, des vibrations qui se répandent dans tout le bras, agacent les nerfs les uns après les autres. Il serre le poing en s'exerçant au calme, alors que les yeux, demeurés frénétiques, scrutent toute la pièce à la recherche d'un coupable. Il engueulerait Dieu le Père si on ne satisfaisait pas à sa demande de victime... Un nipper, qui ne fait qu'apparaître dans l'embrasure de la porte d'en face pour autant qu'il traverse le couloir, accroche son regard avec une certitude bienvenue : ce n'est pas sur lui que Saul passera ses nerfs, et ils le savent très bien.

Il n'aurait pas dû laisser faire. C'est arrivé doucement. Chaque fois qu'il consulte l'image restée dans sa mémoire, c'est le jeu des cent différences. Les Weiss ne touchaient presque rien. On déplaçait, peut-être, les cadavres de bouteille servant de cendriers, et la paperasse en provenance de la banque, cette exigeante et putassière propriétaire... mais les cadres, eux, prenaient gentiment la poussière, les babioles et les meubles avec. Et les bouquins, surtout. Saul n'a jamais su d'où venaient ces livres qu'il n'a jamais lus. Que personne n'a jamais lu. Ils ne servent qu'à dire les années, toutes les années depuis lesquelles ils reposent là, dans la quiétude, intacts, abandonnés. Cette maison est un temple dédié à l'ignorance, et il ne retrouve pas l'âme laissée là par des parents indignes. Il s'en fout. Il s'en fout. Il sait bien qu'il s'en fout. Alors, pourquoi, qu'on lui dise pourquoi, ça le met autant en colère ?
« Putain, Sam. » Saul se fige sur le seuil. Il entend nettement que son ton est trop dur, trop rigide - autoritaire. Il est incapable de retenir la vague qui monte à ses lèvres. Il faut dire, pour sa défense, que le bordel est au-delà du mot lui-même... Le bordel, c'est un fatras de choses qu'on accumule sans ordre, qu'on ne range pas, qu'on laisse stagner comme les déchets à la surface de l'eau. Ça, ce qu'il contemple, ce qui se dégueule d'à peu près tous les coins, c'est sa propre vie en bordel. Saul Weiss ignore ce qu'est une métaphore, alors qu'il en est une qui persiste sous son regard blessé : toute son existence misérable soulevée par le même chaos, et rejeté de partout, sans égard. Sa vie, comme un tas de merde. Sa vie, en lambeaux, qu'on écarte pour nettoyer – pour feindre d'effacer ce que des années ont marqué. « Pourquoi tu dois toujours foutre le bordel dans ma maison ? » Sam crache à la gueule de son souvenir. Sam crache à la gueule de ses sentiments. Elle n'en a rien à faire, de ce qu'il pense, de ce qu'il ressent, de ce qu'il doit retenir, pareil aux mains qui n'ont aucune chance, même infime, de conserver le sang dans les plaies. Il demande rien qu'un truc qu'il soit capable de reconnaître, qui lui demeure. Samira est incapable de respecter ça... « Rends-le moi, il fait, froidement, en attrapant une photo qu'elle ne tient même pas. » Il lui semble qu'elle le vole, qu'elle piétine. Il lui semble qu'il a assez donné, et enduré. Il lui semble qu'il est temps de se reposer.
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Samira Foxx
kill of the night


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MessageSujet: Re: these walls. (saul)   Mar 6 Oct - 23:58

Il est là, en face d'elle, pour exprimer tout son mécontentement. Le chiffon s'arrête de nettoyer et le visage se relève pour permettre aux yeux d'observer le perturbateur. L'esprit, lui, est toujours ailleurs. Il pense déjà que le rituel vient d'être troubler, qu'il faudra peut-être recommencer puisque Saul va entrer, parce-qu'il va falloir libérer un passage pour qu'il puisse circuler plus ou moins facilement dans la pièce. Samira détourne son attention pour tenter d'identifier le problème ; elle veut pouvoir lui présenter ses excuses avant qu'il n'ait le temps de lui reprocher quoi que ce soit. C'est une manière d'atténuer la contrariété, pense-t-elle. Sauf qu'autour d'elle, Sam ne voit rien. Les choses sont là où elles devraient être. Les livres aux couvertures qui ont la même nuance de couleur sont empilés par ordre alphabétique, la vaisselle divisée en plusieurs entassements selon l'utilité et les formes, les cadres selon la taille, ect. Alors son attention revient sur Saul et ses yeux l'interroge. Qu'a-t-elle bien pu faire ? « Pourquoi tu dois toujours foutre le bordel dans ma maison ? » Qu'il lui répond et lui demande, en même temps. C'est à ce moment qu'elle se souvient d'avoir déplacé les premiers meubles à contre cœur, désolée un peu pour elle et surtout pour eux de leur infliger ce désagrément. Elle se souvient, qu'encore une fois, c'est plus fort qu'elle, qu'elle a du mal à s'en empêcher. Samira se rappelle aussi que Saul ne l'a jamais fait auparavant, il ne lui a jamais reproché d'agir ainsi. Si sa mémoire ne se trompe pas, c'est très certainement la première fois.

Il fallait bien que ça arrive puisque ça arrive toujours. On termine toujours par lui reprocher sa présence ou certaines de ses activités. Samira dérange. Elle est ce boulet insupportable dont on voudrait se débarrasser, se dit-elle après avoir entendu la première remontrance. C'est un fait, cette femme ne sert à rien, sauf à agacer les nerfs. Avec Saul, Samira pensait que c'était différent, mais c'est tout pareil. Elle le voit déjà lui demander de ramasser ses affaires et de quitter sa maison. Elle se voit déjà dans la rue et sans eux. C'est assez pour la paniquer. Sam n'a besoin de rien d'autre, seulement de son imagination, de sa paranoïa et de son pessimisme. « Ne t'inquiète pas, je vais tout ranger. » Essaye-t-elle. Dans sa voix, et sur son visage, aussi, on décèle la crainte. Mais ça ne suffit pas. La voix reste froide et autoritaire. Il récupère une photo ; il se ré-approprie un premier souvenir.  Au même moment, Sam en réduit un autre en poussière. La maladresse lui fait perdre son équilibre quand elle cherche à se redresser ; le mollet tape dans un vase qui vacille avant de se briser à ses pieds. Et a ce moment, cet incident lui semble être la faute la plus grave qu'elle ait commise de toute sa vie. « Je suis désolée, Saul, je vais tout ramasser. Je vais tout remettre à sa place. » Et quand elle pense qu'il serait préférable de tout ranger dans les meubles et sur les étagères, le plus rapidement possible, lui s'imagine autre chose. Mais c'est trop tard, elle lui a pris son ancienne maison et elle ne se souvient même plus de son organisation. Sauf s'il décide de tout déplacer lui-même, Saul ne reconnaîtra plus la demeure des Weiss. Parce-qu'elle n'est plus seulement la leur, c'est aussi devenue la sienne.  

Samira tend le bras pour attraper ses doigts. Elle tente le contact physique parce-qu'elle l'a toujours trouvé réconfortant. « Pourquoi tu me l'as pas dit ? » Elle se convainc qu'elle aurait pu s'en empêcher. Elle croit que s'il lui avait demandé de ne rien toucher, rien que pour lui, son esprit aurait accepté de ne pas faire toutes ces déformations de la réalité, de ne pas développer de nouvelles manies. « Je pensais que ça ne te dérangeait pas. » Et, à l'intérieur, la femme redevient méchante avec elle-même, elle se rabaisse, elle s'insulte. Elle est la plus stupide. Elle gâche toujours tout. « J'aurais dû le savoir. » Sam le relâche, le contact physique est devenu gênant, soudainement.
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Saul Weiss
kill of the night


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MessageSujet: Re: these walls. (saul)   Ven 9 Oct - 22:38

Elle ressemble à un petit animal, un animal chétif et vulnérable. Regardez-la, un oiseau plombé à l'envol. Elle se cache en elle-même, elle gratte des recoins plus obscurs, comme s'ils pouvaient la cacher de lui. Un chien n'adresse pas de regards plus craintifs à son maître que les yeux froissés de Samira ne supplient ceux de Saul. Il est si plein de bile, de fatigue,qu'il l'ignore d'un sifflement rageur, qu'il est prêt à gueuler après la comédie qu'elle fait à la moindre remarque qu'elle supporte. Il n'est libre d'aucun mot, parce qu'elle ne peut les entendre. Il ne faut rien dire, ne rien faire, ne rien montrer. Il faut être un masque, perpétuel, un personnage, un costume... il faut mentir. Dans ses intérieurs confinés, Saul exagère, comme le font tous les êtres doués au jeu de la colère, cependant qu'il ajoute constamment à la violence de ses reproches. Ce qui le sauve encore, c'est de se taire, de figer son regard dans celui de son autre, et de presser ses lèvres, encore et encore, de ne rien souffler, de tout souffrir. Il caresse la surface vitrée, sans aucune attention pour son contenu. Cette photographie n'a aucune valeur car, quoi qu'elle décrive, quoi qu'elle expose, elle n'est que le pâle ersatz d'un passé qu'il déteste, une vie tiède, populeuse, ouvrière... une vie pour laquelle il nourrit tout le mépris dont est capable un garçon tandis que l'homme s'attache encore, quelques fois, quand la faiblesse frappe à ses portes. Rien dans tout ce taudis n'a d'importance. Un résidu amassé par le temps. Toute sa substance. Tout ce qu'il reste de son être, ce qu'il restait d'avant.

