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 la purge (ester)

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Saul Weiss
kill of the night


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MessageSujet: la purge (ester)   Mer 23 Sep - 9:35

Le monde n'existe pas. Il s'est tu. L'univers entier ferme sa gueule, ce soir. Les murmures qui ricochent contre le crâne de Saul sont ses propres pensées ; elles s'agitent en ordre, s'assemblent et se séparent avec méthode. Son attention est fébrile cependant qu'elle est vive. Il compte les battements de son cœur, cale sa respiration sur un rythme plus propice et déglutit lentement. Le contact, brûlant tant il est froid, du métal dans sa paume achève de le préparer. Le flingue, c'est la sécurité. La sécurité, c'est l'objectif. Et s'il n'a pas besoin de se rassurer davantage, c'est qu'il est sous escorte convaincante. « Prête ? » Ça n'est qu'un souffle, à peine un son. Le regard qu'il pose sur Ester est autrement plus prononcé. Elle le lui rend avec cette efficacité diligente qu'on ne trouve qu'au soldat ; il aime la détermination de cette lueur, presque autant qu'il la craint, presque qu'autant qu'il méprise toute armée. Il ne dit rien, quand c'est à propos d'elle. Il ne se fait aucune illusion sur sa capacité à tuer et sur le nombre de ses ennemis rendus depuis à l'état de cadavres. Il ne voit pas l'assassine. Il voit sa partenaire. Son amante. Sa complice. Il voit le prolongement naturel de ses mouvements, l'intuition de ses coups, et la certitude de sa colère muée en violences. Saul demande, si elle est prête, mais elle était prête avant lui, et il est impossible qu'il l'ignore. Il croit la connaître mieux qu'il se devine – il est sûr qu'elle le connait mieux qu'il ne saura jamais rien. « Prends ça. » Il lui tend son cran d'arrêt, et il attrape son poignet des fois qu'elle tenterait de refuser. Ils ont d'autres armes, et une puissance de feu qui calmerait toute une petite équipe du SWAT, mais les bains de sang attirent l'attention, les flics et les journalistes dans le sillage. Ça n'est pas le but de leur expédition. Sans compter la traçabilité indécente des pistolets, même de ce côté de la ville. Si Saul veut se l'offrir, les Old Shady Nippers ne peuvent pas se le permettre. Aucun habitant d'Harcourt Drive ne peut se le permettre. Il le rappelle silencieusement à Ester en refermant ses doigts sur le couteau.

Les nègres du Black Soulyard n'ont rien fait. Ce n'est même pas à raison de la couleur de leur peau. Ils sont les ennemis historiques des Nippers, et ils s'affrontent pour les rues qui vont de Burbank à Harcourt depuis près de cinquante ans. Autrefois, le climat était moins favorable aux Soulyards ; et on ne parle pas en termes de droits civiques. Saul se fout bien de la condition d'un afro-américain sur le sol américain. Le sol qui le soucie se résume à un bloc. Et, ce soir, il n'en a rien à foutre. Son être exhale l'appel du meurtre, la libération des instincts, les plus triviaux et, de facto, les plus agréables.

Il tuerait pour un sentiment de puissance. Il va tuer pour un sentiment de puissance.

Il bloque le pistolet dans le holster artisanal plaqué contre ses côtes. Saul avise ses mains, à peine guéries. Malgré l'obscurité du début de la nuit, on devine les endroits où les os ont, jadis, rencontré des os. Le souvenir agit comme le manque. Il lui semble que ses poings ne se sont plus abattus sur quelque malheureux depuis une triste éternité, et qu'il contient, soudain, un flot de sang avide qui exige sa rançon. Il a résisté, longtemps, longuement. Il a repoussé l'échéance, mais sa violence demande tribut. Et personne ne viendra réclamer la carcasse d'un Soulyard. Ils sont comme eux, aux yeux du monde, du pays, aux yeux fuyants de la ville : les quantités négligeables. Ils peuvent s'entretuer sans que les flics haussent un sourcil intéressé. Ils ne seraient même pas surpris. Ils n'enverraient des secours que longtemps après, n'est-ce que pour être sûr que ne traîne plus aucun meurtrier, en coupe-gorges anti-condés. Saul inspire de plaisir rien qu'à l'idée.

« A tout à l'heure, il murmure. » Ils se verront bientôt. Anticipant les angoisses de l'absence, Saul préfère cependant qu'ils se dispersent le temps d'approcher du petit entrepôt. Malgré l'allure rudimentaire d'un raid, il veut être certain de leurs nombres. Trois, lui a-t-on promis. Et ils en comptent trois, depuis le coin de la rue qu'ils ont pris pour sentinelle. Mais ces nègres ont cette tendance désagréable, et merveilleux, à se montrer imprévisibles... Alors il abandonne lentement la main d'Ester, qu'il serre d'une dernière pression dans un costume d'adieux. Puis il tourne les talons et il se met à courir sans discipline. Il sent le flingue. Il sent le vent. Il sent l'adrénaline qui joue dans ses veines. Et ce qu'il sent, plus avant que tout le reste, c'est la mâchoire du gars qui vrille ses jointures, et remonte jusqu'au coude, quand il lui saute au visage. « T'as le bonjour d'Harcourt Drive, connard ! » Il s'oblige à un regard circulaire en lui fichant un coup de pied aux côtes. L'entrée est dégagée de ce côté, mais il entend déjà la course qui vient de la façade adjacente du petit bâtiment. Saul caresse la crosse de son arme, et renonce. Pourquoi coller une balle dans un crâne que l'on peut défoncer à mains nues ?
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Ester Jankovic
kill of the night


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MessageSujet: Re: la purge (ester)   Lun 28 Sep - 0:51

L'adrénaline a cet effet plaisant sur elle, qui la rend plus attentive à tout, bien plus concentrée, plus apte à ressentir et à penser froidement et mécaniquement ; elle s'oublie au profit de l'instinct de survie qui la commande toute entière. Elle est sereine, à cet instant, comme elle ne l'est jamais jamais en temps normal, comme elle ne l'est plus. Mais, comme la meilleur des drogues, les battements réguliers de son cœur diffusent en elle ce sentiment de calme et de contrôle qu'elle apprécie tout particulièrement. Enfin, se sent-elle à nouveau maîtresse d'elle-même, totalement, et non plus soumise à ses peurs et ses angoisses qui lui nouent l'estomac au quotidien. Enfin, elle maîtrise la moindre de ses pensées, et tout lui semble plus simple alors. Elle n'a pas le goût de la violence ni le plaisir du sang qui s'écoule, encore moins la joie de voir une vie qui s'éteint. Ça ne lui offre aucun réconfort. Non. Mais Saul lui offre bien autre chose, un moyen de canaliser sa colère et des angoisses. Un moyen de se sentir libérée l'espace de quelques instants. Un moyen de se rappeler qu'elle est en vie, qu'elle a survécu. Une soirée, non, une nuit seulement, et quelques instants où elle sera de nouveau elle-même. Et elle s'enivre sans fin de ce sentiment qui s'épanouit en elle. Ester est consciente de tout, du silence qui les englobe, de la présence de Saul à ses côtés, du fond de l'air humide, de sa respiration régulière et profonde, des palpitements dans sa poitrine, des fourmillements d'excitation au bout de ses doigts. « Prête ? ». Elle se tourne vers Saul et plante son regard dans le sien, hoche lentement la tête tandis qu'un fin sourire décore son visage. Ester le laisse l'observer comme il le fait, et elle ne trésaille pas lorsqu'il lui attrape les poignets pour lui glisser le couteau entre les doigts. Ester ne s'agite plus, d'ailleurs, quand Saul la touche, elle a appris à accepter et à aimer le contact de ses mains sur son corps, que ce soit quand il a la frôle ou quand ils font l'amour. Elle ne bronche pas non plus quand il l'oblige à prendre l'arme, et ses doigts se referment sur le couteau qu'elle glisse dans sa manche. A nouveau, elle hoche la tête. Elle sait, elle a compris.

