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 what goes around comes around (pv Jacob)

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Maxime Sanderson
kill of the night


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MessageSujet: what goes around comes around (pv Jacob)   Mer 16 Sep - 20:01

What goes around comes around
Jacob & Maxime



C’est mon petit rituel du matin. Je cours. Je ne peux pas m’en empêcher : je suis obligé de courir pour vraiment me réveiller après ma série d’abdos et de pompes au tomber du lit. Et je cours. Pour me détendre, pour respirer, pour m’encourager à faire face à cette journée de liberté illusoire, à faire face à la réalité. Pour oublier, aussi, que mes petits frères me fuient et m’ignorent, que je ne suis pour eux, finalement, qu’un inconnu, qu’un étranger, qu’un intrus venu s’occuper d’eux parce que leur mère s’est suicidée. J’ai beau être leur grand frère, dix ans me séparent de Nolan, qu’une seule petite année le sépare de Colin. J’ai beau être leur grand frère, ils sont bien plus liés et se connaissent trop pour que nous puissions un jour espérer former à nouveau une famille. Et je les comprends.

Je cours. Pour m’enfuir, pour le plaisir, pour cesser de penser et profiter simplement de pouvoir aller où je veux, quand je veux, dans la limite des conditions de ma libération. Si j’ai repris le sport il y a deux ans, sous l’impulsion de Maddox, ça ne change rien à la réalité des choses : j’ai perdu. En endurance, en détermination, en respiration. Ce que j’ai péniblement gagné en assurance et en muscle, je l’ai perdu en joie et en inventivité. Je cours parce que ça m’aère l’esprit et que ça me donne l’impression d’être libre à nouveau, comme lorsque je voltigeais sur dans les airs et que mon snow m’arrachait à la gravité. Je cours, j’accélère, je m’effondre le souffle court contre un mur et je prends le temps de regarder ma montre, vicieusement superposée à ce bracelet électronique qui m’enchaîne à la ville. Deux heures et demi. Une vingtaine de kilomètres, peut être vingt-cinq, mon cœur bat à tout rompre dans ma poitrine, malmené par cette course obligatoirement fractionnée par les voitures, les piétons, les bus et autres feux. Si le gros de mon footing, je l’ai passé dans le parc principal à y tourner en rond, ça fait du bien de réapprendre à connaître rues et ruelles du secteur. Et là, mains appuyées sur le mur, je m’efforce d’étirer mes jambes endolories en attendant de calmer mon rythme cardiaque. Je sais que je devrais techniquement être en train de dormir, après mes dix heures consécutives de travail, la veille, mais je n’y arrive pas. Et je dois pointer au commissariat, à heure fixe, comme tous les jours.

Je passe le pas de l’immeuble et une trentaine de minutes plus tard, je suis de nouveau dans la rue, changé, douché, les cheveux encore humides et cette fois avec ma planche de skate en main. Je n’ai pas pu résister. De toute manière, il faut bien se l’avouer, je ne résiste jamais à son appel même si je culpabilise dès que mes pieds se posent dessus et que je commence à filer dans les rues, de vieux réflexes retrouvés anticipant les virages, les freins, les sauts sur le trottoir et des petites figures lorsque j’en ai l’occasion. Dès que les roues se mettent en branle, j’ai un petit nœud au ventre et toute la pression sur mes épaules qui s’évapore. J’ai presque envie de fermer les yeux, comme lorsque je cours, pour me sentir véritablement libre mais… je file entre les voitures, ralentis devant le passage piéton, ébouriffe mes cheveux laissés libres et décoiffés, freine lorsque le commissariat étant son ombre menaçante sur ma petite, minuscule, silhouette. Et tout bien être qu’a pu me procurer mon footing et cette escapade sur ma planche est ruiné dans les souvenirs et surtout dans la raison de ma présence. Je déglutis. Deux semaines, je n’y suis toujours pas habitué même si je me plie à mes impératifs avec la rigueur et la ponctualité d’un métronome. Pas question que l’on puisse me reprocher quoique ce soit tant que ce sera possible : il faut que je pointe, il faut que je débriefe. Surtout aujourd’hui, vu que c’est l’anniversaire de mes deux semaines de liberté. Je soupire. J’appréhende. J’appréhende les questions, j’appréhende l’inspecteur, j’appréhende la conclusion. Je pousse la porte, m’y immisce comme si j’étais un fautif voire un cambrioleur, comme un enfant osant pousser la porte du bureau de son père pour venir lui poser une question ou, pire, lui confesser une quelconque bêtise. Sauf que ma bêtise, je l’ai déjà avouée, il y a cinq ans, et je la paye encore. Sauf que ma bêtise n’a rien à voir avec un quelconque vase brisé ou un zéro récolté dans une matière lambda, sauf que ma bêtise n’est ni plus ni moins qu’un meurtre la mort d’un des collègues de ce bâtiment.