Le vase se brise. On dirait qu'il fait exprès de le faire à grand bruit, rajoutant au spectacle. Saul se crispe, toute sa conscience soulevée, rappelée à la réalité. « Je vais tout remettre à sa place, elle dit. » « A quelle place ? répond son timbre cassant. » Il balaie la pièce d'un geste de la main aussi vague qu'il est global. Il désigne tout, et rien, à peu près chaque chose qui serait à portée comme ce qui est au-delà. Ce qu'ils ne peuvent pas voir dans la minute existe, néanmoins, à un autre endroit de cette foutue maison : ailleurs, absolument partout, les murs signent, ils saignent, Samira Foxx. « Où est-ce que tu vas les r'mettre ? Tu sais où c'était, ça ? » Il tend la photo quand elle tend la main. Il n'esquive pas. Il se laisse effleurer, flatter par les doigts qui s'excusent. Cet échange est absurde, autant qu'elle est prudente et que lui est brutal. Saul ne ferait la preuve d'aucune violence contre elle, mais la dispute de ses sensations (depuis le rejet jusqu'à la lassitude) préside à son attitude. Il ne recule pas d'un pas dans le procès qu'il lui fait – elle peut prendre tous les tons qu'elle souhaite, tâcher de le calmer à force de ces caresses que les femmes ont si volontiers pour les hommes, il ne répond pas de sa tendresse habituelle. Il ne veut rien entendre. Il ne veut parler. Et, moins encore que tout le reste, il ne veut pas de ce regard humide qu'elle fait – ce serait si facile, de fouler son existence au pied, de le réduire à de petites poussières de souvenir dans sa propre maison, et d'en sortir aussi aimée et protégée qu'il a été promis qu'elle le serait toujours. Les sombres humeurs de Saul exigent de la revanche, pendant que les murmures de son amour le contiennent. « Je pensais que ça ne te dérangeait pas. » Il grogne, et c'est lui l'animal, celui qui attendait, le moment opportun, la lâche occasion : « C'est vrai, fait-il avec de sa colère étalée sur la bouche, pourquoi ça me dérangerait que tu retournes toute cette putain de baraque pour en faire un tas de merdes bien à la vue de tout le monde... Tu sais quoi ? » Pendant une fraction de seconde, Saul s'interrompt. Puis, saisi, il s'élance vers la fenêtre qu'il ouvre pareille à la gueule d'un monstre gigantesque. Là, il attrape une pile de bouquins, cale-livres, fringues, babioles, qu'il jette par-dessus le rebord. La moitié est amortie par un coussin d'herbe défraîchie, mais le reste résonne d'un bruit mat sur le bitume d'Harcourt Drive. « Pourquoi ramasser ? » Il hausse les épaules, les iris oscillant entre la douce folie du manque de sommeil et l'ironie âcre des enfants mal-nourris. Un carton rejoint le reste, au dehors. Il lance plus loin, cette fois. « Autant tout foutre à la poubelle... dit-il en flanquant hors de sa vue, hors de cet autel, chose après chose sa vie entière. Je pense que ça me dérangera pas ! » S'il s'arrête ? Il redouble.
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Samira Foxx
kill of the night


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MessageSujet: Re: these walls. (saul)   Sam 10 Oct - 18:44

Ils sont comme deux enfants. La première n'a jamais rien possédé alors elle s'est appropriée tout ce à quoi le second ne faisait plus attention. Samira leur a donné une nouvelle utilité, une des plus importantes : le maintient de son équilibre. Maintenant, Saul lui reproche d'avoir trouvé de l'intérêt là où lui n'en voyait plus, où il n'en avait probablement jamais vu, même. Il veut tout récupérer, il lui arrache des mains toutes ces choses auxquelles Sam a fini par s'attacher. Les yeux s'ouvrent plus grand, puis les sourcils se froncent. L'agressivité et la nature de ses propos la forcent à se sentir toujours plus honteuse. Elle ne peut plus soutenir son regard, alors elle s'oblige à baisser les yeux, à baisser la tête, presque à courber l'échine. Elle le ferait pour lui. Elle est petite face à lui. Elle n'est qu'une enfant qui vient de provoquer la colère de son aîné.
Quand Saul pose ses questions, Samira ne cherche plus à répondre. Ça ne servirait à rien, de toute façon, sauf à tendre le bâton qui lui permettrait de la battre encore plus fort. Parce-que c'est l'effet que ses mots lui font ; un coup dans le ventre, un deuxième à la gorge, un autre à la poitrine. Et elle se retrouve là, au milieu de cette pièce, au milieu de son désordre ordonné, à essayer de se contenir. Elle ne doit ni répondre, ni le regarder, ni pleurer, ni essayer de le calmer. Ce sont les violences que Samira s'inflige pour tenter de se faire oublier. Pour se faire pardonner, par contre, elle se doute bien qu'il lui en faudra beaucoup plus. « Pourquoi ça me dérangerait que tu retournes toute cette putain de baraque pour en faire un tas de merdes bien à la vue de tout le monde... » C'est le moment où elle décide de s'offusquer. C'est aussi le moment où il décide de se ré-approprier ses biens, d'être celui qui retournera cette putain de baraque pour en faire un tas de merdes bien à la vue de tout le monde, à la vue de ses gens, sous sa fenêtre, sur l'asphalte de sa rue, de son quartier.

Sans qu'il la remarque, Samira arrive derrière lui pour retenir son bras. Sauf qu'il est plus fort et plus énervé, alors tout ce qu'il tenait termine un étage plus bas. Les objets les plus fragiles se brisent, d'autres s’abîment. Pendant que la femme constate le désastre, Saul redouble d'effort pour anéantir tous les siens. Il est cet autre ouragan, tout aussi dévastateur, qui arrive dans sa vie pour lui retirer  toutes ces choses auxquelles elle s'est attachée ; de la vaisselle dans laquelle elle n'a jamais mangé, des cadres avec des photos de personnes qu'elle n'a jamais vu ni connu, des livres qu'elle n'a jamais lu, mais qu'elle s'est toujours appliquée à bien nettoyer, à bien ranger. Un soin tout particulier accordé à des babioles qu'elle n'a jamais perçu comme de vulgaires tas de merdes. Jamais. « Arrête. » le supplie-t-elle, d'abord. Et puisqu'il n'entend plus, qu'il ne semble plus raisonner de manière sensé, Sam le rappelle à l'ordre. La main fend l'air pour s'abattre contre la joue. « Arrête. » Le ton est froid, presque autoritaire, cette fois. Elle n'a pas le temps de regretter son geste, elle profite de sa surprise pour reprendre les objets qu'il comptait jeter dehors. Sa manière de les tenir contre sa poitrine est presque maternelle et elle s'applique tout autant quand il faut les reposer. « Pourquoi tu fais ça ? » demande-t-elle. Pourquoi tu me fais ça, pense-t-elle. Pendant tout ce temps, Samira ne voit pas que lui aussi va mal, elle se sent seulement agressée et blessée. « Dis-le si t'en as marre, Saul. Dis-le. » Elle semble avoir retrouvé un peu de son calme, peut-être parce-qu'elle est restée agenouillée pour se concentrer sur le tri des objets qu'elle est parvenue à lui arracher des mains. Avec la paume, elle lisse les tissus avant de les replier. « Dis-le si ça te fait du bien... Tu veux que je parte de ta maison ? Je veux pas que tu sois comme ça à cause de moi. » Son attention se reporte sur Saul. Elle le fixe comme s'il était maître de son destin, comme s'il avait un pouvoir de vie et de mort sur elle. Et c'est très certainement le cas. Sans eux, sans sa maison, son espérance de vie se réduirait forcément. « Allez ! C'est facile. »
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Saul Weiss
kill of the night