Mais Ester n'aime pas l'usage des armes blanches, elle déteste sentir la vie abandonner un corps, sentir les palpitations d'un cœur qui se bat pour maintenir en vie cependant qu'elle s'écoule à torrent d'une plaie. Combien de fois a-t-elle était confrontée à cette situation ? Trop souvent, elle s'est retrouvée à presser des plaies, à jurer pour trouver la source des hémorragies et à contempler la mort sale et vaine de camarades, de compagnons, d'amis. Et de Saul. Elle se souvient avec une rare précision de ces dix minutes qui lui ont paru durer des heures, à contempler Saul se vider de son sang, devenir plus pâle au fur et à mesure que ses mains à elle se tachaient de carmin. Souvent, ses doigts s'attardaient sur la balafre de son torse, et ses lèvres en retraçaient le contour. Mais, il vivait pour l'amour de de Dieu. Ils vivaient.

Elle le sent prêt à se défaire de l'étreinte, alors, sa main, vive, s'accroche à l'arrière de son crane, et elle force son front contre le sien, et elle reste un instant, ainsi figée, concentrée sur sa respiration, son odeur, sa présence. Elle le sent vivant, et c'est tout ce qui lui importe à cet instant précis.  Leur lèvres ne se trouvent pas, mais c'est tout comme. « A tout à l'heure. » Ses lèvres forment deux mots qu'elle ne prononce pas, tandis qu'il s'éloigne. Elle le regarde courir avant de se mettre en mouvement, elle aussi, ombre parmi les ombres. Ester s'éloigne au pas de course. Saul doit déjà être au prise avec l'un des molosses qu'ils ont repéré un peu plus loin et il ne tiendra pas assez longtemps pour faire face à tous. Elle contourne l'affrontement, pour les prendre à revers. La jeune femme ne partage pas les vieilles rancunes des gangs ni même la haine des Nippers pour les Soulyard. Elle n'a a cœur que la survie dans le danger. A chaque fois, Saul et Ester remettent leur vie en jeu pour mieux la défendre.

Alors, quand elle arrive dans le dos du dernier homme à se précipiter vers Saul, elle n'hésite pas, et ses doigts se referment autour du manche et du pouce, elle libère la lame. Avec des gestes maîtrisés, elle s'approche, sa main appuie sur la bouche de l'homme et dans le même temps la lame lui tranche l'artère du cou. Le râle est si discret que son comparse n'entend rien et Ester accompagne la chute du corps pour empêcher le bruit mat d'une carcasse qui heurte le sol. Rapidement, elle le fouille et le dépouille d'une lame et d'un semi-automatique, qu'elle pointe, sans chercher à être discrète cette fois, sur le dernier comparse. Dans sa poitrine, son corps bat la chamade et ses membres fourmillent d'une excitation à peine contenue par sa vigilance. Elle fourmille de vie.
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Saul Weiss
kill of the night


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MessageSujet: Re: la purge (ester)   Lun 12 Oct - 11:12

Le type qui gît à ses pieds est en vie. Il respire bruyamment, les poumons qui cherchent loin de ridicules inspirations, et il ne se souviendra son nom que d’ici quelques heures, très bien, mais il vit. Pourquoi le nipper l’aurait-il tué ? pourquoi l’entailler de la gorge jusqu'au ventre ? le parcourir d’une cartouche, peut-être ? si Saul s’est déjà persuadé qu’un nègre ne mérite pas le gaspillage d’une balle américaine, pourquoi ne pas le battre à mort, tout au moins ? Il contemple le spectacle ravissant d’un ennemi vaincu, sur lequel on s’acharne seulement parce qu’on le peut. Il est ivre d'une puissance orgueilleuse, les plaisirs de vivre et de contrôler se disputant son être. Il ne peut détacher le regard de ce corps en souffrance, de cette petite âme humaine qui dit au revoir au monde. Saul s'interroge, il se demande si sincèrement, si le soulyard préfère vivre ou mourir, à cet instant... il penche la tête, le cœur battant, un rictus tiède à la bouche. Il aimerait tant le libérer, lui glisser une lame dans la cuisse et le regarder se vider de son sang, au milieu de son propre bastion. Quelle formidable scène cela ferait, et quel antidote au mal qui le ronge, surtout ! Oh, il pourrait, s'il avait les quelques secondes que lui demandent cette décision... mais il hésite, moins d'humanité dans la tempe que de respect pour sa survie.  
« Attends ! » Des éclaboussures refroidissent sur les avant-bras d'Ester. C'est très discret, presque du maquillage. Et cela habille prodigieusement la main qui tient, droite et ferme, l'arme bon marché qu'elle a tirée de sa première victime. Le gars est mort – il n'en a sûrement pas eu conscience, alors que tout le fluide s'était déjà écoulé hors de lui. Il est vautré plus loin, dans une obscurité malsaine, ce genre de sillages que creusent les armées qui se rendent à la guerre. Saul ne sait pas pourquoi, mais il est triste, un peu. S'il cherchait, il trouverait de la compassion ou une jalousie folle, de ne pas avoir tranché cette gorge de ses mains propres. « Attends, il répète en reprenant un souffle exalté. » Elle tient en joug le dernier de leurs ennemis, de leur gibier. Saul éprouve encore la morsure du frisson qui lui parcourt la nuque, et fait craquer ses doigts les uns contre les autres. « Fous-toi à genoux, ne parle-t-il plus qu'à l'homme (un jeune homme, du métissage dans le teint, l'air féroce de tous ses frères pourtant). » Ce petit air révulse Saul, comme s'il lui faisait affront ne pas trembler, de tenir, et d'attendre. Comment est-il possible d'attendre ? de ne rien tenter ? de se laisser mourir ? « T'es mort, mec, crache le nègre. » « Ferme ta gueule, cingle le nipper du même ton, et fous-toi à genoux. » Pour aider son obéissance, Saul lui tourne autour jusqu'à se trouver dans la mire d'Ester. Là, il se décale sur le côté et lui dégage un angle aussi facile que s'il n'était pas là. En revanche, pour lui, c'est la liberté de frapper le soulyard derrière les jambes, histoire que les rotules rejoignent, comme il a été convenu, le bitume. « T'es mort, mec, serine le type. » Il n'a pas peur. Il n'a probablement pas reconnu Sham Weiss, mais il sait fort bien le camp de son bourreau. Du reste, les blancs sont tous du même côté, pas vrai ? « Ils vont venir, le prévient-il, et ils vont te faire la peau, à toi et à la pute. » Un petit rire échappe aux lèvres et aux narines de Saul. Il lance un regard de biais à Ester, il jauge son existence, soupèse les liens qui l'attachent à la vie. Son espérance est bonne. Armée d'un flingue, elle est même excellente. « Tu sais quoi ? J'espère bien, il ronronne. Ç'a été un peu trop facile jusque-là... » Les regards masculins convergent vers les corps – celui qui reste dans les ornières assassines d'Ester, puis celui dont le souffle s'est ralenti, à la frontière de s'éteindre. Peut-être a-t-il déjà franchi la frontière. Le manque d'éclairage interdit de le dire. Lorsque c'en est fini, lorsque l'impatience le remporte, Saul frappe ses paumes puis se frotte les mains : « Allez ! il conclut avec une bonne humeur acide. Fais une de tes prières vaudou et dis bonne-nuit. »  Le blanc se fend d'un rictus. Le noir fixe en retour, les lèvres résolument soudées.

