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 le combat ordinaire (sam & saul)

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Ester Jankovic
kill of the night


○ messages : 50

MessageSujet: le combat ordinaire (sam & saul)   Sam 19 Sep - 16:31

Tous les trois attablés dans la petite cuisine autour de bières et d'un cendrier qui se remplit de cendres et de mégots un peu plus à chaque minute qui passe, ils observent les deux silhouettes fines qui se tiennent côte à côte dans le terrain vague qui jouxte la maison. « Vous pensez qu'il est amoureux ?
- Tu plaisantes ? Amoureux ? Non, il est accroc, tu veux dire !
- Franchement, qui aurait pu imaginer…
- Imaginer Saul aux pieds de deux nanas ?
- Non, mais entre celle qui a refait la décoration entièrement et qui flippe dès qu'un placard est entre-ouvert, et l'autre qui passe ses nuits à gueuler… »
On acquiesce en hochant de la tête, tandis que les yeux se tournent à nouveau vers Ester et Samira. La première a un pistolet dans les mains, et bientôt, elle tend les bras, vise, et en quelques secondes, les cinq  bouteilles qu'elles ont alignée explosent, perforées par l'impact des balles. Elle n'en a pas manqué une seule, et les trois hommes n'ont pas besoin de le dire pour le constater : son timing était parfait. Ils ne savent presque rien d'elles, ce que chacune a bien voulu dévoiler, ce qu'ils ont deviné. Ils savent qu'elles étaient avec lui, ce jour là, que c'est Sam qui les a sauvé avant qu'ils ne la libèrent, qu'ils ont failli mourir, qu'Ester est restée bien trop longtemps ses mains appuyées sur le torse de Saul pendant qu'il se vidait de son sang.
« N'empêche, c'est pas à elle que j'irai chercher des emmerdes.
- Pour sûr, elle sait ce qu'elle fait avec un flingue dans les mains. J'comprends pourquoi il l'embarque avec lui…
- Elle n'a pas besoin d'un flingue pour démonter son homme. T'étais pas là, l'autre soir, mais même à cinq, on arrivait pas la maîtriser.
- Je comprends pas.
- Qu'est ce que tu comprends pas ?
- Ce qu'ils fichent ensemble, là, les trois. »
Un nouveau silence se fait. Il n'y a pas besoin de le formuler pour savoir : ils survivent, comme ils peuvent, ensemble. La petite bande ne pouvait pas saisir ces liens qui reliaient leur chef à ces deux filles, ils ne pouvaient que constater la solidité de ce qui les reliait. Et on ne leur laisser aucun autre choix que d'accepter cet état de fait, même si ça signifiait accepter les obsessions de Sam et les crises d'Ester, chaque fois plus violentes et éprouvantes. Et ils se pliaient sans trop rechigner à la tâche qu'on leur avait confié : avoir toujours un œil sur elle, même si l'une part pour le centre commerciale et l'autre enfourche sa moto. On préfère se plier aux caprices des filles plutôt que d'essuyer la colère emprunte de terreur du premier.

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« Arrête de sursauter à chaque fois, Sam... » soupire Ester en lui mettant le pistolet dans les mains – elle vient d'abattre ses cinq cibles. « Tu finiras par t'habituer au bruit. ». Elle s'éloigne quelques instants le temps de dresser de nouvelles bouteilles, cibles de leur exercice. « N'oublie pas, bloque ta respiration avant de tirer, prend ton temps pour ajuster ton tir. Mais n'hésite pas. ». Ester reste de stoïque quand Sam tire, alors que l'autre recule, terrifiée tant par le bruit que la sensation de l'arme dans sa main, ses doigts crispés autour de l'arme et les traits tendus. La serbe, elle, se contente de regarder avec satisfaction l'une des bouteilles renversées. C'est un progrès. Depuis qu'elle s'est mise en tête d'apprendre à Samira à utiliser une arme à feu, la jeune femme n'a pas réussi à frôler ne serait-ce qu'une cible. Alors elle offre un sourire sincère, tandis qu'elles rebroussent chemin en silence. Une légère brise agréable rafraîchit le fond de l'air, lourd et saturé d'humidité, tandis qu'elles marchent côte à côte, elle ne se touchent pas, se frôlent à peine, mais personne ne peut nier la connivence qui émane des deux jeunes femmes, bien trop éloignées de celles qui relient deux amies, aussi intimes soient-elles. Dans le quartier, pourtant, personne n'a posé de questions, et on garde ses pensées pour soi, quand on en vient à cet étrange trio qu'ils forment, avec Saul.

A peine rentrées, elles se séparent, chacune pour vaquer à ses occupations. Ester se dirige immédiatement vers la platine à cd complètement déglinguée pour l'allumer, et rapidement, le son de la trompette de Miles Davis remplis la pièce de vie principale. Sûrement que Sam range à présent avec méthode les bouteilles et vide les cendriers que les trois autres ont abandonné dans la cuisine et qu'ils discutent. Sam a le contact beaucoup plus facile avec les autres, et on se méfie moins d'elle ; probablement parce qu'elle n'a pas tenté d'en tuer un par accident.

Quand Saul rentre à son tour, Samira se précipite. Ils se trouvent, de façon naturelle et aisée, si facilement. Les mains, les lèvres et les corps se retrouvent, se pressent et se rassurent, calmant les angoisses de l'une et réjouissant l'autre. Avec Ester, tout est encore beaucoup trop compliqué. Elle soupire d'aise, pourtant, lorsqu'il dépose un bref baiser dans son cou, et qu'elle laisse traîner une main sur son visage. Et elle a bien du mal à ordonner ses pensées, à se concentrer sur le livre qu'elle vient à peine de commencer, maintenant que cette boule de chaleur se diffuse dans son corps depuis son ventre. Dehors, la brise s'est transformée en début de tempête et le ciel s'est obscurcit, et il ne faut pas longtemps pour le ciel délivre des trombes d'eau. Ester frisonne, quand bien même il ne fait pas froid, et elle attrape le pull trop large de Saul dans lequel elle s'enroule, avant de rejoindre tout le monde dans la cuisine. L'odeur du tabac se mélange à celui du repas que Sam a commencé à préparer, les bières circulent, les rires et les voix se mêlent, on s'appelle, se chamaille. Comme à son habitude, elle reste un peu en retrait, silencieuse. Elle profite juste de la présence rassurante de tout le monde, sans se mêler tout à fait à eux. Mais elle capte un sourire de Sam à son endroit, et une œillade de Saul, et ça lui suffit. Elle se déride un peu, attrape une bouteille à son tour, et trinque avec le premier type qui se trouve à côté d'elle. Elle boira probablement plus qu'elle ne parlera, mais on ne trouvera personne pour y redire quoi que ce soit.

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Samira Foxx
kill of the night


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MessageSujet: Re: le combat ordinaire (sam & saul)   Sam 19 Sep - 23:44

Les bras tendus droits devant, les deux mains agrippées à la poignée, Samira prend son temps pour viser. Elle veut vraiment s'appliquer. Mais c'est plus fort qu'elle ; à chaque fois que son doigt presse la gâchette, ce n'est pas seulement le bruit, c'est d'abord l'action qui la terrifie. Alors elle sursaute, l'arme dévie et la balle n'atteint jamais sa cible. Le plomb perfore le bois qui soutient les bouteilles, elles ne vacillent même pas. Si l'effort demeure toujours un échec, Samira est déjà satisfaite de se rapprocher peu à peu de la cible alors qu'Ester soupire et s'exaspère. Encore une fois, pour illustrer ses conseils, la serbe lui montre l'étendue de ses talents. Chez elle, l'enchaînement est rapide, beaucoup plus déterminé ; elle lève le bras, le tend, débloque la sécurité et tire cinq fois. Le verre explose autant de fois. Samira ne s'habitue jamais au bruit, ses oreilles sifflent encore. Elle ne s'habitue pas non plus au fait qu'on lui glisse un pistolet entre les mains. Si Ester ne décourage pas et reste aussi patiente, ça n'est certainement pas pour aller chasser la faune des marécages. Dehors, il y a le danger, il faut apprendre à s'en protéger. Elle pourrait aussi les aider. C'est comme ça que la néo-orléanaise retrouve l'envie de ne pas baisser les bras et d'abandonner Ester sur le terrain.
Cette fois, avec énormément de chance, la balle ne manque pas sa cible et les éclats de verre d'une sixième bouteille rejoignent ceux des cinq premières. « Et voilà, chef ! Je pense que je suis en bonne voie pour devenir aussi douée que toi, si ce n'est plus. » Comme il est préférable de terminer sur une bonne note, Ester estime que c'est assez pour la journée.

Le reste de la journée se déroule d'une manière plus tranquille. La trompette de Miles Davis a remplacé le son des coups de feu et Samira a troqué l'arme contre une cigarette et une bière. Les garçons l'accueillent dans la cuisine en se moquant de ses performances au tir. Et puis quand ils se mettent à parler de choses qu'elle ne comprend pas toujours, Samira quitte la table pour ranger les bouteilles vides et vider les cendriers, pour récurer des endroits déjà propres. La seule chose qui parviendra à la déconcentrer sera la porte d'entrée qui s'ouvre, puis se referme. Si elle se précipite si vite, c'est d'abord pour se rassurer. Samira donne toujours l'impression d'assister à un miracle durant les quelques secondes qu'il lui faut pour capter son attention. Ensuite, ça n'est qu'un déferlement d'affection, des sourires et des baisers échangés. Et jamais elle n'oublie de jeter des regards à Ester, parce-que c'est aussi un moment que Sam partage avec elle. Il est bien là, leur Saul, il est encore en vie.

Avant de retrouver la cuisine, Samira effectue son habituel tour de la maison pour fermer toutes les fenêtres et vérifier tous les coins d'ombre. Ce soir, puisque la pluie s'intensifie au fil des minutes, son rituel semble moins risible. « C'est bon. » Qu'elle conclue en redescendant les escaliers pour tous les retrouver. Sur la table, les cendriers sont de nouveaux pleins et les capsules de bière la décorent. Tout le monde est à sa place et ça la rassure. Elle adresse un sourire à Ester et lui fait signe de la main pour l'obliger à la rejoindre derrière les fourneaux, pour l'empêcher de trop abuser des épices. « Encore de la bouffe de noirs ? » Râle un des nippers en reconnaissant les odeurs qui émanent de la marmite. « C'est pas des manières à avoir devant celles qui remplissent ton assiette. » Répond la cuisinière, tout sourire, malgré la nature des propos. « Sinon quoi, Sam, tu vas foutre du poison dans ma bouffe pour m'apprendre les bonnes manières ? » Qu'il se moque en portant l'alcool à ses lèvres. Sam ne soulève pas, elle se contente de récupérer sa pipe en verre et un briquet. « J'ai enfin réussi à tirer en plein dans une bouteille, aujourd’hui. » Dit-elle dans un rire, parce-que ça n'est pas une menace sérieuse. Parce-que c'est seulement Sam.
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Saul Weiss
kill of the night


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MessageSujet: Re: le combat ordinaire (sam & saul)   Mar 22 Sep - 22:42

L'ordinaire de Saul Weiss est terrifiant. Il a les coudes sur la garde d'un chariot et il se frotte la tempe, hésitant, nerveux, vaguement harcelé par le nombre de produits achalandés sous ses yeux. Les tailles, les lignes, et parfois les couleurs, divergent et accumulent les possibilités et les combinaisons. Il sait acheter, il n'a jamais eu de larbin pour faire ces choses-là à sa place ; après des semaines, il se trouve seulement con, éternel et ignare, de ce que veut une fille. Ça lui semble facile de choisir, pour lui, et pour nombre de membres de la meute, mais les besoins d'Ester et de Sam sont autrement plus précis, une science exacte, un truc savant. Si on oublie qu'il a un flingue coincé entre le jean et la peau, une cicatrice qui dit tout le sang que le corps est capable de verser, il est d'une telle banalité... ça, et l'étalage de révolvers et pistolets qui ferait pleurer de joie un brave type de la NRA. « Allez, Sham, râle un nipper avec lui. » Le gars jette des regards frénétiques à la porte du fond. Il ne sait pas ce qu'il espère voir entrer, mais il a le cran d'arrêt prêt à le voir entrer. « Une minute, ordonne Saul en soulevant la troisième de ses options. » Il a la langue qui claque, une pointe d'agacement qui perce : « Et le recul ? il demande à l'adresse du vendeur. » L'homme, d'une quarantaine d'années, l'air d'un GI qu'a pété les plombs en rentrant au pays pour trouver sa femme qui se fait sa sœur, force une moue à grimper sur sa bouche. « Y'a comme un risque de se l'prendre dans les dents, j'cache pas. » Il hausse les épaules, de convenir d'un petit inconvénient. « Autre chose, commande Saul d'une voix égale. » Il repose le Smith & Wesson en même temps que l'autre s'apprête à s'esclaffer – quelque chose de ce genre, que prédit son rictus. « Je t'arrête de suite, cingle le juif en s'étirant. Si tu me traites de gonzesse, j'mets le feu à ta tronche de connard et des cartouches dans le cul.
Alors montre-moi autre chose en fermant bien ta gueule. »


Saul clape la boite à gants, le semi automatique jeté à l'intérieur. « On peut dégager ? grince l'impatient en martelant la portière de la paume fermée. » « T'étais pas obligé de venir, fait remarquer Weiss en allumant une cigarette. » « C'est ça. Et tu t'serais fait descendre. Ils sont pas tous comme ce gros porc dans son arrière-boutique cradingue. » Puisqu'il n'obtient aucune réaction, l'autre inhalant lentement en silence : « Je dis juste qu'on devrait pas traîner ici. Ni acheter de flingue ici. T'en as pas assez ? » « Il est pas pour moi, soupire Saul en écrasant la cendre contre la carrosserie (et il bascule un regard entendu vers son comparse). Et je tiens pas à ce qu'on sache que je l'ai acheté. D'ailleurs, j'ai rien acheté. Alors tu la fermes et, surtout, dis rien à Sam ou Ester. »

Saul est toujours tendu au moment de franchir le seuil de la maison. Ça tient du pressentiment. Il sait, naturellement, que s'il était arrivé quelque chose en son absence, n'importe quoi, même le moindre incident, vingt des siens seraient déjà dehors, à le guetter. Mais la tranquillité des rues ne suffit plus depuis plusieurs semaines maintenant. Des semaines qui sont devenues des mois, au point de le laisser croire que ç'a toujours été ainsi. Plein d'insécurité. De hasard. De mort. Aussi est-il, chaque fois, inversement soulagé en pénétrant chez lui. Chez eux. Machinalement, il embrasse Sam au front et l'enlace d'un bras. Il examine son visage, son corps, jusqu'à son âme, pour s'assurer qu'on ne l'a ni blessée ni contrariée. Il attend de voir le sourire naître pour se détendre un peu. Il faut encore attendre après Ester et, enfin, consulter Lowell. En silence, l'ami lui promet que tout est en ordre, qu'il n'y a rien, qu'il peut respirer de nouveau.
Parmi les siens, Saul tire une chaise sur laquelle il s'assoit à califourchon. Il décapsule une bière qu'il vide pour moitié et s'attarde sur chaque visage qui compose l'horizon. Il se sent bien. Ou libre. Non. Il ne sait plus ce que ça fait d'être libre. Il ne reconnaîtrait même pas la sensation si elle lui explosait entre les mains. Il se contentera d'un espace de quiétude, aussi ridicule et exigu que Dieu le voudra. « Sinon quoi, Sam, dit la voix qui le fait émerger, tu vas foutre du poison dans ma bouffe pour m'apprendre les bonnes manières ? » Ça part comme une balle, la gifle derrière le crâne. Saul ne dit rien, mais les regards qui s'accrochent y suffisent largement. « J'ai enfin réussi à tirer en plein dans une bouteille, aujourd'hui, rit Sam comme s'il ne s'était rien passé. » « Alors méfie-toi que ce soit pas dans ta sale gueule de raciste la prochaine fois, complète le sourire sarcastique de Saul. » Le nipper accuse mal la répartie, bien qu'il fasse un effort incroyablement visible pour se contenir. On sent l'accusation derrière les lèvres pincées, comme hypocrite qui flotte dans l'air envahi de fumée. Ça met de longues secondes à se désagréger, un ultimatum ponctué par le rire de Lowell : « En gros, si elle te vise pas... mais genre, si elle vise l'opposé, et vers le sol, là, elle risque de te buter. Et si le vent aide. »
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Ester Jankovic
kill of the night