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MessageSujet: Re: these walls. (saul)   Mar 13 Oct - 10:33

Saul sent la paume impuissante à le retenir, il sent le timbre qui n'y peut rien non plus : « Arrête, elle dit d’une voix noyée par le vacarme du crâne. » « Arrête-moi, refusent et la rejettent les lippes défiantes, insanes. » L’oreille voilée, Saul lui oppose une folie éphémère, une âme inaccessible pour un moment encore. Il est jaloux, de tout ce qu’elle prend, de cette maison, de cet endroit, de lui, et jaloux du peu qu’elle lui laisse. Il est furieux de la futilité de ces objets, du diaphane de ses souvenirs, de la vanité de son existence. Il est vide. Il est froid. Il est si démuni, si fade, et cependant si débordant de dégoût et de rage. Quelques fois, Saul ne sait plus où ranger toutes ses amertumes, où les cacher des autres et de lui-même et quelles formes leur donner. Ça le prend aux mains, à la gorge, au cœur et aux poumons et, alors qu’il n’avait rien vu venir, qu’il ne s’était jamais préparé, il explose, et ses symptômes jaillissent, éclaboussent et maculent, pareils à un poison, à de la peinture, qu’on frotte, qu’on gratte, mais qu'on n’efface jamais. Il sait qu’à chacune de ses chutes, il creuse sa propre tombe avec les ongles, qu’il bouffe la terre avec les dents ; à chaque faiblesse qu’il montre à Samira, il la perd un peu plus et il meurt un peu mieux. Mais il n’y parvient pas, il ne se raisonne pas, il agite constamment ses mains, ses bras, l’ensemble de ses muscles, pour vider cette antre terrible de tout ce qu’il déteste, de tout ce dont la vue l’insupporte sur-le-champ. « Arrête, ordonne la langue. » Elle claque contre le palais, jumelle de la main contre la joue. La gifle est humiliante, elle fissure quelque chose. Saul s’interrompt, il y est obligé, soufflé par la violence, l'inattendue et la contre-nature. Il est à peu de dignité de se mettre à pleurer, à pleurnicher, comme il le faisait toujours lorsqu’il était petit, comme lorsque la sanction tombait sur le côté de sa tête sans qu’il ait rien demandé ou rien commis. Plaintif et soudain retranché, l’air hagard, et les lèvres entrouvertes, le souffle se camoufle au plus profond de sa gorge et il fixe sur Sam d’immenses yeux surpris. Elle lui vole tout, lui reprend chaque objet sur lequel, pourtant, il a un empire. Elle étreint ces choses, elle les protège de lui. Et, tout ce temps, qui le protège ? La main contre le flanc, il a ouvert les doigts. Afin de s'emparer ? de supplier ? de battre, peut-être ? Elle s'agenouille, elle met les doigts dans ce désordre, effleure les choses avec un soin incroyablement maternel – c'est certainement l'affection la plus maternelle qu'il ait d'ailleurs jamais vue. Comment est-il possible qu'elle soit si attachée à des détails qu'il a tant négligés ? Il ignore s'il a déjà tout manqué, ou si c'est elle, la folle, l'inatteignable. A leur façon, ils sont tous, tous les trois, complètement tarés. « Dis-le si t'en as marre, Saul. » « Quoi ? » Le juif secoue le crâne, allant pour s'agiter l'esprit. Il se souvient qu'il était énervé, puis battu, et finalement abasourdi... Contre quoi était-il si en colère, déjà ? Il a tant de motifs de l'être, tant de raisons. Ils sont un ensemble de prétextes, dans lequel il est aisé de faire son choix tant les options sont grandes. « Tu veux que je parte de ta maison ? est-elle en train de dire. » Quoi ? Non ! « Allez ! C'est facile. » Cette fille a l'air d'une gosse à qui l'on confisque son jouet préféré... et Saul serait son bourreau. Mais il est en dehors. La moitié du temps, il est en dehors de son propre corps, happé dans un lieu plus obscur, dans des songes plus funestes. Et lorsque ces drôles de rêves s'accaparent un peu de sa réalité, alors il se réveille, alerte, l'âme affolée, les mains aux armes : « Bien sûr que non ! » Il gueule plus qu'il n'est nécessaire. C'est absurde, et un peu hystérique, c'est, ça aussi, tout en dehors du monde. « Arrête de dire des conneries, Saul soupire en la rejoignant. » Il s'agenouille, ou plutôt tombe-t-il des genoux aux genoux. « Tais-toi, il fait en écartant tous les tissus qu'elle tient. Tais-toi, il dit en allongeant sa tête endolorie contre elle. Tu vas nulle part, et tu peux tout garder. »
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Samira Foxx
kill of the night


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MessageSujet: Re: these walls. (saul)   Mar 13 Oct - 19:45

Encore une fois, il balaye tout, comme ça. D'un coup de main, il éloigne les linges qu'elle s'applique à plier. En un rien de temps, il est devenu une personne différente. Il aura suffit d'une seule gifle pour faire fuir la colère et appeler la consternation. Mais il est déjà trop tard, le mal est fait. Saul s'est emparé de ses trésors pour les réduire à l'état d'ordures abandonnées devant la maison.
L'homme s'approche encore un peu, juste assez pour pouvoir poser sa tête contre elle. Samira ne sait plus quoi faire de ses bras. Elle voudrait trouver la force de pouvoir poser ses mains sur lui, pour lui apporter du réconfort, lui dire qu'elle retire ses propos et lui présenter ses excuses, mais elle lui en veut au point que son corps tolère difficilement sa présence. On dira que ça n'est pas son genre, mais c'est bien la rancœur qui lui ronge les entrailles. Saul n'a pas tous les droits. Il ne peut pas entrer dans cette pièce, voir son travail, constater que ça n'est que du bordel et lui demander de lui rendre tout ce qui lui appartient pour le balancer. Tout ça pour finalement tomber devant elle, revenir tout contre elle en prétendant qu'en fait, elle peut tout garder. Et c'est bien Saul qui demande à Samira d'arrêter de dire des conneries, oui, c'est bien lui qui lui demande de se taire.
Pendant tout ce temps, Sam respecte sa volonté. Elle a le sentiment que ses réactions ne sont jamais adaptées, que quoi qu'elle fasse, quoi qu'elle demande, on se moquera en prétendant que c'est n'importe quoi. Comme il vient tout juste de le faire. Alors la femme demeure muette, juste le temps de chasser certaines pensées de son esprit. Ça ne dure pas ; Sam est incapable de leur en vouloir trop longtemps. Dans son ventre et dans sa tête, la rancœur accepte déjà de laisser un peu de place à l’inquiétude.  

Les doigts retrouvent la peau ; malgré ses dernières paroles, ce n'est même pas une caresse qu'elle lui donne. Pour le moment, il n'y a plus de tendresse pour Saul. Ce n'est qu'une main qui se pose sur la joue giflée, l'autre sur l'épaule. Sam lui fait la demande tacite de se redresser, de s'éloigner un peu. « Tu le penses vraiment ? » La demande est légitime, lui semble-t-il. « Tu me reproches de foutre le bordel dans ta maison et tu veux que je te rende tes affaires... Juste pour pouvoir les balancer par la fenêtre. » Le ton n'est pas celui du blâme, elle rappelle seulement certaines paroles  et certains actes pour essayer de les comprendre, de le comprendre lui. « Ça sert à rien de mentir. » Un simple conseil qu'elle lui glisse, même s'il pourrait lui porter préjudice. Bien-sûr, Sam craint sa réaction. Elle craint de les perdre eux, Ester et Saul, de perdre les Nippers, de perdre la maison et leurs voisins. Mais si ça lui fait du bien, se dit-elle, alors ça finira bien par lui en faire à elle aussi.
Désormais, il ne lui reste plus que ce sentiment d'inquiétude qui la bouffe complètement. C'est à force de le regarder, de le voir dans ses yeux. Elle ne peut pas lui en vouloir autant ; il a tellement fait pour elle. Peu importe les crises de colères et les reproches, Samira prendra sur elle tout comme elle le fait pour ne pas se lever et fermer cette fenêtre. Elle s'empêchera de déplacer les meubles, elle s'empêchera de toucher à ses affaires, à toute sa vie. Elle le fera, se persuade Samira, parce-qu'à ce moment, elle croit sincèrement que ça n'est pas impossible.

