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 holes in your coffin (yuri)

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Achille Gautier
kill of the night


○ messages : 23

MessageSujet: holes in your coffin (yuri)   Mar 15 Sep - 14:55

Réveil. Il suffoque, cherche l’air, n’a plus l’habitude de remplir les poumons. Mécanique rouillée. Système en veille. Achille se débat, appelle à l’aide mais les mots sont dans la gorge, muets. Sa main agrippe une manche, celle de l’ombre, lui dont le visage se dessine par contours seulement. De l’aide ! Mais le sauveur s’échappe. Une porte qui claque. Et lui panique, arrache les tubes, et manque la chute sur le sol. Univers médical. Blanc. Blanc. Blanc. Des infirmières qui arrivent, maintiennent le fauve éveillé. Aiguille et le sommeil revient. Quelques heures plus tard. Le monologue d’un médecin. Les mots incompréhensibles. La science ignorée. Blabla. La mémoire s’est suspendue pour aujourd’hui. Les cauchemars sont utiles pour ça. Le passé qui revient, les rêves hantés de sang et de hurlements. C’est un gout sur la langue, qui ne quitte pas, reste là. Le sang. D’un autre. Des questions qu’il pose. A propos de la personne qui était là, de mots qui ne sont pas les siens, des paroles qui s’agrippent. Personnel qui ne donne aucune information. Evocation d’une sœur, d’une chienne. Elle qu’ils mentionnent. Qu’elle crève !

Une semaine plus tard.

Autorisé à se promener dans les couloirs. Les jambes ne tiennent pas. Roseaux foutus. Branches crevées. Maigres charnières. Foutues. Le corps tout entier est une projection de squelette. Juste la chair pour ne pas effrayer le regard. Il ne tient pas Achille, à besoin d’un fauteuil roulant. Rééducation qu’on lui ordonne. Les séances. L’enfer ! Mauvais patient. A gueuler quand il tombe. A menacer l’interne de lui couper les deux jambes. Persévérance. Ce n’est pas assez. Il faudra du temps qu’on lui dit. Que les muscles se reforment. Atrophiés. Un mot effrayant. Et comment je vais danser, comment je vais leur apprendre ? Regards qui louchent sur d’autres patients, ignorent la question. « Vous avez été dans le coma pendant deux ans… les tissus sont abimés » Le couperet à la nuque. Plus de danse. Terminé. Achevé. Au-revoir. On se reverra au cimetière ! Une semaine et demi qu’il est retenu. Encore quelques semaines qu’on lui dit. Impossible ! Béquilles et motivation soudaine. A ouvrir la porte, à se faufiler dans la chambre d’un autre. Vol de vêtements. Tissus trop grands. Qu’importe. Ça fera l’affaire. Plutôt ça que de se promener à poil. Un patient comme les autres. Un malade qu’on ne regarde pas. Achille sillonne les couloirs, se perd une fois, une seconde, et décide de suivre une famille aux larmes récentes. « La sortie ? » Entre deux sanglots, il obtient sa réponse, rajoute des mots. « Pas d’inquiétude, ils prennent soin des cadavres » Lui qui n’a rien appris. Toujours aussi ignorant, égoïste, incorrect. Les portes ouvertes. La sortie. Bénédiction ! Amen et compagnie de remerciements.

Les béquilles jetées sur le côté d’un banc. Carcasse assise. Poches qu’il fouille, cherche le paquet dérobé dans la chambre. Il va se cramer les poumons. Des années qu'il n'a pas touché à ça. Trop tard. Mort entre les lèvres. Et c’est la réalisation qu’il n’a pas de feu, pas de quoi l’allumer, RIEN ! A tous il demande, cherche leur attention et personne ne répond. Aucun ne veut donner du feu à un malade. Eux et leur bonne conscience, eux et leur crainte de tuer un crevé. Silhouette qui se découpe. Colosse fatigué. Ça attire le regard. Ça lui plait toujours, ces gueules cassées, ces paumés. Ours. « Vous n’auriez pas du feu, une allumette pour cette putain de cigarette… s’il vous plait ? » La vulgarité qui tranche vif avec la politesse. Cigarette tendue, objet montré. « Il serait mal vu de refuser la demande d’un survivant » Sourire à demi. Sale gosse qui se permet d’utiliser les événements passés. Apitoyer un public. Voler leurs larmes. Jeu qu’il continue avec l’inconnu. « Je ne peux pas me lever… jambes foutues » Le jean flotte sur deux bâtons de chair. Même pas capable de prendre les béquilles pour s’approcher de celui qui s’est arrêté. Parfait connard.
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Yuri Leskov
kill of the night