Saul hausse les épaules, balaie de la poussière du pied. Comme il se fout des rituels mortuaires bien pauvres de cette espèce... Nonchalant, il remonte le chemin, il gagne le fief d’Ester, à trois pas en arrière de lui. Il la contourne, piétine en se frottant la tempe. Il n’hésite pas. Il se prépare. Quelque part, il redoute la promptitude avec laquelle le plaisir va s’éteindre. Chaque fois, exceptionnelle et insipide, lui cause des souvenirs insatisfaisants. Les images pâlissent. Et le soulagement crève. Il n’a plus peur, pour une poignée de secondes seulement puisque, dès lors qu’il ne tue plus, alors il meurt. « Allons-y, murmure-t-il à l’oreille balkanique. » Le torse contre le dos, les lèvres contre la peau, il l’enlace et joint les mains aux mains. Il ne la tient pas plus qu’il ne la dirige, il flotte autour d’elle, autour de sa tension, il boit au pouvoir de la main qui serre la crosse qui porte le flingue qui branle le canon jusqu’au crâne… « Je crois qu’il a peur, maintenant. »  Saul sourit contre le lobe, et il se presse un peu contre Ester. Le recul le prendra lui aussi. Le meurtre les unira encore contre le restant de ce putain de monde.
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Ester Jankovic
kill of the night


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MessageSujet: Re: la purge (ester)   Jeu 15 Oct - 16:54

Sa silhouette immobile, le bras tendu et l'arme pointée dans la direction du dernier gars, Ester ne bouge pas. Elle se contente d'observer froidement la scène qui se déroule devant elle, de Saul qui profite du pouvoir vain qu'il a un instant entre les mains, celui de décider si celui qui se tient entre eux va vivre ou mourir, et comment, et quand. La menace ne la fait pas broncher, ni même la résistance à l'ordre et encore moins l'insulte. Quiconque observe cette scène de loin ne verrait que deux fous qui bafouent la vie des autres au prétexte dans savourer la valeur des leurs, de donner du sens à leurs existences fanées. De se souvenir pourquoi ils vivent. Avec un frisson d’excitation, la jeune femme accueille l'arrivée de Saul avec plaisir et se laisse couler dans cette étreinte qui n'en est pas vraiment une avec délectation. Il est là, avec elle, autour d'elle, contre elle. Il est là, et elle le sent vivant, elle l'entend respirer et apprécie de sentir son souffle sur sa peau, ses mains qui frôlent les siennes, et ses doigts qui se mêlent au sien, son torse contre son dos, sa mâchoire qui se perd dans sa nuque pour trouver les oreilles. Là où Saul ne fait que tourner loin d'elle, Ester fait le choix de se coller à lui, à peine un pas en arrière lui suffit. C'est Saul tout autour d'elle, Saul en entier, son souffle, son corps, son odeur. Ester se laisse aller un instant, infime, à cette présence, quand la voix de l'aimé la ramène à elle.  «Allons-y. ». Sa prise se fait plus ferme encore autour de l'arme et son doigts joue avec la sécurité sans pour autant la lever. Elle fixe ce jeune homme, probablement plus jeune qu'eux, à genoux et qui les fixe l'air de n'avoir rien à perdre.  « Je crois qu’il a peur, maintenant. » Elle n'est pas convaincue, au contraire, il lui semble que ce gamin déborde de beaucoup de choses, mais pas de peur. Alors elle hésite.

L'image se mêle avec d'autres, plus anciennes, plus floues ; de celles qu'elle voudrait oublier et qui lui rongent bien trop souvent l'esprit. D'autres hommes et d'autres femmes, à genoux aussi, alignés, qu'on abat injustement. Plus que l'hésitation, c'est le malaise qui s'installe. C'est une exécution gratuite et sans raison. Elle sent Saul qui s'agite et s'impatiente, derrière elle, elle le sent quand il affirme sa pression autour de ses mains et de l'arme, à son tour. Le cliquetis de la sécurité qui bascule lui fait prendre conscience qu'elle doit se décider maintenant. Alors quand Saul presse la détente, elle ne peut que dévier légèrement le canon. L'impact la fait reculer et le bruit de la détonation la rend sourde un instant. Elle est collée contre le torse de Saul, et ce simple contact familier la rassure. En face d'eux, le gamin a roulé sur le sol, et de son épaule s'écoule un filet de sang. Elle suppose qu'il gémit, quand elle voit son visage grimacer de douleur, mais elle ne l'entend pas encore tout à fait. Alors elle baisse l'arme immédiatement et cherche la main de Saul pour la serrer, pour prévenir de la colère et de la déception de cette mort manquée. Ester se désintéresse de celui qui gît au sol pour se concentrer sur Saul. Elle se retourne, cherche son regard ; il semble abasourdi. « Ils vont arriver », dit-elle simplement. D'autres vont venir, alertés par la détonation, et c'est là qu'il faudra se battre pour vivre, pour éprouver cette chance qu'ils ont et remettre en jeu ce qu'ils défendent avec une hargne animale.

Mais Ester a ce sentiment agréable qui la parcourt. La vie, c'est aussi le choix. C'est de pouvoir montrer et prouver qu'elle n'est pas totalement soumise à ce combat sans fin. Elle peut vivre sans tuer, elle a le choix de préserver une vie qu'on donne pour perdue. Un frisson lui parcourt à nouveau l'échine tandis qu'un sourire vient décorer son visage, de ceux qui l'éclairent et l'embellissent.  Un rire léger la secoue, même. Ses lèvres viennent chercher furtivement celle de Saul, avant qu'elle n'attrape sa main pour qu'ils détalent. Ils quittent la ruelle sombre pour d'autres. Ils ont l'avantage de l'avance. Leurs poursuivants les trouveront, c'est certain, mais en attendant, elle profite de cette course folle, main dans la main avec Saul, dans ces quartiers qu'ils ne connaissent que de nuit, qu'avec du sang.

Bientôt, les cris de rages et les sanglots résonnent et ils se préparent à nouveau au conflit. Celui qu'ils ont cherché et provoqué. Ils ont rejoint une friche industrielle à la limite des deux quartiers ennemis, un parfait champ de bataille. Les bâtiments en ruine leur offrent un parfait terrain de jeu.
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Saul Weiss
kill of the night


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MessageSujet: Re: la purge (ester)   Lun 26 Oct - 3:19

Il inspire lentement. Aussi profondément. Saul détaille tout l'air qui lui entre par les narines et, avec lui, l'odeur d'Ester. C'est un mélange d'air humide, rafraîchi par l'automne, de savon, de bitume, de sueur, d'essence et de sang. Ça sent l'urbanité, la poudre, cette femme. Un bref instant, il ferme les yeux. Il ne dit rien. Il a le rictus des déments mais le cœur des amants, et ça suspend son être à la poussée du corps d'Ester contre le sien. Il croit à sa détermination, à son pouvoir, à leur survie ; il croit à tout ce qu'elle peut faire, à tout ce qu'elle a déjà fait, pour lui et pour qu'ils vivent. Ils sont deux, ils sont trois, et elle tient, dans sa main, le plaisir de leurs vingt prochaines secondes. Elle peut les libérer, d'un geste quasiment mécanique. Cent fois l'a-t-elle accompli. Un millier ? Un million, peut-être. Et, bientôt, Saul supplie qu'elle les délivre. Il trépigne. C'est un gamin. C'est un taré. Un sale petit monstre capricieux qui réclame son nocturne tribut. Et ce type ne vaut rien. Il vaut à peine la balle qu'on lui promet. Il ne vaut pas qu'on lui accorde une seconde de doute, un éclat d'espoir.

Elle lui gâche son plaisir. Après l’avoir irrigué de son contact, de sa pression, elle crache sur les festivités dûment orchestrées par leurs soins. Elle prend son temps. Elle repousse le moment. Elle hésite. Elle fléchit. Finalement, elle faiblit. Saul sent que leur moment ne viendra pas, qu'il est trop tard, et le nègre, à l'autre bout de la mire, le comprend lui aussi. Il est si près de beugler quelque chose, de faire connaître sa petite ironie au monde... Rien que d'imaginer ses lèvres vomir le moindre des sarcasmes possibles pour sa race, la bouche de Saul se transforme en grimace et la main s'empare de sa chute. Il tire sans avoir l'occasion de goûter à son œuvre. Ester obstrue la plus grande partie de sa visée, et le recul, comme il était prévu, la rejette contre lui. Machinalement, il la rattrape et l'entoure de ses bras. Elle s'empresse de trouver ses doigts, de les mêler aux siens, d'exercer contre lui un chantage tout à fait odieux. D'abord, il fait l'effort : il ne voit qu'elle. Mais il ne résiste pas longtemps au besoin, vif, acerbe, de s'assurer du grand massacre. Que dalle. Le type saigne comme pour le narguer de tout ce qu'il lui reste de vie. Il ramasse sa carcasse élancée et il s'étale un large sourire sur la tronche... et ça fait pas sens, dans le crâne de Saul, que ce sale fils de pute puisse encore se tenir debout.