Plus les secondes passent et plus le corps s'affaisse, la nuque ne veut plus porter la tête et les bras tombent mollement le long du corps. Elle se persuade si fort de son inutilité dans cette maison, dans la vie de Saul, dans celle d'Ester. « T'as pas besoin de ça. T'as pas besoin d'un truc en plus qui te dérange ; t'as tellement de choses à devoir gérer. » qu'elle dit, tout doucement, sans relever les yeux vers lui. C'est la manière dont Samira se définit, comme un ça, un truc gênant dans l'existence de ces survivants, un poids à supporter en plus du traumatisme.
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Saul Weiss
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MessageSujet: Re: these walls. (saul)   Mer 14 Oct - 14:51

La fatigue l'exténue. Tu la sens peser sur tes épaules, Saul Weiss ? Tu sens qu'elle te rentre par la bouche et qu'elle s'écoule dans le reste de ton corps ? T'es épuisé, Saul... c'est bientôt la fin, repose-toi. Il se réfugie un peu plus contre Sam. Il fait semblant de ne pas voir ce qu'il fait, ce qu'il est, l'oscillation de ses humeurs, la fureur de ses changements. Il ferme les yeux, rien qu'un moment, pour apprécier d'être un enfant, de ne rien pouvoir ne rien ressentir. Il plisse mieux les paupières, il s'en fait mal, il prie pour que Sam ne dise rien, pour qu'elle oublie, pour qu'elle soit belle, innocente et stupide. « Tu le penses vraiment ? le fait-elle se relever. » Il sent une légion de ses muscles se tendre au timbre. Il siffle en silence, il lève lentement les yeux vers elle. Saul est pour moitié à genoux et pour moitié assis. Il a huit ans, peut-être moins... il n'a pas envie d'en discuter, il n'a pas envie d'affronter les conséquences de ses actes et pensées. Surtout, plus que tout, plus que lui, il craint que la colère ne rejaillisse comme le ressac bâtard de sa nature. « Juste pour pouvoir les balancer par la fenêtre, dit-elle. » Sam a la voix d'un professeur, ou d'un parent extrêmement bienveillant. Elle fait montre de la patience qui ne doit pas heurter le gosse, qui doit lui laisser le loisir d'admettre son erreur, de la reconnaître en bonne intelligence et d'en demander le pardon. Mais Saul déglutit avec peine, il l'observe, il ne dit rien. Il veut de ses mains sur lui, d'une étreinte ; il ne veut pas avoir à s'excuser, il n'en sent pas la culpabilité. Elle recommencera son manège, et il ne devrait pas promettre que ça ne lui fera rien. Il ne parvient pas à comprendre ce que ça fait, et pourquoi ça le fait... mais c'est là, ça a creusé son trou, c'est, chaque fois, oppressant, agaçant et émancipateur. Ce n'est pas elle que Saul reproche, c'est ce qu'elle fait. Il espère qu'en retour elle lui pardonne à lui moins qu'à ce que lui fait.

« T'as pas besoin de ça, elle abandonne en reprenant ses mains. » « Attends, Saul tente – en vain. » Il veut attraper les doigts qui s'échappent. Elle s'est repliée à vue d'oeil, ça crève les yeux, il ne voit que ça, putain. « T'as tellement de choses à devoir gérer, qu'elle s'enfuit. » Elle est demeurée, si près de lui, et, cependant, elle s'évanouit en substance, elle s'étiole, disparaît. S'il tend la main, il ne saisirait que l'absence, qu'un souvenir, qu'une âme fantoche devenue inaccessible. Il faut d'abord qu'il la ramène. Il doit d'aborder accrocher les éclats qu'elle délaisse, il doit souffler sur les braises qui, timides, rougeoient dans la pénombre de la dispute. « J'ai besoin de ça, il murmure contre la fin, il invoque contre la rupture. » Prudent, le geste dégagé, Saul avance les phalanges usées. Les tatouages le maculent, il frôle la peau à l'encre et les lèvres du pouce. Il invite le menton à un peu de fierté, et les yeux à le voir. « J'ai besoin... sa bouche chuchote, et le souffle se suspend. » Il n'oblige pas l'être écorché, cette âme-soeur brûlée au même feu ; il espère qu'elle regarde, il espère qu'elle accepte, qu'elle supporte, qu'il n'a rien égaré. Il a peur, lui aussi. « Tu vois pas que j'ai besoin de toi ? » Les pupilles attentives au moindre mouvement qu'elle ferait, à la plus petite expression qu'elle aurait, il se heurte au silence et à l'immobilisme, il prend un mur, pareil à de l'indifférence, dans le ventre et le cœur. Tout ça tient en quelques secondes, tout ça tient dans son crâne. A chaque instant où elle ne le voit pas, à chaque moment où elle ne lui dit rien, Saul sait combien son existence se vide, s'arrête... et on dit que, passé un certain chronomètre, le cœur ne repart plus. Jamais. « Tu vois pas que je vais crever si tu me regardes pas ? C'est pas ça, dis, avoir besoin ? » Les mots s'écoulent, la langue écorchée par l'angoisse. Saul ne fait pas cas, il ne l'a jamais fait, des sentiments que l'on doit dire ou que l'on ne peut pas. Ce n'est pas un homme, ce n'est pas un insensible, ou un prudent. Son amour est trop rare pour se montrer pudique : il explose un peu plus, il s'expose un peu mieux. « Comment je dois le dire ? il demande. Je te laisserai jamais t'en aller ? tu me manques déjà alors que t'es jamais partie ? je t'aime ?... » Il fait son choix, il se répète : « Je t'aime, Sam. »
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Samira Foxx
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MessageSujet: Re: these walls. (saul)   Jeu 15 Oct - 17:38

Non, ce n'est pas le sol qui lui paraît soudainement fascinant, c'est seulement les yeux qui perçoivent une autre réalité. Une réalité que Saul ne peut même pas distinguer. C'est l'irruption de toutes ses craintes, d'un passé malheureux et d'une imagination trop pessimiste qui l'empêche de le voir. Elle pense que son histoire n'est qu'une répétition. Que, comme toutes les personnes qu'elle a pu aimer, elle finira par le perdre lui aussi, et Ester avec. Ils finiront bien par s'en rendre compte, à force d'entendre les pieds des meubles crisser contre les sols, à force de ne jamais reconnaître l'endroit dans lequel ils vivent. Ça commencera avec un agacement qu'ils voudront lui dissimuler et ça se terminera comme aujourd'hui. Peut-être que sa colère sera plus grande, la fois prochaine. Peut-être même qu'il finira par la détester, se dit-elle, et c'est l'idée qui la terrifie le plus, à cet instant. Mais l'idiot persiste. « J'ai besoin de ça. » Samira refuse de l'entendre. Il n'a pas besoin d'elle, il n'a pas besoin de sa faiblesse, ni d'avoir à supporter sa névrose. Il a besoin d'être entouré des meilleurs et des plus forts, il a besoin d'Ester, il a besoin d'aimer et d'être aimer par ceux qui sont à sa hauteur.  Ses doigts la ramènent ici, devant lui. Elle les sent sur la peau, sur les lèvres, sous le menton. Il est partout et l'amoureuse ne résiste jamais très longtemps à sa présence sur son corps. Alors elle lui obéit, elle accepte de relever le visage, elle accepte de soutenir son regard. Mais elle demeure résignée, comme si tout était décidé, comme s'il ne lui restait plus qu'à se lever pour ramasser ses quelques affaires et quitter cette maison, comme si c'était la véritable volonté de Saul. Alors quand l'homme répète qu'il a besoin d'elle, Samira ignore les mots. Elle s'autorise seulement à le contempler, certainement pour la dernière fois, s'obstine-t-elle. « Tu vois pas que je vais crever si tu me regardes pas ? » Ce qu'il dit ne correspond pas à ce qu'elle croit. Alors, forcément, il ment. Sa conscience lui jure qu'elle agit de la meilleure manière, que ses propos sont les bons, que sa volonté de se retirer pour toujours ne pourra lui faire que du bien. Et c'est comme ça qu'elle lui fait le plus de mal, sauf que Samira ne le réalise même pas.