J’inspire lentement. Prends sur moi. Comme la prison me l’a appris, comme le succès brutal me l’a appris avant ça. Il s’agit d’assumer ce que je n’avais pas à avouer et d’assumer plus encore ce que j’ai avoué. Je suis un meurtrier. Il faut que je l’accepte. Même cinq ans après. Mes pas me guident vers l’accueil, je me racle la gorge pour attirer l’attention du flic en poste. Qui ne relève pas tête. Je toussote. « Excusez moi… j’ai rendez-vous… » Son regard me foudroie, je garde la tête haute et inspire posément dans un sourire forcé. « Avec l’inspecteur Ahriman. »

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Jacob Ahriman
kill of the night


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MessageSujet: Re: what goes around comes around (pv Jacob)   Jeu 8 Oct - 17:38

What goes around comes around
Jacob & Maxime



Assis à son bureau, une pile de dossier soigneusement rangés à sa gauche et une tasse de café fumante à sa droite, Jacob planchait sur une énième affaire de meurtre à la petite sauvette, un pauvre homme qui avait été retrouvé égorgé et dépouillé de tous ses effets personnels dans une ruelle du Vieux Carré. Ce n’était pas le premier à connaître ce sort funeste, et ça ne serait certainement pas le dernier. La Nouvelle-Orléans n’avait jamais été réputée pour son climat de sécurité – on pouvait même dire que c’était tout le contraire. Le niveau de criminalité était plus élevé que dans n’importe quelle ville des Etats-Unis, et la situation s’était drastiquement aggravée après Katrina. Meurtres, vols, pillages, la cité avait connu une période de chaos terrible après l’ouragan, et les problèmes rencontrés par le département de police n’aidaient absolument pas les officiers à juguler correctement le flot de criminels qui s’en étaient donné à cœur joie. La panique dans la gestion des dossiers et les policiers corrompus qui en faisaient disparaître d’autres avaient également compliqué la tâche, mais petit à petit, tout commençait à rentrer dans l’ordre.
Enfin, tout aurait pu rentrer dans l’ordre sans le psychopathe qui s’était mis à tuer en série peu après la fin de la tempête.
Depuis deux ans qu’il terrorisait la ville, aucune preuve, aucune piste, rien n’avait été trouvé contre lui. Les morts continuaient de pleuvoir, plus ou moins nombreux à chacune de ses sessions perverses. Les cadavres étaient retrouvés dans des états tellement lamentables que certaines jeunes recrues vomissaient tripes et boyaux en voyant ceux des victimes ; et encore, ça, c’était quand on retrouvait les corps. Certaines disparitions de groupes, imputées à Jigsaw, n’avaient jamais été élucidées et ne le seraient probablement jamais. Après tout, il ne fallait pas se leurrer : si le malade qui les avait embarqués dans ses jeux tordus était attrapé un jour, il ne révèlerait sans doute pas les locations de ses salles de torture. Certaines familles seraient condamnées à se rendre sur des tombes dont les cercueils resteraient désespérément vides.
L’inspecteur Ahriman recula dans son fauteuil et s’étira longuement avant de frotter ses yeux fatigués derrière ses lunettes, massant sa nuque endolorie d’une main. Il ne se souvenait plus de la dernière fois où il avait pu prendre quelques jours de vacances. Ou en tout cas, des vacances qui n’aient pas été un arrêt de travail forcé comme lorsqu’il avait dû enterrer son épouse. Quelque part, il savait pertinemment que des vacances, il n’en prendrait que lorsque cette affaire, la plus grosse de sa carrière, serait résolue. Il aurait l’impression que sa femme et toutes les autres victimes pourraient enfin reposer en paix lorsque leur assassin serait mort à son tour.
Mais pour l’instant, Jacob n’avait pas que les morts dont il devait s’occuper. Certains des dossiers sur son bureau concernaient des individus bien vivants, des êtres de chair et de sang dont il avait la charge. Il était prêt à se replonger dans le cas de l’un d’entre eux lorsque l’un de ses collègues vint tapoter sur son bureau pour attirer son attention.