Ester imprime le rythme de la course. Il cavale à niveau, la main cherchant frénétiquement la crosse d'un flingue. Il rencontre naturellement celui qui demeurait entre ses reins et qui, en plus de le gêner, risque de lui être tellement utile sous peu... Et cela par sa faute. Un peu en retrait, l'allure ralentie, il lui jette des regards pressants, qu'elle ne lui rend jamais. Focalisée sur leur escapade et les virages que leur belle échappée doit prendre, elle l'abandonne à sa surprise, et à ce sentiment diffus de trahison. Refuse-t-elle de se battre ? Après tout ce temps, tout ce sang, est-ce qu'elle préfère se laisser mourir ? Saul n'attend pas plus qu'un ordre lointain qu'on aboie pour s'offrir une réponse. Une ruelle pénétrée depuis le nord, il arrête Ester d'une main ferme autour du poignet. Il l'attire contre lui en même temps qu'il la repousse vers la pénombre qui les protège. « Pourquoi ? » Il doit savoir. Ça semble futile, d'exiger la réponse maintenant, mais il se pourrait bien qu'ils soient tous les deux morts avant d'avoir eu le temps de cette conversation... Pour un instant, Saul doute de la connaître, et plus encore de lui faire confiance. Si elle lutte pour un seul, que fera-t-elle d'eux et de leurs serments une fois toute le bande des soulyards à leur gorge ? « T'égorges un type comme un porc et, finalement, tu peux pas mettre une balle dans... » La colère n'a pas le temps de monter. Les assaillants n'ont même pas cette patience. « ILS SONT LÀ ! » La première balle siffle tellement près que Saul retient son souffle avant de s'accroupir, et d'y forcer Ester d'un même élan. Quand l'oxygène descend convenablement dans ses poumons, il lève le pistolet un peu au-dessus d'un fatras de déchets, cartons, bidons, qui leur bouche la vue et celle de l'ennemi. « Vous avez pris vot' temps, bande d'enculés ! » Quatre, cinq, sept balles. A huit, il cède machinalement sa place, passant, recroquevillé, dans le dos d'Ester. Il tire sa dernière cartouche, et recharge.
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Ester Jankovic
kill of the night


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MessageSujet: Re: la purge (ester)   Lun 2 Nov - 10:52

La course a cet effet sur elle que presque rien ne peut remplacer. La sensation d'une purification entière et complète, d'un équilibre retrouvé et d'un sérénité reconquise. Son souffle s'ajuste automatiquement au pas, et elle ne pense plus à rien. Ses muscles se délient avec habitude pour accompagner l'effort, et les restes d'adrénaline qui crépitent en elle suffisent à son bonheur entier. Elle pourrait se contenter uniquement de ça, d'une courses effrénée où tout son corps lui gueule haut et fort qu'elle est vivante, bel et bien vivante, et libre, et forte. Mais elle n'est pas seule et jamais Saul ne pourrait se contenter de ce bref plaisir. Et plus que son propre bonheur, c'est celui de l'homme qui lui importe le plus. S'il n'est pas heureux, si elle ne le sent pas tranquille, alors elle ne peut pas prétendre à cet équilibre si précieux, il est une partie de sa vie au même titre de Samira, et si l'un d'eux flanche, alors c'est tout le monde qui s'écroule. Saul a besoin de la violence comme de l'oxygène qui rentre dans ses poumons, il a besoin du sang qui s'écoule de l'autre pour se rappeler ce que son propre corps contient. Et Ester est prête à le lui offrir.

Quand il l'attrape, la colle à lui pour mieux la repousser, Ester sent la tempête arriver. Elle se doutait bien qu'il ne pourrait pas digérer l'affront de l'un deux qui se relève maquillé du carmin qui s'écoule d'une plaie, mais vivant.  « Pourquoi ?»  Il exige même une réponse et se fait pressant. Ester bafouille, elle s'emmêle dans ses pensées. C'est vrai, ça, pourquoi ? « T'égorges un type comme un porc et, finalement, tu peux pas mettre une balle dans... » Est-ce qu'elle peut vraiment lui raconter pourquoi ? Lui dire son malaise à l'idée d'exécuter froidement un homme qui n'a rien demandé, alors que le feu de l'action est retombé ? Elle n'a, habituellement, pas tant d'égards. Peut-il comprendre cette peur et cette angoisse folle qui se sont emparées d'elle un instant et qui l'ont balancée au beau milieu du désert afghan plutôt que dans cette rue rassurante. Alors elle se mord la lèvre, et baisse les yeux, comme une fautive prise sur le fait, et elle ne répond rien, pas vraiment. D'ailleurs, elle n'en a pas le temps, puisqu'on les a repéré et que les premières balles sifflent déjà à leurs oreilles. Ses réflexes mécaniques font qu'elle a déjà sorti son arme, qu'elle vérifie le nombre de balles à sa disposition et repère le meilleur angle de tir depuis leur fief de fortune. Elle ne prête aucune attention à la provocation puérile de Saul. Elle ne prête plus attention à rien. Elle redevient guerrière, elle redevient soldat. Et quand Saul se replie pour lui laisser la place, elle ne le remplace pas immédiatement. Elle prend quelques secondes pour le contempler, pour se rappeler combien elle l'aime et combien il est important qu'il vive, combien il est essentiel à la bonne marche du monde. Et puis, elle lève le cran de sécurité, se redresse pour moitié et vise. Le bruit assourdissant des balles ne lui fait aucun effet, ni même le sifflement dans ses tympans, ni les hurlements de rage qu'on entend de l'autre côté, ou alors de douleur ? Ester ne sait plus, elle se contente de viser et de tirer, grisée par l'adrénaline qui pulse dans tout son être à chaque respiration et chaque pulsion de son cœur dans sa cage thoracique ; le tout bien trop calme et trop régulier pour une telle situation. D'ailleurs, son esprit même est bien trop détaché, et flotte à des endroits improbables.

C'est quand elle ajuste ce qu'elle sait être son dernier tir pour cette salve qu'elle se fige quand elle le voit. Il doit avoir une petite dizaine d'années, douze ans, peut-être treize, et c'est lui qu'elle vise. Il sont trop éloignés pour que ce soit possible, mais il lui semble à cet instant qu'il a planté ses rétines foncées dans les siennes et qu'il la défie de pousser la gâchette. Et ça manque de lui coûter la vie, elle s'accroupit à nouveau alors que le tir ennemi la manque de rien. « Y'a un gosse », qu'elle murmure paniquée. Le sanglot se bloque dans sa poitrine et elle se contient du mieux qu'elle peut. Pour Saul. « Y'a un gosse », qu'elle répète pourtant, tremblante. « Saul, y'a un gosse, qu'est-ce-qu'il fout là ? ». Comme si Saul pouvait le savoir… Elle lève ses yeux paniqués vers son amant, et s'applique à calmer sa respiration affolée. C'est quand ses iris croisent les siens qu'enfin elle retrouve un semblant de calme et qu'elle se souvient. On peut pas flancher. On peut pas baisser les armes. C'est une question de vie ou de mort, et ils méritent la vie.
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Saul Weiss
kill of the night


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MessageSujet: Re: la purge (ester)   Mar 1 Déc - 20:07

Il se compte vingt-quatre balles, réparties dans trois chargeurs fourrés dans les poches de sa veste. C'est trop peu, mais ça lui ôte déjà un poids lorsque le premier est fiché dans le flingue. Le cliquetis métallique est si caractéristique qu'il a l'effet immédiat de le rassurer. Lorsqu'on est armé, dans cette putain de ville, on n'a plus rien à craindre. C'est la première leçon dispensée par Harcourt Drive, et c'est la plus stupide de toutes. Parce que vingt-quatre balles ne leur sauveront pas la vie. Même s'il s'imagine – à tort – qu'Ester en a emportées plus que lui et que – à raison – son tir est plus habile, ils ne l'emporteront pas sur le terrain du Black Soulyard. Ils sont peut-être sept ou huit dans cette ruelle, mais cent frères alentours qu'ils peuvent appeler ou seulement réveiller de cette seule fusillade. Leur chance, pour sûr, serait que la police rapplique et force le gros des troupes à se disperser. Mais les flics, en trop grand nombre blancs, ne s'aventurent pas dans Burbank Street, plus noir et plus dangereux qu'un puits sans fond. Il en veut terriblement à Ester, dont l'épaule tremble à chaque détonation qu'elle crache en direction des nègres. Leurs voix gueulardes se mêlent indistinctement, le timbre rompu aux balles qui voudraient les fendre de part en part et les laisser pour morts.