« Je t'aime, Sam. »
C'est probablement juste ce qu'il fallait pour la ramener, parce-que c'est à ce moment qu'elle réalise qu'à chaque fois qu'elle pose les yeux sur cet homme, elle le trouve encore plus beau que la fois d'avant. Samira a toujours envie de sa bouche et aussi d'aller sentir son odeur. D'entendre sa voix, son rire ou seulement sa respiration. Et ses yeux, et ses épaules, et ses mains... Saul est l'un de ses deux biens les plus précieux, au sein de cette maison. Elle ne peut pas le manipuler à sa guise, elle ne peut pas le cacher, mais comme le vase, si elle ne fait pas attention, elle peut l’abîmer, elle peut le briser. Saul se révèle, il lui donne son amour. Il lui donne tout. Il lui donne envie de s'accroche à lui et de ne plus croire, qu'un jour, il cherchera à tout reprendre. Il a mis des papillons dans son ventre et il fait battre son cœur encore plus fort. Et elle sourit. Sam montre toutes ses dents. Puis elle rit. Mais c'est pas du bonheur. Elle rit parce-que c'est mieux que d'en pleurer. « Tu devrais faire plus attention. » Parvient à murmurer Samira en déposant ses paumes contre ses joues. Les doigts remontent sur les tempes pour terminer sur les cheveux et retomber dans la nuque. « Tu voudras aussi le récupérer, plus tard. » Qu'elle le prévient en allant chercher ses lèvres pour les embrasser. « Et je pourrai pas. » Samira l'embrasse encore. Cinq fois, peut-être plus ou peut-être moins. Pourtant, Saul ne va pas disparaître, elle le sait. « Je pourrai jamais te le rendre, ça. » Mais il pourrait fuir. Alors la femme s'approche, elle glisse sur les genoux, juste pour provoquer la rencontre des deux corps, coller sa poitrine contre la sienne, pouvoir se tenir et s'accrocher à lui. « Parce-que je t'aime trop fort, moi. »
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Saul Weiss
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MessageSujet: Re: these walls. (saul)   Lun 26 Oct - 2:10

Quelques mots les libèrent. Je t’aime, et Sam réintègre le monde. Je t’aime, et Saul est soulagé de son angoisse. C’est stupéfiant tellement c’est perceptible : la seconde d’avant, elle jouait les funambules à la frontière de l'existence et, désormais, son regard accroche celui de Saul comme si rien d’autre ne pouvait exister. Il se sent vrai, réel, vivant ; elle lui donne tout de sa substance, il est à travers ces pupilles qui le fixent, le découpent, le contemplent. Il n'a plus mal. Il n'a plus peur. Toute la colère l'a déserté ; elle s'en est allée, s'étendre, s'éteindre, mourir, peut-être. Il n'interroge pas tant ses états intérieurs. Gentiment stupide, suffisamment idiot, Saul attrape les mains qu'elle lance à l'assaut de son visage. Elle devrait demeurer, là, pour l'éternité, et ne rien dire et de rien demander. Ils devraient se taire, tous les deux, et apprécier, infiniment, de respirer encore, de respirer toujours, ensemble. « Tu voudras aussi le récupérer, plus tard. » Il ne peut pas secouer le crâne : Sam l'embrasse. Il ne se défend pas, il lui rend son baiser. Il ne saurait pas comment le dire, comme lui faire comprendre combien c'est impossible, impensable, suicidaire. Il cherche frénétiquement les mots, les syllabes, puis les lettres... Personne n'est venu lui apprendre et, seul, il n'en a rien appris : il visse les lèvres à défaut de savoir formuler. La bouche de Sam rencontre la sienne, quatre fois, quinze fois, cent fois. Elle s'accroche à ses épaules et Saul lui rend l'assiduité de son étreinte. Il n'écoute pas tout à fait en nichant son visage dans le cou. « Je suis désolé, il murmure tout contre la peau. » D'être perpétuellement en colère. D'avoir cédé. De n'avoir pas pu le cacher, encore. Saul ne départage pas chacun de ses torts cependant qu'il endure ce que ces mots, d'une incroyable simplicité, apaisent en lui.

Il comble l'espace qui survivait entre eux, passe les phalanges abîmées dans le dos prisonnier et presse Samira contre lui. Parce qu'il a une image, fugace et terrifiante, du chaos alentours, il noie le regard plus avant dans la gorge. Son souffle agace l'épiderme d'ambre, qu'il effleure à la bouche : « Je déteste cette maison, c'est tout. Ce n'est pas toi... il murmure si bas qu'elle n'entend pas. » Il perçoit si bien leurs deux souffles mêlés, et la poitrine qui se soulève à chaque inspiration, devenue douce, rendue si régulière. Il mord sa lèvre, Saul. Saul, il attrape la nuque et il plante son regard dans le sien. « Je t'aime plus fort que tu m'aimes, s'étiole l'ombre d'un sourire. Et je devrais faire plus attention, t'as raison. » La joue de Sam repose dans sa paume ; le pouce libre d'exaspérer le coin de la bouche, le menton puis le nez, Saul affirme un rictus doux-amer. « C'est ta maison, maintenant. » Terrorisé à l'idée de la perdre, ou n'est-ce que de la voir s'éloigner, disparaître, il est prêt à abjurer sa haine, sa tristesse et son ire : il est tout près de vendre son âme, de la brader, pour qu'elle acquiesce encore, pour qu'elle sourit encore. Il regrette si fort son emportement, et ces petites choses ridicules, humaines, presque femelles. Il ne dit pas grand-chose, il garde pour lui le peu du dedans qu'il comprend. Samira n'a pas besoin de savoir ce qui l'agite mais, puisqu'il ne peut pas le lui dissimuler cette fois, il semble qu'il n'a qu'à s'excuser, qu'à se répandre en offrandes. Elle lui pardonnera tout, n'est-ce pas ? Elle l'embrassera encore. « A Ester et à toi. Je ferais plus attention. » Entre les omoplates de Sam, Saul serre le poing. Le bout des doigts le démange, ça tire encore un peu. Ce n'est pas une véritable douleur, ça ne l'a jamais été : sa vie est faite de cette contrariété exaspérante qui l'asperge à chaque minute de ses jours. Mais, sur lui, tout repose. Quel repos pour Saul Weiss ? « On devrait ranger, sanctionne-t-il d'une voix neutre. » Il murmure encore, un peu plus haut qu'auparavant. Ils ne peuvent pas rester ainsi, pour l'unique raison irritante que n'importe qui pourrait entrer. A cette résolution, Saul s'empare, un moment couché sur le flanc, du cadre qui gît sur le sol. « Elle n'a qu'à retourner sur le mur, si tu veux. » Il hausse les épaules. Ces murs lui sont inutiles s'ils n'abritent pas cette âme fragile. Ces murs lui sont hostiles s'ils ne la protègent pas, depuis le même bastion et du même ennemi.
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Samira Foxx
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MessageSujet: Re: these walls. (saul)   Lun 26 Oct - 20:30

Les mots, soufflés contre la peau, la font frissonner. Elle pourrait lui répondre que ça n'est pas grave, qu'il n'a pas besoin d'être désolé, que de toute manière, il fallait bien que ça sorte, que tout ce qu'il garde à l'intérieur, il fallait l'exorciser. Inconsciemment, Samira se doute que ça n'est pas la dernière fois. Il reviendra forcément, encore plus énervé que la fois d'avant, et peut-être qu'il ne s'arrêtera pas avant d'avoir vider la pièce et d'avoir détruit les murs. C'est inévitable, puisqu'il ne parle pas. Ils ne parlent pas. Elle le sait ; les mots ne veulent plus rien dire. Ils s'utilisent pour mentir ou dissimuler la vérité, parce-qu'on croit que c'est la meilleure manière de rassurer, de se persuader que tout ira mieux, que ça ne peut pas être pire. Mais Samira s'est déjà imaginée le moment où les amoureux ne pourraient plus s'entendre, parce-que le malheur les aura complètement bouffé de l'intérieur. Ce sera le néant et personne ne sera surpris de voir cet imaginaire trop pessimiste se réaliser.
Et puis, il y a les je t'aime. Et même si elle doit le prévenir, elle accepte aussi d'y croire. Samira tombe encore un peu plus amoureuse et elle s'accroche plus fort. D'abord à sa bouche, puis aux épaules, à la nuque. Les corps, comme les souffles, doivent se lier. Ils n'ont pas besoin de se séparer, ils n'ont plus besoin de communiquer ; c'est comme ça qu'ils se portent le mieux. Les actes valent mieux que les mots. Et l'affection l'emportera toujours sur les excès de colère. Cette fois, pour de bon, ils ne sont plus que tous les deux. Sam, elle ne pense plus au reste. Saul a envahi son espace, il a remplacé les meubles et les babioles. C'est plus l'air qu'elle respire, c'est son odeur. C'est lui qu'elle entend, c'est lui qu'elle voit, c'est lui qu'elle touche, c'est lui qu'elle goûte. Il est fort pour obtenir l'attention qu'il mérite. Il lui a fallu ruiner toute son organisation, briser des morceaux de son cœur, puis trouver les mots qui font rêver, qui font croire à l'amour pour toujours, les attentions qui font du bien. Et surtout, être cet homme.