- Jacob, y a un gamin à l’accueil, la vingtaine, il dit qu’il a rendez-vous avec toi.

L’inspecteur haussa les sourcils. Il avait presque oublié ce rendez-vous et n’avait pas du tout vu l’heure passer. Il hocha la tête pour remercier le policier venu le prévenir.

- Dis-lui que j’arrive tout de suite.

Il se leva de son fauteuil et fouilla rapidement dans ses papiers jusqu’à trouver celui qui l’intéressait, à savoir les données concernant son rendez-vous. Il enfila sa veste de costume et sortit de son office, traversant la salle commune et bruyante où tous les autres policiers s’affairaient comme des fourmis. Il relut rapidement le dossier du jeune homme qui l’attendait. Maxime Sanderson, vingt-sept ans, libéré sur parole car seule personne légalement capable de s’occuper de ses frères mineurs après le décès de leur mère. Incarcéré quelques années plus tôt pour braquage à main armée et meurtre. Jacob se rappelait de cette affaire qui avait vu la mort d’un policier vétéran qui n’avait pas eu de chance. Sanderson avait été envoyé en prison, condamné à la peine de mort jusqu’à ce que sa sentence soit mise en sursis. Il serait relaxé s’il respectait scrupuleusement toutes les consignes qui lui ont été données et qu’il se rendait en temps et en heure aux rendez-vous avec son officier de probation, à savoir l’inspecteur Ahriman lui-même. Jacob ne savait pas trop pourquoi ses supérieurs avaient décidé que puisqu’il avait participé à l’arrestation du jeune homme, il devrait s’assurer qu’il rentrait dans le rang sous peine de retourner dans le couloir de la mort.
Une fois arrivé dans l’entrée, il chercha des yeux le repris de justice. Lorsqu’il l’aperçut, il l’appela d’une voix calme mais ferme.

- Sanderson.

Il lui fit un rapide signe de la main, l’invitant à le suivre, puis tourna les talons et remonta le couloir qui menait jusqu’à son bureau. Une fois qu’ils y furent entrés tous les deux, il ferma la porte et alla se réinstaller dans son siège, plantant ses yeux d’un bleu intense dans ceux de Maxime.

- Tu es sorti de prison il y a deux semaines, c’est ça ? Raconte-moi comment ça se passe depuis.

Il était très professionnel, très droit dans son siège, un stylo dans une main pour prendre d’éventuelles notes, l’autre posée sur la couverture de la chemise cartonnée qu’il ouvrit pour jeter un bref regard à ce qui se trouvait à l’intérieur avant de reporter son attention sur le jeune brun.


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Maxime Sanderson
kill of the night


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MessageSujet: Re: what goes around comes around (pv Jacob)   Lun 12 Oct - 21:15

What goes around comes around
Jacob & Maxime



Je suis mal à l’aise. Je me sens oppressé dans ce bâtiment, observé, jugé, méprisé. Je sens contre mes poignets la morsure des menottes, je sens mes mains jointes dans mon dos être poussées en avant alors qu’on me traîne comme un criminel – ce que je suis – devant un inspecteur de police qui ne va pas se priver de me frapper. Une inspiration, il faut que je chasse mon appréhension ou mes souvenirs, il faut que je chasse ce qui peut me troubler pour que je ne me concentre au final que sur la situation actuelle. Je connais les liens, j’y viens chaque jour depuis deux semaines, je traîne chaque jour ma carcasse sous l’ombre de la police pour signer un papier, signaler les différents lieux que je compte fréquenter dans la journée, recalibrer correctement mon bracelet électronique. Deux semaines que je viens tous les jours, que je ploie tous les jours sous les regards. Et aujourd’hui, c’est pire encore. Je me racle la gorge, attire l’attention du flic en poste. Inspecteur Ahriman. Celui qui m’a attrapé, celui qui m’a coffré, celui qui m’a mis en prison. On m’assure qu’il va arriver, on m’envoie m’asseoir pour attendre. Je sens les regards lourds de sens dans ma nuque, je frissonne et croise les bras, tassé, recroquevillé. Je n’ai présentement qu’une seule envie : disparaître par cette porte et ne plus jamais remettre les pieds ici. Disparaître, ne pas subir cet interrogatoire dont j’ignore même la teneur ou l’objectif. J’imagine qu’il va vouloir savoir si je vais bien, si je ne compte pas replonger, si je n’ai pas pour objectif de tuer d’autres flics en oubliant que c’est de ma vie dont il s’agit et surtout que mes frères sont totalement dans la balance cette fois.