Il s'apprête à prendre le relai, la main sous le poignet afin de se découper la visée la plus dégagée et la plus stable possible. Ce n'est pas nouveau. Il sait tirer depuis... s'il n'est pas capable de s'en souvenir, c'est qu'il en sait suffisamment et depuis assez longtemps. Ça le persuade de ne plus penser, à rien, de se focaliser sur le bruit des balles qui sifflent, qui en veulent terriblement à leur vie. Ils vont mourir s'ils s'attardent davantage et que leurs ennemis n'ont plus qu'à s'approcher pour les cueillir, des flingues vides dans les mains. Or, c'est quand Saul a le plus besoin qu'Ester soit avec lui que, à la grande surprise du nipper, elle manque à son devoir. « Quoi ? » Le concert fanatique des balles l'empêche d'entendre. Il se tasse un peu plus sur lui-même, par réflexe et parce qu'il est forcé d'imiter Ester. Il ne comprend pas immédiatement. Pourtant, la panique est lisible. Elle déborde littéralement, de tous les endroits. C'est spectaculaire parce que ça vient d'elle. Un gosse. Il a envie de demander ce que ça peut faire... Il se retient parce qu'il voit trop l'angoisse dont elle regorge. « Quel gosse ? » Posant sa paume libre contre la poitrine de son amante, Saul la force à demeurer le dos contre le mur pendant qu'il tente un regard. La balle pourlèche la peau. Il grimace en portant les doigts à son oreille – il n'a rien que la brûlure et un sifflement persistant dans le tympan. « Fils de... » La lèvre coincée entre les dents, Saul se redresse, passe la main puis le poignet. Il tire quatre balles – il en dénombre plutôt cinq. La riposte compte sept fois plus de munitions. Ça tourne à la démonstration de force, quand même les gosses d'une dizaine d'années sont mobilisés au rempart et à l'assaut. Il tente de trouver ces traits juvéniles dans la pénombre et les déchets urbains. Péniblement, il découpe les silhouettes là où l'obscurité est moins pesante : ce n'est pas glorieux mais ça suffira bien quand il ajuste trois tirs dont au moins un atteint sa cible. Le nipper n'apprécie pas son œuvre. Il espère, au plus, le massacre. Bloquant le chargeur, il lève le regard vers Ester. « T'as envie de vivre, d'accord ? J'ai envie de vivre. » Sans être capable de se l'expliquer, un sourire s'ébauche au coin de ses lèvres. C'est certainement la peur qui fait sauter la plus faible de ses inhibitions. « On est immortels. » Il sait que ce n'est pas vrai cependant qu'il s'en fout. Le bras redressé, le flingue en extension, Saul lui fait signe de le rejoindre. « Couvre-moi. »

Ce gosse, en vérité, c'est leur chance. Il s'élance à l'instant même où Ester se rapproche, parce qu'il ne veut pas avoir à lui expliquer les détails et moins encore à tolérer sa réaction. Il fend seulement la ruelle dans sa largeur pendant qu'elle est bien obligée de concentrer le feu de leurs adversaires sur elle. L'air expulsé hors de ses poumons quand son dos rencontre le mur, il serre le pistolet contre son torse. Une bouffée. Deux bouffées. Ce gosse, c'est leur chance si Saul parvient à l'abattre. Même le Soulyard, qui fait mourir des mômes au milieu des hommes, sera bien obligé de s'interrompre devant l'horreur... ça ne durera qu'une poignée de secondes, pour sûr. Mais lorsqu'il sort le bras de son repli, lorsqu'il emprunte un angle difficile et qui va exiger de lui qu'il penche la tête, Saul sait que ça vaut la peine. « On est immortels, il souffle bruyamment. » Puis il bascule le crâne, bloque son poignet et soulève légèrement la mire. Il a tout juste le temps de voir le crâne exploser et répandre de la cervelle. Des cris stupéfaits complètent le tableau qu'il ne peut plus apercevoir, les épaules vissées à sa cachette. Saul compte dans sa tête. Encore un peu. Un cri de rage lui donne le départ. « Cours ! » Crachant les dernières balles de son chargeur par-dessus son épaule, Saul gueule à l'adresse d'Ester, qu'il attire contre lui sans interrompre sa course. Il croit entendre les ricochets des munitions qu'on décharge dans leur course. Trop tard, ils ont les mètres d'avance qui leur permettent de s'échapper par le côté. Le nipper pousse la jeune femme dans un renfoncement. Une porte leur cède l'entrée.
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Ester Jankovic
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MessageSujet: Re: la purge (ester)   Ven 11 Déc - 0:40

Elle voudrait hurler quand elle voit Saul qui s’élance, mais elle n’en fait rien. Elle peut seulement se conformer à ses ordres et le couvrir. Alors, elle se concentre sur sa visée après s’être dissimulée derrière un rempart de fortune. L’angoisse lui ronge l’estomac et remonte dans sa gorge, mais elle s’oblige à déglutir. Elle n’a pas de temps, et pourtant, elle s’accorde systématiquement quelques précieuses secondes pour ajuster ses tirs et s’assurer qu’ils atteignent bien leur cible. C’est, qu’elle aussi, elle a un nombre limité de munitions et elle ne peut pas se permettre de les gaspiller vainement. Saul doit vivre. A défaut d'avoir envie de vivre, elle a envie qu’il vive. Ester pourrait mourir pour ça, elle se laisserait canarder si ça pouvait l’aider. L’envie de vivre n’est là que parce qu’elle sait que Saul a besoin d’elle pour se sortir de ce piège. Et il compte sur elle. Elle ne peut plus le décevoir pour la nuit, le quota est atteint. Alors elle s’applique, vise la poitrine, bloque sa respiration – un vieux réflexe- et appuie sur la gâchette et se remet à l’abri un instant. L’habitude lui fait recharger son arme d'un geste, et quand elle vise de nouveau, elle constate le succès. Trois Soulyard de plus sont au sol et se vident de leur sang tandis que la fureur ennemie augmente. Elle ne sent même pas la balle qui lui frôle le bras, ni même du sang qui coule de la plaie, l’adrénaline anesthésie tout son corps. Le soldat qu’elle est à cet instant se contente de rendre la monnaie avec les intérêts, et deux autres corps rejoignent les premiers. Mais pour un homme tombé au sol, c’est deux qui prennent sa place, lui semble-t-il, et il ne lui reste que peu de balles. L’hydre n’a pas de point faible. Sauf… Son cœur rate un battement quand elle voit le gamin qu’elle a repéré plus tôt tomber au sol, un trou béant dans le crane. Il ne lui faut pas longtemps pour comprendre que c’est Saul qui vient de l’abattre, leur ménageant ainsi une porte de sortie. Alors elle le suit sans broncher quand il l’entraine à sa suite dans les rues sombres du quartier.