○ messages : 31

MessageSujet: Re: holes in your coffin (yuri)   Mar 15 Sep - 21:45

Nous trouverons un chemin, ou nous en créerons un
danse macabre


Seize heures dans le cadran, le tic tac de l’horloge se mêle aux bips du cardio-fréquencemètre et à quelques échos lointains. Ça grouille dans les blanches artères, d’infirmiers, de médecins et de patients. Parfois un macchabée qui passe sur un brancard, avec une procession de larmes dans son sillage. La routine clinique. Les premiers jours fastidieux, Yuri finit par s’en accommoder, apprécier la virevolte de sons percutant à toute heure. Le silence devenu insupportable, au besoin de bruits, de bourdonnements timides. C’est la vie qu’il distingue dans chaque vibration. Au boulot, dans la rue, chez lui, les oreilles avides réclament, supplient un moindre vent, quelques craquements.  Une raison pour avoir choisi un édifice historique comme résidence. Portes, planchers, escaliers, le vieux bois qui grince délicieusement, la brise s’infiltrant par les embrasures mal isolées, amenant poussière et cendres. Quelques bruits insolites à l’étage, de souris supposées au chien qui musarde.  Tout cela au sein d’un même foyer, maison de maître rénovée, son berceau depuis cinq ans.

La carcasse avachie sur le fauteuil flanqué à côté du lit, c’est une scène devenue familière pour le personnel médical déambulant à toute heure. On suppose un ami d’un dévouement qui ferait sourire, arracherait presque une larme. Il n’en est rien. Parfait étranger, Yuri ne connaît du type endormi qu’une chance inégale. Un peu d’aubaine dans le malheur rencontré, un survivant du jeu pernicieux qui saupoudre ses cadavres par centaine dans la ville rescapée.  Un homme dont il ne connaît qu’un nom. Achille Gauthier. Le français se dévoile sur le palais curieux à l’identité révélée. Comme lui, un enfant du monde ayant trouvé chemin sur un autre continent. Deux années qu’il traîne dans cette pièce, observant le joli dormeur, à parler sans retour de mots. Nouveauté devenue routine, motivé par une irrépressible envie de venir dans cette chambre et vider son sac. Si le camarade n’est pas très réceptif, c’est une situation parfaite pour Yuri. L’angoisse des réactions n’a lieu d’être et pourtant, c’est l’illusion d’entretenir la confidence avec quelqu’un. Lien qu’il se crée, une amitié imaginée qui réchauffe son âme, ne la soigne pourtant pas. Son thérapeute essaie de le raisonner depuis deux ans. Vain effort.

Puis un jour, le gars s’est réveillé. Adieu belle au bois dormant, retour dans le monde des vivants. C’est la fin du charme, le leurre mis à nu et lui qui s’enfuit au pantin qui s’agite. Il ne peut prétendre à rien, n’a que la fuite comme issue à celui dont il s’est fait l’intime si longtemps. Depuis le réveil du miraculé, une semaine s’est écoulée. Pas une visite,  les médecins laissés perplexe à l’ami disparu. Que devient-il ? Est-il pleinement éveillé ? Toujours à l’hôpital ? Quittant les bureaux d’un pas vif, l’inspecteur enfourche sa moto et sinue loin du commissariat. Moteur poussé à bout, rugissant entre les berlines et décapotables, crachant ses cendres au rythme des épingles empruntées à grande vitesse. L’hôpital miroite bientôt dans le reflet de son casque. Petit bolide qu’il gare le long des voitures parquées, met pieds à terre et sursaute finalement. Bigre, qu’est-ce qu’il fout ici ? Réflexe, l’habitude de rejoindre ce lieu après son boulot en fin de semaine. Que faire ? Fossile qui hésite, lorgne la masse d’étudiants en médecine se presser tout autour pour rejoindre les bus. C’est hésitant qu’il traîne le pas jusqu’à l’intérieur des pâles couloirs, où une blouse blanche lui apprend la surprise : parti, bestiole qui a décampé sans un mot, la santé encore trop fragile, pantin désarticulé. Bordel quel con !