Les secondes sont interminables, mes doigts pianotent de nervosité, j’ai du mal à respirer. Le stress, je savais le gérer, avant. Sur ma planche de snowboard, je savais le gérer, derrière mes adversaires, je savais le gérer en ne me concentrant que sur des sensations comme le froid, le vent, mes gants crispés sur mes mains et mes fixations entourant mes chevilles. Là, je ne trouve que la climatisation et mon bracelet électronique sur lesquels porter mon attention et ce n’est réellement pas ce qui est le mieux. Je me mords la lèvre inférieure. Mes yeux glissent vers l’horloge murale, j’envisage d’appeler Nolan pour m’assurer qu’il est bien parti au lycée et qu’il a emmené Colin avec lui, je… - Sanderson. je sursaute. « Je suis là, Inspecteur » Je bondis sur mes pieds, le suis sans plus tarder pour déboucher dans son bureau. Chaque pas m’angoisse davantage, je m’efforce de mettre en pratique ce que mon coach me répétait en boucle pour me forcer à me décrisper. Sans succès. La porte se ferme, j’ai ce foutu réflexe de regarder derrière moi dans un souffle étranglé. J’hésite même à m’asseoir. - Tu es sorti de prison il y a deux semaines, c’est ça ? Raconte-moi comment ça se passe depuis. Ma main s’appuie sur le bureau, je me glisse dans le siège le plus proche, inconfortable. Son regard m’intimide, je cherche en moi ce qui m’a permis de survivre à mes deux dernières années en prison plutôt que de me comporter comme mes trois premières années.

« Euh… oui, deux semaines. » C’est une bonne entrée en matière. Je ne sais pas trop ce que je peux avoir à dire, je sais juste que je ne veux pas abandonner mes frères et que je ne veux pas retourner en taule. Pire : je refuse obstinément de replonger dans quoique ce soit et encore moins de donner aux flics des raisons de croire que je ne mérite pas la liberté qu’ils m’ont donnée. Je sais que dans un sens, je ne la mérite déjà pas : ma mère s’est suicidée, ce n’est que grâce à elle que je suis sorti. Morbide. Déprimant. Mais je suis presque libre, alors… Je tente de mettre un peu de conviction dans ma voix. « Tout se passe très bien inspecteur. J’ai trouvé un travail donc je peux subvenir aux besoins de mes deux frères. » Bien Maxime, bien, tu évites les sujets délicats pour te contenter d’effleurer le principal. Ma voix s’étrangle, je cesse de parler pour me murer dans un silence comparable à celui que j’offre à mon psychologue tous les mardi lorsqu’on m’impose d’aller le voir. Je me tasse dans le siège. Come on, Maxime, ne te laisse pas impressionner. Maddox me mettrait des baffes s’il voyait m’aplatir, comme ça. Et pourtant je ne peux pas m’en empêcher. Je me retrouve cinq ans en arrière, lorsque j’ai confessé le meurtre en regardant ce même inspecteur dans les yeux. L’un des rares mensonges que j’ai pu dire sans faillir, sans trembler, sans me décrédibiliser. « Ca va vraiment, je reste dans la légalité, comme convenu. » C’est un mensonge, encore une fois. Parce que mon croque-mitaine personnel traine toujours autour de ma famille et que si j’ai réussi pour le moment à lui échapper plus ou moins, je vais finir par retomber entre ses griffes et là… je ne sais pas comment je m’en sortirai. Un frisson parcourt d’ailleurs ma colonne vertébrale. Je me garde bien de faire des conneries mais c’est loin d’être le cas de mes deux frères. Cet inspecteur sait-il que je ne suis pas le seul Sanderson à avoir un casier judiciaire et que ces deux frères que je suis supposé surveiller sont loin d’être des petits écoliers modèles ?