« Qu'est-ce que tu as dit ? » Malgré l'espace inexistant qu'il y a entre eux, elle n'a rien entendu  mais reste persuadée d'avoir vu ses lèvres remuer. « Je t'aime plus fort que tu m'aimes. » Est la seule réponse qu'elle obtient. Et ça lui convient, à l'éprise qui laisse son index passer sur la commissure de ses lèvres. Elle voudrait le voir sourire, son fou qui croit l'aimer plus fort qu'elle ne l'aime. Sauf qu'ils ne jouent pas, et ils ne sont plus censés être des enfants, alors Sam lui accorde le dernier mot. Ça la conforte un peu plus dans son idée qu'il lui donne trop et, elle, pas assez en retour. C'est de là que viendront les nouvelles déceptions. Sa paume rejoint le dos de sa main pour mêler les doigts aux siens. « C'est ta maison, maintenant. » Les phalanges se replient, exercent une pression juste assez forte pour obliger la main à quitter la joue. Elle ramène aussi la deuxième contre sa bouche et elle les baise comme un pauvre le ferait pour remercier son seigneur d'être si bon. Elle s'accrocherait à ses jambes, si il la laissait faire, elle lui baiserait les pieds, même. Parce-que c'est à ce point qu'elle est reconnaissante. Au point de ne plus avoir la fierté de refuser de vivre aux dépens des autres, les autres qui sont trop généreux. Ou amoureux au point d'en perdre la raison. « Pourquoi tu dis pas que c'est notre maison, plutôt ? » Là où ils vivent ensemble, là où ils s'aiment, se supportent. Là où il a grandi avec sa famille avant de les accueillir, elles. Peu importe où ses souvenirs se trouvent, ils seront toujours là. Même ceux balancés par la fenêtre ; Samira ira les récupérer, elle fera de son mieux pour les réparer et il les retrouvera dans cette pièce ou dans une autre. Et si il y a de lui sur les murs et dans les meubles, alors cette maison lui appartient avant tout.   Personne ne devrait léguer son royaume aussi facilement.

Il faut ranger, qu'il dit. Sam n'a pas le temps de râler que l'homme la quitte pour attraper un cadre, une photo des gens qui vivaient là avant. Mais puisqu'ils ne sont plus ici, ils peuvent attendre, estime-t-elle. « Elle retournera sur le mur, alors. » Cette fois, la névrosée ne cherche pas à récupérer le cadre, elle lui laisse. C'est lui qu'elle veut retrouver, sa chaleur et son souffle, tout près, qui lui donne la chair de poule. « On pourra le faire plus tard, Saul. » Qu'elle commence, doucement, en récupérant les phalanges qui ne tiennent pas l'objet. « On pourrait rester là... On pourrait... Bloquer la porte... » Elle en a envie et elle y tient, parce-que ce sont les seules choses qu'elle possèdent et qu'elle souhaite lui offrir. Saul pourra tout prendre de son âme et de son corps. « Allez, reviens. Tu étais mieux, là, contre moi... Tu me disais que tu m'aimais. »
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Saul Weiss
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MessageSujet: Re: these walls. (saul)   Jeu 29 Oct - 21:58

Les doigts contre le vitrage crasse, Saul prête un œil distrait à la photographie qu'il était près de jeter. Le cliché raconte la moitié boueuse d'un jardin, vaguement ombragé par une journée ensoleillée d'il y a peut-être une quinzaine d'années. C'est celui qui croupit à bas des fenêtres, de l'autre côté de la maison. Il le sait aussi certainement que c'était avant sa naissance. La preuve : son père a plutôt fière allure, et un certain courage dans la main qui s'empare du goulot de la bouteille. Ça fait sourire intérieurement le fils, qui n'éprouve pas davantage de joie que de contrariété. Son enfance, et cette maison, est à l'image de ce moment figé dans les couleurs ternes d'un appareil ridicule. Ça fait bien de rejoindre tout le reste, et ce temple stupide de quelques murs à la gloire de tous les Weiss passés. « C'est notre maison, il dit machinalement. » Il n'en croit pas un fichu mot. Il déteste cet endroit. C'est de remuer ces objets poussiéreux, délaissés, oubliés, qui convoquent sa haine de la sorte. Il aimerait dire que c'est sa maison, que son nom sur le titre de propriété fait de ce temple à la médiocrité chez lui. Cependant, il pensait sa conclusion : elle est à Sam, puis à Ester. Elles ont le don de la lui rendre supportable.

Samira, en vérité, a le don de rendre infiniment supportable bien des choses. Il suffit d'un sourire, d'une lèvre qui se fendille de l'esquisse d'un rictus, d'un regard, même absent, qui s'excuse, ou d'une poignée de mots, laissés là avec soin, abandonnés ici par négligence. La plupart du temps, il suffit qu'elle existe. Mais c'est Saul, cela... « On pourrait rester là... on pourrait... bloquer la porte... » D'autres fois, elle l'y aide. Elle aide prodigieusement. C'est un peu indécent, cette percée qu'elle opère constamment en lui. Elle le ferait renoncer à la moitié de sa vie, pour des lèvres qu'elle presse ou un timbre qu'elle lui glisse. Lorsque Saul sent si puissamment l'accroche de cette âme à la sienne, il s'imagine, soudain, qu'il pourrait tout. Les gens appellent ça l'amour, faut-il croire. Pour lui, c'est très différent d'un je t'aime. « Reviens, l'a-t-elle convaincu il y a déjà une minute. Tu étais mieux, là, contre moi... » Il se fout de la photographie, et ô combien il se fout de la maison. La porte entrouverte et la fenêtre béante l'effleurent à peine. « Tu me disais que tu m'aimais, elle souffle contre ses lèvres qu'il embrasse aussi prudemment que son cœur palpitant l'y autorise. » « Je croyais que je devais bloquer la porte, il murmure sans humour ni sourire. » De la paume, il dévie le visage de Sam et il l'attire contre lui en même temps qu'il s'en prend à la gorge d'une bouche moins prudente. Ses phalanges tremblent, et il éprouve, soudain, une douce fébrilité. C'est plus facile, bien sûr, ainsi irradié, de ne plus lui en vouloir et, en un sens, de l'aimer. Mais il s'en éloigne à chaque morsure, à chaque baiser. Il serre le poing en attaquant la mâchoire, et grogne léchant lentement la peau d'or. Cette fureur, Saul ne se l'explique pas. En revanche, elle l'effraie. Ce n'est pas une bonne idée, il pense. « Ce n'est pas une bonne idée, il dit. » C'est maintenant, et c'est ici. Il ne veut pas que ce soit maintenant, et que ce soit ici. Pas comme ça, pas quand la colère gratte encore à la porte de sa hargne. Ce qu'il ferait s'il se penchait davantage sur Samira... Assouvir nombre de ses bas instincts entre ces cuisses hospitalières lui caressent le désir, mais ça semble contenter, nourrir, un monstre qu'il ne veut pas offrir à contempler. D'autres fois, quand il est un peu plus calme et qu'il respire une certaine retenue. D'autres fois, quand Ester ne fait pas attention à combien il peut être brutal parce qu'ils le sont ensemble. D'autres fois, et c'est tout. « Je vais ranger, d'accord ? » Ça lui demande beaucoup de retenue, pourtant, de s'arracher à leur étreinte, d'abandonner ces lèvres qui confessent leur envie de lui. Il presse fort les paupières en inspirant à plein poumons. Il se force à admirer le désastre de centaines de petites choses en désordre. « Tu n'as qu'à. Monter dans ta chambre ? Je te rejoindrai plus tard, tu veux ? » Il le déclare comme une proposition. Il en veut un ordre. Et Saul ne la regarde jamais. Il s'affaire simplement. Il s'affaire gentiment.
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Samira Foxx
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MessageSujet: Re: these walls. (saul)   Dim 1 Nov - 17:02