Un « j’en ai rien à foutre » balancé au toubib et le chemin de la sortie emprunter en maugréant la stupidité qu’il a eut de venir jusqu’ici. Quel idiot. Plus qu’à rentrer chez lui, nourrir les bêtes et se torcher la tronche pour apprécier la gueule de bois du lendemain. Dimanche, congé, pas le soucis de devoir porter son cadavre jusqu’au bureau. Bien. S’en allumer une avant de reprendre la moto. C’est pourtant le paquet qui manque. Les siennes oubliées quelques part, d’autres rachetées, laissées au bureau. Fichtre ! Le regard traîne sur l’horizon, en quête d’une librairie. Rien, nada, putain ! Devoir retourner en ville, affronter les bouchons sans s’énerver sur un 4x4 se croyant  roi du bitume. Puis une voix pour le sortir de ses opprobres, miaulement goguenard d’un patient qui croit bon de s’incendier les poumons. Du feu, il en a toujours sur lui. Ce sont les clopes qui manquent parfois à l’appel. Jambes qui pivotent, Yuri glisse ses calots jusqu’à la silhouette avachie sur le banc. Sursaut féroce. IL EST LA CE PETIT CON ! Du calme, feindre l’ignorance. « Qu’est-ce que j’en ai  à foutre de ce que tu es ? T’as pas eu de chance, ça arrive. File moi une clope et je te prête du feu » Rictus désagréable, voix grincheuse, c’est plutôt mal parti. Est-il inconscient ? Pourtant, le briquet qu’il sort déjà, attend son dû, ne craint pas de se faire arrêter pour ce troc ordinaire. « Deux ans dans le coma, ça déglingue le corps, mais tu t’en sors plutôt bien… » Oops. Tant pis, la comédie ce n’est pas son truc.  Chose qu’il déteste, le répugne. Trop de menteurs dans sa vie, la franchise qu’on lui reconnaît – un peu trop peut être. « Les médecins te cherchent, t’es pas encore en état de te gérer seul l’infirme. Tu crois aller loin comme ça ? » Clopes qu’il allume, aspire dans la sienne et soupire quelques nuées, sentiment grisant. « Alors fume ton mégot et retourne gentiment là dedans après. Il va pleuvoir, j’ai envie d’être rentré avant que ça ne drache et surtout, ne pas entendre aux nouvelles de demain qu’un cadavre d'éclopé a été retrouvé dans la rue » Inquiétude qu’il refoule mal pour l’autre, fait le gars bienveillant, un peu concerné par le sort du boîteux. Deux années à voir ce visage, s’y rattacher, ça ne s’efface pas du jour au lendemain. Des traces, y en a encore. La consolation ronronne sous son poitrail à la vue du familier. C’est bon, sentiment qu’il rejette pourtant, préfère se farder sous l’ours revêche, figure misanthrope qui lui réussit jusque là. Pas de conne dans ses pattes, aucune pour le duper et le dépouiller. C’est bien ainsi…  



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Achille Gautier
kill of the night


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MessageSujet: Re: holes in your coffin (yuri)   Sam 19 Sep - 9:18

Un ours qu’il accoste. Une carcasse branlante qui l’agresse. Au moins, lui est capable de lui cracher au visage et pas juste de baisser pitoyablement les yeux. Ne pas affronter un malade, ne pas voir la mort au fond de ses yeux. Paraît que ça porte malheur. Foutaises sur foutaises. Les bras croisés, il a cette allure des gosses arrogants, capricieux. Mauvais. « Si je cherchais de la pitié, je serais allé vers cette famille là-bas, ils ont perdu leur fils, écrasé entre deux voitures. Bouillie » Neutralité alors qu’il évoque l’horreur. Hausse les épaules. Ce qui n’est pas son problème, ça ne l’affecte pas. Rien en vérité. A toujours observer le monde depuis son piédestal. Petit prince. La misère humaine est une grande inconnue. Les pleurs qu’il observe avec curiosité, les larmes qu’il aurait envie de récolter pour s’en faire cocktail. Idée qu’il note dans le fond de son crâne, avec les autres, cet amas de bêtises. « Mais maintenant c’est plus facile à transporter, les restes dans un vase » Sourire au coin. Salopard heureux. Et il s’étonne encore d’être seul, de ne trouver personne à la hauteur de sa médiocrité. Carcasse condamnée à la solitude pour son égoïsme. De l’autre qui propose – nuance, ordonne une clope en échange. Achille hausse un sourcil. « Chantage… de toute façon, ce n’est pas mon paquet » Trouvé dans la chambre, laissé là par un idiot. Merci pour le cadeau ! La fumée est une absente depuis des années. Nicotine dans les poumons. Pas intéressant. Il préfère la violence d’une aiguille. La perforation et l’injection rapide. Une cigarette qu’il tend contre du feu.