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Jacob Ahriman
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MessageSujet: Re: what goes around comes around (pv Jacob)   Mar 13 Oct - 20:14

What goes around comes around
Jacob & Maxime



Jacob observa Maxime se glisser dans la chaise face à lui, l’air nerveux et un peu apeuré. Il avait l’air de ces animaux battus que l’on essaye de réhabituer à la vie normale après quelques années de mauvais traitement. Sauf que Maxime n’était pas un chien maltraité qu’on avait sauvé d’un chenil : c’était un criminel, un meurtrier qui était sorti de prison uniquement parce qu’il était la seule famille encore en vie et apte à s’occuper de ses deux frères mineurs. Et encore, s’il n’avait pas eu une conduite exemplaire durant son incarcération, nul doute que les gamins auraient fini en famille d’accueil plutôt que d’être placés sous sa charge. Mais l’ancien champion olympique avait fait profil bas, n’avait jamais fait de vagues, avait été poli et aimable, et avait même réussi à gagner la sympathie des gardiens. En tout cas, il n’y avait pas une remarque négative sur son dossier. On craignait simplement que la situation difficile dans laquelle il était plongé depuis le suicide de sa mère ne le pousse lui aussi à commettre l’irréparable. Aussi voyait-il un psychologue une fois par semaine, en plus des visites qu’il devrait lui faire à lui, son officier de probation. Et bien sûr, il y avait le bracelet électronique à sa cheville qui permettait de tracer ses moindres mouvements. Avec une telle surveillance, aucun écart ne passerait inaperçu. Tant mieux pour lui : s’il se permettait de briser la loi, il retournerait dans le couloir de la mort sans espoir d’échapper à sa sentence cette fois.

- Tout se passe très bien inspecteur. J’ai trouvé un travail donc je peux subvenir aux besoins de mes deux frères.

L’inspecteur fixa le jeune homme, sa vaine tentative d’avoir l’air assuré et heureux de sa situation. En même temps, qui le serait, à sa place ? Il était monté très haut et avait tout perdu à cause d’une erreur qu’il n’aurait jamais dû penser à commettre ; sa famille ne consistait plus qu’en lui et ses deux frères cadets, frères dont il avait déjà vu passer les noms quelques fois sur des contraventions. A croire que les enfants Sanderson s’étaient tous jetés sur la plus mauvaise pente possible. Jacob était humain : il ne pouvait s’empêcher de juger Maxime, d’autant plus que l’un de ses collègues de l’époque avait trouvé la mort à cause du garçon. Mais il n’était pas ouvertement hostile non plus. S’il voulait que l’ancien sportif ait une chance de s’en sortir et de se réintégrer à la société, il était hors de question de le marginaliser davantage. Ca n’aurait servi qu’à le rendre aigri, rancunier, mauvais, et au final, il ferait une erreur encore plus énorme que la précédente. Et ce n’était absolument pas le but de la manœuvre. Certains flics aimaient jouer à ce petit jeu, à ruiner encore plus des vies qui n’avaient pas besoin de ça. Heureusement pour Maxime, Jacob ne faisait pas partie de ceux-là.

- C’est un bon début. Quel travail est-ce que tu fais ?

Il se doutait que ça ne devait pas être quoi que ce soit d’incroyable, mais du moment qu’il ne revendait pas de la drogue au coin d’une ruelle sombre pour arrondir ses fins de mois, ça irait.

- Ca va vraiment, je reste dans la légalité, comme convenu.

L’inspecteur Ahriman hocha doucement la tête. Il ne doutait pas de la parole du brun – pas trop en tout cas – mais quelque chose avait l’air décalé. Il restait silencieux, fuyait son regard, n’avait pas l’air agacé d’être là mais juste effrayé. Il n’avait franchement pas le profil type des libérés sur parole qui avaient défilé devant lui au cours des ans. Quelque part, malgré les accusations, malgré le jugement, malgré la prison, il avait l’impression que quelque chose n’était pas tout à fait à sa place. Mais jusqu’à ce que Maxime lui prouve le contraire, Jacob ne pourrait oublier le fait qu’il avait assassiné un policier. C’était comme ça.

- Oui je m’en doute, sinon tu sais très bien ce qui t’attend.