« Ce n'est pas une bonne idée. » Déclare la bouche qui s'est appliquée à lui faire comprendre le contraire. Ne sent-il donc pas la chaleur qui émane de leurs deux corps ? Il pourrait juste poser sa main contre sa poitrine pour sentir le cœur qui cherche à briser la cage dans laquelle il est retenu, juste pour s'approcher plus près de lui. Elle a senti sa fougue quand il a commencé à lui manger la gorge. Elle a aussi senti les phalanges se replier, comme s'il contenait sa colère dans le bout de ses doigts, comme s'il pouvait la retenir à l'intérieur de son poing. Et s'il lui arrive de craindre ses excès, Samira s'en fout, elle prend Saul tout entier. Il peut crier et l'insulter, elle l'aimera encore. Il peut la serrer trop fort, la mordre et lui tirer les cheveux, elle l'aimera toujours. Il peut la briser et la jeter dehors, elle l'aimera plus fort. « Mais, Saul. » Qu'elle tente, encore fiévreuse. Mais Saul la force à réapprendre à respirer seule, à se tenir seule. Le retour à la réalité est violent. Elle peine à se relever, à retrouver son équilibre, à supporter ses réactions, à se rappeler de ce qu'il y avait autour d'eux. Sam, elle hait cette putain de réalité. Et elle se déteste, elle, aussi. C'est elle qui est à l'origine de la mauvaise idée. « Je vais ranger, d'accord ? » La femme acquiesce d'un geste lent de la tête. Elle pourrait lui dire qu'il n'a qu'à partir, qu'elle va tout ranger à sa place parce-qu'il ne sait pas comment les choses doivent être agencées sauf que, là, tout de suite, elle n'ose pas aller contre sa volonté. Sam ne peut que l'écouter et répondre oui à tout ce qu'il lui demandera. « Tu n'as qu'à. Monter dans ta chambre ? Je te rejoindrai plus tard, tu veux ? » Non, elle ne veut pas mais elle sent bien qu'il ne lui laisse pas le choix. A force de chercher son regard, elle remarque qu'il s'applique pour ne pas croiser le sien. Il range tout ce qu'elle a dérangé. Il met de l'ordre dans ses affaires, dans sa vie, dans sa tête, peut-être. Et pour ce faire, Samira est congédiée dans la seule pièce où elle ne pourra gêner personne. « Oui, bien sûr. » Son attention se bloque sur la fenêtre, encore ouverte, qu'elle referme, et sur les objets qu'il a jeté dehors. Elle se demande ce qui l'énerverait le plus : qu'elle les laisse devant sa maison ou qu'elle aille les récupérer pour les entreposer de nouveau dans sa maison. L'amoureuse blessée hausse les épaules, se dit que Saul a déjà fait le choix à sa place. « T'es même pas obligé de me rejoindre. » Ajoute Samira, plus pour elle que pour lui, en traversant la pièce. Avant de disparaître, elle se tourne une dernière fois dans l'espoir de capter son visage orienté vers elle. Mais rien.
Saul lui manque déjà.

L'enfant s'allonge sur le sol entre la fenêtre et son lit. Si on entre dans la chambre, on ne peut pas la voir. Grâce à l'espace entre le sommier et le sol, elle observe le bas de la porte. A chaque fois que Samira croit entendre des bruits de pas dans le couloir, elle espère que c'est Saul qui va tourner la poignée et apparaître. Mais il lui semble que ce moment prend une éternité à arriver alors elle finit par se convaincre qu'il ne viendra pas. Elle se focalise sur les zones d'ombres sous son lit, elle se bouffe les ongles, apprécie la douleur à chaque fois qu'elle tire sur un morceau d'ongle. Elle angoisse. Samira ne sait pas vraiment pourquoi c'est là ; ça se bouscule plus dans son ventre que dans sa tête. C'est peut-être la solitude, son éternelle peur de l'abandon. Pourtant, quand la porte s'ouvre enfin, Samira reste cachée, allongée sur le ventre à côté de son lit. Elle reconnaît les chaussures qui s'avancent, elles lui appartiennent. Sam demeure incapable de se relever, de se montrer. Et s'il avait encore quelque chose à lui reprocher ? Et si elle allait vers lui et qu'il la repoussait encore ? Et si... Tant pis, c'est plus fort qu'elle. Samira se redresse, pour le contempler. « Viens. » Lâche-t-elle, finalement. Viens, allonge-toi là, dans mon lit. Promis, je dirai rien, je ferai rien. Je t'énerverai pas, je te tenterai pas. Je veux juste pouvoir te regarder, c'est tout ce que ses yeux essayent de lui dire.
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Saul Weiss
kill of the night


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MessageSujet: Re: these walls. (saul)   Mar 1 Déc - 20:08

Il se crispe sur les derniers mots avec lesquels elle disparaît. Certain qu'il a tort mais incapable de procéder différemment, il patiente cinq, vingt, trente longues secondes à la recherche du calme. Il écoute patiemment le bruit des pas qui s'éteignent dans les tréfonds de sa maison de papier et de poussière. Saul ferme les yeux, un peu, en inspirant lentement. Dans ce noir absolu, il cherche les baumes susceptibles d'apaiser les plaies ouvertes de sa crainte. Chaque jour, il perd de son contrôle. Chaque jour, il lui semble qu'un monstre affreux grandit dans ses entrailles, nourri par une rage maternelle. Il sait le poison que c'est pour son âme ; c'est simplement difficile d'être ainsi envahi sans pouvoir se défendre. Il pourrait se jeter à la gorge de ses amis. Quelques fois, il le fait. Lorsque ses paupières se soulèvent enfin, il a décidé qu'il était stupide, et faible. Jadis, il n'était pas ainsi. Jadis, c'était il y a encore peu de temps, avant qu'il ne perde la valeur essentielle à son être.

Jadis, et malgré toute sa violence, Saul Weiss était un type bien.

Saul ne fait pas pleurer les filles. Il ne les fait pas s'allonger sur le plancher crasse de leur chambre et espérer son retour. Il leur dit qu'il les aime seulement lorsque cet inédit se produit. Il les protège autant qu'il le leur a promis et, bien sûr, il meurt pour elles, s'il le faut vraiment. Alors il abandonne pour le sol tous les objets qu'il tient dans les mains. Il observe un moment le tas que ces obscurs souvenirs forment à ses pieds ; il les repousse en frappant à leur base. Il est déjà à la porte de Sam.

« Toi, viens. » Contre ses mots, il passe le seuil, contourne le lit. Saul s'agenouille et le bois craque sous son poids. Il attrape la nuque de Sam et plaque ses lèvres contre les siennes. A l'envi, il mordille dans la pulpe de la bouche. Le frisson s'élève dans son être, trop familier du chemin à parcourir. Ça le chatouille dans les tempes et, soudain, il sourit sur la peau. « Je suis tellement stupide, il dit à voix brisée. » Et, plutôt que d'avoir à avouer ses états intérieurs, le rictus, énigmatique, s'éteint dans un autre baiser. La langue va chercher plus profond, elle caresse avec fougue. Il n'existe bientôt plus assez d'oxygène pour parler, ou penser. Saul n'en a pas envie : il a suffisamment d'instinct pour conduire ses mains et assez d'expertise pour emprunter les sentiers de la peau. Alors il soulève Sam et l'attire contre lui. Les cœurs, qui rompent les côtes à leur rythme effrené, palpitent l'un contre l'autre. Saul peut le sentir, et il va aussitôt embrasser leur chaleur. Le nez qui plonge dans la poitrine, il inspire profondément, il hume au plus des parfums qu'elle lui offre. Lunatique, schizophrène, il s'entend rire puis il soupire des excuses dont il n'a rien à faire. Incapable d'expliquer ce sentiment de plénitude, cette absence subite de tension, cette libération puissance d'endorphines trop longtemps contenues, Saul pousse Sam sur son lit. Après quoi il la déshabille du regard pour que ses doigts trouvent le courage de le commencer. Il est empressé mais heureux, et ses mains, rudes et abîmées, n'ont plus peur d'esquinter la jeune femme. Il sait que son confort est fallacieux, qu'il se ment quand il pense que ça pourrait être romantique, et beau, et simple. Cependant bienheureux de se tromper, il grogne de la bouche à la bouche et fait sauter la boucle de sa ceinture. Il aime Samira et c'est tout. Il aime Samira et, quelle que soit la banalité de cet amour pour le commun des gens, le réaliser comme une éclaboussure sur son visage lui procure un bonheur incroyable.
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Samira Foxx
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MessageSujet: Re: these walls. (saul)   Sam 5 Déc - 19:13