« Vous êtes médecin ? » Question qui transpire l’innocence. Deux ans. Si l’autre à connaissance, c’est qu’il l’a côtoyé, ce n’est pas juste un hasard, une date lancée en l’air. « Si vous étiez mon médecin, vous ne seriez pas là à me demander une cigarette. Vous êtes qui, quoi, quel job ? » Petit curieux. A se faufiler dans une vie nouvelle, à s’y introduire pour mieux la détruire.

Un rire dissonant qui vibre dans la gorge. L’autre qui veut le voir rentrer, l’autre qui prend le rôle du père. Amusant. Achille se permet un sourire dégueulant l’arrogance. Le défi aussi. « Je pense pouvoir marcher sur 500 mètres. Ce qui serait assez pour trouver un taxi et rentrer, le problème… c’est que j’ai pas mes clés, rien du tout et je ne peux pas retourner là-bas » Chuchotements. Regard rapide vers les portes de l’hôpital, là où cavalent nuées d’infirmières et médecins. Eux les sauveurs ! Eux les chieurs ! « Ils vont encore m’enfermer et m’attacher » Petit animal qui feint la tristesse. Yeux humides. Parfait menteur, pense t-on. Poignets tendus, lacérés. Il ne ment pas. A trop se débattre. Cauchemar où il arrache la peau. Les mains qu’ils ont attachées. Par sécurité. Qu’il ne s’enlève pas le visage dans un excès de démence. « Vous pourriez y aller pour moi ? Achille Gautier, dites que… non pas de ma famille ça ne passera pas. Epoux, ça ira très bien » A ne pas savoir que l’autre a veillé pendant deux ans, et que les infirmiers boiront l’histoire. Epoux. Une idée jetée. Pour le sortir de là. Ne plus y retourner. Sauvez-moi hurle le garçon en détresse. Lui qui sait si bien feindre les émotions. Comédien au déclin. « Sinon je reste là, à crever de froid. Vous savez pourquoi j’étais dans le coma ? Ils ne disent rien. Un accident, c’est tout ce que j’ai entendu » Naïf. Les cauchemars seraient un renseignement. Des mots qu’il ignore. La vérité qu’il voile. Au souvenir d’une horreur qu’il a enfermé dans la boite de sa mémoire.
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Yuri Leskov
kill of the night


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MessageSujet: Re: holes in your coffin (yuri)   Mar 22 Sep - 14:00

Nous trouverons un chemin, ou nous en créerons un
danse macabre


Petit merdeux. Un gars sans une pitié pour le malheur qui l’encercle,  à penser seulement à sa petite personne. Des amis qui doivent se faire absents, inexistants. C’est la pensée qui heurte sa caboche devant l’attitude de l’hérisson. « Je constate que le tact, ce n'est pas ton truc, m’étonnerait pas que les proches ne se soient pressés dans ta chambre » Aucun, personne. Seule une sœur rancunière aux desseins sanglants venue une fois. Pas de bol, lui de garde ce jour là, à veiller depuis sur le repos de l’écorché, visites décuplées. Déni d’une routine devenue maladive, d’un besoin incrusté sous sa chair.  Quelques amis à le supporter, à qui il n’ose pourtant se confier. Les secrets sont emmurés sous le calcium de son crâne, boîte de Pandore sur laquelle veille jalousement le farouche.

Les orbites se vissent sur le paquet. Ses Gauloises, cigarettes oubliées une semaine plus tôt dans la précipitation. Le flic ne pipe un mot, simple ris en coin de bouche à l’idée que l’autre fasse bon usage de ses clopes. Médecin ? Yuri vomit quelques crachats de cendres, lèvres moqueuses à l’idée que réparer la chair. Pas son truc. « J’ai la gueule d’un toubib ? » Sarcastique, ces bêcheurs qu’il évite, sauve sa carcasse loin de leurs pattes avides. « Flic, j’ai ramené ton petit cul de miraculé  ici il y a deux ans » Deux ans, une éternité sous les draps blancs, réveil tardif du cabossé. « Je t’aurais laissé crevé que personne ne t’aurais pleuré » Remarque platonique, peut-être avérée. Tout ce temps, l’unique venu dans sa chambre, des mots déversés dans l’oreille endormie, des longs silences complaisants où Yuri s’assoupissait parfois.