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MessageSujet: Re: le combat ordinaire (sam & saul)   Mer 23 Sep - 2:02

Ester avance d'un pas, et plonge avec un plaisir non dissimulé un doigt dans la casserole où la sauce mijote, elle a cet air naïf de gamine, qui pour une fois, a le droit de faire comme les grands ; et elle y rajoute une pincée de sel. Attrapant machinalement un petit couteau, elle commence à couper les oignons, tout en observant l'assemblée. Elle est, instinctivement, attentive à chacun, et remarque l'absence passagère de Saul, qui quitte ses pensées d'une remarque acerbe destinée à son camarade. Même si Sam répond par de l'humour, Ester aussi s'est crispée, et un instant, bien trop, sur le petit couteau de cuisine qu'elle a entre les  doigts. Elle garde le silence, pourtant, dans cette ambiance soudain alourdie de regards chargés de sens. Ce n'est pas la première fois que Saul remet un de ses gars en place, ni la première fois que ça concerne l'une d'elles, mais chaque fois, la serbe sent ce sentiment de culpabilité idiot qui la prend. Les tensions l'angoissent, tant elle est devenue incapable d'y faire face de façon sensée. C'est Lowell, finalement, qui permet à la situation de se décanter, et qui répond sur un trait d'humour, alors que Saul et l'autre en sont presque à s'attraper pour régler le contentieux. « En gros, si elle te vise pas... mais genre, si elle vise l'opposé, et vers le sol, là, elle risque de te buter. Et si le vent aide. » Ester relève la tête et reprend pour le premier Nipper. « Par contre, méfie-toi des étouffes chrétiens serbes que t'aimes manger la nuit... ». Le ton ne permet pas de décider s'il s'agit d'une marque d'humour ou une menace à peine voilée de la part de la serbe. Mais force est de constater que, systématiquement, s'attaquer à l'un signifiait une réaction immédiate des deux autres. Elle a ses yeux bleus plantés dans le regard du type, et si un sourire décore le visage de la jeune femme, il ne se reflète nullement dans les prunelles d'Ester. Il finit par rompre le contact visuel pour se tasser dans sa chaise en marmonnant. « T'aurais dû savoir que tu t'y casserais les dents ! » lance Louis, goguenard avant de lui taper l'épaule en signe de camaraderie.

Ester se concentre à nouveau sur le plan de travail devant elle, et aide Sam à préparer leur souper, tout en observant Saul. Elle remarque bien sa distance. Il parle peu et garde ses mâchoires crispées, et ses mains serrent bien trop fort la bouteille de bière, sûrement qu'il rumine sa colère en silence. Et elle reste stupidement impuissante, incapable de trouver les mots ou les gestes pour le détendre. Ester ne se laisse que rarement aller à des démonstrations d'affection, et d'autant plus devant les autres nippers, ne parvenant pas à oublier les commentaires qu'ils murmurent et les regards qu'ils posent sur elles. Elle n'en manque pas, pourtant, d'affection, et elle envie cette facilité qu'a Sam à toucher, à réchauffer d'un geste et réconforter d'un autre. Elle sait que l'apparente exubérance de Samira cache bien d'autres choses, d'autres peurs et d'autres craintes, qu'elle se sait capable d'alimenter facilement. Au moins, Sam parvenait-elle à égayer Saul. D'ordinaire, la serbe aimait ces moments simples du quotidien, où elle pouvait se plonger dans des activités normales, comme cuisiner, des activités qui lui permettaient d'oublier, l'espace d'un instant, les angoisses qui lui rongeaient l'esprit en temps normal, d'oublier le danger qui régnait au-delà des murs sécurisant de la maison. Elle écoutait les vieux amis qui s'interpellaient, s'échangeaient les dernières nouvelles du quartier, commentaient les derniers potins et riaient. C'était facile, d'oublier, alors…

Dehors, la pluie s'est transformée en déluge, et la nuit est tombée prématurément. Mais il règne dans la cuisine une chaleur agréable, et pendant que les plats circulent de mains en mains, Ester s'est lovée sur une chaise, les genoux remontés contre sa poitrine, une nouvelle bouteille à la main, et elle a le regard dans le vide, bercée par le bruit qui l'entoure. Elle observe vaguement le reflet de la scène qui se déroule autour d'elle dans la fenêtre de la cuisine entrouverte. Ça ne dure qu'une fraction de seconde, et l'image est remplacée par une autre, plus terrifiante. Elle sursaute, sort vivement de sa torpeur, la peur a nouveau accrochée à l'estomac avant de se lever pour fermer la vitre. Les volets sont fermés, bien sûr, Sam y a déjà veillé, mais il lui semble alors essentiel à cet instant que la fenêtre soit close. Dans la cuisine, on l'observe sans rien dire, certains continuent même de manger et leur conversations, mais on est attentif au moindre de ses gestes. « Ca va », les rassure-t-elle, « j'avais froid. ». On fait semblant de croire à son mensonge, sûrement que pour certains c'est plus facile à croire qu'elle est toujours enroulée dans le pull de Saul alors qu'il fait bien trop chaud dans la pièce. Elle sent le regard brûlant de Saul sur elle, et ses yeux évitent autant que possible la rencontre inévitable. Et, comme une enfant prise en flagrant délit, elle baisse les yeux, mais la main douce de Sam qui passe sur ses épaules la force à la regarder. Et, comme d'accoutumée, la jeune femme réussit le tour de force de faire fondre la moindre de ses peurs par un sourire, auquel la serbe répond volontiers.  
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Samira Foxx
kill of the night


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MessageSujet: Re: le combat ordinaire (sam & saul)   Ven 25 Sep - 1:16

Sam ne répond que par le rire, comme si aucune remarque ne pouvait la blesser, comme si elle ne percevait ni le sarcasme de Saul, ni les gestes crispés d'Ester. Comme si le regard que le nipper lui a furtivement lancé ne lui avait pas noué les tripes. Des remarques, certaines attitudes, c'est pas grand chose, souvent rien quand Saul est dans les parages, mais c'est juste assez pour ne pas se sentir à sa place, pour se sentir en trop et gênante, parfois. Et la nourriture, comme Sam semblait le croire, n’apaise pas les rancœurs. Ce soir, elle les a attisé.

D'une main sur l'épaule, Samira la prévient qu'elle retourne s’asseoir à la table. Elle choisit la chaise libre à côté de Lowell qui lui retire la pipe des mains pour pouvoir en profiter à son tour. La fille les écoute d'une oreille distraite sans oublier de répondre quand on lui en laisse l’occasion ou de taper dans l'épaule d'un nipper un peu taquin. Quand elle pique une cigarette, dans un paquet qui traîne devant elle, Samira laisse son attention s'attarder sur Saul qu'elle juge un peu trop en retrait parmi les siens. Et même si elle en ignore les raison, ses tracas sont trop perceptibles à son goût. Peut-être serait-il plus judicieux de ne pas s'en mêler mais Sam laisse un pied s'attarder contre le mollet de son amant. Juste pour le déconcentrer, la caresse ose parfois remonter jusqu'au genoux avant de redescendre plus bas, sur la cheville. Elle a le regard qui brille et le sourire malicieux quand il lève les yeux vers elle. C'est juste une idée qu'elle balance comme ça, au milieu des bières, des assiettes et des mégots qui continuent de fumer dans les cendriers, sans la rendre plus explicite. Et malgré les discussions prenantes, c'est Lowell qui la prend sur le fait quand il se tourne pour lui rendre sa pipe. Son regard va de Samira à Saul pour revenir sur la femme. « Sérieusement, les gars ? On a la dalle et on a pas le temps d'attendre que vous ayez terminé vos conneries. » La concernée feinte l'incompréhension. « Mais de quoi tu parles ? » Au même moment, elle se retire pour retourner à ses marmites. Les plats se retrouvent rapidement au centre de la table et les cuillères n'attendent pas pour remplir les assiettes. « Tu te sens mieux, maintenant ? » Sa bouche déjà pleine l'empêche de lui répondre, alors Sam l'interprète comme un oui.

Samira ne la remarque que lorsqu'elle commence à remuer à ses côtés pour se lever et aller refermer la fenêtre. On n'entend plus le bruit de la pluie qui frappe les volets et à l'intérieur, Sam étouffe déjà. Elle ne s'en plaint pas. Elle se contente de fixer la serbe, de détailler l'expression de son visage. Ester retrouve sa place. Sa tentative pour les rassurer est un échec. Ses réactions inattendues ont le don de raviver ses angoisses. L'envie de fermer une fenêtre en prétendant qu'il fait trop froid, c'est trois fois rien. Sauf que d'habitude, c'est Samira qui se charge de cette mission et jusque là, elle n'avait pas l'impression qu'il soit nécessaire de le faire.  La boule reprend sa place dans le ventre, ça lui coupe l'appétit alors elle repousse son assiette avant de passer son bras autour des épaules d'Ester. Le sourire est forcé et l'attention irrépressiblement attirée vers la vitre. Elle tente de lui faire savoir que tout va bien, sauf qu'elle est la dernière à y croire. Samira n'ose pas lui demander, mais elle veut savoir ce qui l'a surprise, elle veut savoir s'ils sont tous en danger. Et les idées, toujours plus macabres, se bousculent dans sa tête. « Ester ? » Un murmure au milieu des cris, des rires et des bruits de cuillères qui raclent le fond des plats. Samira continue de la dévisager en gardant ce faux-sourire qui lui déforme les lèvres. Comment peut-elle continuer à la mettre à l'aise si elle-même ne l'est plus ? « Qu'est-ce qu'il y a ? »
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Saul Weiss
kill of the night


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MessageSujet: Re: le combat ordinaire (sam & saul)   Ven 25 Sep - 23:40

Saul, il a initié un clan dans le clan. Il ne s'en est pas aperçu, il n'a pas vraiment compris. Il a introduit les petites créatures dans la meute comme on inocule un venin dans le corps. Il ne s'en aperçoit pas davantage lorsqu'il adresse un sourire satisfait à Ester. Ils sont d'accord – sur le sort qu'on réserve au premier connard qui se prendra l'inconscience d'attaquer Samira, ils sont d'accord sur ce qu'il convient de lui faire. Sur le moment, Saul se fout totalement que ce soit un ami, un gars à lui, un mec, même, qui crèverait pour lui offrir quelques minutes de plus. La loyauté des nippers va bien au-delà des affinités de ses membres. Ils sont une famille et, comme dans toutes les familles, on encaisse la gentille grand-mère comme l'oncle pervers, fasciste. Ça n'a rien à voir avec la bonne entente, la sympathie  – on a même droit de se foutre sur la gueule, si on veut bien. La seule exception qui tienne, c'est l'ennemi commun : le restant du monde. Or, le restant du monde, c'est des filles comme Ester et Sam. Il n'a pas vu ce clan qu'il a construit dans le clan, cette barricade incroyable qu'il a dressée entre eux trois et le reste des siens. S'il a le sentiment que c'est le dernier lieu de sécurité qu'il lui reste sur Terre, ses camarades s'acharnent à le rappeler au bon souvenir de leur protection, de leur fraternité. Il dégueule tellement de mépris, d'ingratitude, qu'il se file peu à peu la nausée. La sensation de malaise se répand – comme de rogner une partie de soi, un truc qu'on imagine, l'espace d'une minute ou deux, qu'elle n'est pas essentielle, alors qu'on sait parfaitement que si. Alors, on s'en souvient juste à temps. Pour ne pas tout perdre. Pour ne pas crever. Pour qu'ils vous tendent encore la main.

Les troubles s'élèvent et meurent successivement dans son être, et cela dans un silence absolu. Il y a, certes, la rumeur des conversations, des rires, des heurts, quelque ton monotone qui perce bien le tympan. Mais Saul se perd tout en lui-même, et ça ne lui arrive jamais autant qu'au milieu d'une foule. Il sait le nom qu'on donne à ce qu'il ressent. Il sait aussi qu'il n'y croit pas du tout. Il n'est pas dépressif. D'ailleurs, la dépression, ça n'existe pas. C'est juste son âme, qui se révèle à lui, qui fait cas de tout et surtout de n'importe quoi, qui lui jette à la gueule des questions sans réponse, des énigmes. Son propre esprit le tourmente, il conspire à le nuire. Il lui semble, quelques fois, qu'il s'est trouvé la faculté de penser, de réfléchir. En était-il capable, jadis ? Le pouvait-il avant ? Il n'était bien qu'un animal. Primitif. Ridicule. Instinctif... Le contact, indécent, insensé, qui répond presque au songe tumultueux de ses tempes malmenées, lui provoque un hoquet silencieux. Par souci de contenance, alors qu'il s'aperçoit que nul ne lui prête véritablement attention, Saul cale une cigarette entre ses lèvres trop crispées. Et c'est là qu'il n'a pas le choix de poser les yeux sur elle. Il y a d'abord quelque chose qu'il déteste : la sensation que Sam agit comme elle imagine qu'il le voudrait. Puis un éclat de malice le perfore, lui aussi, et il croit soudain si profondément à sa sincérité qu'il imagine qu'elle est la chose la plus sublime qu'il lui ait été donné de contempler. Elle le renvoie à des certitudes, des émotions plus faciles, une fébrilité qu'il connait bien, qu'il connait trop. « Sérieusement, les gars ? interrompt-on la sauvegarde de son âme. » Lowell se plaint avec bonne humeur, mais il se plaint. Et Samira s'échappe, comme un coup appel l'air hors des poumons. Saul nourrit tellement... tellement de colère. Elle bouillonne en permanence, elle attend de pouvoir éclater. Elle flotte toujours, elle lèche la surface, elle cherche à tâtons les limites. Il est si débordant de cette rage – tout exerce sur lui une forme d'exaspération puérile, une ire enfantine, impossible à contrôler à moins de la menacer d'une sévère correction. Et il n'a pas le temps d'être un enfant. Personne n'a le temps d'être un enfant à Harcourt Drive, et Saul Weiss le sait putain de mieux que personne. Il le sait, il sait qu'il est responsable de tout le monde.

« Ça va, dit la menteuse que tous dévisagent comme si Ester tenait un révolver chargé. J'avais froid. » On ne dit rien. On évoque même Katerina, comme un écho lointain, un lien de cause à effet opportun, pragmatique. Saul, comme les autres, fait semblant de rien, mais ses mains tremblent. Il est incapable de départager son sentiment. De la peur. Toujours de la colère. Le malaise. Le mépris. La haine. L'amour ? Puis il suffit de rien, de Sam pour rejoindre le fief d'Ester et les lèvres qui murmurent, qui interrogent. Saul étouffe. Saul explose. Les pieds de sa chaise crissent sur le sol et il attrape, pour ainsi dire, le premier flingue qui lui tombe sous la main. La porte d'entrée claque sur ses pas. On n'entend le bruit de sa démarche, de la balle qu'on charge, qu'on apprête pour le meurtre, puis rien. Saul, en proie au chaos, disparaît au dehors. Les psychopathes, les chimères, les cataclysmes... il s'en va tous les tuer. Et, s'il le faut, il saignera son démon.
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Ester Jankovic
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MessageSujet: Re: le combat ordinaire (sam & saul)   Mer 30 Sep - 16:50

« C'est vraiment rien… j'ai cru voir un truc. Oublie, y'a rien, mais je préférais fermer la fenêtre. Tu comprends, non ? » Ester répond à mi-voix à Samira, qui lui enlace les épaules. Ester a abandonné sa tête contre l'épaule de Sam. « C'était comme dans mes rêves », lâche-t-elle finalement après un moment. Et elle s'enferme à nouveau dans son mutisme : jamais elle ne parle de ce qui la trouble la nuit, de ce qui la fait hurler et s'agiter, des cauchemars qui la hantent dès que le sommeil la prend. On le devine, aux propos incohérents qu'elle gueule parfois, mais elle n'en parle pas ; et jusqu'ici personne ne lui a posé de question. C'est mieux comme ça. Mais Sam a besoin de savoir et d'être aussi rassurée, et de cela, la serbe en est consciente, la jeune femme n'a pas besoin d'ajouter des angoisses en plus à celles qui l'habitent déjà.