Sa poitrine et sa gorge la brulent quand enfin ils se retrouvent en sécurité dans un vieil entrepôt abandonné en l’état depuis le passage de Katrina. La course l’a épuisée et il lui faut quelques secondes pour retrouver un souffle régulier et ses esprits. Elle entend Saul à ses côtés, dont la respiration est aussi chaotique que la sienne. Adossée contre le mur, les mains appuyées sur les genoux, elle se concentre sur sa respiration avant de lever les yeux, timidement, vers Saul. Elle ne craint pas l’engueulade probable, elle le mérite. Elle a mis sa vie en danger, elle a failli quand il avait le plus besoin d’elle. Par deux fois, elle l’a trahi. Et Ester, à cet instant, se sent misérable. Elle ne mérite pas Saul, pense-t-elle, sa confiance, son amour. Automatiquement, sa gorge se noue, et elle scrute l’homme en face d’elle, à la recherche du moindre indice trahissant ses pensées. C’est comme ça qu’elle remarque le filet de sang qui coule depuis la tempe, sur son visage, jusque dans son cou. Elle ose alors combler la distance, et prudemment, elle lève la main. De ses doigts, elle palpe doucement la plaie pour en évaluer la gravité. De son autre main, elle tire la manche de son chandail, dessous sa veste, pour éponger doucement le sang jusqu’à ce que ça arrête de couler. Elle maitrise son souffle pour ne pas trembler. « Je ferai mieux une fois rentrée. » elle promet dans un murmure avant de se détourner. Saul la trouble, comme à chaque fois qu’ils se trouvent trop proches l’un de l’autre. Elle voudrait pouvoir se loger contre son torse, respirer son odeur, fermer les yeux et penser à autre chose.

Mais ce n’est pas le moment. S’ils sont en relative sécurité dans cet entrepôt, rien n’empêche les autres de le fouiller, et alors de les retrouver et de les buter. Un rapide coup d’œil autour d’elle lui permet de repérer cette barre de métal qui lui serre à bloquer l’accès par lequel ils sont entrés. S’occuper l’aide à ne pas s’appesantir sur sa culpabilité, qu’elle estime même ne pas avoir le droit d’éprouver. Fouillant dans ses poches, elle sort le dernier chargeur intact qu’elle tend envoie à Saul pour qu’il recharge son pistolet. C’est à cet instant qu’elle remarque sa main couverte de sang, celui de Saul pense-t-elle. Ester n’a toujours pas remarqué sa propre blessure, légère aussi. Mais autant de sang, ça risque d’encrasser son arme et c’est un risque qu’elle ne peut pas prendre. La trainée rouge s’étale sur son pantalon tandis qu’elle y frotte ses mains poisseuses.

Ils attendent. Dix minutes, peut-être plus. Une demi-heure plus probablement. Impossible d’évaluer le temps qui passe dans cette attente fébrile. Mais rien, ils n’entendent pas de cris rageurs, ni de pas autour de leur abris de fortune. La tension évolue lentement en Ester, et plus le temps passe, plus la réalité s’impose à elle : par sa faute, Saul a failli perdre la vie. Parce qu’elle n’était pas là quand il avait tant besoin d’elle. Et impossible de s’expliquer ce trouble soudain, elle n’a pas tant d’égard de coutume face aux ennemis de Sham Weiss. Jamais elle ne se retient quand il s’agit de le soutenir. Alors, à nouveau, elle ose un regard vers lui, et espère trouver… Elle ne sait pas vraiment ce qu’elle cherche. Le pardon, peut-être.
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Saul Weiss
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MessageSujet: Re: la purge (ester)   Jeu 10 Mar - 1:55

Avec l'énergie froide, une violence canalisée et un regard méthodique, Saul inspecte l'entrepôt qui leur fait un abri. Parce que l'espace est trop important pour être entièrement sécurisé, il arpente les alentours immédiats en cercles concentriques. Tant qu'il n'aperçoit pas d'ouverture, il se satisfait du refuge. Or, le bâtiment ne comporte pas d'étage, aucune fenêtre et il se perd, loin, au-delà de la vue, dans les ombres et dans le silence. Apparemment, il est adossé à des habitations dont les occupants chassent tout squatteur. Le Soulyard viendra probablement chercher ici, quand ils auront fini d'errer dans les allées adjacentes. Et ça n'est pas le blocage rudimentaire qu'Ester installe sur la porte qui les retiendra longtemps. Plutôt que de se morfondre dans cette probabilité confondante, Saul s'efforce de goûter sa survie. Il enfourne le chargeur qu'elle lui lance, glisse les autres munitions dans sa poche – ça fait peu – et évalue le temps qu'il faudrait aux nippers pour venir les extraire. En consultant son téléphone, il n'attrape aucun réseau, et le promener dans les airs n'y change rien. Ça compromet l'alternative désespérée. Ils sont bel et bien seuls et, pour le moment, Saul a le sentiment prégnant, et douloureux, qu'il est un plutôt qu'ils sont deux. A cette pensée, ses billes glissent sur Ester, qui lui rend son regard aussi longtemps qu'il accepte de le soutenir. Ce qu'il témoigne, sans dire un mot, agrège de l'incompréhension et de la colère. Ce qui le mord n'est pas de la rancune. Pourtant, il se refuge à la dévisager. Sa démarche prudente le rapproche de la porte. Il plaque l'oreille contre le métal, et il apaise les battements de son cœur. Il n'entend rien que les bruits nocturnes de la ville, et ça vaut bien un silence ici-bas. Alors il se repose le dos contre le battant, et il tapote le sang qui s'écoule de la plaie. Saul ne sait pas d'où il vient. Il se fiche de l'ampleur de la blessure. Il peut marcher. Penser. Tirer. Aucun de ces foutus nègres n'a réussi à le tuer. Eux ne peuvent pas en dire autant. Ce gosse, le premier. Le meurtre est vilain, mais ça ne lui fait pas grand-chose. De se souvenir, d'appréhender les détails de ce crime, une vague nausée se loge dans le fond de son ventre mais ce n'est guère plus qu'un remord tiède. Si le gamin peut tenir un flingue, alors il peut mourir. Et si ses aînés le laissent tenir ce putain de flingue, alors c'est pire : ils acceptent de le faire mourir. C'est sûr, il sait que c'est mal et que la place des mômes est à l'école. C'est sûr, il doit regretter, chialer la perte de la moitié de son âme. Et, malgré tout, malgré son acuité morale, ce que Saul ressent, c'est le feu liquide du plaisir.

« Rends-moi le cran d'arrêt. » Parce qu'il n'a pas lâché un mot depuis longtemps, sa voix se brise sur la fin. Ça n'en reste pas moins un ordre, aussi calme soit le ton, aussi lentement s'approche-t-il d'elle. Il range le pistolet pendant qu'il pèse l'équilibre de la lame. Alors qu'il l'ausculte et la fait tourner entre son index et son pouce, Saul réfléchit. Se séparer offre à l'un d'eux une chance d'éloigner leurs chasseurs, voire d'atteindre les secours. Il ne peut néanmoins se résoudre à laisser Ester derrière lui, même si ça devait constituer leur meilleure opportunité. De plus, elle refuserait probablement. S'ils restent cloîtrés dans l'entrepôt, ils prennent le risque d'être piégés, débusqués et exécutés facilement. S'ils sortent, ensemble, alors il leur faut un plan. « On a besoin d'une voiture pour se tirer de Burbank. » Et ils ne se trouvent pas au coeur d'un film hollywoodien : Saul ignore comment démarrer une voiture sans la clé de contact, et il est convaincu que c'est impossible. Alors il se plante devant Ester et il explique lentement (avec des précautions manifestes) qu'ils vont devoir s'introduire dans une maison, juste à côté, la première qu'ils trouveront, prendre en otages ses occupants, récupérer un véhicule, n'importe lequel, et s'enfuir aussi vite qu'ils le pourront. Dans ce coin-ci du bloc, une maison veut dire une famille. Des enfants. D'ordinaire, ce point n'aurait pas été soulevé par lui mais, après les évènements de la nuit, Saul prend le temps de contourner mentalement la question avant de dire : « Est-ce que j'y vais seul ? » Il est hors de question qu'ils procèdent de la sorte – les chances de se retrouver, vivants, frôleraient dangereusement le zéro. C'est une façon détournée de lui demander si elle est prête, cette fois, à faire ce qu'il faut. Pour qu'ils vivent. Pour qu'ils essaient. Pour qu'ils puissent retrouver Sam. Saul n'a pas besoin de le dire, ça se devine. Il plie et déplie le cran d'arrêt, s'abîme la peau contre le fil de la lame. Il ne veut tuer aucun gosse. Il ne l'a pas fait par plaisir et, si c'était possible, pour le jour du Jugement dernier, il aimerait que ça n'ait pas servi à rien.
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Ester Jankovic
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MessageSujet: Re: la purge (ester)   Jeu 10 Mar - 14:00