L’éclopé se gausse, avoue pourtant qu’il n’a d’endroit où crécher,  biens dépouillés. « T’as survécu, mais à quel prix ? Il aurait peut être mieux valu que tu crèves là bas remarque… » Là bas, dans l’horreur, le jeu infernal. Survivre, c’est devoir traîner un fardeau toute sa vie. Pour lui, des esquisses sanguinaires, des cadavres partout, l’humain devenu barbare, à la seule envie de regagner la surface, la voûte ensoleillée. Mais avec un peu de chance, le coma aura raclé ses souvenirs, cervelle épluchée. « C’est possible… Une aubaine pour moi, un camé en moins dans les pattes » Réplique cruelle d’une vérité marquée sur les bras du patient. Chair trouée, un familier des aiguilles, la théorie du diabétique rejetée aux relevés sanguins. Aigreur pour les drogués, ces déchets. Depuis toujours. Pourquoi être resté auprès de lui tout ce temps ? Mystère… Yuri laisse le tabac faire sa corvée, salir ses poumons, gangréner ses tissus à chaque bouffée de cendres.

Puis c’est la strangulation de la nicotine dans sa gorge. Epoux ? Idée tordue, l’ours convulse ses lèvres sur le mégot brûlant et roule un regard suspicieux au désespéré campé sur le banc. « Et tu comptes aller où comme ça? Tu ne sembles avoir nulle part ou aller, sans fric, c’est bien beau de fouloir prendre la poudre d’escampette… A moins qu’un de tes potes imaginaires ne refasse surface pour accueillir un clebs antipathique comme toi » L’homme ne peut museler son irritation, cruel depuis le début, franc vous dira t’il. Un peu des deux, il espère simplement que l’autre n’ira pas se jeter sous un train, ruiner les efforts des médecins pour maintenir sa carcasse en vie.

Le plus jeune l’interroge soudain, questions qu’il aurait préférées laissé à d’autres.   Que s’est-il passé ? L’amnésie confirmée. Yuri pense aux conseils du médecin, ne pas heurter le patient d’une vérité qui pourrait le replonger dans un état critique. Qu’il aille se faire foutre ! « Le taré t’as attrapé, t’as survécu au jeu. Y avait une autre avec toi, une cinglée celle là… » Franchise cinglante, sans détours. A quoi bon lui voiler la réalité? Dernières flambées grises depuis les lippes charnues. Gaia, autre dépouille ramassée près du français. « Elle voulait retourner dans le jeu, faut éviter cette meuf… » Souvenirs désagréables d’une folle aux lubies macabres. Cela fait quelques temps qu’il ne l’a plus revue, heureusement pour lui. « Y en a eu d’autres l’année suivante. Quelques rescapés comme toi, des amochés. T’as été le seul dans le coma… » Est-ce une chance de survivre à cet enfer ? Lui ne supporterait pas... Déjà trop de cauchemars à supporter sous cette enveloppe, le suicide assuré.  

Une blouse blanche débarque soudain auprès d'eux. Fichtre! Le toubib d'Achille. Les critiques claquent, insistent pour que l'estropié retourne dans sa chambre. Au même moment, le ciel largue ses premières gouttes. Merde. Son jeans risque l'arrosage sur la bécane mouillée.  « Monsieur Leskov, pourriez vous dire à votre ami d'être raisonnable? » Le con. « Ce n'est pas mon ami... » Obsession fiévreuse qu'il refoule, déballe son fiel, prudence exacerbée d'un type à la confiance fragile, voire inexistante. Des années à se préserver des autres, hisser des murailles, se planquer derrière à l'angoisse de tomber dans un piège à nouveau. Une distance imposée pour chacun. « Si t'écoutais ton doc' au lieu de faire le buté? » Grognement impatient, la bruine qui devient déluge.



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Achille Gautier
kill of the night


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MessageSujet: Re: holes in your coffin (yuri)   Lun 28 Sep - 14:22