Quand Saul se lève d'un bond et s'enfuit à l'extérieur, Ester se redresse brutalement, et à peine la porte a-t-elle claquée qu'elle se précipite à la suite de Saul. « SAUL ! ». Elle s'en veut atrocement, et elle a encore le temps de le rejoindre, de l'aider à se calmer ou à se défouler, de faire quelque chose. Mais une main lui attrape le bras alors qu'elle s'élance. « Arrête Ester, ça sert à rien ». C'est là, que la folie la prend. Ester n'aime pas qu'on la touche, elle ne supporte plus qu'on pose un main ou un doigt sur elle ; exception faite de Samira et de Saul. Sentir qu'on la retient et qu'on l'empêche d'avancer la rend dingue plus que de raison. Elle se retourne vivement, tordant par la même occasion le bras du nipper qui l'a chopée, le renvoie brutalement contre le mur avant de placer son bras sur la gorge, et de commencer à presser. L'autre gémit, se débat, tente de la raisonner, mais Ester n'entend plus rien à cet instant, prise dans sa folie. C'est la voix de Sam qui la ramène à elle. Elle n'a pas compris ce qu'elle lui a dit, mais le timbre léger de son amante a suffit à calmer sa colère. Doucement, elle libère le nipper qui se dépêche de mettre le plus de distance entre lui et elle, et elle reste un instant pantelante, avant de quitter à son tour la cuisine. Elle n'entend pas Lowell qui sermonne l'autre. « Bordel, tu pensais à quoi ? Tu l'sais, ducon, que ça la rend folle ! T'as d'la chance que Sam soit là… Si Saul l'apprend, il va devenir fou. Casse-toi, si tu les supporte pas,  ok ? » L'autre marmonne quelques mots intelligibles en se massant le cou, mais ne quitte pas la maison pour autant ; il a assez d'honneur pour respecter le serment implicite qui le lie à son chef, quand bien même les deux poules qui traînent constamment dans cette putain de baraque lui cassent bien les couilles.

Ester s'est réfugiée sur la banquette bancale qui se trouve à côté de l'entrée, à peine protégée par le petit porche. L'eau s'abat avec violence, impossible de distinguer quoi que soit, impossible de savoir où Saul est parti, où aller le chercher. Elle a remonté ses genoux contre sa poitrine pour garder sa chaleur, et elle regarde fixement devant elle, l'angoisse qui lui tord les boyaux. Le sang bat si violemment dans ses tempes que s'en est douloureux. Le temps qu'il lui faut pour se calmer lui semble infini, une fois les derniers restes de rage évacués, il ne reste que la culpabilité et l’inquiétude pour tourner et se mélanger aux pensées qu'elle rumine. La tranquillité ne la regagnera que lorsque Saul sera revenu, et qu'elle sera assurée qu'il va bien ; et pas seulement physiquement. Lorsqu'il est agité ainsi, elle n'arrive jamais à rester sereine bien longtemps. Leur petit équilibre est trop précaire pour être stable lorsque l'un deux relâche la pression. Nécessairement, les deux autres en ressentent les effets aussi vivement que s'ils le vivaient eux-même. Ester en est certaine, Samira doit-être, elle aussi, agitée. Elle se l'imagine en train de ranger avec des gestes vifs et un peu tremblant, la vaisselle dans la cuisine, et elle devine parfaitement son air soucieux. C'est cette image qui la force à rentrer de nouveau.

Les trois nippers sont un peu sur leur garde et tendu, inquiets aux aussi pour leur chef, sûrement ; mais elle passe devant eux sans leur accorder un regard. Sam est effectivement dans la cuisine, dos à elle. Elle ne se retourne même pas quand elle entre, alors Ester se place derrière elle et ses mains enlacent son ventre tandis que son menton se loge dans son cou. « Il va bien... » murmure-t-elle sur un ton bien plus convaincu qu'elle ne l'est réellement. « Il va revenir, et il va bien » affirme-t-elle de nouveau.
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Samira Foxx
kill of the night


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MessageSujet: Re: le combat ordinaire (sam & saul)   Mer 30 Sep - 23:10

Elle déteste ces soirées qui semblent bien commencer et au cours desquelles l'ambiance se dégrade au fur et à mesure que les aiguilles parcourent le cadran de l'horloge. C'est son cocon qui s'effrite, qui s'abîme, et les rires, les regards pleins de malices ne parviennent pas à le réparer. « C'est vraiment rien… j'ai cru voir un truc... Oublie, y'a rien, mais je préférais fermer la fenêtre. Tu comprends, non ? » Qu'elle tente. En guise de réponse, Samira lui offre le silence et une main dans les cheveux.  « C'était comme dans mes rêves.» Elle se bouffe l'intérieur de la joue pour éviter de poser la question qui lui brûle les lèvres. Personne n'a jamais connu la nature de ses cauchemars. Tout le monde sait qu'ils sont assez atroces pour faire d'elle une femme qui ne répond qu'à ses instincts les plus primaires. Et ça ne la rassure pas. Pourtant, elle fait comme si.
Puis tout s'enchaîne. Ça la brise à l'intérieur. Ça la perturbe juste assez pour ne plus savoir quoi faire, pour être incapable de quitter sa chaise et de lâcher Ester. En un claquement de doigt, Saul n'est plus dans la cuisine. Il a ramassé une arme et quitté la maison. Il a rejoint l'obscurité et ses dangers. Samira fixe les visages des autres garçons qui ne réagissent pas, qui estiment simplement que c'est le droit de leur chef de vouloir prendre l'air. Pourtant, plus personne ne parle. Chacun mesure la gravité du moment.

Ester se relève, tente de le rattraper. C'est un échec. Samira n'a même pas essayé, elle a juste baissé les yeux sur ses genoux, puis sur le carrelage. Elle s'est concentrée sur une capsule de bière abandonnée, là, à ses pieds. Elle se demande lequel d'entre eux à pu avoir la maladresse de ne pas réussir à viser la table en voulant s'en débarrasser. Son esprit la force à se pencher pour la ramasser et quand Samira se redresse, - elle ne l'a même pas entendu, - elle voit l'ancien soldat s'en prendre à un nippers qui voulait l'empêcher d'aller au bout de son action. Et sur le coup, Sam se sent idiote, avec sa capsule entre les doigts. Peut-être que c'est ce seul sentiment qui suffit à lui délier la langue. « Ester, tu lui fais mal. » Les amis de Saul ne méritent pas qu'on leur en fasse. Pourtant, c'est lui qu'on reprend pour la deuxième fois de la soirée. Ester ne s'excuse pas, elle s'éloigne. Probablement pour retrouver Saul ou peut-être pour s'isoler. Samira ne cherche plus à savoir. Elle reste plantée sur sa chaise pendant que la cuisine se vide. On l'abandonne avec les restes de ce qui devait être une bonne soirée ; les bières, la bonne bouffe, les assiettes presque vides, les cendriers pleins.

Quand elle revient dans la pièce, Sam est devant l'évier. Il lui reste plus qu'un verre à rincer et tout le rester à astiquer. Ça lui évite de se bouffer les doigts. Elle sent les bras passer autour de sa taille. Elle ne parvient même pas à apprécier l'étreinte qui se veut réconfortante. Ester essaye de la rassurer et Samira fait tout pour se contenir, pour ne pas réagir. Elle ne sent même pas ses doigts exercer la pression autour du verre qui finit par éclater. « Arrête ça. » Ose-t-elle enfin. C'est peut-être une plainte ou un ordre ; son ton est si neutre qu'il en devient perturbant. « J'suis pas une putain de gosse. » Elle passe rapidement ses doigts sous l'eau pour se débarrasser du sang qui continue de couler. Et quand elle ramasse les plus gros morceaux de verre, ça lui traverse l'esprit très vite. Samira s'imagine que l'éclat le plus pointu, enfoncé dans son poignet et remonté jusqu'à l'intérieur du coude, lui ferait le plus grand bien. Une idée qui disparaît aussi vite qu'elle est apparue. « Il va pas bien. » Et tout le monde le sait. Alors, ça ne sert plus à rien de lui faire croire le contraire. Samira est peut-être la plus douce et la plus fragile, certainement pas la plus sotte.

« Tu peux me prêter ton arme ? » La question est sortie de nulle part et totalement inattendue. Mais Samira est sérieuse et elle le lui fait comprendre en se libérant de son étreinte pour lui faire face et tendre la main vers elle. « S'il te plaît. Je ferai rien de stupide. » Et c'est assez pour qu'elle la lui glisse dans la paume, la droite, celle qui ne saigne pas. Quand elle traverse le salon pour rejoindre l'entrée et ouvrir la porte, les autres la dévisagent, incrédules. On ne s'attend pas à la voir trouver le courage d'aller sur le porche, en pleine nuit, et descendre l'escalier pour rejoindre la rue. Malgré la pluie, on la distingue encore un peu depuis la maison. On voit sa silhouette s'enfoncer dans l'obscurité. Et comme dans l'après-midi, Samira répète les gestes qu'Ester lui a enseigné ; débloquer la sécurité, tendre les bras, prendre le temps de viser et appuyer sur la détente. Le coup fend l'air, ça résonne dans la rue et fait aboyer les chiens du quartier. C'est l'appel qu'elle lui fait, le seul ordre qu'elle est capable de lui donner. « Saul, reviens. »
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Saul Weiss
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MessageSujet: Re: le combat ordinaire (sam & saul)   Mar 6 Oct - 11:40

La pluie est dense, et abondante, terriblement pour l'oeil humain. On n'y voit rien au-delà de quelques mètres, une course d'une poignée de secondes, tout au plus. Même s'il fend les rideaux successifs de l'orage, la démarche saccadée et le pas d'un soldat sur le départ, Saul ne progresse jamais. Il s'enfonce plus profond, dans une direction qu'il s'imagine connaître. Une minute révolue, il ne reconnaît rien. La deuxième écoulée, il sait qu'il est perdu. Ça n'a aucune importance, car tout autour est chez lui et partout est l'ennemi. Il est dans toutes les formes, dans toutes les ombres, au coin de la rue qu'il ne distingue même pas. Il est tout près, il s'est caché – à l'affût, le salaud ! Il s'est tapi dans le voile gris et sombre, en travers des phares qui éclairent brièvement la nuit. Rendu sourd par l'averse, Saul tourne les talons, d'un quart, d'un demi, tout entier. Les cheveux lui collent le front, la nuque, les tempes. La sensation d'inconfort se répand sous les tissus et s'incruste dans la peau. Il cherche, alors que le dos de sa main lui essuie les yeux. Il est aveugle, la crosse du flingue étreinte avec un peu plus de puissance. Maintenant, quoi ? Où est le monstre ? L'assassin ? Où est cet espèce d'enfoiré qui lui a tout volé, de sa vie et de son courage ? Où est ce type qui a fait de sa maison, de son bloc, de son bastion, un endroit de terreur et de colère ? Stupide, vaincu, et impuissant, Saul tend le bras, les muscles bousculés par la pluie qui ne cesse pas. Maintenant une mire dans ces conditions est un ouvrage pénible ; il n'a rien à viser, aucune cible, et pas plus de victime opportune. Il fige seulement le regard, face à lui, plus loin que le rideau d'eau qui lui couvre la vue, plus loin que les larmes qu'il abandonne sans qu'on ne puisse démêler les siennes de celles du ciel. Il est seul, sourd, aveugle, quand il hurle. Il n'est que le fracas des gouttes sur le bitume et l'envie d'une détonation, d'un crâne qui explose, d'un sang qui gicle, alors que le canon vacille, bascule, sans cracher de son feu. L'index est bien crispé sur la détente. L'index est immobile. La poigne veut disloquer le métal à défaut d'en user. Trop incapable, trop idiot, Saul mord sa lèvre pour ne plus crier.

La détonation perfore le silence rugissant du déluge. L'air d'un gosse de cinq ans qui découvre la violence des armes, il fixe comme un con le pistolet entre ses doigts. Ce n'est pas lui, et ça vient de son sillage. Il sait qu'il est un chien qui, reniflant l'odeur âcre de la poudre, accourt à la recherche du souffle de ses maîtres. Il s'éloigne quand il peut, il revient quand il faut. Et Saul ne pourrait pas courir plus vite, le front relevé et le nez dressé, en quête d'un autre indice, celui qui voudra bien le ramener jusque chez lui. Il se fie à peine à ce qu'il sait, alors qu'aucune des rues qui le cerne ne recèle plus de mystère depuis longtemps. Il sent que le monde est différent, qu'il a mué sans lui et qu'il n'a plus qu'à se laisser conduire, comme un clébard. Pour lui, Saul n'a plus que l'instinct, le même qui vérifie le chargeur, le même qui tire sur le marteau alors qu'il tient un semi-automatique. C'est un putain de semi-automatique ! Ce qu'il s'en fout s'il peut en coller le canon dans la bouche de l'incroyable enculé qui s'est cru le droit de menacer les siens...

Ses semelles crissent parce qu'il ralentit en frottant la chaussée. Il aperçoit d'abord Sam, qui le cherche lui ou regarde par-delà. Il n'a pas fini de courir quand il enjambe les rares marches du perron pour se jeter contre elle. Il attrape l'arme qu'elle tient, l'enlève parce qu'elle peut s'y blesser. Saul, il fronce les sourcils, l'étreint, la ramène contre lui. « Ça va ? » Il doit faire rempart de son corps quand il cherche par-dessus leurs épaules, la menace, évanouie dans la rue. Qui ? Où ? Il a le cœur affligé d'une pression insupportable, alors que les silhouettes se pressent à l'entrée. « Qu'est-ce qu'elle fout là ! » Il ne s'adresse à personne. Il regarde Sam, la palpe aux joues et aux épaules, cherche de ses propres yeux la réponse. « J'ai cru... » Il halète, il suffoque. Il en prend toute la mesure, parce que le soulagement rejaillit dans son être. Il a départagé maintenant : de la peur et de la colère. Maintenant qu'il n'a plus peur, il enrage de nouveau. « Rentre, il dit à Sam. » Saul embrasse, frénétique, sa tempe, pareil à un objet trop précieux pour ne pas être abrité. Il la pousse vers l'intérieur, et lorsqu'il trouve Ester, il sait que l'arme qui lui colle contre la poitrine est le sien. « Tu-la-laisses-pas-prendre-un-flingue. » Il crache pareil à un elle est pas comme toi, et c'est si paternel, et en même temps si conjugal comme dispute à demi avouée... Il ne sait pas ce qu'il espère qu'elle réponde – qu'elles répondent. Saul, il pense juste au pistolet qui dort dans sa boîte à gants. C'est un salopard d'hypocrite, comme tous les hommes qui, soudain, se découvrent de la peur.
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Ester Jankovic
kill of the night


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MessageSujet: Re: le combat ordinaire (sam & saul)   Mar 6 Oct - 18:06

Le corps de Samira se raidit sous ses doigts, et immédiatement, l'étreinte se fait moins prononcée, inexistante quand Samira prend la parole. Elle reste derrière elle, les bras vaguement autour d'elle, mais qui ne la serrent plus. Ester regarde le sang qui s'échappe de la main de Sam, l'observer rincer la plaie et ramasser les débris de verre pour les jeter. A cet instant, Ester est figée par la réaction de Samira et les mots qu'elle lui oppose. Quand elle réagit comme elle vient de le faire, il lui semble qu'elle lui échappe inévitablement, qu'elle a encore mal agi, qu'elle ne sait que faire de travers avec elle. Samira se libère de ses bras, et Ester ne cherche même pas à la retenir. Elle s'est retranchée dans ses pensées, ses mâchoires serrées et le regard fixe, et légèrement éteint. Sam lui demande son arme, et Ester plante ses yeux dans les siens, l'interrogeant silencieusement ce qu'elle compte en faire, et l'autre la rassure. Rien de stupide. Et de toute façon, Ester s'est résignée. Alors sa main file vers le holster et elle met l'arme entre les mains de Samira, qui s'empresse de quitter la cuisine.