Le malaise d’Ester ne cesse d’enfler au fur et à mesure du temps qui passe et du silence qui se prolonge. Assise contre un mur, elle observe Saul déambuler dans l’entrepôt à la recherche d’une solution, imagine-t-elle. Si elle donne l’impression d’une apparence sereine, c’est qu’elle prend sur elle pour ne pas allumer la mèche de la prochaine dispute qui pourrait bien leur coûter la vie, cette fois. Mais dans sa poitrine, le poids s’alourdit à chaque instant et l’empêche un peu mieux de respirer chaque fois qu’elle reprend son souffle. Dissimulés derrière ses cheveux qui lui tombent sur le visage, ses yeux bleus suivent avec application les allées et venues de Saul, notent la moindre de ses hésitations, le moindre froncement de sourcils. Ester dissimule son malaise, mais dans son esprit ne cesse de se rejouer cette scène où elle hésite à cause de ce gamin, et Saul qui pourrait mourir à cause d’elle. Impossible, pourtant, de nommer l’origine de ce trouble quand elle a vu l’enfant : des enfants qui se battent comme des adultes, la serbe en a vu plus qu’il ne faut dans une vie, là-bas et ici aussi. Ce n’est pas la première fois que des traits juvéniles se démarquent chez les Soulyard ; mais peut-être pas aussi jeunes et c’est probablement ce qui l’a surprise. Ça n’arrivera plus jamais, elle se promet en silence. La vie de Saul, de cette âme-sœur inopinée, vaut malheureusement bien plus que la vie d’un gamin à ses yeux. Le constat devrait la rendre malade ou l’écœurer, mais c’est la triste vérité : elle sacrifierait n’importe quel gamin pour sauver Saul. Quand Saul se plante devant elle, Ester relève le visage pour le dévorer du regard un peu mieux. En silence, elle chercher le couteau qu’elle lui tend le manche en avant. Et il ne dit rien de plus, semble réfléchir et se perdre dans la moindre stratégie qu’il met au point. Il n’y a rien d’autre à faire que d’attendre qu’il se décide et qu’il commande. Et quand enfin il reprend la parole, Ester l’écoute religieusement et hoche la tête quand il le faut. Ses dents viennent pourtant violemment entailler la chair de ses lèvres quand elle l’entend expliquer son plan avec autant de mesure, et ça la frappe alors : il n’a plus confiance en elle ! Pour l’instant, il ne peut plus fermer les yeux et se dire qu’elle veille sur lui, comme il est convenu qu’elle doit le faire. « Est-ce que j'y vais seul ? » Elle sursaute, comme électrocutée. C’est l’effet que lui fait cette question, alors elle se relève à son tour et le jauge un instant du regard, avant de répondre d’un ton parfaitement maîtrisé. « Bien sûr que non. » Qu’il vive est sa priorité absolue, qu’il rentre sain et sauf chez lui et qu’il oublie du mieux possible cette nuit néfaste où elle a failli à sa tâche.

Son regard fouille rapidement l’espace et s’accroche à une barre métallique petite, légère et surtout maniable. Elle évalue son poids en la faisant tourner dans ses mains un instant, avant de se tourner vers Saul et de hocher la tête. Elle est prête, ils peuvent y aller. Alors, ils libèrent le passage condamné plus tôt et se coulent dans l’obscurité des rues. Après les évènements de la soirée, le silence de celles-ci, et l’absence d’âme qui vive n’est pas pour les réconforter. Après l’impensable, les Soulyard devraient être en train de battre le pavé pour réclamer le sang et la vengeance. Prudente, Ester suit Saul qui connait mieux qu’elle le dédale des ruelles. Le dos penché et tous les sens en éveil, ils avancent prudemment et gagnent la première maison. Les volets ne sont pas fermés mais on ne devine rien à travers les fenêtres closes. Il faut agir vite. Alors, ils contournent la maison pour trouver un point d’accès plus facile et moins exposé. La coursive entre les deux logements leur offre cette possibilité : la fenêtre est petite, mais Ester est assez fine pour passer au travers et elle pourra lui ouvrir ensuite la porte. Avec des gestes assurés, ils brisent la vitre et Saul l’aide à passer au travers. Après quelques secondes, ses yeux s’habituent à l’obscurité et elle déverrouille la porte de ce qui semble être une buanderie. Dans la maisonnée, on n’entend que les bruits des appareils ménagers et celui plus discret de leur respiration. Ce n’est plus qu’une question de temps, maintenant, et la moindre seconde perdue joue contre eux. De la buanderie, ils passent à une petite cuisine, et à un salon vaguement éclairé par les lumières de la rue. C’est là où se trouvent aussi les escaliers, mais ils n’ont pas le temps d’y mettre un pied qu’une voix se fait entendre « Qui est là ? ». La voix chevrotante trahit l’âge de son propriétaire. L’obscurité reste, durant encore quelques instants, leur meilleur avantage, alors Ester attrape la main de Saul et le tire en arrière pour le dissimuler dans un coin, et elle lui abandonne son arme de fortune entre les doigts. A l’étage, une lumière s’allume, des pas se font entendre et une silhouette se dessine en haut des marches. Ester en évidence, Saul pourra toujours bondir pour s’occuper de leur assaillant le moment venu. « Bouge-pas ». Ester prétend se figer, et se retourne. L’homme tient entre ses mains un fusil de chasse. Grisonnant, légèrement voûté, il accuse sûrement les années. « Vous voulez quoi ? Y’a rien à prendre, ici, y’a rien à voler ! ». Les mains de la jeune femme se lèvent, comme preuve de sa bonne foi évidente et elle recule à pas lent de façon à le forcer à continuer de la braquer, et pour que Saul n’est plus qu’à le prendre par surprise de dos. Pas un seul instant la folie de son entreprise ne la frappe, ni même l’idée que tout pourrait mal tourner : elle est vulnérable et désarmée, mais sa confiance en Saul la convainc qu’il saura agir au bon moment, comme il le faut. Dans l’esprit d’Ester, c’est Saul qu’il faut protéger, qu’importe les risques à prendre : il doit vivre.
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Saul Weiss
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MessageSujet: Re: la purge (ester)   Mar 14 Fév - 13:53

L’épinéphrine ne retombe pas. Elle gicle dans le sang.

Saul fait attention à tout, il persécute tous les détails. Il s’assure de la détermination dans les pupilles d’Ester, il scrute les obscurités de la rue, il éparpille les bris de verre avant de l’aider à s’introduire dans la maison. Son regard balaie la cour qui sert également de jardin, et le calme du quartier le contemple jusqu’ici. À l’exception de quelques bruits de moteur et d’une alarme dans le lointain, le silence est aussi mat qu’il est asphyxiant. Après la fusillade, on devrait entendre les sirènes. Si les flics trainent les pieds, ils viendront forcément. À l’aube, peut-être. Après avoir rassemblé suffisamment d’effectifs et de voitures, sûrement. Saul Weiss ne préfère pas compter sur la police. Il ne leur a jamais fait confiance, et leur manque volontaire de réactivité n’est pas pour le détromper. Burbank Street pourrait crever dans les flammes avant qu’ils n’envisagent d’éventrer une bouche d’incendie pour apaiser les braises. Ici, on ne peut compter que sur soi, et sur la solidarité du voisinage.