Avoir un semblant de tact. Ravaler la franchise, ne pas foncer dans les failles, ne pas touiller les fissures apparentes. Une réflexion qu’on lui a déjà faite, qu’on continue de lui faire. Achille ne sait pas faire autrement. Cogner. Frapper sans se soucier de l’impact de ses paroles. Et plus encore, son absence de pitié. Sa capacité à hausser les épaules pour chaque information, même les plus graves, les plus inquiétantes. Sa petite personne seulement, le reste peut bien crever. Et pourtant, c’est la dépendance, c’est le besoin de présences, de savoir qu’il n’est pas seul. Aimé. Admiré. Choyé. Sale gosse. Education ratée. Adulte pourri jusqu’à la moelle. Coulé dans de l’or. A dégueuler des diamants. A se prélasser dans son luxe abominable. Rien à sauver chez lui. Pas une seule qualité qui mériterait l’attention des autres. Alors personne n’est venu ? Personne pour pleurer sur son sort, pour apporter des fleurs, des chocolats et rester avec lui ? Grimace. Le regard fuit quelques secondes. Réaliser que personne n’est venu, qu’on l’a abandonné. Qu’ils crèvent, TOUS ! « Des rapaces, des intéressés. Vous avez un nom, de l’argent et la vérité n’existe plus. C’est amusant comme constat, qu’ils ne viennent que pour être nourris » Pas de famille, personne. Une sœur. Un doublon qui souhaite sa mort. Et le reste ? C’est inexistant. Incapacité à s’attacher, à garder près de lui, à savoir aimer autrement qu’avec des sarcasmes. Petit prince esseulé. « Je n’ai pas besoin d’hypocrites » Beau menteur. Les autres sont une nécessité, un besoin. A toujours demander leur attention. A vivre à travers leurs regards, leurs applaudissements. Il peut prétendre à la solitude, à ce que tous sont des idiots, mais au fond… c’est la peur de crever tout seul. De n’être que la vieille chaussette abandonnée, trouée, au fond du tiroir. Refrogné. Bras croisés au torse. Achille n’admet toujours pas. Fumée qu’il crache au vent, tousse et manque de s’étouffer. Habitude qu’il a perdue.

Médecin ? Le mot qu’il ne fallait pas prononcer. L’autre qui s’étouffe. Le vieux qui manque de ravaler une clope. Achille s’amuse, se permet un rire et reprend doucement son sérieux. Est-ce qu’il a une gueule de médecin, est-ce que l’apparence évoque un sauveur, une blouse blanche ? Haussement d’épaules. Il ne sait pas. Est-ce qu’ils ont des profils types ? Probablement sont-ils moins vulgaires. Certes… « C’est plaisant à regarder, mais à deviner… je ne sais pas » Plaisant. Il ne peut s’empêcher de tout dévoiler, de dire que le visage enraciné des années lui plait bien. Les mots aussi. Personne n’est jamais si mordant avec lui, personne n’ose l’affronter. Des oui monsieur et des crachats dans le dos. Il n’a pas l’habitude de ce langage. Cette violence qu’on lui envoie. Nouveauté agréable. Ah ! Flic. La nouvelle tombe. Les bleus scannent le visage, à chercher un mensonge, à savoir si il peut rire de l’information ou si c’est sérieux. Rire ravalé. « Vous êtes… flic. Curieusement, l’idée du médecin était préférable. Flic, ça ne fonctionne pas, y’a un défaut de carrière » Bouffée de fumée. C’est la compréhension qu’il a été sauvé, que c’est LUI. Les plantes qu’il observe, les malades, les couples, les enfants. Lui a été sauvé. « Pourquoi ? » Qu’il demande soudainement, sans plus d’explication. Pourquoi m’avoir sauvé, pourquoi être là, pourquoi me parler.

Mention de la drogue, du bras bleu des coups de seringues. Pas la plus dégueulasse qu’il s’infiltre mais la plus dangereuse, la moins coupée, la plus pure. Drogué. « Coup-bas. Ne jamais attaquer un patient sur sa faiblesse ! Un peu de compassion. Vous êtes un monstre » Il s’offusque, prétend être contrarié. Rien de tout ça. La drogue est une vieille amie, toujours présente, toujours là pour le rappeler à ses vices et cauchemars. Il ne sait même plus quand il a commencé, pourquoi, comment, qui. Une soirée probablement, une fille et BINGO. Faute encore rejetée sur les autres. Lui qui se targue de n’être responsable de rien, de personne.