La frustration monte en elle, à une vitesse incroyable et se loge dans le moindre recoin de son corps. Ça la bouffe complètement. Ester déteste se sentir à ce point impuissante, à ce point inutile. Son poing se forme, se serre. Ses doigts serrent nerveusement son pouce avant que les phalanges ne percutent violemment le mur. La douleur a l'effet attendu et canalise l'odieux sentiment qui lui bouffe les sens. En un instant, la froideur et la distance se sont abattues sur elle, et la jeune femme s'y emmure entièrement. Le bruit l'a sûrement attiré, Lowell, seul, passe un tête par la port de la cuisine pour la découvrir ainsi, perdue. Il observe en silence le poing rougit, les phalanges abîmées et il ne dit rien. Lowell ne dit jamais, mais comprend bien trop bien et bien trop vite. Attrapant une cigarette qu'il cale entre ses lèvres, il farfouille dans le congélateur pour chercher un pain de glace qu'il entoure d'un torchon et qu'il pose sur la table, devant elle, avant de s'installer une bière à la main. Il garde le silence et ne l'observe qu'à la dérobée. Lowell est un des rares à accepter sans broncher la présence de Samira et d'Ester dans ce fief qui était avant le leur, il est le seul qui semble s'inquiéter véritablement d'elles quand Saul n'est pas là pour veiller. Bien sûr, il commet, lui aussi, parfois des erreurs, mais personne ne lui en veut vraiment. Ester se laisse tomber sur une chaise, une bière à la main, une cigarette allumée dans l'autre, qu'elle ne porte pas à ses lèvres, elle ne fume pas. Elle se contente de regarder le tabac se consumer et la fumée monter vers le plafond, le pain de glace autour posée sur la chaire esquintée. Ils ne sursautent pas quand retentit le coup de feu, et l'absence de cris panique les conforte dans l'idée qu'il ne s'est rien passé.

Alors, pour meubler l'attente, Ester se plonge dans ses pensées. L'introspection est si minutieuse qu'il lui semble à cet instant qu'elle peut dessiner les contours de son esprit. Voyait-elle vraiment Sam comme une enfant ? Non! gronda une part d'elle indignée qu'elle puisse même se poser la question. Samira était à protéger, à préserver, mais certainement pas aveuglément. Pourtant, elle reste tellement plus pure à côté de Saul ou d'elle-même. Ester le sait, elle tuera autant qu'il faudra pour garder Samira loin des horreurs de l'extérieur, pour qu'elle conserve cette part de candeur dont Saul et elle ont tant besoin. Sam n'est pas naïve, et Ester le sait, elle est même terriblement fine et perspicace. Et si fragile. Ester ne rêve que du moment où elle pourra elle-même coller une balle dans le front du connard qui les a démoli, et qu'elle pourra les prendre dans ses bras, et qu'ils pourront oublier l'horreur et l'angoisse qui cohabitent avec eux, maintenant. Ces monstres qui poussent Saul à fuir quand il n'en peut plus, qui commandent à Samira des habitudes et une routine éreintante, et qui la tiennent éveillée la nuit. Pire que tout, cette abominable impression de n'être qu'une marionnette soumise aux mains d'un inconnu qui a décidé pour eux comment vivre la rend folle, véritablement folle. Ester voudrait trouver un moyen d'y échapper, de se libérer de ce poison latent qui les tue à petit feu, mais il n'y a pas de remède, uniquement des exutoires.

Le bruit de pas et de voix dans le salon la sort de sa torpeur méditative, et Saul et Sam sont devant elle, dégoulinant d'eau. Ester observe avec peu d'intérêt la petite marre d'eau qui se forme à leur pied tandis que Saul lui colle son arme dans les bras. « Tu-la-laisses-pas-prendre-un-flingue.  » Ester lève les yeux vers lui, elle a un regard si froid et distant. Et d'un ton morne, elle répète les mots que Sam lui a adressé plus tôt. « C'est pas une gosse. » Elle n'a pas peur de Saul, de sa colère, de ses gestes vifs, ni même du ton qu'il emploie. A cet instant, en réalité, ça ne l'atteint même plus, tant Ester s'est retranchée loin en elle-même, loin derrière cette cuirasse d'indifférence et de détachement si rassurante. C'est moins douloureux et moins intense que la colère et que la rage et que a la peur. C'est plus lâche, aussi.
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Samira Foxx
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MessageSujet: Re: le combat ordinaire (sam & saul)   Jeu 8 Oct - 20:06

Quand le coup part, et comme à chaque fois, Samira ne peut s'empêcher de sursauter. Ça résonne encore plus fort que le tonnerre qui gronde. Le bras dévie, mais ça n'a aucune importance puisque c'était le ciel que le canon visait. Le sifflement dans ses oreilles reprend. Tout devient plus angoissant. Son ouïe n'entend plus la pluie, ni le vent, encore moins les aboiements des chiens excités. Elle a du mal à déglutir quand elle réalise qu'elle ne pourrait même pas distinguer des bruits de pas derrière elle, ni même une respiration juste au-dessus de son épaule. Alors les yeux comblent le handicap. Les pupilles s'agitent dans tous les sens. Elle tend la nuque, tourne la tête sur sa droite, sur sa gauche, puis en face. Samira distingue des formes ; de potentiels dangers, d'après elle. En réalité, seulement  un arbre, une cabane, une voiture, le jeu des lumières et du torrent qui s'abat sur leurs têtes. Samira veut pleurer, parce-qu'elle croit qu'il lui ait arrivé quelque chose, elle veut crier son nom encore plus fort que la détonation de son arme, mais sa gorge nouée par l'angoisse l'en empêche. Les gouttes glissent jusque sur le bout de ses cils, tombent dans l’œil. Le ciel explose, s'illumine, et c'est là qu'elle reconnaît la silhouette.

Tout ce temps où elle n'a pas pu le voir lui semble être une éternité, alors elle se précipite vers lui. Et quand les deux corps se retrouvent, le choc est violent, mais la sensation si agréable. Samira s'accroche à lui, elle ne veut plus le perdre. Cette fois, elle ne lui laissera aucune possibilité de s'enfuir. Quand il lui demande si ça va, l'amoureuse répond vaguement en hochant la tête. Tout ce qu'elle veut savoir, c'est ce qui le tracasse, c'est ce qui l'empêche de rester assis à une table ne serait-ce que le temps d'un repas. Pourquoi a-t-il les yeux encore un peu rouge ? Pourquoi a-t-il pleuré ? « Saul !» Elle l'appelle encore mais lui agresse déjà les présences dans son dos. « Saul. » Réitère la plus jeune. Son attention revient sur elle et Sam a cette impression qu'il la regarde sans vraiment le faire. Il touche les joues, les épaules, inspecte le corps à la recherche de la moindre égratignure. Mais la main ne saigne même plus, alors il constate par lui-même qu'il n'y a rien de grave. Physiquement, du moins. « Saul ? » Il commence sans terminer. Il ne l'écoute toujours pas, la manipule à sa guise comme une chose assez précieuse pour ne pas vouloir l’abîmer. Le baiser sur sa tempe ne rend pas l'ordre qu'il lui donne plus supportable. Elle est à l'origine de sa panique, après tout, et ce dans le seul but de mettre fin à la sienne. L'égoïste ! Alors Sam lui doit bien cet effort ; se taire et avancer pour rejoindre l'entrée. Il règne sur son domaine comme un roi sur son royaume.
Saul est son roi. Alors elle n'a pas d'autre choix que d'obéir sans s'en plaindre.

L'arme que le nipper lui a ôté des mains retrouve sa propriétaire et le reproche tombe aussitôt. Samira comprend qu'Ester a abandonné sa tendresse et les propos réconfortants dans un coin quand elle lui répond avec indifférence. Elle a reprit ses propres mots, probablement ceux qui ont provoqué cet état. Sam ne sait plus, pourtant, elle s'en veut déjà. Son regard passe sur l'un puis sur l'autre. Elle constate l'ampleur des dégâts. Elle regrette cette esquisse de leur bonheur qui vole en éclat, cette sensation de bien-être trop éphémère. Cette soirée devait être agréable, se répète-t-elle inlassablement. Cependant, l'ampleur du désastre est palpable ; Saul les a quitté, Ester s'est brisé le poing contre un mur et plus aucun des nippers présents sous ce toit n'ose parler. La pièce se vide, il ne reste plus qu'eux trois. « Lui parle pas comme ça, Saul. » Ils n'ont pas besoin de se liguer les uns contre les autres. « Je m’inquiétais pour toi, je voulais juste que tu reviennes à la maison. » Samira semble sincèrement désolée. Désolée de lui avoir fait peur, désolée de l'avoir forcé à revenir. Ses mains se posent sur les épaules de l'homme, glisse sur la nuque mouillée et remonte encore pour capturer le visage. « Qu'est-ce qu'on a fait ? » Aussitôt, elle se tourne vers Ester. Ses mains quittent Saul pour pouvoir s'agiter en direction du pain de glace posé sur ses phalanges. « Comment tu t'es fait ça ? » Elle ne hausse jamais la voix. C'est plutôt du désespoir qu'on entend.

« Qu'est-ce qu'il se passe? » Malgré les questions, Samira se doute déjà des réponses. Elle espère seulement se tromper. Mais c'est un fait, leurs problèmes ont presque tous la même origine. « C'est de sa faute. » C'est soufflé comme une confidence à soi-même et l'air est résigné quand elle s'installe sur une chaise, juste en face d'Ester. « Je le savais, mais on me traite comme si j'étais folle. Il est là et il sera toujours là, cet enfant de pute. Et on pourra pas s'en défendre avec des armes. » Le regard inspecte chaque issue de la pièce en essuyant les gouttes qui continuent de perler sur son visage. Et Samira le réalise enfin, qu'il sera toujours présent, qu'il influencera toujours chacun de leurs actes. Parce-qu'il les a traumatisé, il s'est infiltré dans leurs souvenirs en promettant de ne jamais en partir. Il a remodeler l'esprit de ces gens. Et sa mort, si elle arrivait, n'y changerait rien, le quotidien ne serait pas plus apaisant puisqu'il continuerait de vivre. Il est partout. « Tu l'as vu, tout à l'heure, quand tu as fermé la fenêtre. » Ajoute-t-elle à l'adresse d'Ester.
Samira n'est pas folle, elle est la plus lucide.
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Saul Weiss
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MessageSujet: Re: le combat ordinaire (sam & saul)   Ven 9 Oct - 23:17

Ses mains tremblent. Les secousses se réduisent, un peu, lorsqu'il baisse le regard jusqu'à ses phalanges. Il tient son semi automatique, la crosse imprimée dans la paume, et le cran de sûreté relevé. Quand est-il devenu si avide de s'en servir ? Si prompt et si expert ? Quand s'est-il mis à espérer la caresse du canon contre une tempe ? Saul sait trop bien quand il s'est mis à croire que le meurtre était le plus naturel des instincts, des appétits, de l'être humain... Il refuse de le croire, mais l'envie le rattrape toujours plus vite, et chaque fois plus intensément. S'il résiste, s'il se sevre, le manque insiste et le bousille à de nouveaux endroits. A l'endroit d'Ester. « C'est pas une gosse, lui rétorque froidement l'intéressée. » Parce qu'il s'est éloigné, il doit faire volte-face. « De quoi tu parles, putain ? » Il est revenu à elle, à rien, et fulminant. Il presse les poings, pousse la détente qui bloque. Il force, et force encore, n'est-ce que pour la résistance qu'il rencontre quand le flingue s'enfonce dans sa cuisse, creuse dans la peau. Et, tout ce temps, il déteste ce qu'il voit, il hait comme elle le regarde. Oh non, bien sûr qu'elle n'a pas peur de lui ! elle n'a plus aucune place pour la peur d'autre chose. Et que ferait-il de sa peur ? Il veut sa conscience, sa responsabilité, comme autrefois, comme il le faut toujours – comme il est entendu qu'ils le fassent toujours pour Sam. Et lui coller une arme dans les mains, et lui faire peur comme ça, et le buter d'avance en affolant son cœur de cette insurmontable angoisse... « Les gosses tiennent des flingues, ici ! aboie-t-il à si peu de distance de la jeune serbe qu'il menace sa propre intégrité physique. Pas elle ! » Le bras tendu, pistolet pour prolongement naturel, il désigne Sam qui se dégage depuis leur côté. S'il la regarde, il n'aura plus le courage de passer ses nerfs sur Ester ; s'il l'entend, il faiblira certainement, et tout sentiment satisfaisant le quittera de nouveau. Il redeviendra le fuyard, le môme qui chiale parce que la pluie le cache. Les craintes d'un Weiss s'accomplissement toujours : « Lui parle pas comme ça, Saul, s'interpose la voix de leur tiers. Je m’inquiétais pour toi. » Il sait. Il sait qu'il n'aurait jamais dû partir, déserter, et partir en campagne sur... quoi ? cent mètres. C'était stupide, et extrêmement libérateur. Comme toutes les fois où ils fendent, Ester et lui, les venelles plus à l'Est en quête d'un gibier salvateur. Et pas plus qu'il ne peut renoncer à ces chasses urbaines, il ne peut lutter contre les mains de Sam sur lui. Il ne le fait pas tout de suite, mais ses épaules se relâchent peu à peu. Bientôt, d'accord, il exhale un soupir défaitiste. Et à la main blessée d'Ester, Saul laisse la vague de remords le gagner. Il ne fera rien, parce qu'elle ne l'accepterait jamais mais il s'éloigne. S'il peut davantage ? Alors elle le dira.

Il pose bruyamment le pistolet sur le carrelage de la cuisine, pour moins entendre ce qui lui est douloureux. Il feint que Samira ne dit rien, qu'il est tout en dehors de cet instant, qu'ils ne sont pas simplement tous les trois, rompus, alors qu'ils étaient censés se trouver si paisibles, si... normaux. Cette soirée appartient au commun des gens. Ils ont quitté ce monde et, oui, cet enfoiré les a abandonnés dans l'antichambre de la mort, de tout ce qu'il y a après. Ni morts, ni vivants. Foutus, c'est tout. Il allume une cigarette, puis une autre. La fumée se succède dans ses poumons, encombre sa vision, lui pique les yeux. S'il a le cul contre le meuble, il a aussi les yeux pour le sol. Il préfère ignorer que Sam a raison, qu'ils sont marqués, scarifiés, que ce salaud leur a niqué la gueule sans leur laisser la moindre chance de gagner ce jeu. Personne ne gagne ce jeu. Ça n'en est même pas un. Ça ne l'amuse pas et ça n'a aucune règle et, surtout, ça ne connaît pas de fin. « Tu l'as vu, tout à l'heure, quand tu as fermé la fenêtre. » Saul lève le regard vers Ester, et il attend. Comme Sam, qui l'a affirmé plutôt que demandé, il se suspend à cette vision. Il n'est pas prêt à croire qu'elle l'a vu, que ce fils de pute était là... ce n'est pas le cas mais, si elle l'avouait, s'il s'agissait même d'un simple pressentiment, une partie de Saul croirait la partie d'Ester qui y croit. Il est ainsi morcelé dans l'unique but de survivre, dans le but de survivre à tout et à tout prix.
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Ester Jankovic
kill of the night


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MessageSujet: Re: le combat ordinaire (sam & saul)   Lun 12 Oct - 16:21

Son regard s'est fait noir et dur, et elle soutient celui de Saul qui la vrille de colère. En silence, elle l'invite à aller jusqu'au bout de sa colère et de sa rage, qu'il dirige contre elle à cet instant. Allez, qu'est-ce que tu attends ? Qu'est-ce qui te retient ? Va jusqu'au bout, complètement. Il s'agite, violent, tandis qu'elle reste immobile. Sous le pain de glace, elle a à nouveau serré son poing et la douleur vive qui s'en échappe, remonte dans sa main jusque son bras la cloue à sa chaise. Tant mieux pour elle. Pour lui. Pour eux. Ester affronte en silence la tempête qui se déchaîne, le visage marqué par la froideur, et quand elle lui répond, sa voix est comme un murmure. « Ta gueule. Je ne passe pas des après-midi à lui faire viser des bouteilles de bière pour meubler le temps. Moi je veux qu'elle soit capable de se défendre en cas de besoin. Fais-toi à cette idée. » Ca lui plaira comme ça ne lui plaira pas, Ester s'en moque bien à cet instant. C'est totalement contradictoire, aussi, de vouloir aboslument permettre à Sam de savoir utiliser une arme et de vouloir dans le même temps la préserver de la violence pour ne jamais l'abîmer plus qu'elle ne l'est déjà... Si Saul est fait de colère brute, vivante et animée, celle d'Ester se fait glaciale et muette. Mais qui sait y regarder remarquera son corps tendu à l'extrême, le poing douloureux qui tremble légèrement sur la table. Elle est prête à bondir, en cas de besoin. Et quand Saul désigne Sam du bout du canon qu'il a dans la main, la voix de la serbe siffle l'avertissement d'un ton qui ne laisse aucune place au sous-entendu : la menace est évidente. « Tu-ne-la-pointes-pas ». Elle est prête, à cet instant, à se lever et vriller la mâchoire de Saul pour le forcer à se calmer, ou du moins, à se contrôler. Ester peut prendre sa colère à bras le corps, elle peut encaisser sa violence, sa détresse et son désarroi. Mais pas devant Sam, elle ne peut, à cet instant, pas l'assumer. Elle traînera Saul, plus tard, dans les rues sombres du quartier, s'il en a encore besoin. Elle en a besoin, elle, mais Sam n'a pas besoin d'assister à ça.