Ce qui l’attendait, c’était la chaise électrique, la pendaison ou l’injection létale en fonction des préférences du directeur de la prison où il retournerait. Ce serait une fin misérable et solitaire entourée de gens hostiles et froids comme la stèle de sa future tombe. Ce serait une mort que l’Etat de Louisiane déclarerait comme étant justifiée, et le monde oublierait vite le nom de Maxime Sanderson.
Jacob ouvrit la pochette cartonnée devant lui et lui rapidement les informations de base qui s’y trouvaient. En lisant l’adresse, il se rendit compte qu’il habitait dans un quartier encore abîmé par le passage de Katrina deux ans plus tôt. C’était un coin assez pauvre, et il se demanda si lui et sa famille avaient tout ce dont ils avaient besoin pour vivre décemment. Il redressa la tête et le fixa une nouvelle fois.

- Où est-ce que tu habites Maxime ? Tu es retourné dans votre appartement où tu as déménagé avec tes frères ?

Les cadets Sanderson, il ne savait pas grand’ chose d’eux. Juste qu’ils étaient en train de mal tourner, et il se demandait si leur aîné était au courant.

- Parle-moi un peu de tes frères. Comment ça se passe avec eux ? Tu arrives à les gérer ? Les adolescents de cet âge, c’est toujours difficile de les garder sur le droit chemin.

Il en savait quelque chose : lui aussi avait lutté avec son fils bien des années plus tôt.


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Maxime Sanderson
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MessageSujet: Re: what goes around comes around (pv Jacob)   Ven 16 Oct - 10:44

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Jacob & Maxime



La peu faire un faux pas, la peur de condamner mon existence, la peur de ne pas dire ce qu’il faut : je suis mal à l’aise lorsque je me laisse glisser dans la chaise et que je commence à répondre à ses questions. Tout va bien, tout va bien, vraiment, m’entends-je lui assurer. Je lui confie même que j’ai trouvé – assez rapidement et miraculeusement – un travail qui, même si on me paye une misère, va me permettre dans un premier temps de subvenir aux besoins immédiats de mes frères. Un premier point de chute auquel je me raccroche comme jamais, conscient de la chance que j’ai d’avoir trouvé aussi vite. Je tente de mettre de la conviction dans mes propos, je tente d’être sûr de moi, confiant, à l’aise. Qu’ai-je donc à me reprocher pour être aussi peureux ? Rien, pourtant, rien pour le moment. - C’est un bon début. Quel travail est-ce que tu fais ? M’encourage-t-il sans attendre. Je fronce les sourcils, légèrement rassuré, extrêmement méfiant. Enfant, je voyais d’un œil confiant les uniformes et ce qu’ils impliquaient. Je n’avais pas à en avoir peur, j’avais confiance en ma mère pour rester dans la légalité, j’étais convaincu, naïvement, que les aides que nous versait Lazar étaient blanches de tout soupçon. Je ne peux m’empêcher d’être bien moins confiant maintenant envers les policiers, surtout lorsqu’on considère de pouvoir de vie et de mort qu’ils ont sur moi. Je ne sais pas à quoi m’attendre, derrière ses airs débonnaires et encourageants. Je n’arrive même pas à savoir ce qu’il pense de moi et s’il croit que je vais me confier davantage à lui qu’à mon psychologue, il se fourre le doigt dans l’œil, jusqu’à l’omoplate. Mais quel que soit mes a priori sur l’homme face à moi, je ne peux pas me permettre d’être muet, je le sais bien. « Je suis employé dans un restaurant kebab, inspecteur. » Répondre le minimum, sans en rajouter, conclure au plus vite cette discussion avant que je ne sois contraint de lui mentir ou de taire certaines choses, avant que ma transpiration et ma respiration délicate ne lui fasse comprendre que je n’ai pas l’esprit véritablement tranquille.