La question de son coma, de sa présence à l’hopital. En vérité, il ne voulait pas savoir, voulait des mensonges. Trop tard. L’autre parle, evoque un tueur, un jeu et tout un fatras d’informations qu’il ne digère pas. Fumée qu’il avale de travers, clope qui tombe sur sa cuisse, brûle un instant avant qu’il ne donne un violent coup de main. La panique qui gagne le corps. La peur soudaine. C’est la mémoire qui s’enclenche. Tueur. Jeu. Puzzle. Plusieurs. Achille secoue la tête, boucles brunes qui chassent au visage. Non. Non. Un gamin qui refuse d’admettre. La vérité sous les yeux, dévoilée. « C’est faux » Rien de plus à dire, incapable d’autres mots. « J’ai eu un accident, de voiture certainement » Se mentir. Ne pas y croire. Un médecin qui arrive, achève la conversation et Achille voudrait le remercier. Il rejette les mots d’avant, ignore. Pas de ça. « Ne l’écoutez pas, il est toujours grognon avec les médecins » Sourire qui revient. Canaille charmante. Bras croisés au torse. Pluie qui dégueule ses gouttes. Déjà trempé. « Je reste là si je veux. Une pneumonie, il paraît que ça tue encore des gens » Foutue fierté. Chieur. « Regardez, mon ami va prendre soin de moi, n’est-ce pas ? » Regard en biais. Un s’il te plait, sauve-moi de ce lieu misérable je t’offre n’importe quoi en échange. « Il serait regrettable de me laisser ici, j’occupe une chambre pour rien alors que des mourants attendent dans le couloir » Pas de pitié, aucune, simplement l’envie de fuir au loin. Béquilles qu’il attrape, corps levé, incertain. Ça tremble encore. « On y va ? » Sangsue. Médecin qui les abandonne, préfère rentrer à l’abri. « Je promet d’être sage » Grand sourire certainement pas convainquant.
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Yuri Leskov
kill of the night


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MessageSujet: Re: holes in your coffin (yuri)   Mar 6 Oct - 17:21

Nous trouverons un chemin, ou nous en créerons un
danse macabre


Ce mec… Un dessein vif de cogner ce visage, de lui faire ravaler ses idées saugrenues. Une pulsion qu’il refoule sous la chair tendue de ses mains recroquevillées. De quel droit ce cloporte se permet-il d’autant d’aisance ? Ça pue. L’odeur d’un piège, d’un traquenard. Il en est sûr, situation qui va le foutre dans bien trop d’embarras. Le cœur heurte les côtes, se fait douloureux sous la cage minérale. Il expulse ses crachats rougeoyants dans le réseau élaboré de ses artères comme un poison infâme. La bête panique, redoute un malhonnête sous les traits de l’éphèbe. Si sa bouille flétrie n’exprime qu’une humeur grincheuse, le cortex crépite de nervosité sous la crinière trempée. Inéluctable brûlant la rétine, angoisse musclée qu’il essaie d’escamoter. Les inconnus toujours refusés dans sa vie, son espace privé. Mais doit-il considérer la tête de mule à ses pieds comme un parfait étranger ? Sa raison lui soufflerait de ramener l’éclopé dans la chambre immaculée puis de repartir sans un regard, mais ses envies sont autres. Ne pas jeter par la fenêtre ces deux années passées à côtoyer la carcasse figée, faire un pas, entretenir ce lien durable dont l’autre ignore encore l’étendue. Enraciné dans cet obscur besoin, candide caprice de considérer l’impotent un peu plus d’empathie. Apprendre à le connaître, le discerner et non s’en tenir à ce qui est inscrit sur la paperasse. Petit prince de la scène, jolie pantin brillant sous le feu des projecteurs. La gloire ternie par le penchant à d’improbables stupéfiants.  La vie, elle, détruite par un psychopathe ambulant. Que devait-il faire ?

Quand la blouse blanche disparut derrière les portes coulissantes, sans doute croyait-il bien agir en laissant le béquillard entre ses mains, l’inspecteur sentit son mental flanché sous le déluge glacé. Les lèvres tremblent sur l’embout de clope éteinte, se tordent, convulsent presque à l’émoi qui grésille sous son épiderme. Contrariété. Ca picote telle une brûlure dans son âme. « Putain… » L’homme pivote d’un virevolte brusque, s’éloigne du banc sans un regard. Direction sa bécane. Avec ou sans le français. Peut-être aurait-il finalement changé d’avis. Que d’un regard porté sur la vaste cour, ses globes épuisés discerneraient la silhouette fugitive de l’infirme rebroussant chemin jusqu’aux microbes des artères blanches.  Des peut-être à confirmer. Alors, lorsqu’assis et muni de son casque, Yuri tourne l’échine vers l’endroit d’où il provenait, les paupières se plissent, le rictus persiste. L’autre campé dans ses pas, appuyé sur ses béquilles pour ne pas rejoindre le sol. Il soupire. Le soldat capitule. « Si tu glisses, que tu tombes, je te ramasserai pas, je continuerai mon chemin » Cruauté contre ingratitude, échange équitable. Une manière pour lui de se défendre, tenir l’autre à distance. Confiance gardée jalousement par le molosse. La moto tremble au poids supplémentaire qui s’ajoute. Des « bordel, qu’est-ce que t'es en train de foutre !? » alors qu’il sursaute sous l’étreinte inattendue de deux bras aventureux. Bien sûr, il fallait bien qu’il s’accroche à quelque chose. Contact étrange, inhabituel, presque désagréable. Un intrus dans son espace, les muscles se crispent sous l’épaisseur en cuir.  