C'est d'ailleurs la voix de cette dernière qui la détourne de ce conflit qui ne trouve pas de fin. Saul finit par s'apaiser et abandonner son arme. A la question de Sam qui désigne sa main blessée, Ester hausse simplement les épaules pour éluder la réponse. Elle s'enferme d'autant plus dans son mutisme que les quelques mots de Sam la percutent bien trop brutalement. Sa gorge se noue subitement et il lui faut tout son contrôle sur elle-même pour ne pas partir en vrille, à son tour. Elle se concentre plutôt sur la douleur dans sa main, libératrice et salvatrice. Ça lui donne un point sur lequel elle peut se focaliser et diriger ses pensées. Mais Sam s'occupe à présent d'elle et de cette main  et elle ne peut pas ignorer indéfiniment les yeux inquiets qu'elle pose sur elle, alors, à son tour, Ester baisse les armes. Son corps se détend en même temps qu'elle soupire pour évacuer temporairement la frustration et elle laisse traîner ses doigts sur le poignet de Sam qui s'occupe de bander ses phalanges. Saul s'isole à nouveau, il s'éloigne, et ce n'est pas seulement physique, et Ester ignore comment le récupérer, comment l'apaiser.

« Tu l'as vu, tout à l'heure, quand tu as fermé la fenêtre. » Ester se fait à nouveau fuyante. Elle ne pourrait pas dire exactement ce qu'elle a vu, aperçu ou imaginé. C'était réel l'espace d'une seconde, elle se trouvait dans un endroit qui lui inspirait la crainte, la méfiance et la survie. Et peut-être bien qu'elle était dans cet entrepôt à nouveau, à lutter pour sa vie, pour celle de Sam, pour Saul. Les genoux remontent à nouveau contre la poitrine et elle les entoure, comme pour faire barrage de son corps contre ses souvenirs qui la brisent un peu plus chaque fois. L'attente fébrile de Sam et de Saul pour une réponse devient rapidement oppressante, Ester voudrait ne pas avoir à répondre de cette vision fugace qui l'a rendue folle de peur, alors elle choisit le confort du mensonge pour ne pas plus les inquiéter tous les deux. « Non, c'était pas ça… c'était autre chose ». Autre chose. Le front et les autres horreurs qu'elle y a vécu. Il lui paraît, à cet instant, qu'il est plus simple de prétendre que c'était un de ses fantômes à elle, pas celui qui les hante tous les trois. Elle prend soin de croiser le regard d'aucun des deux après ce mensonge, elle serait incapable de soutenir leur regard, elle serait incapable de prendre pour elle la charge de toutes leurs angoisses. Mais elle a initié cette situation, et il lui semble que c'est bien la moindre des choses qu'elle puisse faire pour eux à cet instant, calmer leurs peurs en l'endossant. Elle peut prétendre, juste pour ce soir, que ce fils de pute n'est pas à l'origine de cette tension ambiante entre eux, cette pression malsaine qui les tient bien trop éloignés les uns des autres quand tout devrait les réunir, quand ils devraient faire front, quoi qu'il arrive. Il sera toujours temps de se sentir libre après et de se débarrasser de cette odieux sentiment autrement.
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Samira Foxx
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MessageSujet: Re: le combat ordinaire (sam & saul)   Mer 14 Oct - 22:06

Finalement, Samira regrette d'avoir eu cette idée stupide, d'avoir tant tenu à ce que Saul revienne. Parce-qu'elle ne l'a pas récupérer, elle a juste provoquer sa colère et c'est sur son Ester qu'elle s'abat, une Ester qui fulmine et qui se tempère du mieux qu'elle peut pour ne pas lui sauter à la gorge. Elle déteste les désaccords. Elle déteste entendre les mots claquer dans l'air avec autant de puissance que les poings contre la chair. Parfois, ils arrivent à lui rappeler les raisons pour lesquelles, un jour, Sam s'est retrouvée piégée et obligée de dicter des ordres pour provoquer les morts d'autres gens.
Apprendre à utiliser une arme pour son bien ou ne même pas songer à en toucher une, toujours pour son bien ; la décision semble ne pas lui appartenir. Elle n'a même pas d'avis sur la question, de toute manière. Elle se contente seulement de suivre le mouvement, d'accepter l'arme entre ses mains à chaque fois qu'Ester la lui tend puis de tout oublier dès qu'il n'est plus question de réussir à viser des bouteilles.

« Non, c'était pas ça… c'était autre chose » assure la menteuse tout en veillant à ne croiser aucun de leurs regards. Elle a sa main bandée juste là, dans la sienne. Ses doigts pourraient se refermer dessus et serrer juste assez fort pour lui faire mal. Une torture pour la faire parler, comme à la guerre. Mais l'idée lui traverse rapidement l'esprit, assez pour ne pas en tenir compte et faire comme si elle n'y avait jamais songer. Elle relâche le poignet pour retrouver le dossier de son siège. Son attention refuse de la quitter ; Samira détaille chacun de ses traits, la moindre de ses réactions. « C'était comme dans tes rêves... » qu'elle souffle. Elle tend un bras pour tirer une cigarette de son paquet et récupérer un briquet. En plus de lui bousiller la gorge et les poumons, la première bouffée de nicotine lui pique un œil au point de le faire pleurer. L'autre menace d'en faire autant. La situation est épuisante. Et les réactions des trois survivants le sont encore plus. Il est trop tard, maintenant, ils  ne peuvent plus faire semblant d'être contents d'être réunis, de passer un moment ensemble. Ils ont en trop dit, trop fait. La moindre parole et le moindre geste sont devenus angoissants, sujets à toutes les interprétations imaginables, même les plus folles. De toute manière, plus rien ne leur semble fou quand on sait ce qu'ils ont connu et enduré. S'imaginer des présences, s'imaginer une réalité différente ; ils n'ont plus qu'à faire avec. Sauf que Samira n'y parvient pas. Quand le reste des nippers arrive à l'oublier, sa réaction continue de l'obséder. Ça lui donne encore une autre raison de maintenir ses rituels, peut-être même de les intensifier. Si elle avait pensé à fermer cette fenêtre et les volets, Ester n'aurait jamais rien vu, elle n'aurait pas été dans cet état de panique, elle n'aurait pas été obligé de leur mentir.

« C'était la guerre ? » Ose-t-elle, à voix basse. Mais Ester est ce mur qui résiste, sûrement pour le bien de tous, doit-elle se persuader. Mais ça l'obsède encore plus, de ne pas savoir. Sam cherche à le fissurer, à l'éclater, ce foutu mur, et très certainement, une fois qu'elle saura enfin, elle le regrettera. Pour le moment, Samira n'obtient aucune réponse, Ester résiste encore. Quand elle écrase son mégot dans le cendrier, la fumeuse le fait avec une nervosité non dissimulée. Elle écrase les cendres pour qu'elles ne deviennent que de la poudre grise et noire, et ce, jusqu'à que la fin de cigarette cesse de fumer. Puis elle en récupère une autre avant de se lever pour fouiller les placards à la recherche de n'importe quel alcool qui la fera grimacer. « J'm'en fous de savoir si je dois apprendre à maîtriser une arme ou si j'ai l'interdiction d'en approcher une. » Avoue l'angoissée en remplissant le fond de son verre avec du whisky. Elle ne déguste pas sa boisson, elle l'avale d'une seule traite. Le liquide lui brûle le gosier. Samira déteste ces alcools forts, mais elle connaît leurs effets. Alors elle s'en sert un deuxième qu'elle boit tout aussi vite. « Je voulais juste que tu me dises ce que tu as vu dehors. Je voulais juste que Saul soit à la maison, en sécurité... Je voulais juste que tout se passe bien. » L'enfant capricieuse abandonne le verre pour ne garder que la bouteille, puis elle s'empare d'un paquet de cigarettes qui ne lui appartient pas avant de se diriger vers l'encadrement de la porte dans l'unique but de fuir cette pièce. « Bonne nuit. »
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Saul Weiss
kill of the night


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MessageSujet: Re: le combat ordinaire (sam & saul)   Jeu 15 Oct - 13:21

Elle ment. Il n'est nul besoin de consulter son regard, et de voir l'ombre qui loge dans les iris. C'est d'autant plus offensant – ça l'est, au moins, pour Saul – qu'elle ment si mal qu'on dirait qu'elle n'essaie même pas. Imagine-t-elle qu'ils feront semblant ? ou, pire, qu'ils hocheront sagement la tête, parfaitement idiots, parfaitement inconscients ? La colère s'exhume en silence, elle minaude et elle grogne à l'oreille du nipper. Il s'efforce de taire sa présence en incendiant une autre cigarette, celle qui succède à celle qui déjà succédait. Il est trempé, enragé, enfumé. Contre sa peau, et en-dedans, l'inconfort et l'irritation alimentent son malaise, son absence. Ses attaches au réel cèdent chacune à leur tour. Il n'est pas là. Il songe. Il se souvient. Lorsque son regard s'attarde sur Ester ou sur Sam, il se rattrape au bord du gouffre, mais les sanglots demeurent ; ils menacent de se précipiter contre lui s'il essaie davantage de s'affaiblir, de plier. Aussi Saul détourne-t-il les yeux. Il laisse la conservation le gagner, l'emporter. Il accepte de ficher ses deux pieds dans le sol et d'écraser la cigarette sur le carrelage. Le mégot rejoint le fond de l'évier, et c'est sûrement la dernière chose qui le préoccupe. « C'était pas la guerre, tranche Saul dans le silence. » A quoi bon se mentir ? Il n'aime pas voir les hésitations lui survivre. Il n'aime pas non plus l'air meurtri que Sam arbore lorsqu'elle réévalue l'ampleur des fortifications qui les protègent... Quand il imagine combien d'efforts elle va devoir déployer pour se calmer, et vivre de nouveau, il macère sa mauvaise humeur et la range en petits tas dans un coin de son crâne. Il y a suffisamment de points à sa liste, et il piétine le sol comme s'il ne pouvait plus en contenir le déroulé.

Les mains fichées dans les poches, sa nonchalance ne trompe personne. « Tu devrais pas boire, il dit sans conviction, sa voix intérieure étranglée. » Sam abandonne aussi, il le voit, quand elle se sert deux fois du whisky. Il soupire, il détourne le regard. Les contours du sombre projet se précisent : s'il ne s'attarde pas trop ici-bas, il pourrait combattre à l'arrière d'un club d'ici au matin ou, s'il ne le peut pas, il y aura sûrement un misérable sur le chemin qui relie Harcourt Drive à Prentiss Avenue. A cet échelon de désespoir, il ne décide pas s'il préfère éclater quelques os ou se laisser tabasser, pour lui apprendre la mesure de sa survie. Et, par crainte pour lui-même, il s'applique à desserrer les poings vautrés dans le tissu. Ça n'est pas glorieux, ni concluant, c'est tout juste satisfaisant pour qu'il redresse le regard lorsque : « Je voulais juste que tout se passe bien, chouine Sam en s'emparant des victuailles d'inconscience. » « Sam, qu'essaie Saul en avisant l'alcool et le paquet de cigarettes qu'elle emporte avec elle. » Il n'a pas vraiment envie de la retenir. Pour lui aussi, la soirée est foutue, bonne à jeter, et à recommencer, en mieux, dès le lendemain. Cette fois, c'est mort – c'est la merde tout autour, et la fuite semble être la meilleure option. Puis le déni. Puis l'oubli. Mais rien que d''imaginer ce qu'elle va boire, ce qu'elle va fumer... Il serre les mâchoires, et il attend. Il n'attend rien que de la voir passer le seuil, et disparaître. Ses pas ne se sont pas tout à faits éteints.

Foncièrement, il sait qu'elle est encore à portée de voix. Et alors ? Rien à foutre. Il a si peu de respect pour sa propre mise en scène, si plein d'hypocrisie dans sa nature : « T'es contente ? il cingle. » Le ton claque, et la tronche que Saul tire ne dément pas ; on dirait qu'il a trop enduré pour parvenir à cet instinct. Ça le libère, ça fait du bien, quand même ça doit faire du mal. Sur le moment, il n'a pas l'intention de passer ses nerfs sur elle... et, en même temps, le précédent lui laisse un goût amer d'inachevé. La colère ruminait. Cette salope est patiente. « Pourquoi tu lui dis pas simplement ? qu'il l'engueule en haussant les bras, impuissants. Tu sais que ça la fait flipper à mort. » Ils sont responsables de Sam, elle est leur fardeau, et c'est tout. Ils ne discutent plus la question depuis longtemps. Ça ne souffre pas le débat. Ils ont, néanmoins, deux conceptions étrangement différentes du projet, ce soir-là. Ou c'est seulement qu'il suffisait à Saul d'un moindre et ridicule prétexte : « Je crois que t'as tort : c'est juste une gosse quand tu lui colles un flingue dans les mains ; c'est qu'une putain de gosse dont t'as la responsabilité quand je suis pas là. Et j'peux même pas compter sur toi. » Il crache aussi froidement qu'une sanction peut être impitoyable. « Qu'est-ce qui déconne chez toi, bordel ? » Ça le frappe en même temps qu'il le dit. Ça frôle, tout à la fois, l'inconscience et la cruauté. C'est primitif. C'est idiot. Et, en fin de compte, il sait que jamais il ne parviendra à se défendre, à s'excuser, à temps : « Ester, attends, il fait en levant les paumes. C'est pas ce que je voulais dire, je... » Qu'importe ce qu'il voulait dire. Ester tranche pour lui.
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Ester Jankovic
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MessageSujet: Re: le combat ordinaire (sam & saul)   Jeu 15 Oct - 14:58

Elle s'enfonce toujours plus loin derrière ses barrières et ses murs de mutisme, si confortables, si chauds et rassurants. Ester fixe un point invisible, sur la table, recroquevillée sur elle-même, et instaurant le plus de distance possible entre cette réalité pesante et le silence qu'elle a choisi de lui opposer. Elle ignore totalement ce que murmure Samira, ce qu'elle devine et lui renvoie à la figure sans en avoir conscience. Elle se rembrunit, même, préférant nier ce qu'elle a étalé devant les yeux, incapable de l'affronter ou de l'assumer. Le mensonge était rassurant un instant, mais il est évident qu'elle ment, qu'elle leur ment, et ils le savent aussi bien qu'elle tente de le dissimuler ; et d'ailleurs, Saul le clame bien fort à présent. Et elle ne dément ni confesse son mensonge. La serbe observe vaguement Samira et Saul qui fument cigarettes sur cigarettes et qui s'acharnent sur les mégots, Sam qui prend un verre, puis un autre et Saul qui ne tente même pas vraiment de l'arrêter. Ester est loin de tout cela, à présent, seulement envahie par la tension et les souvenirs qu'elle voulait fuir. Pourtant, quelque chose se brise vaguement en elle, quelque part, quand elle entend la complainte de Samira et la voit quitter la cuisine. Ester se voit se lever, l'arrêter, lui retirer cette bouteille et ces cigarettes des mains, et la serrer contre elle, lui demander pardon, encore, et la rassurer, encore. Mais elle n'en fait rien, elle reste figée sur sa chaise.