Incapable de se mouvoir, Sam le regarde venir à elle, s'agenouiller face à elle. Quand il s'empare de la nuque, quand il la tient, comme ça, pour l'embrasser, le cœur repart. Le cœur s'affole. Ça se propage dans le corps jusque dans la tête. Ses mains veulent être partout à la fois ; posées sur ses hanches, elle remontent les flancs, les bras, les épaules, la nuque, puis les cheveux avant de retomber dans le dos. « Je suis tellement stupide. » Elle aurait pu ne pas l'entendre ou l'ignorer, sauf que c'est là, ç'a été dit trop près de son oreille alors elle a rouvert les yeux pour le voir, pour tenter de discerner autre chose sur son visage. Mais il a trouvé la meilleure manière de se cacher, de lui vider la tête, même. C'est dur de penser à autre chose. Samira veut juste lui rendre ses baisers avec plus d'ardeur, elle veut juste s'allonger sur le lit ou sur le sol avec lui, elle veut juste le sentir tout près d'elle, puis en elle. Pourtant, ça demeure dans un coin de sa tête. L'amoureuse n'explique pas l'effet que ça lui fait. Si elle se perd, autant l'être dans les bras du Nipper. Si ce n'est pas pour parler, autant que sa bouche soit contre la sienne. Et si son cerveau ne lui sert plus à raisonner, alors tout sera beaucoup plus simple entre eux. Mais il recommence, l'idiot. Sam l'a entendu. Pourtant, ses lèvres étaient plus près de ses seins plutôt que de ses oreilles. Saul a rit. Saul s'est excusé. Et il l'a poussé sur le matelas. La femme n'y comprend plus rien à son comportement. Elle se demande s'il a toujours été comme ça, s'il a toujours eu des sautes d'humeur, si ses crises de colère se sont souvent transformées en déclaration d'amour avant de rejeter, de se renfermer.

Samira ne sait pas comment lui dire. Elle ne sait même pas si elle peut lui dire. Ce n'est pas qu'elle a peur, c'est surtout qu'elle ne veut pas aller contre sa volonté. Sam est sa femme : fidèle et dévouée. Si Saul veut venir dans ses bras, alors elle n'hésite pas à les ouvrir. Chez lui, elle aime l'homme et l'animal... Sauf que là... Sam trouve que c'est différent. Ces dernières heures la troublent. Elle se demande si lui même comprend ce qu'il se passe depuis qu'il est entré dans cette pièce pour tout saccager, depuis qu'il lui a demandé de partir pour, finalement, la rejoindre aussi vite. « Saul. » Soupire l'amoureuse. Ce n'est ni du désir ni de l'impatience. Pourtant, il continue de la regarder comme ça lui plaît souvent d'être regardée. L'avide revient. Elle le voit défaire la boucle de sa ceinture, alors Samira insiste en posant une main contre son torse. Elle ne le repousse pas, elle ne dit pas qu'elle n'en a pas envie, elle lui demande une seule chose : « Attends. » Puisque la raison contrôle désormais son cœur, elle sait que la suite sera plus compliquée à gérer. Leurs émotions se maîtrisent difficilement, les réactions sont parfois imprévisibles. Et ça lui noue la gorge d'en être consciente. « Tu avais raison. » Qu'elle dit en approchant son visage du sien. Elle lui donne encore un baiser avant de coller son front contre le sien. « Ce n'est pas une bonne idée. » Samira reprend ses mots. Peut-être qu'elle vient tout juste de comprendre pourquoi il avait eu besoin de les proférer. Ce n'est pas dans les pièces de cette maison qu'ils ont besoin de remettre de l'ordre. Le bordel qui dérange vraiment, c'est à l'intérieur qu'il se trouve. Ce n'est pas les meubles, ce n'est pas les bibelots. C'est les pensées, les sentiments et les ressentiments.

S'ils s'aiment vraiment, ils ne peuvent pas faire l'amour comme ça. L'orgasme aurait une saveur amère. « Je veux pas que tu partes. » Samira s'accroche à lui en le tenant par les épaules. Cette fois, elle ne lui laisse ni la possibilité de fuir, ni de la congédier. Ils vont rester là. S'il ne veut pas parler, alors ils ne parleront pas. Ils peuvent rester l'un à côté de l'autre, ils peuvent se regarder, ils peuvent se toucher. Ça peut venir plus tard.
Pourvu que Saul ne lui en veuille pas...
Le cœur panique.
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Saul Weiss
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MessageSujet: Re: these walls. (saul)   Mar 8 Déc - 22:52

La manière est jolie. Le refus, lui, est autrement plus brutal. Ça marque l'arrêt dans sa poitrine et l'air, qui s'engouffrait par bouffées fanatiques dans sa gorge, se raréfie soudain. Saul lève un regard voilé vers Sam, celui de l'amant qui ne se connait plus d'autres noms ou d'autres sentiments. Il ne veut pas entendre qu'il a raison. Il aimerait mieux quelques supplications ou des soupirs qui le réclament. C'est un supplice, alors, de demeurer et de partir. Les lèvres de Samira contre les siennes, pour l'instant, n'y font rien – elles ont perdu tout leur pouvoir. Les billes moins confuses, et l'esprit moins avide, Saul voit les mots encore mieux qu'il les entend. C'est comme s'il pouvait lire toutes les nuances de ce qu'elle dit, jusqu'à la plus profonde désolation qu'il croit qu'elle est en train de ressentir. Avec de l'anxiété dans les muscles, il se tend tout entier, il se suspend aux ordres qu'elle lui donne. « Ce n'est pas une bonne idée, répète la voix lointaine. » La déception immense mais pacifiste, Saul n'insiste jamais. Ce n'est pas ce genre d'hommes, qu'importe les éclats familiers qu'il se trouve toujours de commun à cette race. C'est la résolution qu'il y a peu il nourrissait dont elle s'empare à présent, et cela contre lui. Ça ne fait pas vraiment mal. Ça picote, comme un bourdonnement sous la peau du ventre. Le sang de l'artère abdominal bat déjà plus doucement. Il ôte ses mains comme de les trouver envahissantes, et déplacées. La rage, salace et lancinante, décélère et puis meurt.

Il ne va pas partir. Il va rester. Saul se laisse entrainer et, tel un soupir dans le corps, il abandonne sa tempe à l'épaule de Sam. Silencieux, même blessé, il observe les inspirations rassurées de la poitrine. Il se laisse étreindre. Il accepte de ne plus la menacer. L'idée de l'avoir brusquée lui est douloureuse, pareil à un souvenir que l'on ressasse, inlassable, pour qu'il soit plus conforme à ce qui aurait dû être. Néanmoins, le résultat se maintient forcément. Il a le sentiment d'avoir usurpé son droit, son pouvoir... ou plutôt de son privilège. Un moment vagabond, il aimerait effleurer le ventre à demi dénudé de Sam, pour lui promettre qu'il ne lui ferait rien, jamais. Et, cependant, il se persuade que ce serait pire. Il goûte le sang de ses lèvres en y mordant doucement et, là, il love un peu mieux son visage contre la peau ambré, et douce, et sage.

Saul n'a pas toujours été furieux. Il n'a jamais été tranquille. A raison d'un type moyen pour une vie moyenne, il a fait ce qu'il pouvait. C'était pas prévu, l'entrepôt, le sang, Sam. C'était pas prévu qu'il aime. Qu'ils s'aiment.

Le cuir de sa ceinture le dérange. La pudeur lui démange le crâne. Les doigts jouant le hasard, Saul cherche un drap, une couverture, sur lequel tirer. Sa main empoigne le tissu et les recouvre ensemble. Il passe son bras autour de Samira, mais ce n'est pas tant qu'il la serre contre lui qu'il se serre contre elle. Très bien. Elle a eu raison de lui. Il abandonne, il s'abandonne. Il se blottit davantage, comme un gosse, alors qu'on ne lui a encore jamais donné l'occasion ou le loisir d'en être un – pas vraiment. Saul Weiss est un gamin, pour les cinq ou dix minutes, ou même les heures, qui viennent. Il voudrait qu'on lui dise que ça ira. Il voudrait qu'on lui dise que ça passera. Quoi faire. Comment. Et quand. Il aimerait bien – putain, il aimerait bien ! - qu'on lui explique quand c'est devenu si compliqué. De la clavicule, Saul coule son nez jusqu'au cou. Prudemment, il respire à la peau. Plus aucun mot n'échappera à cette bouche. Il veut le silence et l'obscurité. Il espère qu'elle viendra bientôt, à la fenêtre, et qu'elle les entraînera dans le même abîme. Saul inspire davantage. Il ferme les yeux.

Il pense à Sam. Avec distance, il ne pense qu'à Sam. Il ne sent rien, sinon elle.
Il ne voit rien. Il ne voit plus les murs qui les enferment.
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