D’un moulinet de poignet, l’engin gronde et se propulse dans les files de vieilles carrosseries. Odyssée pénible sous les giboulées violentes. S’il fait le con sur cette route glissante, ils y passent tous les deux. Vingt minutes à sentir la flotte cingler son corps, à compatir au pauvre à peine vêtu blotti contre son râble. Ce p’tit con n’a pas intérêt à crever ! Enfin, un chemin de terre supplante l’asphalte sombre. Bientôt arrivé. Encore quelques virages serrés sous la cime épaisse de la forêt, à s’éloigner toujours plus des champs de blé et de mais. Puis au détour d’une épingle à cheveux, son manoir qui se dresse enfin au sommet d’une plateforme. Un colosse blanc dans toute sa splendeur. Par jour de beau temps, la pierre étincelle par-delà les collines boisées, devint illustre du haut des sombres coteaux. Demeure réservée aux riches qu’il est parvenue à s’approprier aux prix de maigres combats. Un tas de ruine cinq ans plus tôt, des murs disloqués qu’il a redressés comme on monterait une simple cabane. Passion et débrouillardise acquis de son paternel, des pierres réassemblées puis repeintes,  flamboie aujourd’hui le vaste édifice sur le crâne dégarni de la colline. Quelques arbres ci et là pour donner du relief et de l’ombre aux pelouses fraîchement coupées, des graviers sillonnant à travers pour éviter de ramener de la boue jusqu’à l’intérieur. Lundi, 18h. Bertha, la femme de ménage, a sûrement quitté il y a peu. Une femme, la seule qu’il tolère en ses lieux. Vieux fossile bien aimable et courageux, des mains parcheminées plus enhardies qu’une pétillante jeunette et un œil aussi lucide qu’une thérapeute habile.

Le ronronnement de la Yamaha s’estompe entre les bottes de foin de l’étable, modeste édifice bâti à quelques mètres du flanc droit du manoir. Un pied à terre, Yuri apprécie le confort d’être à l’abri du temps, de sentir le sol ferme sous ses jambes vacillantes. Œillade fugace par-dessus son omoplate et le voilà qui s’égare déjà jusqu’au portique. « Rentrons, je crève la dalle et je me gèle les couilles » Il imagine bien l’état de l’autre. Boiteux frigorifié, tout tremblant sous ses maigres vêtements. Etat dont il est seul fautif, à vouloir suivre l’ours jusque dans sa tanière pour y planter sa tente.  A leur entrée dans l’air chaud de la bâtisse, un tourbillon de poils se jette sur le flic ainsi que sur l’invité inattendu. « Ils ont l’air d’apprécier ton odeur. » Manquerait plus que l’autre soit allergique aux animaux, détail sur lequel il ne préférait songer. « Va te réchauffer dans le salon, Bertha a revigoré le feu. Et ne marche pas sur Speedy, elle a tendance à s’endormir partout. Je vais te chercher des vêtements » Sans un mot de plus, le Russe s’évanouit à l’étage. Le vieux plancher grinçant à chaque pas, se dénudant de quelques bagatelles poussiéreuses ci et là. Dix minutes s’écoulent lorsque le propriétaire rejoint son hôte dans le salon, séché et vêtu en toute simplicité. Tee shirt gris par-dessus un jeans noir, les chaussettes traînant sur la moquette du centre de la pièce. Une serviette épaisse et des vêtements sont laissés sur l’un des canapés. « Tiens, débrouille toi avec ça, je vais faire manger les animaux » Trois chiens, un chat, une tortue, la vie au manoir ne manquait pas d’agitation. A son retour, Yuri se sentait las. Epuisé. Pas question de cuisiner ce soir. « T’aimes la pizza ? » Le ton formel ne laissait place à aucune négation. « Je te préviens, tu crèches juste cette nuit et demain, tu te démerdes mais tu dégages » Menace ferme. Hors de question que cette mule élise domicile ici!



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holes in your coffin (yuri)

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