« T'es contente ? » Elle lève les yeux vers lui, froide, mais ne répond rien. Elle se contente de l'affronter du regard. Elle devine ce qui se prépare, cette tempête qui bouillonne en Saul depuis trop de temps maintenant et qui ne demande qu'à s'échapper de tous les côtés possible. « Pourquoi tu lui dis pas simplement ? Tu sais que ça la fait flipper à mort. » Ester ne bronche pas, elle encaisse simplement l'offensive. Son corps se crispe un peu cependant que la colère monte à nouveau en elle. Les accusations sont faciles et injustes, et Saul l'attaque bassement en des points qu'il sait douloureux. Il sait qu'il fait mal et il agit exprès. « Je crois que t'as tort : c'est juste une gosse quand tu lui colles un flingue dans les mains ; c'est qu'une putain de gosse dont t'as la responsabilité quand je suis pas là. Et j'peux même pas compter sur toi. »  Son poing se serre violemment à nouveau, mais cette fois, la douleur n'est pas suffisante pour apaiser la colère, au contraire, ça l'attise. Elle ne sait pas ce qui l'agace le plus : la façon que Saul a de voir Samira comme une enfant, ou qu'il prétende qu'elle ne peut pas prendre soin d'elle. Si Saul voulait le conflit, il l'a trouvé, elle fulmine à présent, et un rien la retient de lui sauter à la gorge et de passer sa frustration sur lui. Un rien qu'il démoli sans aucun scrupule. « Qu'est-ce qui déconne chez toi, bordel ? » De surprise, de douleur et de colère, elle hoquette. Ca lui fait l'effet d'un couteau qu'on enfonce dans le cœur et qu'on tourne jusqu'à qu'elle ne ressente que de la douleur. Son souffle se bloque dans sa poitrine, tant la charge est brutale. Elle ne s'y attendait pas, pas à quelque chose d'aussi mesquin, d'aussi bas.

Il lui semble que toute la frustration accumulée depuis le début de la soirée se mélange à la colère, à l'angoisse et d'autres choses encore, pour ne former qu'un amas de ressenti entièrement dirigé vers l'homme en face d'elle. S'il voulait l'atteindre, il l'a touchée en plein de dans le mil. Alors elle bondit, sans même entendre le début d'excuse de Saul, et le renverse sur le sol. Son poing rencontre sa mâchoire, elle sent les phalanges qui craquent au contact de l'os, mais ça ne lui apporte aucun satisfaction. Le poing est prêt de s'abattre à nouveau quand elle croise le regard de Saul, et elle suspend son geste, à rien du visage. Son corps se soulève et s'affaisse au rythme de sa respiration bancale et sifflante, remplie d'une rage dont elle ne parvient pas à se séparer. Mais c'est Saul, entre ses mains, c'est Saul sous elle, et elle n'y arrive pas. Alors elle reste ainsi, tremblante, le poing hésitant, tout son corps parcourut de frissons, la mâchoire crispée pour ne pas céder aux larmes qui menacent de s'écouler. Autour d'eux, les bruits de pas se font précipités et elle devine que les nippers présents dans la maison, et peut-être même Samira sont à nouveau dans la cuisine, et qu'ils contemplent ce triste spectacle. Mais ils ont la présence d'esprit de pas intervenir, c'est trop de violence pour une soirée, il faut que les tensions s’apaisent et que ce soit Ester et Saul qui règlent leur différent, qu'importe la manière.

Ester a fiché ses yeux dans les siens, et elle l'évalue tout entier, cette colère qui ne l'a pas quitté de toute la soirée et qu'il dirige contre elle, les coups-bas, et l'angoisse, et les accusations. Mais aussi toute l'affection qu'elle a pour lui et qui retient ses phalanges de percuter à nouveau son visage, cette tension qui les habite tous les trois, et qu'il fallait exprimer d'une façon ou d'une autre. Ca lui retourne les tripes, et il lui semble sentir le goût acre de l’amertume qui dévale dans sa gorge. Alors elle abat son poing, brutalement. Et gémit quand il percute le sol, à rien du visage de celui qu'elle aime. Elle n'a pas retenu le coup, et le craquement des os s'est fait sonore. Elle s'effondre finalement contre le torse de Saul, libérant enfin la tension par des larmes qui ne coulent que trop rarement. Elle pleure de douleur, dans un premier temps, mais aussi pour se vider de ce qui la trouble depuis le début de la soirée. « Si tu veux que je prenne soin d'elle, elle n'a pas à savoir. », murmure-t-elle de façon à ce que seul Saul puisse l'entendre. « Je peux pas lui raconter comme c'était. Je peux pas le raconter. » Je ne peux pas assumer.
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Samira Foxx
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MessageSujet: Re: le combat ordinaire (sam & saul)   Mar 20 Oct - 17:36

« Tu devrais pas boire. » Et pour qui il se prend, d'abord ? Probablement le plus malin. Peut-être qu'il l'est, peut-être que Samira ne devrait pas boire cet alcool, mais elle s'en fiche. Elle ne l'écoute pas. Elle l'ignore. La femme termine ses deux verres de whisky et ramasse le reste des victuailles. « Sam. » La concernée s'applique à le faire disparaître de son champs de vision. S'il n'y a plus de Saul, il n'y a plus d'Ester non plus. C'est au vide qu'elle adresse sa dernière politesse avant de quitter la cuisine. Si elle songeait d'abord à rejoindre sa chambre, les rires qu'elle entend dans le salon finissent par l'attirer. Les Nippers sont là, à jouer aux cartes en regardant la télévision pendant que les autres s'insultent et se mentent. Samira leur envie leur facilité à se détendre, à oublier les départs brusques, les coups de feux, à ignorer la mauvaise ambiance. Après tout, c'était le choix de Saul de les accueillir ici, dans cette maison, pas le leur. Ils n'ont pas à prendre part aux problèmes, ni à leurs disputes.
Samira fume plus fort pour étouffer sa jalousie et elle boit encore pour noyer tout le reste. Elle se laisse tomber dans le seul fauteuil encore libre, elle étale ses jambes sur la table basse et dès lors que ses yeux se posent sur l'écran, son attention ne parvient plus à se concentrer sur autre chose. Le bras qui se lève pour porter la cigarette à ses lèvres agit mécaniquement. Elle ne remarque même pas la vitesse à laquelle son paquet se vide. Pareil pour la bouteille.

Ils n'ont pas tord, dans le fond. Samira est cette gosse qui a préféré la légèreté d'un programme télévisé stupide plutôt que de les affronter. Elle est cette gosse qui laisse ses parents se disputer dans une autre pièce et qui espère que tout ira mieux quand ils reviendront la voir. Elle est cette foutue gosse qui se plaint mais qui a toujours peur de gueuler tout ce qu'elle pense, tout ce qui la tracasse. Cette gosse qui croit que les décisions des autres valent mieux que les siennes. Alors c'est ici qu'est sa place, devant la télévision.
Sans en être vraiment certaine, Samira croit qu'on parle d'elle. Et il a tord, Saul, quand il dit qu'elle a peur. Les fenêtres peuvent bien être fermées ou ouvertes, elle s'en fiche. Elle ne remarque même plus les ombres. Elle ne remarque plus rien, à vrai dire. Elle s'esclaffe et c'est tout.
Rapidement, ses membres deviennent trop lourds et sa conscience s'endort. Les nippers ne font pas attention à elle, ils se contentent de balancer des billets sur la table, au début de chaque nouvelles parties de cartes. Quand ils constatent que Samira n'a plus assez de force pour la retenir, ils lui piquent sa bouteille, mais sont assez indulgents pour lui laisser son paquet de cigarettes. Elle ne trouve même pas la force de se plaindre ; l'alcool l'a complètement anesthésié. Elle ne pense plus, elle ne rit plus, elle parvient seulement à réaliser ce qu'il se passe sous ses yeux... Avec un temps de retard. De toute façon, rien ne lui semble très important, à ce moment.

On entend un poids qui s'écrase contre le sol. Peut-être des corps. Peut-être des chaises. Peut-être les deux. Elle les voit presque tous se lever pour se presser dans son dos, jusqu'à la porte de la cuisine où ils agglutinent sans oser faire un pas à l'intérieur. Son esprit ne parvient pas à créer de lien logique entre les derniers événements, alors Samira ne semble pas très inquiète. Même pas un peu curieuse. C'est juste qu'à un moment, elle sent sa bouche pâteuse, alors elle s'imagine une bière bien fraîche pour remédier au problème. Pour ça, il faut aller jusqu'à la cuisine, il faut retrouver Ester et Saul. Quand elle arrive, Samira les voit étendus sur le carrelage, la femme au dessus de l'homme. Elle est comme les autres nippers : stupéfaite. Elle les fixe sans rien dire, probablement en attendant que ça se termine, qu'ils se relèvent, qu'ils les regardent, qu'ils disent quelque chose. Ce temps d'attente lui semble être une éternité. Une éternité durant laquelle elle oublie sa bière, elle oublie pourquoi elle leur en voulait. Elle oublie tout. Sa tête est vide.
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Saul Weiss
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MessageSujet: Re: le combat ordinaire (sam & saul)   Lun 26 Oct - 4:14

La plupart des gens sont incapables de colère. Ils ont trop peur de celle des autres.
La plupart des gens sont intelligents. La plupart des gens ne sont pas Saul.

Les signes étaient présents, et tous connus de lui. Il savait. Il ne pouvait l'ignorer. Ça ne peut être que volontaire, quasi chirurgical, et donc proportionnellement odieux. Il ne se contente pas de le mériter : il le provoque. Où est le plaisir ? et quel est l'intérêt ? Il n'en sait rien aussitôt que l'angoisse lui grimpe la gorge. C'était facile. Plaisant. Libérateur. Ça semblait être la chose à faire, et le comportement à initier. De tous les combattants capables de le bousiller jusqu'à son repos, jusqu'à la fatigue absolue, Ester a la bien meilleure qualité d'être présente. Saul souhaite se battre. Peut-être pas contre elle, mais c'est elle et voilà. Pour ce besoin stupide, et primitif, il consent à un trop-grand mal, et le revers de ses désirs obscurs l'atteint longtemps avant qu'elle ne le frappe. Il balbutie tout ce qu'il veut, n'y peut plus rien. Il tente, c'est vrai, rien qu'un pas en arrière, mais c'est très loin d'être suffisant, et même un peu timide... Comme il allait réclamer le combat, il concède la sanction. Il encaisse le plus furieusement possible, tout le poids, toute la rage, d'Ester contre lui. Ils basculent ensemble, et il a le réflexe un peu idiot de la retenir. On n'épargne pas l'adversaire qui vous surplombe de son poing, prêt à s'abattre, à briser, à meurtrir. Elle pourrait le tuer avec une facilité terrifiante, et même s'il est constamment à la fascination de cette puissance, que serait-il d'en faire sa meurtrière ? Frappe-moi, disent cependant les yeux. Il a d'abord porté le revers de sa main à hauteur de visage, tâchant de faire barrage à la violence à venir. Et, néanmoins, peu à peu, il renonce. Les doigts tremblent un peu mieux, s'éloignent davantage. Ça lui demande de peu glorieux efforts, mais il renonce lentement à sa défense. Frappe-moi. Je le mérite tellement. Il sait qu'elle se suspend pour lui et pour lui seul, qu'elle en aurait massacré un tout autre capable capable d'autant d'audace et de folie. La plupart des gens fléchissent à la vue d'un flingue chargé. Saul, il faut encore qu'on le lui plaque entre les deux yeux et qu'on presse tellement fort le canon sur son front qu'on pourrait tout aussi bien lui creuser un foutu trou dans le crâne. Il vit ce genre d'instants. Son trop-plein de connerie et d'égoïsme qui le propulsent aux devants du péril. A croire qu'il cherche sa fin, qu'importe les moyens qu'il est possible d'y mettre. Et bien qu'il ait une conscience accrue du fait qu'elle ne le tuerait jamais, ce n'est jamais ce qu'il redoute le plus. C'est là le vice d'une âme un peu fêlée : il connait la fragilité de Sam, il ferme les yeux sur celle d'Ester. C'est un peu plus facile. C'est parfaitement injuste. Elle est pour le tiers de son être, et on ne doit rien négliger de ce qui est vital.

Elle fait ce à quoi il a renoncé : elle prend sur elle. Malgré toute l'agressivité et cet impérieux besoin d'en finir, on peut voir la dispute où que le regard se pose. Il a bien fallu cet outrage pour le délivrer, lui, de la colère. Il acceptera le chemin qu'elle choisira, qu'importe la douleur et la peine. Mais elle retient la sentence, elle jauge celui qu'elle tient pour victime. Elle a de l'égard à tous les endroits où il en a manqués, et ça ne fait qu'accroître son impatience à endurer l'impact. Il attend qu'elle décide, qu'elle abandonne, qu'elle soit tout aussi vulnérable qu'il l'a été. Il est prêt – si prêt, c'en est pathétique. Il n'espère que la seconde où toute la résistance serbe cèdera : il ne peut rien tant qu'un seul geste qu'il ferait le condamnerait à pire encore. Saul serre les dents, presse les mâchoires et, instinctif, bascule la tête sur le côté lorsque les phalanges tombent.

A la seconde où le choc retentit dans un gémissement sinistre, Saul se redresse suffisamment pour capter toute la chute d'Ester. Il l'attire contre lui, et heurte sèchement le sol par l'arrière du crâne, en même temps qu'il dégage une main à la recherche du poignet blessé. Il la maintient comme il le peut, ses doigts allant chercher assez d'emprise pour la retenir et l'immobiliser tels qu'ils sont tombés. Qu'elle pleure, qu'elle pleure s'il le faut... Il l'enlace un peu mieux, en secouant frénétiquement son front douloureux : « D'accord, il répond précipitamment. C'est d'accord. » Saul la garde contre lui lorsqu'il se redresse. Sur le côté, d'abord, puis il parvient à s'asseoir en épargnant ce qu'il imagine être les os cassés d'une main. Le bruit ne laissait aucune place à l'imagination mais il serait bien incapable d'évaluer les dégâts. « Pardon, la berce-t-il à voix basse en sondant les regards qui les observent. » Parmi ces spectateurs prudents, il trouve les pupilles distantes de Samira, qu'il appelle d'un mouvement du menton. Il congédie, à l'inverse, tous les autres. Ils n'ont besoin de personne d'autre. Ils ont seulement besoin les uns des autres, et chacun pour se protéger, d'eux-mêmes lorsqu'il le faut. « Ça va aller, Saul murmure plus pour lui que pour Ester. Sam est là. Sam ? Viens, il réitère. »
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Ester Jankovic
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MessageSujet: Re: le combat ordinaire (sam & saul)   Mar 27 Oct - 21:05

C'est elle, la gosse. A cet instant, agrippée comme elle est à Saul, c'est elle la gosse. Elle pleure tout ce qu'elle peut. De douleur, principalement et celle qui se diffuse dans son bras depuis ses phalanges n'est plus la première source de peine. C'est elle la gosse, quand elle est recroquevillée contre Saul et que les sanglots secouent violemment sa poitrine, à tel point qu'elle n'arrive plus à respirer correctement, ni à voir, ni même à penser. Et comme une gosse, elle se réfugie tout contre Saul. Elle est incapable de lui en vouloir et la culpabilité même commencer à la ronger.