À l’intérieur, Saul plie les genoux. Toute discrétion est la bienvenue. Avec un peu de chance, ils auront le temps de fureter et de trouver des clés du tas de ferraille garé dans l’allée. C’est une stratégie qu’Ester ne partage, ou plutôt qu’elle balaie dès qu’un timbre les surprend depuis le premier étage. Il siffle entre ses dents serrées mais se maintient dans la pénombre. Elle ne réalise pas le risque qu’elle prend. Elle ne réalise pas le risque inconsidéré et inutile qu’elle prend. D’abord, il y a le fusil qu’on vient braquer juste sous son nez (et qui hésite à mirer plutôt sa poitrine et l’ensemble des organes vitaux). Il y a surtout le type qui l’observe, visage découvert. Le poing de Saul se referme autour du cran d’arrêt, le métal luisant à la lumière nocturne. Il n’a pas envie de tuer le bougre… Est-ce qu’il a encore le choix ? La décision se précise quand Saul se glisse et se redresse dans son dos. La lame se plaque contre la gorge, et son fil aiguisé presse doucereusement sur la peau. Si l’homme se raidit, la mire vaguement relevée, il leur épargne tous les mauvais réflexes d’un myocarde trop sensible et d’une gâchette trop exercée. « On veut seulement tes clés de voiture. » Dans l’oreille, le nipper parle lentement, d’un ton très maîtrisé, qui souligne le caractère raisonnable du compromis compte tenu des diverses pressions mortelles qu’ils exercent les uns sur les autres. Il y a encore une possibilité que ça finisse bien. « On la ramène demain, et tout le monde va se coucher. » Sous son avant-bras, Saul sent le souffle de l’inconnu. Il n’est pas assez impressionné pour paniquer, mais sa respiration se maintient à flux tendu. Il est âgé, et la menace qu’on exerce contre lui est, au contraire, vive et jeune. Ça ne le fait pas répondre tout de suite, d’autant qu’il scrute la fille avec l’intention de la jauger, elle, en comparaison de celui qui le retient. Faire du chantage à Roméo est extrêmement tentant… mais pour la vieille Ford stationnée devant chez lui ? « C’est sur le panneau à droite de l’entrée. » D’un mouvement du menton, Saul envoie Ester. Le fusil de chasse la poursuit un moment avant de s’abaisser. Entre les reins, le type sent un moment la raideur du flingue. Et puis il ne bouge plus, parce que le cran d’arrêt lui frôle la pomme d’Adam.

Ils s’engouffrent dans la voiture, qui démarre au premier contact. Elle est bruyante, et sale, et imbibée d’une odeur de renfermé qui soulève l’estomac. En comparaison des odeurs rances de sang et de sueur de cette nuit, c’est un cocktail que Saul sait supporter. En dépits de son coeur qui tambourine entre les côtes et de sa sale colère remâchée, il ne dit rien et ne regarde jamais Ester. Il s’engage dans la rue, bifurque sur la première avenue. Il ne retrouve pas tout de suite son chemin, parce qu’il n’a jamais vraiment conduit dans ce coin-là de la ville. Sous les lumières ocres de l’éclairage public, il avale le goudron, les centaines de mètres, et ses billes ne s’habituent pas tout de suite à poursuivre les panneaux de signalisation plutôt que ce qu’il prend pour des silhouettes, à chaque carrefour, venelle, fenêtre. Ils sont presque sortis de Gentilly quand il reconnaît un itinéraire qui leur prendra moins de vingt minutes. Il pousse la carcasse au maximum de ce qu'elle peut encore tolérer pour réduire ce temps à un quart d’heure.
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Ester Jankovic
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MessageSujet: Re: la purge (ester)   Dim 12 Mar - 22:22

Évidemment elle ne voit que lui, quand même elle s'applique à ne pas le regarder. Mais dans le reflet de la vitre, elle peut parfaitement remarquer les poings blanchis autour du volant, la mâchoire contractée et son visage qui reste obstinément tourné vers la route, droit devant. Pire que tout, il y a le silence oppressant entre eux. Il écrase tout, façon bulldozer et retourne les intérieurs d'Ester. Péniblement, la serbe tente d'organiser ses pensées, de trouver les bons mots. Mais elle ne sait pas faire, ça. Alors ses dents entaillent violemment la pulpe de ses lèvres, jusqu’à ce que le sang perle, pour ne pas hurler, pour ne pas pleurer, pour ne pas trembler – elle enfuit ces émotions, leur nie même le droit d’exister et de se nicher, là, dans le creux de sa poitrine, au fond de son ventre, et de remonter le long de sa colonne vertébrale pour le loger derrière la langue. Et tandis que les lumières de la ville défilent à toute allure, elle se repasse le film de ces dernières minutes, en boucle.

Elle entend son cœur battre. Dans ses tempes, dans sa poitrine. Sa respiration se fait prudente, silencieuse. Jamais elle ne regarde Saul. Elle a trop peur de ce qu’elle y lira : la colère ? la déception ? l’angoisse ? Elle perdrait ses moyens, et à cet instant précis, Ester ne peut se permettre que ses pensées se perdent. Elle ne peut pas laisser l’affecte prendre à nouveau le dessus. Il bouge en silence, et de là où elle, elle ne voit de la lame que le reflet discret. C’est lui mène les négociations, tandis qu’elle se tient prête à réagir en cas de besoin. L’adrénaline qui sature son organisme lui donne cette étrange impression de tout percevoir de chaque geste, chaque bruit, chaque intention et chaque silence – de pouvoir les anticiper, même. Les respirations se font rares et discrètes et tout le monde jauge tout le monde. Les forces et les faiblesses, les marges de manœuvre. Et tout le temps, Ester plante ses yeux bleus dans ceux foncés de l’homme. Cette fille n’a pas peur, il le constate et frisonne se faisant. Elle pourrait se prendre du plomb dans la poitrine, elle ne le craint pas. Et celui qui le menace pourrait lui trancher la gorge si rapidement… Elle pourrait survivre, peut-être. Lui non, alors qu’il a prévu de couler encore de vieux jours, longs et paisibles si possible. Alors il cède. « C’est sur le panneau à droite de l’entrée. » Les doigts d’Ester serrent leur prise, et alors que Saul se précipite dehors, elle se retourne et lui adresse un petit sourire reconnaissant.

Crispée dans le fond de son siège, Ester tourne et retourne les évènements de la soirée, une colère aussi vive que surprenante pour lui bouffer les entrailles. Et comme Saul ne dit rien, Ester plonge dans ses états intérieurs et les examine patiemment. Sa colère, c’est contre l’homme assis à sa gauche qu’elle est dirigée. Parce qu’il l’est aussi, en colère contre elle. Et elle comprend pas pourquoi. Parce qu’elle a refusé de buter un gamin ? La déception ? Ester émet mille et une suppositions qu’elle juge toutes plus inacceptables les unes que les autres.

Le silence ne la percute pas immédiatement. Pourtant, la voiture est garée sur le bas coté de la route. Ils sont rentrés, enfin, sur le territoire des nippers. Pourtant, quand elle tourne la tête, elle ne reconnait pas la maison de Saul. D’ailleurs, il n’y a pas de maison, juste des ruines héritées de Katrina. « C’est pas la maison », elle constate la voix froide et égale. Le silence qui lui répond attise plus encore le braiser de colérique qui lui mange l’esprit, lui brûle la gorge et le ventre. Elle le tolère, un moment, et furieuse, se tourne vers Saul. « Très bien ! Fais la gueule ! Garde le silence ! J’rentre à pieds. » D’un geste brutal et absolument pas calculée, elle balance son arme sur les genoux de Saul, sort de la voiture et claque la portière brusquement. Dans le silence du petit matin, elle aurait pu tirer un coup de feu, l’effet aurait été le même. Et sans accorder un regard à Saul, elle s’enfonce dans la rue, décidé à mettre le plus de distance possible entre lui et elle. Peu importe si elle ne reconnait pas cette partie du quartier, et qu’elle arrive bien après lui. Peu importe si elle se perd – il y aura toujours un connard la solde de Saul pour la ramener à la maison, de toute façon !

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la purge (ester)

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