Parce que même si je lui redis une nouvelle fois que tout va bien, que je reste dans la légalité, je ne peux m’empêcher de songer à mes revenus, aux allers-retours de mes frères au poste de police, à mon échec de plus en plus constant vis-à-vis d’eux qui ne donne pas l’impression d’aller en s’arrangeant. Sans compter Lazar que j’ai réussi à éviter jusque là mais qui reste une menace implicite et angoissante. Je ne suis plus naïf comme je l’ai été, j’ai eu un rapide aperçu du compte en banque laissé par ma mère, des dettes qu’il affiche officiellement et de celles qui m’attendent à un coin de rue à la fin du mois qui approche à grand pas. Tout va bien, tout va très bien ; mais tout va très bien uniquement pour le moment et parce que j’accumule déjà des heures supplémentaires payées une misère. - Oui je m’en doute, sinon tu sais très bien ce qui t’attend. J’hoche la tête, comme pour lui faire comprendre que oui, je sais très bien ce qui m’attend. J’ignore d’ailleurs toujours ce qui m’a maintenu loin de la chaise électrique il y a cinq ans même si quelque part, je suis incapable de ne pas accorder la raison de mon sursis à une quelconque intervention de Lazar ou une coïncidence heureuse pour moi. Ma survie a-t-elle d’ailleurs rajouté une ligne à la longue liste de dettes déjà contractée par les Sanderson ? Je préfère l’ignorer, lâchement, je préfère me dire que c’est juste qu’une fois dans ma vie, on m’a donné une seconde chance. Je sais bien ce qui m’attend et c’est d’ailleurs ça qui m’inquiète. Mal à l’aise, davantage mal à l’aise pour être plus précis, j’essaye de me réinstaller sur la chaise qui émet un grincement stressant. Je me fige dans une petite grimace.

L’inspecteur en profite pour ouvrir une pochette cartonnée que je considère d’un œil curieux, tendant discrètement le cou pour tenter de lire quelques caractères imprimés dans l’autre sens. Je déchiffre sans difficulté mes noms et prénoms, aperçois mes photos, mon visage juvénile de vingt-deux ans et ces cernes sous mes yeux. - Où est-ce que tu habites Maxime ? Tu es retourné dans votre appartement où tu as déménagé avec tes frères ? J’ouvre la bouche sans un mot n’en sorte pour le moment. Je ne m’attendais pas à ce qu’il creuse ainsi ma vie. J’aurais du, pourtant, cela tombe sous le sens. Je n’ai pas encore commencé à répondre qu’il rebondit déjà sur son dernier mot. - Parle-moi un peu de tes frères. Comment ça se passe avec eux ? Tu arrives à les gérer ? Les adolescents de cet âge, c’est toujours difficile de les garder sur le droit chemin. Je me mords la lèvre.

« J’imagine que c’est écrit sur vos papiers : nous habitons toujours au même endroit, notre immeuble n’a pas été trop gravement endommagé par Katrina. » Il n’y avait, en même temps, plus grand-chose à endommager à l’époque. Les hommes de Lazar ont tout détruit quelques jours après ma médaille olympique, nous avons du lui emprunter davantage d’argent pour les renouveler, j’ai accepté sans avoir trop le choix de participer à ce braquage pour couvrir une partie de nos dettes… ma mère n’aurait jamais pu trouver un autre logement, elle avait tout juste de quoi nourrir mes frères une à deux fois par jour. Et je suis dans la même situation. « Vous avez, je ne suis sorti que depuis deux semaines, je reprends tout juste mes marques, nous… mes frères… ils n’avaient que onze et douze ans lorsque je suis… parti. Ca va prendre du temps pour réapprendre à nous connaître. » Qu’est ce que je suis en train de tenter de justifier, là ? Je l’ignore. Je me rends cependant compte après coup que mes propos doivent en révéler davantage que voulu. Réapprendre à nous connaître… je n’ai accepté aucune visite en prison, ils ne sont jamais venus me voir. Ils me détestent, ils me rejettent. Ce n’est pas qu’il est difficile de les gérer, c’est que je ne suis de toute évidence pas la bonne personne. Et que je n’arrive même pas à leur en vouloir, j’ai même tendance à leur chercher des excuses : voilà ce que je fais. Je leur cherche des excuses, je leur cherche des raisons d’être ainsi avec moi, d’être ainsi sur une mauvaise pente. « Je sais qu’ils ont déjà fini trois fois au poste depuis que je suis sorti de prison, mais ce n’est pas facile pour eux, le décès de notre mère est encore très récent, et un grand frère qu’ils n’ont pas vu depuis cinq ans revient brutalement alors qu’ils ne s’y attendaient pas… ce n’est pas de leur faute, il nous faut juste un peu de temps pour que… » Pour qu’ils m’échappent totalement ? Pour que je sois un échec complet ? Pour qu’ils cessent de se montrer hostiles et acceptent de me faire confiance ? Une boule d’angoisse me saisit brusquement à la gorge, ma voix est aussi pâle que moi lorsque je m’entends subitement demander : « On ne peut pas m’en retirer la garde, dites ? »

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