Elle a voulu le tuer. L'espace d'une seconde, un bref instant, elle a envisagé d'en finir, alors que la colère guidait son poing. Elle aurait pu frapper jusqu'à ce qu'il cesse de respirer, elle l'a voulu, elle le sait, l'espace d'un instant, elle voulait qu'il cesse enfin de retourner sa rage contre elle. Elle peut l'encaisser jusqu'à une certaine limite, et souvent, Ester a l'impression qu'elle n'agit jamais assez bien pour Saul ou Samira. Que, quoi qu'elle tente, quoi qu'elle fasse, elle tombera toujours à côté de ce qu'on attend d'elle, de ce qu'il faut qu'elle fasse, qu'elle dise. Ses réactions ne sont, lui semble-t-il, jamais les bonnes, jamais adéquates. Elle ne les aime pas assez, ou mal. Elle est de trop. C'est elle qui a débarqué un soir, pantelante, pour bouleverser un peu plus leur quotidien, c'est elle l'élément rapporté qui s'est greffé trop tard pour réellement s'intégrer. Sûrement qu'ils s'en sortaient bien mieux sans elle, sans ses crises, sans ses angoisses, sans sa violence, sans son mutisme. Probablement qu'ils s'en sortiront bien mieux si elle n'est plus là. Et bien qu'une part d'elle lui susurre que ses pensées sont ridicules, qu'elle les tuera à nouveau pour moitié si elle part, c'est cette  réalité tronquée qui s'impose à elle, celle qui lui gueule qu'elle ne devrait pas s'attarder plus longtemps. Elle se débat vaguement, mais Saul la serre trop bien contre lui, il est attentionné, même, envers elle et précautionneux envers sa main blessée. Il la berce et la rassure, et elle s'accroche avec l'énergie du désespoir aux promesses implicites des quelques mots qu'il lâche. Elle voudrait que Saul soit moins dur avec elle, qu'il voit autre chose que sa partenaire de crimes nocturnes. Elle voudrait qu'il lui dise qu'il l'aime, comme il est si facile pour Sam de lui murmurer, et comme il est devenu si facile pour elle de lui répondre. Elle voudrait pouvoir se confier, en avoir le courage et savoir comment faire. Mais elle se contente des sanglots qui inondent le chandail de l'homme, et de l'étreinte qu'il lui donne. Il s'excuse, et Ester voudrait lui répondre qu'il n'a rien à se faire pardonner. Elle sera plus forte, la prochaine fois, pour encaisser sa colère. Elle sera meilleure, la prochaine fois, pour l'aider. Il s'excuse, et elle se fond un peu plus dans son giron. Et les pleurs finissent par se tarir et les angoisses par refluer dans un coin de son esprit et bientôt, c'est la fatigue, l'épuisement, même, qui prend place. Ester se laisse choir contre Saul, elle n'a plus de force, et la douleur cuisante de sa main l'empêche de faire le moindre mouvement.

Ils ne voient probablement jamais que ce qu'elle veut bien leur montrer, l'illusion de la guerrière, forte et sans peur, et sûrement qu'il est facile pour eux, pour lui, d'oublier qu'elle a aussi ses faiblesses et ses blessures béantes. Comment, alors, lui en vouloir ? C'est convenu qu'ils protègent Sam, quoi qu'il arrive comme c'est convenu qu'elle est là quand Saul en a besoin. Et si c'est pour encaisser sa colère,  alors qu'il en soit ainsi. Elle ravalera ses angoisses et enterrera ses peurs au fin fond de son esprit pour tenter de mieux les oublier, et elle prendra sur elle, encore plus, encore mieux. Elle ne peut pas lui en vouloir, elle ne peut jamais lui en vouloir. Il est devenu trop essentiel à son équilibre pour que ce soit renversé par de la rancune. Ils sont devenus bien trop essentiel à sa vie pour qu'elle les perde d'une quelconque façon.

Ester lève le visage et rouvre les yeux qu'elle a gardé fermé, et elle cherche le regard de Saul. Un maigre sourire sans joie se dessine sur son visage quand ses yeux mouillés trouvent ceux de l'homme. « Pardon. Et merci. », fait-elle d'une voix rauque et faible. Elle tourne le visage, cherche Sam instinctivement. Saul a dit qu'elle est là, c'est vrai, n'est-ce pas ? Elle se souvient vaguement de Samira qui part avec ses victuailles, Samira qui les laisse. Mais elle est revenue, n'est-ce pas ? D'ailleurs, elle n'est jamais partie ? L'angoisse lui retourne les entrailles, alors qu'elle a besoin d'être rassurée.

C'est elle, la gosse de la maison, celle qui a peur des monstres invisibles, ceux que son esprit abîmé invente pour elle et qui peuple le moindre de ses rêves. « Ca va aller », il lui dit. Et elle veut y croire. Elle veut y croire de toute ses forces, se persuader qu'ils pourront oublier, qu'ils pourront passer à autre chose, qu'ils pourront s'apaiser. « Sam, t'es là ? » elle demande, la voix un peu paniquée.
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Samira Foxx
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MessageSujet: Re: le combat ordinaire (sam & saul)   Mer 28 Oct - 15:03

Ses pieds sont vissés au sol. C'est là, à cet endroit précis qu'elle est parvenu à trouver un équilibre parfait. Ici, elle arrive à tenir sur ses deux jambes sans vaciller. Sam ne bouge pas. Elle ne s'est même pas un peu décalée quand les autres ont quitté la cuisine ; elle ne les a pas vu partir, d'ailleurs. Tout le long, ses yeux sont restés rivés sur eux, sur Saul et sur Ester. Ils sont par terre, la femme sur l'homme, et ils se tiennent forts. Peut-être qu'elle pleure et que lui essaye de la rassurer. Pas une seule fois Samira ne pense à perturber leur moment. Elle n'a pas la curiosité de demander ce qu'il a pu se passer entre le moment où elle a décidé de quitter la cuisine et celui où elle s'est sentie obligée d'y revenir. Elle n'est pas inquiète, non plus. Pas en colère. Pas triste. Raide comme un piquet, Sam se contente seulement de rester discrète. Elle espère qu'on l'oubliera puisqu'elle n'est plus capable de rien, qu'on ne pensera pas à l’appeler ou à demander son aide. Ici, à cet endroit, Samira se sent ni mal, ni bien. Alors elle ne bougera pas, elle attendra que les choses se passent, que Saul et Ester décident de se lever, de quitter la pièce. Peut-être qu'elle les suivra ou alors elle y restera seule, le temps que les effets de l'alcool s'estompent, le temps de retrouver un semblant de lucidité.
Deux, c'est assez pour les confidences, pour le soutien et pour le réconfort.

« Sam ? Viens. » Les jambes refusent d'avancer. « Sam, t'es là ? » Demande la femme, paniquée. Les lèvres restent soudées l'une à l'autre. Le temps d'un instant, elle comprend Saul et son besoin de quitter cette maison, de partir en courant, de fuir cette atmosphère pesante. Elle envie sa capacité à pouvoir ouvrir la porte, à pouvoir descendre le porche, à pouvoir courir dans le noir. Sauf pour le récupérer, Samira n'aura jamais son courage. Elle s'arrêtera quand la main devra tirer sur la poignée et qu'elle constatera toute l'obscurité qui s'étend derrière ces murs et qui menacent de les avaler. Le temps d'un instant, elle comprend Ester quand elle décide d'enfourcher sa moto pour ne revenir qu'après quelques longues heures. Elle imagine l'effet que ça doit faire de filer à toute allure contre le vent, sans se soucier de rien, seulement de la trajectoire de son engin. Elle l'envie aussi. Elle se sent piégée, aussi. Et c'est complètement fou, réalise-t-elle, la rapidité à laquelle un havre de paix peut se transformer en prison. Samira pourrait leur dire. « Non. » Elle le dit. Ça leur fait du mal de l'entendre ? Ça leur fait le même mal qu'à elle, quand ils refusent de lui dire la vérité ? « Non, j'suis pas là. » Ils peuvent prendre soin l'un de l'autre. Ils le font très bien quand ils s'arment avant d'aller dehors, avant d'aller à la guerre. Ils n'ont pas besoin de Samira.

Ce soir, c'est tout ce qu'elle demande. Si ils ne peuvent pas faire semblant d'être heureux tous ensemble, alors elle refuse d'être triste avec eux. Il faut qu'ils la laissent et qu'ils l'oublient. Samira reviendra plus tard, elle reviendra comme elle était juste avant qu'Ester ne voit des choses derrière la fenêtre, juste avant que Saul ne décide de partir. Mais ce soir... « J'suis pas là. » Répète l'absente. Sur son visage et dans sa voix, il n'y a pas de tristesse, il n'y a pas de colère non plus. Et c'est étrange de voir une personne aussi expressive devenir presque totalement indifférente à l'état des gens qu'elle prétend chérir plus que tout. C'est sa manière à elle de fuir. Pourtant, quand elle fait un pas en arrière et elle a l'impression que le sol vient de s'ouvrir sous ses pieds, qu'elle ne tient plus que sur un fil. Samira sait qu'elle va tomber, parce-qu'elle a quitté son seul point d'équilibre. C'est pas seulement le poids de l'alcool dans son ventre et dans sa tête, c'est beaucoup plus que ça. Le malaise est profond. Son esprit lui dit de partir mais le corps ne peut pas suivre. Le corps est constamment attiré par ces deux entités. Samira ne peut pas les quitter, c'est physiquement impossible. Alors elle va rester dans cette cuisine après leur avoir dit qu'elle n'était pas là pour eux.
C'est stupide. Et ça l'effraie.
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Saul Weiss
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MessageSujet: Re: le combat ordinaire (sam & saul)   Mar 1 Déc - 20:08

« Non. » C'est suffisamment inattendu pour être époustouflant. Passablement agacé, vaguement surpris, Saul lève un regard curieux vers Sam. « Comment ça, non ? » Les timbres se répondent, mais elle ne l'entend pas : « Non, j'suis pas là. » Il ouvre la bouche, les syllabes coincés au niveau de la troisième vertèbre. Il fronce les sourcils, hausse les épaules, halète même un moment. Il reste incapable de manifester son incompréhension dans un langage cohérent, d'articuler des gestes qui compenserait les mots qui s'absentent. Samira est à une distance infranchissable, un putain de grand canyon au milieu de la cuisine. C'est la raison hallucinée pour laquelle Saul ramène sa jambe un peu plus contre lui, un peu plus dans le giron qui n'existe que pour protéger Ester. Le sol s'est ouvert sous ses pieds, lorsque Sam s'est sentie l'âme de lui briser la sienne. « Qu'est-ce que tu racontes ? détaille-t-il très lentement. » C'est moins pour l'entendement de la jeune femme que pour le sien. S'il parle plus vite, ou plus brusquement, il s'y perdra. Et puisqu'elle répète, avec cet air fantomatique qui le fait sereinement flipper, il éclate brutalement : « Qu'est-ce que tu racontes ! » Il frotte, gratte, frappe sa tempe. Cette soirée est interminable. Cette nuit, impossible. Cette vie, infinie. Et sa fuite s'est éteinte à l'instant où le clébard a été rappelé à coup de balle dans les airs. Il ne peut pas simplement détaler après tout ça ; nier Sam ; laisser Ester ; perdre. « Ça suffit, les conneries. » Les siennes. Les leurs. Il balaie la totalité pareille à un tas de poussières, à des quantités négligeables. Il croit qu'il ne peut plus respirer quand sa voix claque dans l'air ambiant : « LOWELL. » Le jeune homme, l'ami, paraît comme d'être resté sur le seuil. Il y veillait, fidèle au poste, loyal entre tous. Le gaillard contourne sagement Samira, qu'il s'efforce de ne pas regarder. « J'appelle le doc ? il dit moins qu'il demande. » « Ouais, mâche son leader. »

L'heure suivante est exclusivement employée à réparer les choses et les gens. On a déposé Ester dans son cagibi, où Pete, un étudiant recalé de médecine mais propulsé sur le front afghan deux ans durant, soigne sa main. Il a hoché de la tête, vaguement, l'air plus dépité qu'il n'était inquiet. Saul s'en est contenté. Parce qu'il n'a pu éviter l'auscultation comme le sermon, il a promis de refroidir l'hématome que la belle serbe lui a offert, et il s'en est allé. Il a grimpé l'étage, parcouru le couloir. Il s'est interrompu devant la chambre de Sam. Louis garde sa porte. Tous les nippers agissent pour eux comme un seul homme. Autant qu'ils prennent soin d'Harcourt Drive, ils s'installent au chevet des princesses abîmées que Sham a ramenées avec lui. Ils ne savent rien de ces filles. Saul lui-même n'en sait rien. Il devine la plupart tandis qu'il se contente de peu. Ce qu'il a véritablement besoin de savoir à propos d'elles, il l'a appris dans l'usine désaffectée.

« Merci, mec. » Il frappe doucement l'épaule de Louis, qui s'écarte de la porte et s'éloigne en direction de l'escalier. Des doigts prudents malgré l'exténuation, Saul tire la poignée et pousse la porte. En dépits de l'alcool, Samira ne dort pas. Elle ne fait pas même semblant. Elle fume à la fenêtre, pour moitié assise sur son rebord : l'air humide de l'extérieur dit aussi la pluie qui s'est éteinte. Il l'observe un moment, et sa contemplation lui souffle de s'en aller. Il aimerait bien mais, précisément comme elle était figée un peu plus tôt, il est incapable de partir. Il aimerait trouver la force et le courage d'effacer cette soirée, de décapiter purement et simplement le souvenir. Les semelles claquant sur le plancher, Saul vient et il embrasse la nuque. Il sent qu'elle se raidit et qu'elle frissonne : il n'insiste pas puisqu'il ne peut départager. « Tu veux apprendre ? » Un pas sur le côté, il s'approprie l'autre moitié du rebord. Un regard pour l'extérieur lui offre le spectacle de ce que Samira scrutait ainsi, fenêtre ouverte : cinq nippers qui battent le jardin et les palissades voisines. « A tirer autrement que pour me rappeler, tu veux vraiment apprendre ? » Saul sait qu'Ester le lui enseigne – qui mieux qu'elle pour le faire ? Il réalise seulement qu'aucun ne lui a jamais demandé son avis. « Ou c'est juste pour me faire peur ? » La main glissant dans sa poche, il tire une cigarette du paquet froissé dans le tissu. Il bloque le tube entre ses lèvres et tâte ses vêtements en quête d'un briquet. « Je t'ai acheté un flingue, il dit comme de vouloir l'aider à répondre. » Il frotte la roulette et le tabac crépite au rythme de la flamme.
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Ester Jankovic
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MessageSujet: Re: le combat ordinaire (sam & saul)   Ven 4 Déc - 15:30

La douleur et la fatigue l’empêche de voir clairement, sa vue est complètement brouillée. Elle a levé vaguement le visage dans la direction où elle imagine que Samira se trouve, et elle cherche vaguement un repère, un signe qui lui prouvera que oui, sa compagne est bien là. Serrée contre Saul, elle a besoin de Sam, aussi,  pour se souvenir que ça vaut la peine de se battre et de s’accrocher. C’est pourquoi quelque chose se brise en elle et lui coupe le souffle quand elle entend la voix de Sam. « Non. » Ester se fige dans l’étreinte de Saul, tandis qu’il s’oppose à ce refus. Mais Samira le répète elle n’est pas là. L’odieux sentiment qui se répand doucement dans l’esprit d’Ester a des échos d’abandon et de trahison. Sa gorge se serre et les larmes menacent de déborder de nouveau. Elle cligne des yeux pour tenter d’y voir clair, et maladroitement, de sa main valide, se les frotte, mais rien n’y fait, sa vue reste brouillée. Elle ne distingue que vaguement ce qu’elle imagine être Samira, plantée devant eux, à quelques pas. A des kilomètres. Alors Ester enfonce son visage dans le cou de Saul pour masquer son chagrin, tandis que les larmes coulent à nouveau le long de ses joues dans un sanglot silencieux. Samira l’abandonne et la laisse tomber au moment où elle a le plus besoin d’elle, au moment où elle a besoin qu’elle lui rappelle qu’elle l’aime et que tout ça a un sens, au final. La jeune femme sent à peine Saul qui ressert son étreinte et qui s’agite et répond à Samira, vainement. Samira la laisse tomber, c’est qu’elle n’a plus besoin d’elle, pense la serbe. Elle n’a plus besoin d’elle autant qu’elle-même a besoin de Samira. Alors, elle abandonne, elle aussi et elle se noie dans cette torpeur qui anesthésie ses sens et son esprit. Ça lui évite des pensées douloureuses, ça lui évite de sentir sa main blessée.

Elle ne garde qu’un vague souvenir de ce qu’il se passe ensuite. Elle se souvient de voix lointaines, celle de Saul, celle de Lowell, celle d’un autre type qu’elle ne reconnait pas. Pete soigne sa main en silence et ne pose pas de question, sous l’œil attentif de Saul, probablement. Mais elle ne le voit pas, elle ne voit plus personne. Ester a le regard éthéré de ceux qui ne sont plus vraiment là, ceux qui ont lâché l’affaire. Elle fixe le plafond sans le voir, tandis que ses pensées s’enchaînent à la fois trop rapidement et de façon trop hasardeuse pour qu’elle ne puisse les saisir. Elle avale gentiment les antidouleurs qu’on lui donne, et les autres comprimés destinés à maintenir calme durant un temps. Ester ne réagit même pas quand la seringue pique sa peau pour administrer le calmant qui la plonge ce qu’il lui semble un sommeil éveillé. Il lui semble que ce sont des heures qui passent quand c’est seulement quelques minutes. Mais ça n’empêche pas les cauchemars dans lesquels Samira part et ne peut pas être rattrapée. L’angoisse sourde et habituelle de ses nuits reprend ses droits tandis qu’elle s’agite en silence. Elle halète et c’est l’impression qu’on lui déchire la cage thoracique pour lui arracher le cœur qui la réveille. Elle est pantelante, couverte d’une sueur froide et l’esprit bien plus alerte. Et avec la conscience reviennent les souvenirs. Elle ne retient pas le gémissement qui passe ses lèvres alors qu’elle se souvient. Et plus que sa main blessée, c’est son âme meurtrie qui se rappelle à elle.

Samira ne veut plus d’elle. Elle ne veut plus d’eux. Mais c’est la meilleure solution, quand on y pense. Qui voudrait partager son quotidien ? Elle qui est si instable, elle qui n’apporte rien de bon dans ces murs. Elle n’apporte rien, c’est vrai, si ce n’est de l’inquiétude pour tous. Ils n’ont pas besoin de cela, aucun des nippers, ni Saul ni Sam n’ont a géré ses démons. Et tandis que les pensées odieuses grandissent dans son esprit, il lui semble qu’elle suffoque. Il lui faut de l’air, il lui faut de l’eau. C’est quand elle se lève qu’elle remarque vaguement son corps complètement engourdi. Elle tient à peine debout et chaque pas lui semble être un effort qu’elle ne peut pas fournir. Elle s’accroche pourtant, atteint la porte qu’elle ouvre avec quelques difficultés. Elle ne reconnait pas le nipper qui est assis dans le salon et qui visiblement attendait le moment où elle sortirait mais il est là pour la soutenir et elle n’a pas la force de le repousser. Sa respiration se fait plus chaotique au fur et à mesure que la crise d’angoisse prend ses droits et quand enfin l’air frais de la nuit l’entoure, il lui semble qu’elle respire un peu mieux. Elle s’installe de nouveaux sur la banquette défoncée. Elle se sent vide. Elle est vide. Le monde a perdu sa saveur et son intérêt quand Samira a décidé de partir. Et les échos d’une conversation venant de l’étage lui apprennent que Saul a préféré la rejoindre. Ester n’a pas de mot pour décrire les sentiments qui évoluent en elle, de plus en plus déraisonnés et chaotiques. La jalousie la bouffe un instant avant qu’un semblant de raison tronquée s’impose à elle. Ils ont raison de ne pas s’encombrer d’un poids. Ils ont le droit de vivre et d’avancer. Elle n’a pas le droit de les retenir avec elle et d’espérer… d’espérer quoi d’ailleurs ? Rien. Il n’y a rien à espérer. Alors, elle abandonne pour de bon, le cœur lourd. Recroquevillée sur elle-même pour se tenir chaud, ses bras entourent ses genoux. C’est plus simple comme ça. Il faudra qu’elle réapprenne à avancer sans eux, à respirer sans eux. Il suffira juste qu’elle arrive à faire taire cette petite voix de conscience insolente qui lui gueule qu’elle fait fausse route et que sans Sam, sans Saul, elle n’arrivera plus à rien.
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Samira Foxx
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MessageSujet: Re: le combat ordinaire (sam & saul)   Dim 6 Déc - 21:15

Une chambre, c'est réconfortant. C'est le sanctuaire de celui qui la possède. On peut s'y reposer, retirer son masque, souffler, ne plus être soumis aux regards et aux jugements des autres. S'isoler dans sa chambre pour quelques minutes, ou quelques heures, c'est décider de prendre une pause ; un temps mort dans la vie. Mais dès lors qu'on place un garde devant la porte d'une chambre, ce n'est plus pareil. La chambre devient une prison. On sait qu'on y est bloqué pour réfléchir à nos erreurs, on sait qu'on ne peut pas en sortir, on sait que n'importe qui peut venir troubler notre intimité. Alors Samira part se cacher sous ses draps, elle enfonce son visage dans un oreiller. Elle peut se laisser aller, maintenant, elle peut pleurer, on ne l'entendra pas de l'autre côté du mur. Sa mémoire n'a gardé aucun souvenir de leurs réactions. Samira les revoit seulement étendus sur le carrelage de la cuisine et, sans savoir pourquoi, ça la fait pleurer plus fort. Elle s'étouffe. Ça lui pique la poitrine. Ses bras serrent plus fort le coussin humide contre son visage. Elle s'enfonce. A force, les larmes cessent finalement de couler. Quand la gorge avale une goulée d'air, les battements dans sa poitrine repartent, les poumons se remplissent. Ça ne lui fait pas plus de bien ni plus de mal. Sam est paumée entre ses regrets, sa colère et sa tristesse. Au milieu des vapeurs d'alcool et des nuages de nicotine, il y a son esprit et sa raison. Le corps se laisse envahir par des émotions qu'il n'arrive pas à canaliser. Et c'est insupportable d'être elle. Samira voudrait devenir Ester, elle voudrait se lever pour tout casser, tout réduire en poussière, frapper dans un nipper ou dans un mur sans qu'on essaye de l'en empêcher. Mais elle reste là, assise sur le bord de son lit, le dos courbé, les bras qui pendent, les jambes croisées. Sam ne cassera rien, elle accorde beaucoup trop de valeur à cette maison et tout ce qui la constitue. A l'inverse, elle estime beaucoup moins son propre corps.

Ouvrir une fenêtre au beau milieu de la nuit n'a rien de très compliqué, mais ça lui prend un temps fou de poser la main sur la poignée, puis de la tourner et enfin d'ouvrir grand, de laisser l'air entrer. Comme aux poumons quand on reprend sa respiration, ça lui fait du bien. C'est passager. Profiter des plaisirs qu'offre la vie, c'est réaliser qu'on n'est toujours pas mort, c'est savoir qu'on va encore souffrir. Parce-qu'il en traîne partout dans cette maison - comme les armes - Sam récupère un paquet de cigarettes et des allumettes. Son corps la maudit de lui infliger de pareils supplices. Parce-qu'elle ne s'arrête pas là, Samira ; une cigarette ne suffit pas. Il lui en faut une seconde. Encore une troisième. Elle fume trop vite. Et quand elle tousse, elle croit parfois que son estomac va décider de tout vomir. Ça n'arrive pas. Cracher pour enlever le sale goût qui lui reste dans la bouche ne suffit pas. Sa bouche est pâteuse. Il ne fallait pas boire et fumer autant. Il ne fallait pas rappeler Saul à la maison. Il ne fallait pas insister pour qu'Ester lui avoue ce qu'elle avait vu derrière la fenêtre, il ne fallait pas se vexer.
Elle crache, mais ça lui reste encore en travers de la gorge.

La porte s'ouvre d'un coup ; voilà le roi qui fait son entrée sans prendre la peine de prévenir en toquant. Il approche ; elle entend le parquet grincer sous ses pas. Elle sent son souffle contre son cou, puis ses lèvres. Samira ne se tourne pas pour le voir, son attention reste focalisée sur les Nippers qui errent dans le jardin, l'arme à la main, comme si elles étaient la prolongation naturelle de leurs bras. « Tu veux apprendre ? » Samira l'observe un moment, comme si la question la surprenait, comme si elle avait attendu toute sa vie qu'on lui la pose. Pourtant, elle ne répond pas. Ses lèvres refusent de se décoller, sauf pour accueillir le filtre de sa cigarette. La fumée s'échappe en même temps qu'une quinte de toux. « A tirer autrement que pour me rappeler, tu veux vraiment apprendre ? » Non.
Non, elle ne veut pas.
Elle ne veut plus tenir de revolver, elle ne veut plus entendre ses oreilles siffler, elle ne veut plus sentir, dans ses bras, la violence d'un coup qui part, d'une balle qui fend l'air pour exploser une bouteille... Mais ça lui plaît de passer du temps avec Ester, ça lui plaît quand elle vient dans son dos et qu'elle pose ses mains sur les siennes pour l'aider à mieux viser, ça lui plaît quand elle l'encourage et ça lui plaît aussi de lui faire perdre patience.
Samira passe ses deux jambes de l'autre côté du mur. Ses pupilles fixent le vide. La cigarette revient machinalement à la bouche. « Ou c'est juste pour me faire peur ? » Les mots ne la font même pas réagir. Sam semble plus intéressée par le sol, un étage plus bas, que par Saul. S'il partait, ça serait mieux. Ils pourraient essayer de se reparler demain, mais pas maintenant. Il ferait mieux de rester auprès d'Ester. « Je t'ai acheté un flingue. » Jusqu'ici, Samira empruntait toujours des armes qui ne lui appartenaient pas pour s'entraîner. Elle savait qu'à la fin, il fallait la rendre, qu'elle n'aurait pas à la garder, à la tenir constamment comme les autres le font. Mais Saul, avant de savoir si elle désirait réellement apprendre à manier des armes, est allé plus loin ; il a décidé de lui en acheter une. Un cadeau original. Un ignoble cadeau, pense-t-elle. « Pourquoi t'as fait ça ? » Elle semble agacée, comme ces femmes qui s'adressent à leurs compagnons après qu'ils aient commis une erreur. Le mégot s'écrase contre le rebord de la fenêtre avant de disparaître dans l'obscurité et retomber quelque part dans le jardin.
Pourquoi ne pas lui acheter des fleurs ?
Jamais personne ne lui a acheté des fleurs.

« Qu'est-ce que tu veux que je foute avec ma propre arme ? » Son index pointe les Nippers dans le jardin. « Ça ? » Elle ricane. Ils peuvent bien manipuler tous les flingues qu'ils veulent, s'inventer des ennemis, fouiller la ville, protéger leur quartier ; Samira ne fera jamais parti de leur troupe. Elle ne pourra jamais dégainer d'arme, même si elle lui appartenait, pour les défendre. Tirer dans le vide, lui faire peur pour le faire revenir, c'était une idée comme ça, sortie de nulle part juste pour le retrouver. Elle regrette cet acte comme elle regrette souvent d'avoir gagné ce jeu. Ils auraient mieux fait de ne jamais sortir de cet entrepôt. Un temps mort pour toujours. « Ça pourra toujours servir. » Qu'elle déclare en haussant les épaules. Elle colle le bout de son index et de son majeur contre sa tempe, la bouche tente de reproduire le son d'un flingue avec lequel on tire. Et ça la fait rire, l'idiote. Ça la fait rire parce-que, à ce moment, elle est persuadée que cela pourrait être une véritable libération. « J'ai peur des ombres qui se dessinent sur les murs, de ce qui peut se cacher derrière ou sous les meubles. J'ai peur de toutes les personnes que je connais pas. Je crois même que j'ai peur de dormir parce-que j'ai peur de faire des cauchemars. Tu le savais ? » Il l'a forcément remarqué. « J'ai peur du bruit et de la puissance de ces trucs. J'ai peur à chaque fois que je vous vois recharger vos armes ; ça veut dire que vous les avez vidé sur quelque chose... Ou sur quelqu'un... Ça veut dire qu'on pourrait faire la même chose avec vous. » La voix se brise. Les yeux brillent. « Alors dis-moi pourquoi tu m'as acheté un flingue ; je suis curieuse. »
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Saul Weiss
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MessageSujet: Re: le combat ordinaire (sam & saul)   Mar 12 Jan - 13:48

Comme il est entendu qu’il le fasse, Saul se creuse la poitrine et s’entre le menton entre les épaules. D’un regard alerte (la vague conscience d’avoir commis une erreur sans connaître néanmoins la sanction assortie), il va de Sam au mégot qu’elle broie sur le bord, du mégot jeté à la pénombre du jardin et, de la silhouette solide d’un nipper, il revient à Sam. Pourquoi est une bonne question, et Sham Weiss veut hausser les épaules pour répondre. Il se retient, la double-peine qu’elle lui infligerait pour cela nettement inscrite dans son esprit. Il n’y a pas réfléchi, en vérité, et c’est presque égal à admettre. On est en Louisiane, ici, et s’acheter un flingue, dans les environs, est beaucoup plus commun que de renouveler le kilos de cornflakes du placard de droite, au-dessus de l’évier. Pour ainsi dire, il s’est réveillé, ce matin-là, avec l’idée figée, il a entraîné un nipper en escorte et il l’a fait. C’est d’une banalité, d’ailleurs… Saul reste la bouche entrouverte, aucune explication amoncelée sur la langue. Il est tout près de décider que c’est plutôt à elle de justifier de la pauvreté de sa défense. Il n’en ferait rien. Il est aussi désarmé que s’il avait bon fond. Et ça pourra toujours servir, oui. Naïf ou inconscient, il s’apprête à acquiescer, libéré qu’elle abonde dans son sens, lorsque : « Arrête ça. » Sans violence, Saul gifle les doigts qui miment à hauteur de tempe. « C’est pas drôle… » Le serrement dans son thorax doit correspondre au cœur. La vague de froid qui naît de ses entrailles, ce doit être la peur. L’hypothèse seule qu’elle y pense, même en éclats, même en morceaux, lui provoque de l’angoisse. A toute vitesse, il réfléchit à ce qu’il faudrait dire, à ce qu’il faudrait faire, la clef et l’analyse qui effaceraient cet instant parfaitement idiot où elle l’a menacé de le priver d’elle… Son échec, critique, lui fait avaler plus de fumée, et plus vite. Samira le tient aussitôt sous le feu de son éloquence soudaine. Il vrille ses billes aux billes et ça lui évite d’avoir à marmonner, à répliquer, à hurler. A son tour, il jette la cigarette jamais finie dans l’obscurité. Le fait qu’il ne se soucie absolument pas de ses camarades en contrebas est criant d’urgence. Saul focalise la totalité de son attention, et de sa concentration, (et, pourtant, comme il est fatigué, comme il est las, comme il aimerait que le lendemain vienne) parce qu’il ne parvient pas à trouver, aussi loin qu’il se farfouille l’esprit, les mots satisfaisants pour interrompre, répliquer, riposter. « C’était pas une bonne idée, d’accord. » De l’inquiétude et de l’exaspération mêlées dans le timbre, Saul a parlé d’un souffle. La cigarette doit entamer ses capacités respiratoires, parce qu’il ne peut plus articuler une syllabe sans pressentir la suffocation. Une main imaginaire ressasse le bordel qui lui sert de sac à émotions. Quand il ne peut plus mettre de nom sur rien et quand soutenir le regard de Samira devient trop difficile, il serre le paquet de cigarettes dans sa paume et jette un œil fugitif vers l’extérieur. « Le jour où les chargeurs seront vides, dit-il plus doucement à la jeune femme, on sera morts. » Cette certitude s’est nichée en lui longtemps avant qu’il ne rencontre Sam ou Ester. C’est une stratégie de guerre, un instinct de vie. « Je vais mettre des tas de chargeurs pleins et des tas de flingues entre la mort et toi, Sam. Même si t’es pas d’accord. » Il lui promet. Il la menace. Saul n’en sait rien. C’est vrai que leur vie, que leur survie, repose sur lui. Il n’a rien à exiger d’elle. Il n’a rien à lui apprendre. C’est à la serbe et c’est à lui qu’incombe le courage permanent de la sauvegarder de tous et à tout prix. Et contre elle-même, s’il le fallait vraiment. Harcelé par l’amertume, il s’arrache un sourire : « J’ai peur, moi aussi. » Et alors, quoi ? Il n’éclaire rien. Il desserre son étreinte et abandonne le paquet dans le fond de sa poche. « Bonne nuit, Sam. » Il l’embrasse à la tempe et il sort.

Lorsqu’il pourrait descendre les escaliers – lorsqu’il devine qu’il y trouverait Ester, Saul s’immobilise un moment. Avec absence, il médite son besoin de combattre. Il médite plus intensément encore son besoin grandissant de reddition. Un nipper traverse le rez-de-chaussée et lève le regard loin au-dessus de la rambarde jusqu’à lui. Ils conversent en silence et, quand ça se termine, Saul tourne les talons et tire la porte de sa chambre derrière lui.
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